Vider les lieux, par Olivier Rolin, Éditions Gallimard

Nos rues, nos appartements, nos maisons ont leur histoire… Une histoire qui nous a façonnés et lorsqu’il faut s’en arracher, pour une raison ou une autre, la nostalgie peut nous guetter. Plutôt que de se jeter dans de tels bras, essayons de décrire, les lieux, l’histoire, de la révéler et, si on a quelques talents, on pourra se mettre à chanter, à danser, à rire aussi.

Olivier Rolin a vécu cette expérience. Obligé de quitter le très vieil appartement qui l’a accueilli la moitié de sa vie, dans une rue où fut publié, puis traduit, l’Ulysse de Joyce, où deux libraires (c’est important pour un auteur) voyaient passer le gratin de la littérature française et anglaise…, il aurait pu verser une larme.

La pandémie peut avoir donné du temps, celui d’oser trier, regarder les objets, les révéler autrement… L’auteur s’y est livré et cela a donné un livre jouissif. 

On suit l’auteur dans ce joyeux bric-à-brac, un vrai cabinet de curiosité au fil des ans. Et se pose la grande question : Qu’est-ce que déménager ? Serait-ce une petite fin du monde dans laquelle nos chers objets inanimés auraient envie qu’on parle d’eux ? Bien sûr qu’ils ont une âme… De grands auteurs, bien avant nous, en ont parlé. 

Des vêtements oubliés, planqués au fond d’une armoire, révèlent qu’un jour on a voyagé loin. Mais qui a-t-on rencontré ? Et cette immense bibliothèque rassemblant les grands textes, s’en souvient-on ? Elle fut, et elle demeure, cette lanterne magique, elle a illuminé les regards, offerts des paysages inouïs. Un chapeau raconte le Texas… D’autres objets conservés posent question. Ils ne sont ni beaux, ni laids, mais ils sont là. Et ces cartes qui surgissent, certaines très anciennes… Et quand les mûrs se retrouvent vides d’ouvrages et qu’on les voit soudain dans leur nudité, que nous disent-ils de l’époque qui les a édifiés ?

Vider les lieux, c’est au fond, enrichir son esprit et son cœur. C’est prendre conscience que les plus petites choses, autant que les grands personnages, nous ont donné quelques clés pour oser vivre.

August, par Callan Wink, traduit de l’américain par Michel Lederer, éditions Albin Michel (Collection Terres d’Amérique)

L’histoire d’August ne peut laisser insensible. Jusqu’à son adolescence, il semble avoir grandi sans grand problème, au cœur d’une nature qui l’a comblé. August, entouré de ses chiens tant aimés. August qui ne réclame rien que la caresse du vent.

Mais à la ferme tenue par un père plutôt froid dans le Michigan, débarque une autre femme. Il voit son père culbuter son ouvrière. Le couple vole en éclats et dans un premier temps August suit sa mère qui a trouvé un poste de bibliothécaire dans le Montana. Ce changement de vie ne déplaît pas à l’adolescent qui y fait ses apprentissages et apprécie les fabuleux paysages de l’Ouest, la pêche, le rodéo. Peu à peu, il entre dans la vie adulte. Mais c’est difficile pour lui de se faire des amis.

Il fait face à la violence (je ne puis tout raconter) mais souvent la vie s’apprend dans la douleur. Lui qui a été une sorte d’enfant sage, découvre l’ivresse d’une liberté qu’il faut dompter. S’il finit par fuir. Il doit voir le monde tel qu’il est, c’est-à-dire, aux USA éprouver le choc des attentats du 11 septembre. Peut-on encore grandir dans un pays qui se sent abattu ? Qu’est-ce qu’être un homme ? Que peuvent l’amitié et l’amour ? Et La sexualité inhérente à tout un chacun ? 

Ce roman, plutôt linéaire, sans gommer les réalités du monde, est pour August un roman d’apprentissage, un roman initiatique. Rien n’est inéluctable… Les grands espaces, la lumière et le vent peuvent venir au secours des âmes parfois malmenées, déboussolées.

Callan Wink, l’auteur a déjà publié Courir au clair de lune avec un chien volé, un recueil de nouvelles, très remarqué. August est son premier roman. Un auteur à suivre !  

Le Paquebot, par Pierre Assouline, Éditions Gallimard

À l’origine, le Paquebot Georges Philippar fut inauguré en 1930. Il n’a pas eu de chance. Après x problèmes, un incendie a ravagé les cales. On répara et sa croisière inaugurale de Saint-Nazaire à Marseille en passant par Lisbonne eut lieu en janvier 1932. Tout était pour le mieux ou presque… Du moins, voulut-on l’espérer.

Le Paquebot était prêt pour une longue traversée. Ce serait en février 1932, il pourrait relier Marseille au Japon. Un voyage qui vit monter à bord des inconnus fortunés, des personnalités, dont Jacques-Marie Bauer, libraire passionné d’ouvrages rares…  À bord, se trouvaient des artistes, dont un pianiste russe, Sokolowski et de jolies femmes. Le commandant Pressagny était heureux, il rencontrait du monde et nouait des liens avec ses passagers. Une croisière en somme qui s’inscrivait dans l’histoire et prédisait des jours heureux.

Le commandant était-il en mission, une mission secrète ? Le monde connaissait bien des soubresauts… 

À bord, une petite société pour qui tout allait bien, mais ne voyait pas venir quelques menaces. Ce fut le cas avec l’arrivée de quelques Allemands. Certains admiraient d’Hitler, d’autres restaient sur la réserve… Deux camps, face à face… 

Ce qui est bien montré dans ces pages, c’est le lieu. Le Paquebot espace clos. Île flottante sur les étendues d’eau, mais à la merci de courants dangereux, au propre comme au figuré… 

Le retour fut risqué, puisqu’à nouveau le Paquebot allait être la proie des flammes. C’est d’ailleurs au cours du retour de cette croisière qu’Albert Londres, journaliste, grand reporter perdit la vie, comme d’autres personnes (une cinquantaine). Pierre Assouline avait déjà consacré une biographie à Albert Londres… On a parlé d’actes criminels, d’attentats… On n’a jamais vraiment su.

Le naufrage de ce Paquebot, annonce celui de l’Europe et le bouleversement que le monde entier va connaître. Une tragédie sans fin, dont nous ne nous sommes pas encore remis. À peine quelques accalmies, avant des reprises qui nous laissent tels des presque gisants hébétés, à jamais terrassés.

Lucia, par Bernard Minier, éditions XO

Il y a des romans qu’on ne lâche pas. Ceux de Bernard Minier sont de ceux-là. Surtout Lucia... Une femme flic, enquêtrice, un rien rebelle, qui a de l’instinct, décortique le pourquoi du comment. Lucia Guerrero (traduisons par Lucia la guerrière) enquête à Madrid. Elle fait partie de la Guardia Civil. Elle vit essentiellement au milieu d’un monde masculin (mais quelques femmes sont aussi présentes). 

L’histoire commence avec la découverte d’un corps nu trouvé sur une croix, (on a viré la statue du bois du croix) pour y mettre un corps. C’est celui de son coéquipier Sergio Castillo Moreira, 35 ans, père de deux gamines… Un homme à qui elle plaisait (c’était réciproque) mais au travail, pas touche…

Le corps (dans lequel un tournevis a été planté presqu’au niveau du cœur), vit encore… Mais pour peu de temps et surtout, il tient seul sur la croix… Comment est-ce possible ? On l’a collé…

Lucia se donne à corps perdu dans cette enquête et très vite, on va se retrouver sur la piste de crimes horribles et pas élucidés. Un tueur abominable met en scène des crimes en s’inspirant de tableaux de la Renaissance…

On découvre aussi l’existence d’un groupe d’étudiants en criminologie à l’université de Salamanque, à leur tête un merveilleux professeur… Un logiciel pourrait résoudre ces crimes impunis, inspirés des Métamorphoses d’Ovide, un livre à l’origine de peintures terribles mettant en scène la cruauté des dieux et leurs agissements coupables aux yeux de la bonne morale.

Bernard Minier aime l’Espagne. Il y a des origines. Il nous offre une peinture des lieux étonnante… Une immersion dans des lieux culturels où le savoir et la beauté peuvent cacher de viles actions… On visite avec lui la merveilleuse bibliothèque de Salamanque. On le suit dans la quête intelligente de Lucia qui, parfois, marche au bord du vide… Les fausses pistes existent, rien n’est simple. 

Dès le début, l’auteur nous parle du possible tueur de Moreira… Un homme atteint de TDI (Troubles dissociés de l’identité). Il est parfois falot, carnassier tueur ou enfant apeuré. Simule-t-il ou est-ce vraiment sa pathologie ?

Lucia a du courage et de l’audace, on ne peut s’empêcher de l’admirer et de trembler pour elle.

Bernard Minier avoue que peut-être elle reviendra dans d’autres histoires… Fera-t-elle équipe avec Servaz un autre de ses héros ?

Fréquences de nuit, rêver John Lennon, par Richard Apté, éditions BakerStreet

Le deuxième roman de Richard Apté renvoie aux années 1980.

Un jour de décembre, une famille se trouve dans les préparatifs de Noël… Le père, la mère et les deux fils encore collégiens et lycéens. Ce temps est celui d’une certaine liberté qui saisit la jeunesse, grâce à l’explosion des radios libres. Le plus jeune des garçons reçoit du Noël d’entreprise une énorme radio. En fait, un ghetto-blaster. Des radios, il y en a dans chaque pièce dans la maison… Mais c’est surtout la musique qui intéresse la jeunesse. Les électrophones où l’on fait tourner les 45 tours… Mais une radio, c’est une ouverture sur le monde… Un peu de magie…

Dans le même temps John Lennon est assassiné à New-York. Même les profs au lycée écrasent parfois furtivement quelques larmes.

Roman d’une fin d’adolescence, du basculement dans le monde adulte. Roman de la rivalité entre deux frères, de la découverte des maladies graves… C’est une traversée des apparences qui évoque, comment les uns et les autres ont pu se construire, rien qu’au son de la radio, cette voix venue parfois de si loin à travers les grésillements.

Richard Apté est professeur des écoles et lui-même musicien. Il a déjà publié Le Temps s’est arrêté, bien accueilli par la critique.

Valsez, regrets, par Marion Michau, éditions Albin-Michel

Par les temps qui courent, il est bon de tomber dans les pages d’un livre qui a du peps… Marion Michau a bien du talent pour nous conter l’histoire de Pilar Mouclade, limougeaude, échouée à Paris dans l’immobilier et, au moment où commence l’histoire, nous découvrons une jeune femme proche de ses quarante ans.

On a envie de dire : mais qu’est-ce qui manque à Pilar ? Rien ou tout. Elle a trouvé à Paris, auprès d’Étienne, cruciverbiste pour Le Point et autres publications sérieuses, l’homme idéal. Attentionné, aux petits soins. Présents pour leurs deux enfants, de charmants chenapans Joseph et Lucien. Cela fait huit ans que tout va bien… Ce qui n’empêche pas quelques regrets…

Pilar est arrivée à Paris avec Stella, belle comme le jour et la nuit réunis. Si belle, que l’on faisait presque une sorte de haie d’honneur sur son passage. Jamais elle ne payait ses consommations. C’était offert… Il y a eu aussi Maud et son entrée au Conservatoire… Jalouse Pilar ? Non, mais si elle savait plutôt petite et rondelette, elle observait. L’oeil vif et le sourire aux lèvres. Elle a tout de même trouvé des amoureux, bien joui de quelques rencontres. Il fallait que jeunesse se passe. (Le tout est raconté avec un humour fou, presque ravageur) et puis les bonnes copines se sont perdues de vue… Que s’est-il passé ?

On sait que la crise de la quarantaine est un moment de basculement. Un besoin de faire le point à la mi-temps d’une vie. Pilar a soudain l’intense besoin de retrouver Stella. Je n’en dirai pas plus. Sauf que, ce n’est pas vraiment une crise de la quarantaine qui est décrite, même si on rit à l’anniversaire des quarante ans. C’est le dernier acte avant d’entrer en scène qui se joue dans la vie de Pilar. La scène d’une vraie vie plus belle que jamais. Peut-être qu’en allant sur les traces de Stella, Pilar soulève le rideau, ou le rabat… Et peut ainsi oser la vie avec Étienne et leurs deux merveilleux gamins. Rien n’est grave, tout est drôle et heureux, ou presque.

Guetter l’aurore, par Julie Printzac, éditions Les Escales

Réussir un tel roman, inspiré de faits vrais, est souvent une gageure. Or, Julie Printzac réussit le tour de force, sur trois générations, de nous conter l’histoire d’une famille plutôt malmenée dans les années quarante. Et pour cause, la famille est juive. Venue de Belgique, installée à Paris, la famille devra sans cesse fuir avant de trouver un havre de paix dans ce qui fut une belle demeure au pied des Pyrénées. Du moins, l’espérait-elle.

L’histoire commence aujourd’hui, pour Déborah, notre héroïne. Elle a quelques soucis, ne va pas bien, et décide de se ressourcer en posant ses valises chez sa mère qui veille sur Esther, la grand-mère dont la mémoire défaille. 

Pourquoi faut-il que soudain Esther lance un prénom qui semble la glacer ? Ce prénom, c’est Clara. Déborah veut comprendre, mais n’en saura pas davantage. Le silence tombe telle une chape de plomb. Autour de ce prénom, qu’y a-t-il ? Déborah veut savoir et va commencer, rien que pour elle, une enquête pour reconstituer l’histoire des siens. 

Le roman est solidement documenté. La trame de l’histoire est là. Et même si l’on sait ce qu’il est advenu au cours de la Seconde Guerre mondiale, les personnages qui se trouvent dans ces pages restent attachants à plus d’un titre et nous bouleversent. Et c’est là le talent de l’auteure qui enquête en France, aux USA et jusqu’en Israël. 

Pourquoi en voulait-on aux Juifs ? De quoi furent-ils coupables pour être à ce point pourchassés, conduits dans les camps ? On le sait, beaucoup ne reviendront pas. Et au sein de la famille de Déborah, ce sera le cas. Dès lors, comment oser vivre ? Les descendants ont leur droit de connaître leur histoire, c’est même indispensable. Le silence qu’on impose aux descendants comporte toujours une part de culpabilité pour eux.

L’émotion affleure au fil des pages qui nous racontent le présent et le passé étroitement mêlés. L’important pour l’auteure aura été de dire, de restaurer une mémoire, celle d’une famille, celle d’un peuple. Personne ne peut faire l’économie de la mémoire au sens large du terme. C’est à ce prix que l’on peut oser la paix et la reconstruction au sens large.

Magnifique roman à lire et à faire lire. 

Qu’importe la couleur du ciel, par Valérie Cohen, éditions Flammarion

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On ne choisit pas toujours sa famille. Il y a la famille des origines, la famille biologique et parfois peut s’ajouter la famille de cœur…

Le roman de Valérie Cohen nous emporte au cœur d’une famille plutôt hors normes.

Au fil des chapitres, elle nous raconte l’histoire de Sybille, mariée à Édouard. Elle a élevé la fille d’Édouard et la descendance de celle-ci sera Joachim. Elle est restée proche de Gisèle, sa meilleure amie.

Sybille est sage-femme, merveilleux métier que le sien qui veille sur la vie d’abord en devenir et l’aide à naître. Malheureusement, sous ses belles jupes, est un ventre « encombré de vide ». Elle ne peut avoir d’enfant.

Le roman de Valérie Cohen est construit tel un thriller psychologique. Que sont les liens familiaux ? Ont-ils tant d’importance ? Au mal être de l’origine incertaine, existent quelques moyens pour oser s’inscrire dans une généalogie. Comprendre le pourquoi du comment. Les tests ADN sont quasiment à la portée de tous. Mais ce petit jeu peut être un bouleversement total. Le piquant et le piment des vies trop bien organisées.

Cela va être le cas de Gisèle, la meilleure amie de Sybille. Gisèle, la mère de Barbara… Et il y a Mila… Merveilleuse gamine sur qui s’est penchée Sybille. Ce test va être un bouleversement.

Un réel feu d’artifice avant de parvenir à des relations apaisées. On aura beau vouloir inscrire sa descendance dans un arbre généalogique authentique, sans l’amour, on ne parviendra à rien.

L’organisation de ce livre peut déconcerter à première vue. L’auteure l’a construit comme on le fait avec un puzzle… Lectrices et lecteurs suivent l’héroïne dans son passé, son présent… par petites touches. À chacune et chacun de remettre de l’ordre dans ces affaires de cœur et d’opérer un bon tri dans ces secrets de familles et ces non-dits. Tout est toujours possible. Les semailles sont faites… La pluie d’amour, car elle existe, peut donner à espérer une belle moisson. 

Une réussite.

La fin des abeilles, par Caroline Lamarche, Éditions Gallimard

Caroline Lamarche, auteure jeunesse et adulte, lauréate du Goncourt de la nouvelle en 2019, offre un très beau récit sur sa mère.

Cent kilomètres les séparent et la fin de vie cette femme qui a déjà perdu son époux, un époux étrange, « sensuel » dira une tante, est une personne qui, percluse arthrose, atteinte de dégénérescence maculaire, ne veut pas se laisser à la plainte. Elle ne veut pas importuner. Sa fille qui vient chaque semaine pour les courses et les rendez-vous médicaux, évoque son travail dans la maison, les abeilles qu’elle a élevées avec une certaine tendresse et douceur, alors que l’on dit les femmes parfois rudes quand elles sont simplement courageuses. 

L’auteure, glisse en même temps des bouts de vie sur ce qu’elle est devenue, comment elle a perçu cette femme occupée à faire chaque année cinq cents boutures de géraniums. Les fenêtres et balconnets devaient être fleuris jusqu’au flamboiement. La mère s’est parfois confiée sur sa relation avec son mari. Il ne fut pas aisé à cette époque d’être une femme épanouie et souriante, quand il fallait y « passer » chaque soir ou presque… S’est-elle inquiétée du bonheur des enfants ? Parfois, il y eut quelques échanges à propos de l’intime.

L’auteure décrit la maison, les livres aux couvertures de cuir que la mère a cirés jusqu’au bout… Puis, les livres qu’elle écoutait, quand elle ne pouvait plus lire… La mère donnait de temps à autre quelques indications pour l’après, les funérailles, le lieu…

Vint le jour où elle dut se résigner à entrer dans une maison pour anciens… Déjà une petite mort… et enfin les doigts qui se risquent à caresser la joue d’une mère.

La fin des abeilles est un merveilleux récit, écrit avec délicatesse. La mère avait tracé le chemin et malgré les derniers jours où, pandémie oblige, les adieux ne furent pas ceux espérés, l’exemple de cette femme est un témoignage d’une grande force, une fenêtre qui s’ouvre pour tout un chacun.

Le tour des arènes, par Anny Duperey, éditions Seuil

On ne présente plus Anny Duperey, comédienne, (théâtre et cinéma) et auteure de romans à succès ou d’essais, et grande amoureuse des chats.

Dans ce roman, en forme de conte psy, elle nous montre Solange, mal dans sa peau et dont on aurait envie de dire. Que t’arrive-t-il, ma Solange ? N’as-tu pas tout pour être heureuse ? Elle est mariée à Didier, bel homme, droit, et qui, à la faveur d’une promotion dans l’immobilier, lui a fait quitter Fécamp pour Guéret dans la Creuse. Solange est issue d’un milieu bourgeois, mais a préféré entrer dans la vie active après le bac, plutôt que de se lancer dans des études de médecine ou de droit…

À Guéret, elle n’a trouvé qu’un poste de caissière dans un supermarché et s’est fait quelques copines qui essaient de la décoincer… On change de look, cheveux rasés sur la moitié du crâne, crête teinte, un drôle de hérisson… Et c’est le moment où apparaît, sans qu’elle puisse s’expliquer le pourquoi du comment, une vague terrible… Comme une vieille culpabilité qui resurgit (inexpliquée) elle ne veut pas aller à l’anniversaire de son papa cardiaque… C’est Didier qui en fait les frais.

Et voici la deuxième partie du livre, puis la troisième (je me garderai bien de tout révéler). Au cours d’un voyage organisé par le travail, elle rencontre à Nîmes une femme, une clocharde hors norme qu’elle est persuadée avoir connue quand elle était très jeune… Près de celle qu’elle appelle Éliane, et qui s’amuse des errances de Solange, d’autres « artistes de la rue ».

Le regard et le cœur peuvent s’ouvrir.

Des pages qui ressemblent à une psychanalyse hors des sentiers battus. Les contes ont beaucoup à nous apprendre sur les exclus, la nécessité d’être vrai, d’éclairer la nuit, d’oser être pour mieux vivre, pour soi et les proches.