Où vont les vents sauvages, par Nick Hunt, éditions Hoëbeke, collections étonnants voyageurs de Michel Le Bris, traduction de l’anglais par Alexandra Maillard

 

Je viens de terminer l’ouvrage de Nick Hunt qui s’interroge sur les vents sauvages…

Ce livre devait sortir pour célébrer le trentième anniversaire de la collection Les Étonnants voyageurs. Une publication prévue pour le 5 mars… Et le confinement est arrivé… sans bloquer les vents… et le virus qui circule encore…

J’ai aimé ce livre qui nous montre un marcheur qui va à la rencontre des vents sauvages d’Europe depuis les Pennines jusqu’en Provence. On découvre l’helm, la bora, le foehn, lemistral…

Un bien beau voyage qui rappelle combien le souffle est important pour la vie au même titre que l’eau que le vent porte emporte, que le chaud du soleil caresse… Sans vent, comment la pollinisation pourrait-elle se faire ? Les abeilles œuvrent certes, mais ne peuvent tout. Quand le vent s’en mêle, il apporte les graines, féconde ainsi les terres.

Nick Hunt nous dit que son admiration jusqu’à la fascination du vent remonte à son enfance. Ce fut un jour où, avec sa mère, il s’est trouvé pris dans une grande tempête sur une côté du pays de Galles… Il eût pu prendre peur. Rien de tout cela, sa mère l’a même encouragé à se lancer à la poursuite du vent ou bien d’aller à sa rencontre.

Ce livre est certes celui des vents, mais pas seulement, il en profite pour revisiter les mythes et légendes. Car en toute civilisation, en tout texte fondateur, le vent est présent. Les poètes ont chanté les vents, les ont célébrés, les ont racontés quand ils témoignaient de ses bienfaits ou de ses méfaits. Si le vent peut détruire, il sait aussi être cette force bienfaisante qui fait tourner les moulins, une énergie aussi pour peu que l’homme sache s’en faire un allié.

Le vent ne laisse pas insensible les artistes. Turner adorait observer les avalanches après les coups de vent. Tempête de neige l’un de ses tableaux montre ce que peut le vent, ce qu’il produit comme émotion.

Nick évoque quelque combat contre lui, quand le vent fait s’envoler la tente et qu’il doit lutter pied à pied. Il cite Camus décrivant les vents de sable… Les lèvres qui se dessèchent. Nick a connu cela avec le foehn en Suisse.

Ne ratez pas ces pages ! Laissez-vous porter, emporter sur les ailes des vents sauvages. Les découvrir, les faire presque sien, c’est déjà les apprivoiser et peut-être danser avec eux.

Nézida, par Valérie Paturaud, éditions Liana Lévi

 

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Valérie Paturaud a été institutrice dans les quartiers difficiles de l’Essonne après avoir travaillé à la Protection Judiciaire de la jeunesse. Puis c’est à Dieulefit qu’elle s’est installée et tout naturellement elle a plongé avec curiosité dans les archives de la région et de cette ville, haut lieu du protestantisme et de la Résistance (Nous n’avons pas oublié La colline aux mille enfants).

Elle a découvert une famille et la vie de Nézida en 1884… Elle a été bouleversée par la vie de cette jeune femme… En avance sur son époque, Nézida se voulait libre, indépendante. Elle, la silencieuse, au-delà des sourires offerts, traçait sa route. Elle osait refuser les prétendants… Elle voulait choisir l’homme qui serait son compagnon d’une vie.

Se marier, travailler à la ferme, n’avoir pas d’autres horizons, la révulsait. Le goût des livres lui était venu à l’école et au gré de quelques rencontres, elle échangeait, empruntait…

L’auteure s’est penchée sur Nézida et les siens, ses frères, ses parents… Puis sur la famille Soubeyran qui est devenue la sienne puisqu’elle a fini par se marier. Elle a suivi Antonin, son mari à Lyon… Elle s’est non seulement adaptée à sa nouvelle vie de femme bourgeoise en ville, mais elle a eu des idées… Dont celle de reprendre des études et de devenir infirmière, médecin.

Le génie de cet ouvrage est de donner la parole à celle et ceux qui l’ont connue. Chacune et chacun a une idée de Nézida et à nous lectrices et lecteurs de rassembler les morceaux du puzzle, l’histoire d’une femme qui avait une devise, Liberté, égalité, féminité.

L’écriture de Valérie est magnifique et ces pages se dévorent avec une intense émotion.

Bravo !

Du rififi au Camboudin, par Maude Mihami, éditions Nil

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Parvenir à écrire une comédie pétillante et qui fait rire n’est pas donné à tout le monde.

Maude Mihami qui fut libraire avant de se lancer dans l’écriture a un talent fou.

Voici donc le troisième volet de sa trilogie consacrée à Alfréd. Mais je rassure les lectrices et lecteurs, on peut commencer par le numéro trois et justement avoir l’envie de lire les autres… C’est possible (ce fut mon cas). Il y avait eu les Les dix vœux d’Alfréd (une sorte de liste des envies de ce petit gamin dont la vie est chahutée puisque papa et maman ne vivent pas ensemble). Les amours d’Alfréd ont suivi, toujours avec le même bonheur.

Du rififi chez au Camboudin permet de retrouver les personnages connus et qui ont fait rire. L’auteure a eu la bonne idée d’agrandir « la famille » avec un personnage qui va faire lien avec les uns et les autres. C’est Désiré Diallo, un jeune médecin, dont la peau est plus sombre que le café, c’est dire…

Pour s’intégrer au Camboudin en 1972, au fin fond de la Bretagne, il faut oser. Pour comprendre le parler local mâtiné d’argot, il faut se lever tôt. Désiré y parvient, même au prix de quelques cuites mémorables, car il faut savoir siffler l’alcool local, vieux remède du village qui pourrait effacer dix ans d’études de médecine.

Désiré rencontre Alfréd dont Agnès, sa mère s’est remise à boire. Rémi, son mari a préféré fuir, mais le gamin lui manque. Heureusement il y a le grand-père, vieux bourru au grand cœur, lui aussi porté sur la dive bouteille. Il y a la coiffeuse et ses deux jumeaux… Il y a Félicien, l’homme cultivé qui a quelques bons restes de latin. Il y a tant de monde dans ce village à nul autre pareil. Pour Alfréd, l’avenir a les yeux de Chantal…

Petit grain de sel, la chèvre qui vit dans les dépendances de Désiré et qui cherche un amoureux.

Ne ratez ce roman… Il fait du bien. Il est drôle.

Mais comment allons-nous faire sans ce village ? Sans les personnages qui nous ont accompagnés ? Maude Mihami veut-elle vraiment tourner la page de Camboudin ?

Un développement très personnel, par Sabrina Philippe, éditions Flammarion

 

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En général, je ne me risque pas dans les ouvrages évoquant le développement personnel, courant de bien-être venu tout droit d’Amérique. Suivre les dires et les techniques d’un coach, très peu pour moi.

Mais il se trouve que la démarche de Sabrina Philippe dans ce roman, au titre sans doute trouvé pour appâter les lectrices et lecteurs friands du genre, m’a intéressée, puisque ce roman est censé montrer que, malgré toutes les techniques enseignées par Sophia, l’héroïne, pour réussir sa vie, le coach a ses fragilités, voire ses faiblesses et n’est nullement à l’abri des drames jonchant toute vie.

Sophia réussit tout, son métier l’a propulsée sur le devant de la scène. Elle a tourné le dos au journalisme, est devenue coach en développement personnel et écrit des ouvrages au succès foudroyant. Sa vie personnelle était une réussite. Son Ce que l’Univers veut pour vous consacre la jeune femme. Sage parmi les sages, elle est très sollicitée… Elle rayonne. Incarne-t-elle vraiment ce qu’elle enseigne ? Pourquoi a-t-elle choisi cette voie ?

Or, son univers s’effondre… Et l’Univers ne peut rien pour elle. Elle se retrouve au bord d’un gouffre… Comment s’en sortir, comment renaître ? Cette interruption dans sa vie, ce choc vont être de nature à la porter à réfléchir. Elle descend en elle. Ce ne sera pas seule qu’elle parviendra à mettre le doigt sur d’anciennes blessures, à retrouver l’essentiel, sa spécificité.

La spiritualité au sens large peut lui venir en aide, les textes sacrés aussi. L’être humain n’est pas qu’une machine qu’on rode, qu’on huile selon certaines techniques. Le chemin de l’accomplissement est autre.

L’ouvrage est bien écrit et son mérite est cette réconciliation de la psychologie avec les grands textes (par exemple les évangiles) mais que la modernité et les sciences avaient écarté au profit de la seule intelligence humaine qui pouvait se passer de l’Invisible.

L’écriture de Sabrina Philippe est de qualité et son roman porte et emporte. L’émotion est présente, nous étreint parfois.

Un roman éclairant, positif et qui est est un baume précieux.

Âme brisée, par Akira Mizubayashi, éditions Gallimard

 

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Quand la musique est là, quand la musique est belle et unit au-delà des idées et des frontières…

Elle est le fil reliant Rei, jeune Japonais qui, en 1938, alors qu’il n’a que onze ans, assiste, caché dans une armoire à l’arrestation de son père alors qu’il répétait Rosamunde de Franz Schubert avec trois musiciens amateurs chinois. La scène se passe en 1938, au centre culturel de Tokyo. C’est une guerre terrible qui se joue en Asie… Les militaires brisent le violon de Yu… Un violon, c’est une âme.

Rei ne reverra jamais Yu, son père, mais récupère cette « âme gisante » au sol. Une blessure dont il est difficile de se remettre.

Des années plus tard, l’auteur de ce beau roman offre un autre mouvement à son histoire.

Jacques Maillard et son amie Hélène sont à Mirecourt, capitale de la lutherie française dans les Vosges. Très vite, on apprend que Jacques, d’origine japonaise a été adopté par un couple Français. Il s’agit de Rei. Il est en apprentissage pour devenir luthier. Il veut même quitter Mirecourt pour se rendre à Cremone, en Italie, haut lieu de la lutherie… Et à cette époque-là, une jeune japonaise vient de remporter un grand prix de violon. Son nom ressemble à celui du militaire qui a sauvé Rei quand il fut découvert tapi dans l’armoire…

Akira Mizubayashi, l’auteur de ce beau roman, maîtrise parfaitement la langue française et offre aux lectrices et lecteurs, une incomparable musique. Le roman est rythmé sur les quatre parties du quatuor de Schubert.

Akira, qui confesse sa difficulté d’écrire avec une « langue greffée » (il excelle cependant dans le genre), veut prouver, démontrer que la beauté, l’art, littérature et musique, sont la matière même de la vie. C’est le seul moyen de défier la mort, d’oser l’avenir en terrassant toute violence.

Ce livre est une réussite et on peut se réjouir que les libraires aient vu en lui le livre qu’il fallait couronner. Le prix des Lecteurs des Écrivains du Sud (ville d’Aix-en-Provence) et le Prix de la ville de Deauville (Festival Livres & Musiques) sont venus s’ajouter.

À lire, à offrir.

Le Fou d’Ariane, par Myrielle Marc, éditions XO

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Il faut bien du talent pour captiver lectrices et lecteurs avec une histoire qui est en fait, un conte moderne, sombre et lumineux, triste et joyeux, situé dans les Pyrénées, en forêt, dans les années quarante.

Myrielle Marc a une façon très particulière de se livrer à l’écriture qui la possède au sens noble du terme depuis son plus jeune âge. Une idée, des personnages, qui lui ordonnent d’écrire leur histoire. Elle laisse ensuite reposer dans la malle à manuscrits, cinq, dix ans. Reprend parfois l’histoire, puis laisse encore reposer. Entre temps, elle commence d’autres ouvrages. Quand elle estime l’histoire bouclée, parfaite, elle se tourne vers son éditeur…

Le Fou d’Ariane peut faire penser à l’un de ses romans, Orfenor. Il est vrai que les ouvrages ont dormi ensemble dans la malle à manuscrits. Une contamination ?

Voici l’histoire du Fou d’Ariane.

Un jour, un notaire un peu fantasque fait vœu de pauvreté. Que les belles armoires et pianos soient rangés, les armoires remplies de vêtements, que gise la canne au pommeau d’argent… Tout doit disparaître et ce grand-père, son épouse, une bru silencieuse et cinq petits-enfants (certains sont frères et sœurs, demi-frère, demi-sœur, ou cousins) vont vivre à l’écart, dans une vieille demeure avec peu de contacts avec le monde extérieur… Ils se satisfont de peu, voire de rien et portent des vêtements ravaudés, des sandales de fortune.

Que s’est-il passé dans la tête du vieil homme ? Au fil du temps, bonne-maman lâche un bout d’histoire, du moins quelques règles de conduite, héritées du monde chic d’où elle vient.

C’est la plus jeune des enfants, Véronique qui raconte l’histoire familiale. Il y a bien sûr Ariane, qui elle, tient le fil, le déroule…

Mais que de mystères dans cette contrée ! Que de rencontres étranges risquant de mettre en danger la vie ? Faut-il redouter ce Fou ? Qu’est-ce qu’un fou ? Ne sont-ce pas des sages, des personnages qui ont flairé la vérité avant d’autres ? Car ces pages regorgent de mystères que les enfants vont peu à peu élucider, sans se confier au face monde adulte. Du moins, le croient-ils. Il y a un secret, un terrible secret. Mais il ne sera pas un obstacle au bonheur futur de cette jeunesse qui se cherche et ose tout. L’amour les lie et c’est bien le plus important.

Une écriture qui colle à l’histoire, captive, envoûte. Ne passez pas à côté de ce bijou !

L’Or du Temps, récit de François Sureau, éditions Gallimard

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Je n’aurais jamais cru qu’il fût possible de se lancer dans l’aventure géographique d’un fleuve français et d’en profiter pour narrer petites et grandes histoires liées à ce fleuve.

François Sureau s’est risqué sur les bords de la Seine. Il est parti de la source du fleuve, au bord duquel il a passé sans doute bien plus de temps que d’autres personnes, pour aller jusqu’à l’embouchure. Et cela donne un ouvrage de plus de huit cents pages truffées d’anecdotes, de faits historiques étalées sur de nombreux siècles avec bien évidemment des amours, amitiés truffées de trahisons, de grandes réconciliations aussi.

On y voit tout autant Jean Anouilh que Jean-Luc Mélenchon, Jean Caillois montrant à Jean Breton une petite boîte mystérieuse contenant des pois qui bougent. Breton s’émerveille et Caillois veut comprendre et ouvrir les pois. Opposition de Breton. On ne touche pas à l’art. Voilà une des métaphores du surréalisme. Et cette scène a lieu au Cyrano.

Bien évidemment, la capitale traversée par la Seine est l’occasion de se souvenir de l’agitation de l’histoire au cours des siècles. Révoltes, révolutions, histoires d’amour plus ou moins cachées… la Seine sait tout. Mais que dire des artistes du dix-neuvième, venus y chercher la lumière, le reflet de celle-ci sur ses eaux ?

François Sureau, auteur, biographe, historien, est avocat de formation. Érudit, il manie la plume comme personne et cet Or du temps qu’il nous offre est un régal. Un ouvrage qui force le lecteur à chercher l’histoire qu’on s’approprie, découvre, redécouvre.

Il y a les personnages historiques, il y a les auteurs, les artistes toutes disciplines confondues. Des liens entre eux, prétextes à rencontres heureuses ou malheureuses.

À la fin de l’ouvrage, plusieurs pages d’index pour les noms dont un bout d’histoire est relaté et un autre pour les noms de lieux.

L’histoire coule et s’écoule comme ce fleuve. L’écriture est belle et ajoute au charme du fleuve.

Notre curiosité est en éveil, la promenade ne manque pas de charme et c’est drôlement bon.

Dernier été, de Franz-Olivier Giesbert, éditions Gallimard

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Il aura tout tenté Franz-Olivier Giesbert pour séduire et capter l’attention des lectrices et lecteurs. C’est un peu normal quand on est écrivain, auteur, biographe…

Le voici dans la peau de Diane, fière de ses origines métisses et qui vit à Marseille.

Cet été-là, la canicule sévit dans un monde gouverné par un chef d’état inamovible. Les émeutes de la chaleur éclatent. On brûle ce qu’on peut, bâtiments, commerces etc… On attaque les personnes sans raison. Des hordes sévissent plus ou moins organisées, les Enragés et Les Exagérés. La censure est là. La commission Busnel sévit. Des écrivains sont interdits et, les découvrir sur des rayonnages, est sévèrement puni. (La liste est donnée)

Donc Diane rencontre Antoine Bradsock, un écrivain fort âgé… Les copains la charrient. « Tu ne les choisis plus au berceau mais en EHPAD… » Diane s’en amuse et ressent les picotements, prémices de l’amour à venir. Elle aime protéger pour mieux aimer. Reste qu’elle est fragile, car elle vient de perdre son chat prématurément. C’est d’autant plus navrant que ce monde est plongé dans une épidémie grippale, un méchant virus dont il faut se protéger en portant des masques. (Tiens, tiens… Le roman se serait-il écrit pendant le confinement ?)

Le vieux monsieur tente de la séduire, l’invite, verse des vins capiteux… Mais c’est plus souvent lui qui s’enivre. Elle est prête à tout lui pardonner et ressent beaucoup d’attirance pour lui.

Dernier été pourrait s’appeler pour Antoine, Dernier amour… D’ailleurs, c’est le titre de l’ultime ouvrage, pense-t-il, qu’il est en train de rédiger. Ce qu’il vit avec Diane, pourrait se retrouver dans les pages de l’ouvrage.

Ce roman est une satire sur notre époque, sur ce que notre monde peut devenir… L’auteur en profite pour griffer ici et là, les êtres, pointer les travers du monde intellectuel. Faut-il rire des flèches décochées à Michel Houellebecq ? Lui qui peut déchaîner quelques foudres…

Il n’empêche qu’on prie le ciel de nous éviter un tel été… mais son talent fait qu’il nous laisse le rire.

 

L’affaire Clara Miller, par Olivier Bal, éditions XO

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Paul Green, reporter au du Globe a connu Clara Miller quand elle était étudiante. Quand il apprend que son cadavre est découvert à la surface de l’eau, après d’autres femmes, dans le New Hampshire en un lieu maudit puisque ce lac s’appelle Le lac aux suicidées, il n’y croit pas. Il décide alors de traquer la vérité au mépris de sa propre vie. Les risques existent.

L’affaire n’est pas simple, la caméra, (une enquête est souvent ainsi, un film dont on arracherait quelques séquences pour les coller, les découper jusqu’en extraire une part de vérité) nous montre d’autres personnages. Qui donc est ce Mike Stilt, une rock star qui s’est mise à l’écart du monde non loin, dans un manoir transformé en forteresse ? Il n’y vit pas seul. Quelques fidèles veillent jalousement sur lui. Et l’auteur nous donne à voir un étrange ballet d’êtres enivrés de paillettes, vivant par procuration dès lors que leur idole a dit, a pensé.

Ce Mike a deux enfants, reclus en ce manoir et qui ne connaissent rien de la vie du monde extérieur.

Paul flaire une histoire sombre mais prend son temps. Il erre autour des lieux à bord d’une vieille Ford (comment ne pas penser à Columbo ?). Il entraîne les lecteurs sur d’étranges chemins. C’est l’occasion pour lui de s’intéresser aux incidences bienheureuses ou malheureuses que provoquent la célébrité sur des artistes et sur celles et ceux qui l’entourent. Ces artistes-là, sont-ils des dieux nouveaux devant lesquels, il faut se prosterner ?

L’auteur s’est solidement documenté et nous plonge dans un univers angoissant, jusqu’au frisson.

Son roman est un roman choral. Chaque personnage s’exprime au je, vibre, tremble, nous interpelle. Chacun détient un peu de la vérité et nous montre les ravages que peut provoquer la dépendance aux idoles de certains fans.

C’est un roman qu’on ne lâche pas, bien ficelé. Une plongée dans le lac sombre de l’humanité. Dépaysement garanti. Battements de cœur assurés jusqu’à manquer de souffle.

Bravo !

Nous tombons, par Anna Platt, éditions Gallimard, collection du monde entier. Traduit du suédois par Hélène Hervieu

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Anna Platt offre aux lecteurs cinq récits de chutes ou de sombres secrets qui mettent les héros au bord du précipice… Parfois, l’un des personnages intervient aussi dans un autre récit et c’est la raison, sans doute, pour laquelle l’éditeur a pu mettre roman, sur la couverture.

Chaque histoire est écrite au Je… L’auteur sait parfaitement se glisser dans chaque personnage, le ressentir, le vivre de l’intérieur.

On commence par l’histoire de Kare, pilote d’essai d’avion, bien en phase avec sa vie, père de famille. Une vie apparemment sans histoire. Mais dont il connaît la fin après l’ivresse des hauteurs et des ciels ennuagés.

Il y a Marie-Louise, secrétaire dans une agence immobilière qui se révèle soudain…

Monica est touchante, elle que le crabe saisit tout comme Elis, vieil homme en maison de retraite qui n’a pas tiré un trait sur son passé et continue de s’intéresser aux oiseaux.

Ida est-elle de nature à nous redonner le goût de la vie, elle que la vie a privé de sa mère très tôt ?

N’imaginez surtout pas que cet ouvrage incite à se tirer une balle dans la tête et qu’il va vous plomber le moral ! Le talent de l’auteur, c’est de procéder par petites touches, de nous montrer ce que nous sommes, de permettre la prise de distance. Anna Platt aime ses personnages, les peint avec tendresse, même sans éluder la cruauté dont parfois nous sommes pétris.

Ne ratez pas cet ouvrage dont l’action se passe en Suède ! Dépaysement garanti, même si l’histoire eût pu se passer ailleurs.

Ainsi sont les êtres humains, condamnés à la chute qui parfois peut élever.