Le roi Jéhan, par Marine des Mazery et Bénédicte des Mazery, éditions Lapin

Marine

Bénédicte

Voici un album très original qui raconte la vie du roi Jéhan au Moyen-Âge… En 80 pages, mère et fille s’amusent à nous narrer les aventures de ce pauvre roi complexé… Il est le roi Jéhan de Petitquiqui. Il pense qu’à cause de la petitesse de son organe tout le monde rit de lui. 

D’abord, il est important de se rassurer. Comment faire ? En multipliant les aventures, les conquêtes, même s’il faut pour cela délaisser la reine. Car reine, il y a. Et si à force de tirer sur sa paille, elle grandissait… Enfin… Que nenni… On continue de rire de lui, surtout depuis qu’un roi voisin n’a pas ce souci. Lui, la nature l’a comblé. C’est la plus grosse qu’on ait jamais vue.

L’histoire se lit à deux niveaux, telle que je viens de vous la conter avec des dessins, très tendres. Ce qui se lit est dessiné en rouge… Et puis, il y a quelques traits bleutés et ô miracle en appliquant le calque rouge joint au livre, nous voyons toujours le roi Jéhan… Mais il est tout nu… Car, en ce royaume, tout le monde vit nu… C’est pour cela qu’on l’on sait tout.

Il n’y a pas de quoi s’en offusquer… Ni complexe, ni trivialité… On rit, c’est tout et on se prend à réfléchir sur ce qu’est le pouvoir des puissants. D’où leur vient-il ? Du corps ? Sous la ceinture ou de la tête ? Serait-ce d’ailleurs la raison des guerres ? Les puissants ont donc des revanches à prendre ?

Mère et fille ont uni leurs talents pour cette histoire à lire en famille et entre amis pour rire et peut-être méditer… 

Les Gueules Noires, bande dessinée, par Alain Gillot, (alias Zampano) scénariste, Jack Domon, dessinateur de BD, éditions Casa

Alain Gillot (alias Zampano)

Jack Domon, dessinateur BD

Cette BD est une autre façon de voir le Nord, de voir le football. C’est une histoire d’amitié entre les jeunes d’un quartier abandonné.

Des anciennes mines de charbon, il ne reste que des terrains vagues envahis par les ronces. Mais des mômes y vivent ou plutôt y survivent. Les mères travaillent comme elles peuvent, les pères s’abandonnent au silence et parfois à la bouteille.

Il paraît qu’on risque de raser le quartier…  Mais une bande gamins animés par la joie, malgré tout, va prendre la vie du quartier en mains et aider les anciens à se réinsérer. 

Et si, on nettoyait les lieux, et si, on domestiquait le terrain vague. On en ferait un terrain de foot, un potager. On jouerait, on aurait des spectateurs. Il faudrait les désaltérer. Et si, on réinventait la buvette du stade. Et si, ceux qui étaient partis ailleurs, plus loin, revenaient animer le club, apprenaient à jouer aux plus jeunes…

La bande de gamins réussit là où certains adultes avaient baissé les bras… La bande de gamins remet les anciens debout et à l’ouvrage. La bande de gamins fait se lever le soleil sur ces terres que la nuit avait envahi. La bande de gamins est plus qu’une lumière, c’est une merveilleuse leçon de courage.

Bravo au scénariste, au dessinateur, à la maison d’éditions qui ose faire entendre sa petite musique, si différente mais dont nous avons tant besoin.

L’Aube du diable, par Arnaud Zuck, éditions Ex-Aequo, collection hors temps

Arnaud Zuck quitte sa robe d’avocat pour s’emparer d’une histoire qu’il aurait pu, en son temps, avoir à défendre, pour ou contre.

Il nous offre un roman, inspiré de faits réels. L’histoire glaçante d’un prêtre beau comme un dieu, au charisme exceptionnel, qui apporte dans la petite paroisse meurthe et mosellane où il est nommé juste après-guerre, un bol de lumière et de joie. Les paroissiennes se pressent, les familles se réjouissent. Bref, le ciel a rejoint la terre où l’on rit, festoie et danse le rock’n’roll. 

Outre le récit d’un fait divers que personne n’a oublié, l’auteur offre aux lectrices et lecteurs, un roman, un vrai. Ce qui lui permet de prendre quelques libertés, de ravauder et combler la toile de l’histoire quand des trous apparaissent. Peut-être aussi n’a-t-il pas envie qu’on lui fasse de reproche : « Vous vous trompez, ce n’est pas ainsi, ce fut comme cela. » Le roman est un chemin de liberté pour les auteurs.

L’affaire fit scandale, ébranla la France entière. Qu’un prêtre ose commettre l’irréparable, tuer la jeune fille à qui il parlait d’amour… Et s’en prendre aussi au bébé qu’elle portait et de quelle façon… Ce bébé pouvait vivre au moment des faits, mais ce serait bébé qui dirait qui était son père, un misérable meurtrier. Un fou. On peut s’interroger. Satan n’a-t-il pas réussi un beau coup en se glissant dans la soutane de cet homme assoiffé de plaisirs ?

L’affaire, c’est bien sûr celle du curé d’Uruffe que l’on reconnaît tout de suite, malgré le changement de noms, de celui du curé, du village, de l’évêque de l’époque. Je ne suis pas certaine que Mgr Lallier qui était en poste à l’époque ait été ainsi. Mais bon, nous sommes dans le roman… Et le monstrueux curé -comment l’appeler autrement ?- n’aura pas la tête coupée par la guillotine qui officiait encore. Sans doute, une peur de couper la tête à Dieu, dont le prêtre est le représentant. 

On sait que ce curé sera le plus vieux prisonnier de France et qu’il est mort presque centenaire. Une longue vie dans une cellule humaine. Une longue vie avant les flammes de l’enfer, sauf si Dieu est, et qu’il a pu pardonner une telle horreur. 

L’auteur a parfaitement réussi son ouvrage qui interpelle, fait frissonner d’horreur et interroge tout un chacun sur les dérives du Mal jusqu’à la déraison.

Les fils du pêcheur, par Grégory Nicolas, éditions Les Escales

Il est des auteurs délicats qui osent raconter des histoires fortes bouleversées et bouleversantes. J’avais eu le plaisir d’interviewer Grégory Nicolas pour « Des histoires vraies » au Hall du Livre à Nancy. Un roman qui déjà flirtait avec les légendes familiales qui sont le lot de tant de familles. Légendes pourtant enchanteresses, malgré parfois, des petits et grands pics. Lectrices et lecteurs ne pouvaient y être insensibles et lire l’auteur renvoyait à d’autres histoires personnelles.

Au hasard de mes achats en librairie, je tombe sur « Les fils du pêcheur », écrit par ce Breton amoureux de sa Bretagne, des grands espaces, toujours apte à ausculter les affaires de famille, celles qui, apparemment, sont lisses, joie et chagrin mêlés.

Voici le narrateur du roman, tout juste papa d’une merveilleuse gamine qui vient de naître. Le téléphone sonne. C’est sa mère. Il n’a pas le temps de lui annoncer la naissance de la petite. La mère a une autre nouvelle : le bateau de son père, le Arc’hvill (Il faut prononcer Arwil), ce coquillier bleu et blanc a sombré « corps et biens ». 

Un choc ! 

Le fils entame donc l’écriture du roman de ce bateau qui a accompagné Jean, son père marin pêcheur toute sa vie. Un homme admirable, toujours présent pour les fêtes anniversaires de chacun, sauf une fois. Un homme que ses enfants ont aimé, admiré, comme lui les a aimés. Mais est-ce que la vie est aussi simple et belle ? 

Ils ont à redécouvrir cet homme dont un secret ombrait sa vie. Benoît Notre-Dame, (c’est son nom) viendra les éclairer au milieu de ce roman. Un besoin de dire et d’avoir lui aussi percé la nuit d’un événement douloureux enrobé de trop de silence. Qui fut fautif, coupable ? Un pardon est-il possible ? 

Ce qui est merveilleux dans cette chronique intime autant que sociale qui coure sur une soixantaine d’années, c’est que rien n’est inéluctable. Que la joie et le rire peuvent renaître. La plume de l’auteur cisèle, plonge dans la vie, pêche le meilleur avec un talent qui n’appartient qu’à lui. Il rend ainsi un vibrant hommage aux gens de la mer et à celles et ceux qui vivent près d’eux.

À lire absolument !

Le chemin d’une dame, par Évelyne Jonas, éditions de l’Officine

Évelyne Jonas a toujours eu envie d’écrire. Assistante sociale, elle regardait la vie, les êtres, jusqu’à ce qu’un déclic se produise et qu’elle se lance. Le premier ouvrage a été remarqué… D’autres ont suivi.

C’est une touche à tout, la poésie, les livres jeunesse, les ouvrages pour adultes. Elle n’hésite pas à se rendre dans les écoles où elle témoigne et donne le goût de l’écriture qui passe par la lecture. Elle fait de même en médiathèque.

Elle dit que ce confinement lui a laissé plus de temps pour se documenter sur l’ouvrage qui vient de paraître et qui se passe dans le Gâtinais, près de Montargis. 

Elle nous offre un roman qu’elle qualifie d’historique, parce que la guerre de 1914-1918 est en toile de fond et va bouleverser une famille de fermiers. Une période douloureuse où les femmes ont dû prendre leur part, suppléer l’absence des hommes appelés à servir. Combien périr laissant des mères éplorées, des jeunes femmes brisées, et des enfants orphelins ?

Lucie est de celle-là. Sa mère, veuve, mène la ferme familiale à bout de bras. Sa vieille mère dont les doigts la lâchent, comme elle dit, peut tout juste éplucher les pommes de terre et avoir des paroles de réconfort et d’encouragement.

Le vieux commis est devenu impotent. Il faut embaucher. D’autant que la mère de Lucie, en avance sur son époque, tient à ce que sa fille étudie au-delà du certificat d’études pour avoir un vrai bon métier qui la rendra libre. 

Célestin, beau trentenaire, arrive à la ferme… Un commis parfait qui fera un gendre presqu’aussi parfait. Une petite Fernande naîtra de ces amours.

Au jour le jour, Évelyne raconte ces vies bouleversées et bouleversantes tirées d’une histoire vraie, comme elle le précise à la fin de l’ouvrage. Les petites histoires qui font la grande histoire.

Tant qu’il reste des îles, par Martin Dumont, éditions Les Avrils

Léni vient de se séparer de Maëlys. Tous deux ont eu Agathe, gentille gamine. Il travaille sur une île. Marcel, son patron vieillissant, est chef d’une entreprise qui répare et peut fabriquer des bateaux. Sur cette île, on s’agite. Un pont se construit (après un vote en faveur de ce pont) qui reliera le continent aux insulaires. Il reste quelques agités dont les copains de Léni, Karim, Stéphane, Yann, Christine aussi, qui tient le bar, joue de l’accordéon et chante comme personne. Cette joyeuse bande entend ne pas baisser les bras. Car une île, c’est un morceau de poésie, un caillou posé dans la mer, une île ça se mérite… 

Tout en comprenant ses amis, Léni ne sait pas prendre parti, pas plus pour l’île, que pour déclarer son amour. Maëlys semble encore l’attendre, il garde le souvenir de tant de tendresse quand survient Chloé, la journaliste photographe venue travailler et à la fois se remettre d’une histoire douloureuse. Il est heureux à ses côtés, mais tout aussi incapable de se déclarer et de prendre des décisions…

Ce roman est narré du point de vue de Léni, lucide sur lui-même, qui ne se cherche pas d’excuses et que lectrices et lecteurs finissent par trouver attachant.

On peut regarder Léni, telle une île perdue au milieu des flots et incapable de jeter le pont pour aller aux autres.

On aime ces amitiés, ces vies de marins, parfois rudes mais au cœur généreux. 

Martin Dumont est un amoureux de la Bretagne, de la voile et du grand large. Son premier roman Le chien de Schrödinger était une réussite et le second ne déçoit pas. 

Et le chêne est toujours là, par Sofia Lundberg, traduit du suédois par Caroline Berg, éditions Calmann-Lévy

Sofia Lundberg nous avait éblouis avec Un petit carnet rouge, qui fut un best-seller. Il y a fort à parier que Et le chêne est toujours là empruntera ce chemin.

Elle nous raconte l’histoire d’Esther, fragilisée par un divorce douloureux qu’elle a voulu. Les week-ends sans son fils Adrian sont douloureux pour elle. Pour trouver un peu de douceur et d’apaisement, elle va s’asseoir sur un banc proche d’un superbe vieux chêne. 

Or, un jour, sur ce banc, une vieille dame s’est assise. Elle s’appelle Ruth. Elle rayonne d’optimisme et de joie de vivre.

Le courant passe bien et Ruth se raconte, évoque sa jeunesse. Esther est attentive, captivée par les propos de la vieille dame…

L’amitié et l’amour n’ont pas d’âge. Esther est tendue vers Ruth… Vient le moment où quelque chose semble sonner faux. Pourquoi Ruth se force-t-elle à la joie de vivre ? Et si elle cachait quelque chose…

Un questionnement qui conduit Esther à s’interroger sur sa vie, l’amour vécu avec Alex, les pinceaux qu’ils ont mêlés pour se livrer à la peinture. Il fut son guide, presqu’un pygmalion. Les interrogations à propos de Ruth et le présent d’Esther alternent avec les souvenirs d’une famille perdue…

Qui a perdu l’autre et pourquoi ? Esther se souvient d’Alex refusant le divorce, jamais il n’apposerait son nom au bas de l’acte de séparation. Il ne ferait jamais cela pour ne pas blesser Adrian, leur enfant, né de l’amour.

Restent les secrets de Ruth qui vont expédier Esther jusque sur les bords du lac de Côme. En cherchant à comprendre Ruth, Esther va se mettre au clair avec elle-même et se délivrer de la culpabilité d’avoir quitté Alex, dont elle a découvert des aspects manipulateurs qui étaient un frein à son propre épanouissement.

Ce roman est une bouffée de tendresse et de délicatesse, seules capables d’en découdre avec la solitude, afin de réparer les âmes blessées. Ce roman est aussi la preuve que tout être a besoin de sourire et d’amitié pour oser vivre.

Ne pas hésiter à lire cette histoire qui fait du bien.

Au diable Pauvert, par Brigitte Lozerec’h, éditions Gallimard

Brigitte Lozerec’h s’est fait connaître avec un roman qui racontait son enfance au sein d’une famille catholique bretonne. À une époque où il fallait se taire face aux outrages infligés pendant son enfance, puis son adolescence, elle avait osé révéler en 1982 ce qu’elle avait subi de la part de son frère aîné et de ses cousins. Elle fut l’une des premières à briser le silence autour de l’inceste.

L’Intérimaire lui avait valu de passer à Apostrophes chez Bernard Pivot. Ce livre avait pu voir le jour grâce à Jean-Jacques Pauvert, figure à part dans l’édition. Il avait été celui qui avait défendu Albertine Sarrazin, auteur de L’Astragale, qui racontait son évasion de prison, qui elle aussi avait brisé un silence face à la prostitution. Brigitte s’était dit, si un tel homme a pu défendre Albertine, il pourrait lire ce que je vais écrire sur moi. 

Elle ne s’était pas trompée. Entre l’éditeur et elle qui lui permettra la mise au monde après dix ans d’écriture, de réécriture de pages libératrices, une relation amoureuse va naître, puis l’éloignement avant des retrouvailles. Elle sera sa dernière épouse et l’accompagnera jusqu’au dernier jour au bord de la Riviera. Une complicité faite de lectures et un regard sur la forêt à nul autre pareil. 

Elle nous raconte avec pudeur et délicatesse ce que fut cet homme qui publia les mémoires du marquis de Sade. Elle décrit cet homme admiré et admirable, mais aussi la face dérobée ombrée de tant de solitudes qu’on cache derrière un sourire. 

Incontestablement, elle reconnaît que cet homme lui a permis d’être elle, de grandir. 

Le titre de cet ouvrage, un peu provocateur (le titre), est emprunté à un article de Livres Hebdo. Jean-Jacques Pauvert a dirigé les éditions Jean-Jacques Pauvert qu’il avait créées. Il s’agit d’un jeu de mots, clin d’œil peut-être à la maison Au Diable Vauvert, maison qui publie des textes qui peuvent déranger, mais pas seulement.

Reste ce bel ouvrage pour relater un bel itinéraire et sur la vérité des mots qui délivrent.

L’été sans retour, par Giuseppe Santoliquido, Éditions Gallimard

C’est le premier roman que publie Giuseppe Santoloquido chez Gallimard. Auparavant trois autres romans ont été publiés en Belgique où il s’est installé. 

De sa belle écriture, concise et poétique, il nous raconte une fête au village de Ravina dans les Pouilles en Italie. Tout le monde s’amuse, oui, mais une gamine de quinze ans se volatilise… Le village se mobilise, on cherche, on enquête et plus les jours passent, plus l’espoir diminue. 

Ce que montre l’auteur, c’est ce que ce drame suscite, les répercussions chez les habitants et au sein de la famille quand une horde de journalistes « fouille-merde » envahit les lieux. D’un drame vécu chez de modestes habitants, naît un feuilleton national qui nourrit l’opinion qui a besoin de sensationnel. Et tant pis pour ces vies brisées !

Le héros du roman, c’est Sandro, proche de la disparue et qui revient au village des années après afin de comprendre ces quelques mois de déraison, ces jours qui ont bousculé des vies, révélé des secrets de famille, sans toutefois éclaircir ce nœud dramatique de la disparition d’une très jeune fille.

L’auteur analyse, dissèque, se met à la place de Sandro, (est-ce lui ?) s’interroge. Pourquoi n’est-il pas revenu avant ? Pourquoi n’a-t-il pas renoué avec cet homme qui s’est accusé et qu’on a mis en prison. Pauvre Pascale dont la vie a volé en éclats et qui longtemps a continué de hurler, la conscience lui brûlait comme de la paille sèche en plein soleil. Ce n’était qu’une farce (???) … Il peut le jurer sur la Bible. Sandro lui devait tant et il ne l’a pas revu… 

Scrupules et remords s’entrelacent et tissent la nuit de nos ignominies. En lisant cet été sans retour de Giuseppe Santoliquido, je pensais aux ouvrages d’Armel Job qui vit en Belgique et qui sait avec intelligence disséquer, passer au scalpel nos âmes, mettre à nu, car c’est toujours nécessaire. On ne peut être complice statique des noirceurs humaines que nos silences installent et qui sont source de trop de cruauté. 

Je pensais donc à Armel Job et je lis que Giuseppe Santoliquido le remercie… On veut croire que la vie se gagne et se regagne sans cesse, à condition de se convaincre qu’un salut est toujours possible…, écrit l’auteur à la fin de son ouvrage. Mais le prix à payer est parfois bien lourd.

Magnifique roman !

L’enfant du train, par Ruth Druart, traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Karine Xaragai, éditions City

Je défie quiconque qui lira ce livre de ne pas être ému par l’histoire que Ruth Druart a écrite.

C’est l’histoire de Charlotte et Jean-Luc, des Français partis s’installer aux USA juste à la fin de la Seconde guerre mondiale. En 1953, ils habitent Santa Cruz et élèvent Samuel, leur fils. Ils sont heureux, des parents prévenants… Jusqu’au jour où on frappe à leur porte. Le mari est conduit à l’Hôtel de Ville, il doit être interrogé. Est-ce pour cet accident survenu quelques semaines auparavant ? 

L’auteure nous montre l’attente de Charlotte, son travail, ses liens avec les voisins. Les Beauchamp ont été bien accueillis. Charlotte a été rebaptisée Charlie et Jean-Luc, John le signe d’une intégration réussie…

Il n’empêche que l’angoisse étreint la jeune femme. Jean-Luc met du temps avant de revenir. Pourquoi ?

Au cours d’un questionnement douloureux, Jean-Luc est conduit à mettre en lumière, ces sombres jours de mars 1944, quand cheminot, son travail l’a envoyé à Bobigny-Drancy d’où partaient les trains bondés de Juifs et de résistants qui, pour la plupart, ne reviendraient jamais d’Auschwitz. 

Et voici qu’on l’accuse… qu’on le montre du doigt pour avoir participé à ces crimes de guerre. Il se défend… Il explique, il a même tenté de saboter les rails pour empêcher les trains de partir et… il a reçu un bébé dans les bras, un bébé d’une jeune femme qui allait partir en déportation. Elle l’implorait de le prendre, de lui donner une chance.

Ce beau roman, met l’accent sur les déportations, sur la barbarie, mais aussi sur les actes de courage des uns, la veulerie d’autres. Il parle de l’amour maternel, des déchirures de l’âme, des prises de consciences. Si l’on voit vivre Charlotte et Jean-Luc et leur petit Samuel, on voit aussi Sarah et David oeuvrer à se reconstruire en fouillant le passé. 

Cœurs et âmes sont griffés par le questionnement sur le sens du mot bonheur… Le couple Sarah et David nous émeut. Tous deux osent l’impensable en se sacrifiant. Car la vie est première.

Des pages magnifiques !