Femmes étonnantes, par Jean-Marie Cuny, éditions du Sapin d’Or

Des femmes étonnantes, affirme l’auteur de cet ouvrage, dont il sait qu’il est incomplet –c’est une sélection. Des femmes étonnantes, on en trouve à toutes les périodes de notre histoire. Reines ou duchesses, artistes ou poétesse, sportives, scientifiques, politiques, toujours dévouées aux bonnes causes… mais c’est bien tardivement qu’elles ont trouvé une place sur le devant de la scène. 

En France (pays où les femmes n’ont pu voter qu’en 1945), la première femme ministre émerge en 1947, la première femme maire en 1968. Le premier ministère des droits de la femme, c’est en 1981…

Voici donc un peu plus de soixante-dix portraits de femmes de Lorraine ou s’étant intéressées de près à une ou des femmes de Lorraine, ou s’étant prises de passion pour cette belle région et son histoire… L’axe est intéressant. On apprend une foule de choses et les Lorrains pourront relever la tête. Leur terre a abrité des femmes étonnantes, certes, depuis longtemps. Elles y ont laissé des traces de lumière. Mais non, ne rougissez pas…

J’ai aimé que figurent des aviatrices, audacieuses comme Caroline Aigle ou Marie Marvingt, des artistes comme Damia ou Camille Claudel, Doris Lauer, des reines comme Marie-Antoinette, petite fille de Léopold ou Zita de Habsbourg, des soignantes comme Geneviève de Galard ou Anne Feriet qui, au 16ème siècle soignera les pestiférés.

J’ai aimé les chercheuses et poétesses… Hildegarde de Bingen, Christine de Pisan (venue d’Italie) mais émerveillée par notre Jeanne d’Arc de Domrémy et qui écrira pour la Pucelle (c’est le texte le plus ancien consacré à Jeanne et l’un des derniers que la poétesse écrira). Mais celle qui a le mieux suivi Jeanne d’Arc, c’est l’historienne chartiste Régine Pernoud… Elle est dans cet ouvrage comme tant d’autres.

Petit regret (c’est la féministe qui parle) j’eusse aimé trouver Simone Veil, mise au Panthéon, femme de cœur et d’âme dont la famille est originaire de Bionville-sur-Nied. Elle méritait d’être dans cet ouvrage… pas moi… (rire)

Le vœu que l’on puisse faire, c’est de poursuivre cette publication, vol 2, 3… je crois qu’on pourrait en faire un dictionnaire…

À lire et à offrir

Un été de neige et de cendres, par Guinevere Glasfurd, éditions Préludes, traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Claire Desserrey

En lisant cet ouvrage, on ne peut s’empêcher de songer à notre époque… Aux bouleversements climatiques et à ce qu’ils pourront entraîner. Quelles transformations produiront-ils en chacun ?

Qui sait qu’en 1815, sur l’île de Sumbawa, en Indonésie, l’éruption du volcan Tambora va bouleverser des vies ? Cette éruption est la plus importante jamais enregistrée.

Traitée tel un roman, mais avec une grande justesse ton, solidement documentée, l’auteure nous montre dès le début de l’ouvrage, comment Henry Hoog, médecin à bord du Bénarès, va rendre compte de la catastrophe. Il écrit à son épouse. Il ne reconnaît pas l’île, magnifique écrin de verdure autrefois et qui est réduite à l’état de cendres. Pendant des jours, c’est la nuit autour de lui. Les rayons du soleil ne parviennent plus à percer ce nuage de fumée. 

Le mérite de l’auteure, c’est de mettre en avant cinq personnes à travers qui seront les victimes de cette catastrophe qui frappera des milliers d’autres. Parmi elle, Mary Shelley et John Constable ; une fille de ferme, Sarah Hobbs qui lutte désespérément et tente de repousser la misère. Hope Peter lui revient des guerres napoléoniennes. Quant à Charles Vermont, un pasteur, sa foi est à la peine…

Ces « héros » sont sans lien les uns avec les autres et pourtant les conséquences de cette éruption et ce qu’elle va entraîner de tragédies ne peuvent laisser indifférents. Les humains sont dépendants de la nature, du climat, du souffle des vents et du soleil…

Le mérite de l’auteure est d’avoir bien analysé la situation. De rendre crédible les agissements, de pointer ce qu’une telle catastrophe climatique va entraîner. Où est Dieu dans tout cela diront certains à l’homme de Dieu ?

Il faut de l’audace pour se lancer dans un tel sujet, de l’audace et du talent.

L’auteure sait scruter l’âme humaine, débusquer les élans imprévisibles et nous attacher à l’histoire.

Du grand art ! 

À lire impérativement.

Une certaine idée du paradis, par Élisabeth Segard, éditions Calmann-Lévy

En Touraine à Mouy-sur-Loire, arrive Nathalie venue de la région parisienne. Elle a acheté la Verronnerie, (ancienne demeure des Ours) pour y installer un gîte. Elle fait connaissance avec Madame le Maire, Claudine Imbert qui mise sur les traditions et la procession annuelle dédiée à Saint Roch, le patron du village, pour faire rentrer l’argent dans la bourgade. Ce jour-là, on sort le reliquaire qui contient les oreilles du saint, patron de marcheurs et grand protecteur des malades atteint par la peste.

On découvre l’abbé Marcel, menuisier à ses heures pour les habitants. Le paiement des services rendus, ce sera un mois ou plus de présence à la messe dominicale. Cette année-là, il est bien embarrassé, les oreilles du saint patron ont disparu…

Il y a le cafetier Ahmed, mariée à une Corse. Il voit tout, entend tout, comme Violette Laguille, une vieille dame qui a ses secrets.  Un passé entre ombre et lumière. Elle n’est pas du village, elle a seulement été adoptée… 

Nathalie énerve… toujours à la recherche du bio, du meilleur… Ça ne passe pas avec les habitants du village. Est-ce la raison pour laquelle, un jour, on retrouve son cadavre dans sa maison… (Mme le Maire ne l’apprendra que par le journal… étrange). Ce ne sera pas le seul meurtre, suivra celui de la coiffeuse, puis la découverte du corps du mari de Nathalie dont elle était séparée. Qui et pourquoi ?

C’est la vieille Violette Laguille qui va se coller à l’enquête et découvrir le fin mot de l’histoire.

C’est le second roman d’Élisabeth Segard… Un polar de région, à la manière d’Agatha Christie, du punch, de l’humour et des personnages attachants.

Une agréable lecture.

Papiers d’identités, par Jean-Pierre Versini-Campinchi, éditions du Cerf

Jean-Pierre Versini-Campinchi est un avocat célèbre, l’un des doyens du barreau parisien. À ce titre, il eût pu publier ses mémoires, les grandes affaires gagnées, d’autres perdues et qui ont permis à l’humaniste qu’il est de progresser… Les lectrices et lecteurs se seraient ainsi régalés en le lisant.

C’est une toute autre voie qu’il a choisi pour ce livre, le premier qu’il publie. Il s’est attaché à ses racines, à sa généalogie. Il fallait bien un arbre aux branches amples et puissantes pour y accrocher celles et ceux qui ont fait ce qu’il est devenu. Un père qui a de nombreux enfants de six femmes différentes, toutes épousées. Une famille qui, à l’origine, a quitté les Antilles pour échouer en Picardie dans une maison où c’est le docteur Agricole (ça ne s’invente pas), un oncle, accouchera plusieurs générations de cette famille… Une maison revendue et rachetée ensuite par notre avocat. 

Comment quitte-t-on les Antilles pour arriver en France ? Comment fait-on souche avec la Corse en croisant la Martinique, en passant par Dakar ? On doit être apte à l’adaptation, avoir une tête bien faite. 

L’histoire familiale de Jean-Pierre Versini-Campinchi est hors norme. Il a une mère poétesse (Marcelle Attuly dont il publie en fin de l’ouvrage quelques poèmes ou courts textes sur l’exil, l’espoir, ceux qui savent aimer…) un père qui a tenté d’être faux-monnayeur, un grand-père haut magistrat, un grand-oncle ministre… Qu’on n’aille surtout pas s’imaginer qu’il a été un enfant ballotté entre plusieurs mamans, un oncle d’adoption. Non. Il parle de quelques jolies filles dont il sait tomber amoureux dès l’âge de six ans. Rien que des événements normaux pour lui. La vie, les lieux qu’il décrit avec un juste ton.

Dans ces pages, l’auteur témoigne de la richesse du métissage, de ce qu’il produit, offre d’incomparable… 

Papiers d’identités, le titre du livre (avec en couverture sa grand-mère) est une savoureuse leçon d’humanité qu’il faut offrir à celles et ceux tentés par le communautarisme. Le métissage est une chance, un carrefour d’enrichissement des cultures qui ne peut que faire grandir.

Des pages alertes qui abordent les grandes questions d’aujourd’hui où il est interdit de prononcer les mots race, nègre… L’auteur peut en parler, il connaît ses origines, tellement bien qu’il peut affirmer que lorsque le métissage est réussi en France, quelle que soit la couleur de la personne, elle peut dire qu’elle appartient au peuple gaulois.

C’est dit.

À lire pour ouvrir les cœurs autant que les esprits.

À la frontière de notre amour, par Kyra Dupont Troubetzkoy, éditions Favre

À la frontière de notre amour, le roman de Kyra Dupont Troubetzkoy raconte certes une histoire d’amour, mais brosse aussi le tableau du monde troublé dans lequel nous vivons.

Gaïa est une jeune humanitaire. Alors qu’elle est en mission en Tchétchénie ravagée par la guerre, à un check point, elle rencontre Peter. Un regard a suffi. Est-ce le fait qu’il faut se rassurer, oser la vie et l’amour parce la mort est à la porte de chacun chaque matin ? Des cœurs se mettent à battre. La fougue, la passion…

Peter ne dit rien de lui, sinon qu’il est en mission. Elle ne saura rien de cet homme. Militaire ? Agent spécial au service des États-Unis ? Espion ? A-t-il besoin d’elle ? Les questions vont affluer chez Gaïa, mais sans doute trop tard, elle est éperdument tombée amoureuse de lui. 

Les missions de Gaïa vont changer. De la Tchétchénie, elle passera au Caucase, en Afghanistan et même en Irak. Elle montre ce que sont ces guerres d’idéologues et les dégâts causés au sein des populations. Elle est plutôt du genre casse-cou. Elle prend des risques, y compris pour aller rechercher les corps, afin que les familles en disposent après une bataille.

Des descriptions parfois insoutenables, sauf pour les mouches.

Qu’est-ce qui la tient ? Les copains humanitaires ? Les filles engagées comme elle dans ces missions impossibles parce qu’on croit encore en un monde meilleur ? Des confidences échangées certains soirs après « la bataille » autour d’un verre ? Il y a Emma, Marni qui vivent aussi une histoire d’amour hors normes. L’une a un Scott tout aussi mystérieux, une autre un Viktor. 

Gaïa a parfois des nouvelles de Peter. Une adresse email dont elle apprendra qu’il l’a créée pour eux deux avec un code secret Delta…

Ce roman qui met en lumière avec une grande justesse de ton la situation de ce monde en déshérence, montre certes l’engagement, la fierté qu’on peut tirer d’avoir, malgré les risques, sauver : « Je suis fière de nous, fière de ne pas avoir déclaré forfait. J’aurais voulu que Peter me voie, à la barre, en capitaine, mon navire à bon port, avoir réussi cet exploit. » 

Mais au-delà des missions dangereuses, reste l’interrogation de tout un chacun sur l’amour… Qu’est-ce que l’amour en temps de guerre. De quoi a besoin l’amour pour se nourrir et grandir ? Ici, l’adrénaline secrétée par les situations dangereuses semble nourrir le sentiment entre deux êtres… Reste à savoir si ce sera suffisant pour sceller deux êtres… Aimer un jour, une nuit, parce que demain risque de ne jamais venir, est-il un gage d’avenir ?

Dieu aime les rousses, par Martine Marie Muller, éditions Presses de la Cité

C’est au sein d’une famille peu commune que Martine Marie Muller plante le décor de « Dieu aime les rousses ».

Cette famille vit en Normandie, non loin de Dieppe. Pour Aïda et Fergus d’Hocquelus, deux points essentiels rythment leur vie. Les jardins et le courant artistique Art & Crafts. 

Ce couple est passé par l’Angleterre dont il aime certains modes de vie. Ils n’ont pas toujours été à l’aise, mais ont réussi à créer leur « dynastie » au Paradou (qui veut dire paradis dans le Sud). On parle anglais à table, les domestiques règnent sur leur domaine, la cuisinière comme la préceptrice. Le couple a adopté trois filles rousses. Trois jolies filles, (des oeuvres d’art) comme dans un tableau préraphaélique. L’histoire commence à la fin de la guerre de 14/17. Au Paradou, les d’Hocquelus vivent hors du temps, hors du chaos du monde. Les trois filles ont été rebaptisées de prénoms convenant mieux aux parents : Morag, Felicity, et Bonnie. 

Felicity plonge dans ses souvenirs et brosse la peinture des lieux et des personnes. Morag est peut-être la plus jolie, en tout cas, elle a un don. Une mémoire extraordinaire… 

En 1939, un drame a eu lieu au Paradou. Théodorus, célèbre peintre et ami de la famille est retrouvé mort sur la pelouse. Une balle a été tirée à bout portant dans son dos. 

C’est Thomas Maisonneuve, familier des lieux autrefois qui est chargé de l’enquête. On l’appelait Tommy, il avait été le promis de Morag, son âme sœur. 

Mais comme dans un roman très anglais, façon Agatha Christie, le talent de l’auteure nous envoie de l’un à l’autre. Qui aurait eu intérêt à supprimer ce peintre ? Dora, le modèle qu’il a fini par épouser. Était-elle lasse d’être en retrait. Elle aussi peint… Et cet indien végétarien Jiddu voulant convertir celles et ceux qu’il rencontre aux sages paroles du Mahatma… Ou encore celle qu’on peut appeler « La reine-mère » qui aurait eu envie d’éliminer un gêneur. Théodorus vieillissait mal ?

Il faut tout le talent de Martine Marie Muller qui d’une plume fiévreuse, vive, conte cette histoire dont on ne peut se défaire. L’auteure n’est jamais aussi à l’aise que lorsque sa plume plonge dans les secrets de famille pour surprendre, fouiller et extraire la nuit que chacun porte… L’assassin n’est jamais celui ou celle que l’on croit.

Reste la beauté grâce aux sept jardins, aux rêves d’amour et de liberté. 

On ne lâche pas ce roman au titre surprenant… Sont-ce les anges qui tournent les pages pour estomper le frisson avec lequel l’auteure joue ?

Mots Croisés, par Fanny Vandermeersch, éditions City

La lecture de ce roman très féminin fait beaucoup de bien. Un vrai rayon de soleil !

L’auteure entreprend d’entrecroiser les vies de plusieurs femmes dans le Nord (d’où le titre, mais nous ne sommes pas conviés à remplir une grille de mots croisés) qui ne se connaissent pas forcément, mais auront l’occasion de se rencontrer et parfois de vivre ensemble.

Il y a Christina qui a fui un horrible pervers narcissique et s’est retrouvée loin de son poste de directrice dans la pub pour devenir caissière dans un supermarché. Pour vivre heureux, vivons cachés et anonymes…

Il y a Juliette qui élève Roxanne, une jeune ado que chaque parent voudrait avoir… Juliette est bibliothécaire et écrit… 

Il y a Madelaine, la vieille dame d’un peu plus de quatre-vingts ans, veuve de son cher Alphonse et que le fils éditeur de guides touristiques visite de temps à autre… 

Il y a Béatrice et ses mystères qui deviendra la colocataire de Christina. Si Béatrice a vécu des choses difficiles à l’autre bout du monde, elle incarne la joie de vivre et la volonté d’aller de l’avant…

Bien sûr, quelques hommes traversent les pages de ce roman choral, où les héroïnes aimeraient trouver sans doute le prince charmant… La plus volontaire dans cette quête est Madelaine qu’on ne peut qu’aimer malgré ses maladresses. L’humour est bien là et l’on sourit quand Madelaine se lance dans une culture potagère sur sa terrasse. Sauf qu’elle ne sait pas assembler les morceaux de bois où le terreau sera déversé…

Ces femmes sont en quête du meilleur, mais jamais aigries. Au contraire, elles partagent, ont parfois le goût de la cuisine, offrent et ouvrent des chemins, prouvant que la vie peut être belle, à condition de savoir regarder et entendre.

Comme un inoubliable parfum à offrir aux cœurs tristes.

La Messagère de l’Ombre, par Mandy Robotham, éditions City, traduction de l’anglais (Royaume Unis de Raphaëlle O’Brien

Dans la littérature française, la guerre de 39/45 a inspiré de nombreux auteurs qui ont produit une foule de romans et d’essais… 

Voici un ouvrage qui évoque cette époque, mais d’une manière bien différente et qui ne peut nous laisser indifférents, puisque l’histoire nous transporte entre Londres et Venise.

À Londres, en 2017, Luisa découvre dans le grenier de la maison de famille une photo, des journaux… Elle s’en trouve interpellée. Il s’agit de l’histoire de sa grand-mère. Mais qui sait dans la famille de Luisa ce qui est arrivé à Stella à Venise dans les années quarante ? 

Luisa fut une jeune femme engagée dans l’action en ces temps troublés et nous la voyons œuvrer aux côtés des nazis, être traductrice et se servir de son poste pour renseigner la Résistance. Tous les Italiens ne furent pas admiratifs de Mussolini, ami d’Hitler. Loin de là…

Stella prend des risques. Son audace, sa force font notre admiration et quand vient le moment d’une rencontre trouble, nous avons, comme elle, le cœur battant. Comment va-t-elle s’en sortir ? Qui est réellement Cristian ?  Qui est ce froid capitaine Klaus ? Comment aimer quelqu’un quand on a choisi de combattre ses idées ? « C’est la vie, c’est la guerre. » Or, elle veut protéger ceux qu’elle aime.

Beaucoup de fièvre, des pages rythmées qu’on ne peut pas lâcher. Venise, comme on l’a si peu connue pendant ces années de guerre. 

L’écriture de l’auteure offre des tableaux inouïs, un suspense et une fin plutôt inattendue. Il n’est pas aisé de mener le combat face aux nuits humaines.

La Résistance ne fut pas que française au cours de ces années sombres, une tache sur l’histoire de l’humanité. La Sérénissime, ville de beauté, abritait ses monstres et ses héros…

La jeune Luisa sait enfin comment sa grand-mère a vécu cette époque. Un mystère est levé quand bien même la jeune femme, pour des raisons que je ne révélerai pas ici, n’assistera au grand jour de la liberté retrouvée sur les différents canaux.

Un excellent roman qui confirme les talents de l’auteure qui a publié l’an passé chez le même éditeur : « L’infirmière d’Hitler ».

Une femme juste, par Jean-Guy Soumy, éditions Presses de la Cité

Quand on aime les livres, quand on suit les auteurs, on se réjouit des nouvelles parutions avec parfois la petite crainte d’être déçue.

Je reçois ce jour l’ouvrage de Jean-Guy Soumy, un nouveau roman : Une femme juste et je pressens qu’il va m’emporter, me faire vibrer… Dès les premières pages, je sais que je vais être séduite.

L’auteur nous entraîne derrière trois femmes discrètes autant que secrètes. Blanche, Hélène et Pauline.

C’est Pauline qui vient un jour frapper à la porte de Blanche. Pauline, la fille d’Hélène qui a besoin de savoir qui fut cette mère qui n’a jamais n’a rien dit de son passé et vivait dans la crainte… Des peurs incompréhensibles pour sa fille. Pourquoi n’arrivait-elle pas à vivre comme tout le monde, pourquoi se faisait-elle un monde de tout et de rien ?

Blanche, la vieille dame, accueille Pauline. Oui, elle peut lui parler d’Hélène, elle peut être ce lien entre la mère disparue et cette fille en attente…

Les souvenirs de Blanche remontent à l’année 1942. Elle n’a jamais oublié comment elle a aidé au sauvetage d’Hélène, petite orpheline juive au camp de Rivesaltes. Il a aussi fallu l’extraire des griffes de ce lieu pour la conduire, et ce fut très risqué, dans une communauté installée en Creuse. L’auteur en profite pour saluer ces inconnus de l’OSE (l’œuvre de secours aux enfants) qui au mépris de leur propre vie sauvaient les enfants.

Sait-elle Pauline, que ce voyage dans le passé à la rencontre d’une mère inconnue, est aussi pour Blanche un temps de « retrouvailles » ? Qu’a-t-elle vécu en ces temps troublés ? Pour qui son jeune cœur a-t-il battu ? 

Blanche douce et généreuse tente d’ouvrir les yeux de Pauline. De tels événements, de tels dangers, malgré l’enseignement de l’histoire peuvent paraître difficiles à comprendre pour la jeune fille. Hélène a gardé ces choses secrètes, consciemment ou inconsciemment. De tels traumatismes sont restés à la porte des interdits… La vie était devant. Il fallait oublier, ne pas encombrer la jeunesse de voiles de tristesse. 

Blanche cerne bien la situation et si sa vie est sur le point de s’achever, elle a envie de transmettre le meilleur à Pauline, envie, au nom d’Hélène, de lui prouver l’amour. Hélène n’a pu qu’aimer sa fille.

Pauline visite Blanche dans une chambre d’hôpital. Blanche comprend les désirs de la jeune fille. Elle sait : « Un instant, j’ai eu l’impression d’être au cœur de l’existence en fraternité, à l’essentiel. C’est une sensation que les dangers de la guerre m’avaient permis d’éprouver. » Elle peut encore transmettre.

Cette femme juste (merveilleux titre) est l’histoire d’une femme devenue une Juste, une parmi d’autres dont les noms sont inscrits au monument de Yad Vashem à Jérusalem. 

Il fallait le ton et l’écriture de Jean-Guy Soumy pour nous en parler et nous permettre de ne pas désespérer de l’âme humaine.  

À lire.

Rosa dolorosa, par Caroline Dorka-Fenech, éditions de La Martinière

Le décor de ce roman est le Vieux-Nice, où Rosa et Lino, une mère et son fils de vingt-trois ans, originaires de San Remo, ont le projet de restaurer un lieu pour le transformer en hôtel trois étoiles où il y aura un grand aquarium pour accueillir des méduses dont Lino est fou depuis son jeune âge. 

Encore jeune, Rosa, une petite quarantaine, n’a pas connu une union heureuse avec le père de Lino, mais on la découvre amoureuse de Marc, patron d’une boîte de nuit, proche, attentif. Il tente de l’aimer et sait la conduire sur les chemins de l’amour charnel qu’elle n’a jamais connu.

Mais tout bascule quand Lino est arrêté et inculpé du meurtre d’un enfant de huit ans dont il s’occupe. Pendant qu’Anna la mère du jeune garçon travaillait au restaurant de Rosa, il initiait le jeune garçon à la plongée sous-marine. Pour Rosa, il y a erreur, Lino ne peut pas avoir commis ce meurtre. Elle sait que son fils est ombrageux, torturé… Il peut boire plus que de coutume pour apaiser des angoisses qui remontent à l’enfance, mais jamais, il ne commettrait un tel acte.

L’auteure montre le combat éperdu d’une mère, sa quête jusqu’à la folie pour sauver l’enfant de sa chair, le petit garçon qu’elle voudrait qu’il soit encore. 

Ce premier roman de Caroline Dorka-Fenech n’a aucun défaut d’un premier roman. Elle a mis dix ans à l’écrire. On croirait voir un film de Pasolini… Une belle écriture, parfois marquée d’une poésie à la noirceur frémissante. Les plages de nuit, les vieux murs qu’il faut rénover, les peintures écaillées sont les images de temps aussi troublés que les êtres écorchés qu’elle met en scène. 

Les dialogues sonnent juste et à mesure qu’on avance dans l’histoire, on craint cette vérité dont la mère a besoin. Une douloureuse vérité que son amour maternel pourrait soudain transformer en innocence. Lino est son enfant et elle n’a pas engendré un monstre. 

L’image des méduses dans le grand aquarium de rêve montre bien que les apparences sont trompeuses, que la beauté, la grâce cachent souvent le sombre d’une vie et peuvent piéger la pureté.