Chroniques cinématographiques, par Bernard de Fallois, préface de Philippe d’Hugues, éditions de Fallois

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En 1959, l’hebdomadaire Arts demande à Gérard Cortade de tenir la chronique cinématographie. Le magazine est à cette époque dirigé par Jacques Laurent. De ce magazine, le critique passera auNouveau Candide pour effectuer le même travail. D’autres collaborations avaient déjà eu lieu pour d’autres titres.

Mais qui est ce critique qui jugent, analysent tout d’un film, tant sa composition, que le sujet, le rôle des acteurs et jusqu’à la musique ? L’exercice est périlleux quand chaque semaine il faut trouver un nouveau film. Gérard Cortade semble s’amuser et marcher dans les pas de François Truffaut qui s’en était donné à cœur joie dans l’exercice au risque de se brouiller avec bon nombres d’artistes.

Pouvait-on laisser dormir sur des feuilles de papier imprimé ces chroniques qui vont de Bergman à Hitchcock en passant par Fellini, Buñuel, René Clair ou Jacques Tati ? C’était une époque riche. On dit aujourd’hui que le cinéma vivait son âge d’or. Relire ces chroniques, c’est dérouler l’écran, se projeter sur la toile, se laisser bercer, frissonner, s’émerveiller. On voit les étoiles briller au firmament de ce septième art. Celles qui enchantent, celles qui déclinent. On sourit à certains costumes, les modes vont et viennent. Et surtout, on lit le critique qui s’amuse et n’hésite pas à critiquer cette Nouvelle vague du cinéma.

Il épingle Truffaut et raille Resnais lorsque sort L’Année dernière à Marienbad, il n’hésite pas à écrire : Le sapeur Camembert a écrit le scénario, le savant Cosinus l’a mis en scène.

Ceci étant dit lorsque Truffaut sort Jules et Jim, Gérard Cortade est aux aguets, il peut même écrire :C’est le premier film attachant de la Nouvelle Vague. Il va plus loin ajoutant que le cinéaste a fait des progrès. Désormais il faudra compter avec lui.  Un peu plus tard, il écrira : C’est Truffaut le meilleur. Le chemin de ce nouveau cinéma s’écrit. Une place se dessine. Godard sera vu, critiqué, apprécié. Et il sera celui qui osera défendre Claude Autant-Lara.

Philippe d’Hugues a écrit la savoureuse préface de ce recueil de Chroniques cinématographiques qui en compte cent cinquante. Une époque où le cinéma d’auteur jouissait d’une grande liberté car l’industrie ne l’avait pas encore dévoré…

Et quand je vous aurai dit que Gérard Cortade (nom d’un héros d’un roman de Brasillach) n’est autre que Bernard de Fallois, le grand proustien, l’éditeur, vous n’aurez qu’une envie, plonger dans cet ouvrage pour savoir les pensées de l’auteur qui estimait que La Dolce Vita aurait pu s’appeler Les nuits de Marcello.

Paris sous la Terreur, par Évelyne Lever, éditions Fayard

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Évelyne Lever est, comme chacun sait, historienne, spécialiste de l’Ancien Régime. Pourtant, elle vient de publier Paris sous la Terreur, une façon de mettre fin à une époque qui s’achevait avec la Révolution, dont elle confie qu’elle ne lui est pas aussi familière que cet Ancien Régime.

Il faut beaucoup de talent, doublé d’une écriture élégante pour relater les événements qui ont suivi la prise de la Bastille en 1789.

On voit naître une constitution balbutiante. Tant de doutes, de luttes fratricides pour le pouvoir, tant de dénonciations, d’arrestations, d’exécutions, de sang inutilement versé. Sort-on grandi de massacres organisés et encouragés par les élites ?

L’auteure montre ces jours d’août 1793 et septembre 1793. On entrait dans les prisons, dans les couvents, les sabres coupaient, les marteaux frappaient. Les corps étaient démembrés. La foule exultait.

La Terreur fera sans doute plus de 200 000 morts. C’est énorme et dans des conditions horribles. On peut s’interroger, le peuple avait-il besoin de tant de maux ? De quoi voulait-on s’affranchir ?

Sous la plume de l’auteure, on assiste à la chute de la monarchie. Le pays est encore très catholique. Toucher au roi, c’est quelque part toucher Dieu… Les révolutionnaires veulent en découdre avec la pratique religieuse, ils changeront le calendrier, les noms de rues. Du passé faisons table rase, soyons libres, expéditifs… C’est ce qui se passe, des simulacres de procès où la condamnation est déjà décidée, notamment la mort du roi…

L’auteure pointe les hésitations, les doutes. Et ces ténors de la Révolutions que sont les Robespierre, Danton, Marat (un presque saint laïc) car le voici assassiné par Charlotte de Corday arrière, arrière-petite-fille de Pierre Corneille. On voit la mort du roi, on voit Marie-Antoinette être conduite à la Conciergerie comme une moins que rien. Le peuple se réconforte en chantant Ah, ça ira, ou encore le chant des Marseillais, mais le peuple a surtout faim et réclame toujours du pain, du pain. Girondins, Sans-culottes, se déchirent, les ténors aussi. Saint-Just prononcera devant la Convention le discours fondateur de la Terreur. « La République ne sera fondée que quand la volonté du souverain –le peuple– comprimera la minorité monarchique et règnera sur elle par droit de conquête, clame-t-il. « Vous avez à punir non seulement les traîtres, mais les indifférents mêmes, à punir quiconque est passif dans la République car, depuis que le peuple français a manifesté sa volonté, tout ce qui est hors le souverain est ennemi. »

Le mérite de l’ouvrage est d’être vrai. À la fin de l’ouvrage, l’auteure donne « des nouvelles » des acteurs de cette Révolution et de la Terreur. Que sont-ils devenus ? Elle n’oublie pas les femmes qui se sont engagées dans l’histoire, Madame Roland par exemple ou celle qui signait Rosalie Jullien.

Un ouvrage de référence qu’il faut garder sous le coude et dans lequel on peut plonger pour comprendre très précisément une époque troublée et troublante. On peut s’interroger en regardant l’état du monde aujourd’hui… La Révolution a fait des petits. On regardait la France à l’époque. Mais est-ce que la liberté a besoin d’autant de sang versé pour être ?

Monologues de l’attente, par Hélène Bonnaud, éditions JC Lattès

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Hélène Bonnaud, psychanalyste, a déjà publié deux ouvrages psy… Monologues de l’attente, toujours dans le même registre, donne à voir sept personnages hommes et femmes attendant leur séance avec leur analyste. La salle d’attente est le lieu où l’on met en forme ce qui sera énoncé sur le divan. Le lieu où la réflexion s’élabore, la pensée se libère.

Il y a le questionnement. Pourquoi suis-je ici ? Qu’attends-je ?

Chacun espère un bienfait. On ne pousse pas la porte de l’analyste pour boire une tasse de thé. Il y a une raison. Un désir de mieux de se connaître, d’apprendre à vivre avec une certaine angoisse, névrose, ou un mal être qui est un frein à ce qu’on pourrait appeler le bonheur.

Comment évaluer ce temps d’attente ? Comment ordonner ses pensées dans cette antichambre du conscient épousant l’inconscient ? Nous entrons dans l’intimité de chacune et chacun. Pour l’un, il est important de savoir pourquoi une mère lui a préféré son frère. Pour une autre, qui a besoin de ses rendez-vous et les redoute –serait-ce la raison de ses retards ? Il faut démêler une vie compliquée… L’amour ou une fin d’amour avec un mari où l’habitude a pu tuer les grands élans… Un autre homme ne supporte pas d’attendre et rend bien compte des sentiments ambigus avec l’analyste qu’on peut apprécier et détester quand le silence unit ou désunit analyste et patient.

Et ce cri entendu ? Est-ce dans la tête de la personne qui attend depuis si longtemps que la porte s’ouvre ? Et s’il était vrai ? Une hallucination ? Comme celle d’un homme qui a fait un épouvantable cauchemar la veille ? Les rêves s’analysent… On note sur des petits carnets qu’on glisse dans les poches… Mais parfois tout tombe à terre, acte manqué ?

Les sept récits se suivent avec parfois des notes de bas de page faisant référence à Freud ou à Lacan… Il faut être intéressé par la psychanalyse pour entrer dans ce genre d’ouvrage. On découvre des personnages qui peuvent toutefois éclairer chaque vie, en tout cas, permettre une réflexion.

Comme Les Monologues du vagin, ces Monologues de l’attente pourraient faire l’objet d’une adaptation théâtrale.

Mort sur le gril, par Vanessa Barrot et Noël Balen, collection Crimes Gourmands, éditions Fayard

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Noël Balen a écrit avec Jean-Pierre Alaux la série de polars Le sang de la vigne qui fait encore les beaux jours de la télé avec Pierre Arditi. Après le vin, pourquoi ne pas imaginer d’autres polars ?

Noël Balen, écrivain et musicien s’est associé à Vanessa Barrot, avocate d’affaires, très friande des saveurs du palais pour conter des crimes gourmands. Voici donc depuis quelques temps que fleurissent des ouvrages qui aiguisent nos papilles et excitent notre goût du mystère.

Dans la collection Crimes gourmands qui compte déjà cinq titres, Laure Grenadier est rédactrice en chef du magazine Plaisirs de table et compagnonne avec Paco, son photographe quand il s’agit de réaliser des reportages…

Mort sur le gril, c’est la tragique histoire de Ghislain Bergeton, un critique culinaire réputé, brillant, craint par toute une génération de cuisiniers. Mais il a choisi de se retirer dans le Vaucluse. À 80 ans, il est temps de livrer ses mémoires.

Laure l’a toujours admiré et quand elle apprend sa mort. Elle sait qu’il faut aller à ses funérailles. D’autant plus qu’elle découvre qu’il a été assassiné et d’une manière abjecte, cruelle. Pourquoi ?

Paco vient à la rescousse et, au diable les scellés posés sur la maison de la victime, elle entre par une porte dérobée, découvre sa bibliothèque, les fiches qu’il rédigeait. Intuition toute féminine, elle sera très vite sur la piste de l’assassin.

Le lecteur fait donc connaissance avec son mentor, Ghislain et s’interroge sur les raisons vraies d’un tel meurtre. Et pour compliquer l’affaire, voici qu’une jeune vigneronne, qui allait fêter ses trente ans, est victime d’un étrange accident.

Les auteurs s’y connaissent pour truffer l’histoire de mystère (nous ne sommes pas loin de célèbres truffières), glisser le suspense aux paysages ensoleillés, mêler les saveurs de la Provence au frisson. Le mont Ventoux n’est pas loin. Apt-en-Provence s’offre et l’on espère que le Luberon lèvera le voile qui obscurcit tout paysage dont il a le secret.

Laure en fière et audacieuse justicière entend bien découvrir la vérité, avant les enquêteurs locaux.

Mort sur le gril, par Vanessa Barrot et Noël Balen, collection Crimes Gourmands, éditions Fayard

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Noël Balen a écrit avec Jean-Pierre Alaux la série de polars Le sang de la vigne qui fait encore les beaux jours de la télé avec Pierre Arditi. Après le vin, pourquoi ne pas imaginer d’autres polars. Noël Balen, écrivain et musicien s’est associé à Vanessa Barrot, avocate d’affaires, très friande des saveurs du palais pour conter des crimes gourmands. Voici donc depuis quelques temps que fleurissent des ouvrages qui aiguisent nos papilles et excitent notre goût du mystère.

Dans la collection Crimes gourmands qui compte déjà cinq titres, Laure Grenadier est rédactrice en chef du magazine Plaisirs de table et compagnonne avec Paco, son photographe quand il s’agit de faire des reportages…

Mort sur le gril, c’est la tragique histoire de Ghislain Bergeton, un critique culinaire réputé, brillant, craint par toute une génération de cuisiniers. Mais il a choisi de se retirer dans le Vaucluse. À 80 ans, il est temps de livrer ses mémoires.

Laure l’a toujours admiré et quand elle apprend sa mort. Elle sait qu’il faut aller à ses funérailles. D’autant plus qu’elle découvre qu’il a été assassiné et d’une manière abjecte, cruelle. Pourquoi ?

Paco vient à la rescousse et, au diable les scellés posés sur la maison de la victime, elle entre par une porte dérobée, découvre sa bibliothèque, les fiches qu’il rédigeait. Intuition toute féminine, elle sera très vite sur la piste de l’assassin.

Le lecteur fait donc connaissance avec son mentor, Ghislain et s’interroge sur les raisons vraies d’un tel meurtre. Et pour compliquer l’affaire, voici qu’une jeune vigneronne, qui allait fêter ses trente ans, est victime d’un étrange accident.

Les auteurs s’y connaissent pour truffer l’histoire de mystère (nous ne sommes pas loin de célèbres truffières), glisser le suspense aux paysages ensoleillés, mêler les saveurs de la Provence au frisson. Le mont Ventoux n’est pas loin. Apt en Provence s’offre et l’on espère que le Luberon lèvera le voile qui obscurcit tout paysage dont il a le secret.

Laure, en fière et audacieuse justicière, entend bien découvrir la vérité, avant les enquêteurs locaux.

Juste parmi les hommes, par François Dupaquier, éditions Fayard

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François Dupaquier connaît parfaitement les tenants et les aboutissants de certains conflits et la réponse humanitaire qui peut en découler avec les aléas que l’on peut comprendre.

L’Afghanistan, la Syrie, l’Irak, le Congo ou la Géorgie sans oublier les terres d’Afrique Centrale ne sont pas des terres inconnues pour lui. À travers les articles ou documentaires réalisés, il intervient, analyse et donne à voir et à entendre…

Restait un domaine auquel il n’avait pas touché, le roman… Voici donc un premier roman puissant dont le titre percute le lecteur : Juste parmi les hommes.

L’auteur raconte l’histoire d’Ali et de Miran. Ils sont syriens, amis et ont fui Alep après avoir manifesté pour la liberté dès 2011. Ils ont été témoins de la violence des représailles à l’encontre des populations. Ils l’ont subie aussi. D’où cette fuite aux États-Unis. La dictature aura beau avoir sévi, elle ne pourra atteindre leur amitié. Le roman oscille entre 2011 et 2018 et très vite on découvre la mort de Miran. Qu’avait-il su de cette société américaine qui mélangeait des farines avariées avec des récoltes saines ? Comment expliquer la mort de Miran dans un silo ?

La route d’Ali, toujours en quête de la vérité, va croiser bien d’autres personnages qui, comme lui, sont en quête d’un monde meilleur. D’abord Zoé, journaliste au cœur gonflé d’idéalisme, puis un migrant, comme lui l’est, sans oublier Jacques un officier français.

Comment survivre, comment garder le cœur irrigué d’espoir d’un jour meilleur ? Ali est humain et tant de fois le découragement pointe.

En suivant Ali et ses compagnons d’infortune, ou d’autres qui témoignent et rendent compte d’une situation inextricable, les lectrices et lecteurs apprennent, comprennent un peu mieux ce monde pelote d’aiguilles gonflée à l’explosif. Les pourquoi surgissent. L’impuissance nous couvre si souvent et paralyse toute action. Que pouvons-nous ? Au moins nous savons et ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. N’y aura-t-il pas de monuments aux morts à l’entrée du village, de fanfares et de gerbes de fleurs pour célébrer leur combat pour la liberté ? N’y aura-t-il pour eux que la disparition dans l’infini du temps et de l’histoire ?

N’oublions pas ces êtres humains qui se sont levés pour dire non à l’abject.

Ne ratez pas cette lecture à l’écriture vraie !

La Belgique, le roman d’un acteur, tome II, par Philippe Caubère, éditions Joelle Losfeld

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Impossible de résumer Philippe Caubère !

Amoureux de théâtre, oui.

Bête de scène, oui.

Acteur, comédien, metteur en scène, auteur oui, comme au théâtre, toujours flamboyant.

Il a joué Pagnol, il a joué Molière. Il a été Molière. Il est Molière. Grâce à lui Molière n’est pas mort. Il demeure. Ah, je meurs ! Mais pour mieux renaître.

Lui qui a commencé au Théâtre d’Aix-en-Provence fut un des piliers du Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine. Les grands rôles ne lui ont pas échappé, merveilleux Lorenzaccio de Musset en Avignon et l’un des acteurs de Les Trois sœurs de Tchékhov.

Or, Philippe Caubère, quand il est sur scène ne cesse de faire évoluer le théâtre, de le réécrire, de l’inventer. Son corps est le texte autant que sa voix.

C’est la raison pour laquelle il s’est lancé dans une « improvisation littéraire » en offrant en écrit tous les rôles joués. Il dit rester au plus près du théâtre filmé en ne s’autorisant qu’une seule liberté d’écriture, celle des didascalies afin de montrer ce que lui, l’acteur voyait quand il jouait. Il nous fait donc entrer par la petite porte pour poser le spectateur au cœur du théâtre.

Le roman d’un acteur, le tome 2, intitulé La Belgique c’est tout cela, avec les influences revendiquées, de Proust –on comprend–, de Céline –pour moi pas vraiment– Après le Tome 1, qui regroupait Les Enfants du soleil, Ariane ou l’Âge d’Or, Jours de Colère, La Fête de l’Amour, Le Triomphe de la Jalousie, Les Marches du Palais, le Tome 2 qui est publié comprend Le Chemin de la Mort, Le Vent du Gouffre, Le Champ de Betteraves, Le Voyage en Italie, Le Bout de la Nuit. Nous ne doutons pas de la suite, d’autant plus que Philippe Caubère va jouer dès le 5 novembre au Théâtre du Rond-Point Le Casino de Namur et que la salle retiendra son souffle.

En attendant, ne boudons pas notre plaisir ! Retrouvons les pièces jouées. Le texte est là, si vivant, si palpitant de page en page, jusqu’à l’éblouissement !

Le Loup des Cordeliers, par Henri Loevenbruck, XO éditions

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Henri Loevenbruck est l’auteur d’une quinzaine de romans traduits en de nombreuses langues. Il affectionne le polar historique. Le Loup des Cordeliers s’inscrit dans la lignée de L’Apothicaire, son plus grand succès et devrait être le début d’un cycle qu’il espère poursuivre.

Nous voici en mai 1789. Paris s’agite. Un vent de révolte s’est levé et nous suivons l’arrivée de Gabriel Joly, venu de province pour s’essayer au journalisme. La période est tourmentée et c’est ce qui intéresse le jeune homme.

D’autant plus, qu’il faut parvenir à démasquer un justicier qui hante la capitale et ses environs la nuit venue avec un loup en laisse. Pour protéger des femmes, il n’hésite pas à assassiner, de nuit, toujours de nuit. La police y perd son latin et finit par trouver que ce Gabriel Joly est un fin observateur dont la route va croiser les grands acteurs de la Révolution, en marche.

Nous voilà plongés dans cette époque troublée et troublante aux côtés des Danton, Mirabeau et Robespierre pour les plus célèbres. Qui sont-ils, quels projets publics ou secrets nourrissent-ils ? Tant de zones d’ombre subsistent encore.

Gabriel Joly est attentif, attentionné aussi. Soupçonne-t-il quelque complot dont ce « Loup des Cordeliers » tirerait les ficelles ou chercherait à s’en défendre ou encore à l’utiliser, mais à quelles fins ?

Avoir choisi un héros journaliste pour cette époque, n’est pas sans intérêt. Les journaux naissaient. On en avait assez de la censure, à laquelle du reste Louis XVI mettra fin, sans imaginer qu’en agissant ainsi, au milieu d’un chaos naissant, il se tirait une balle dans le pied et que sa couronne tomberait.

Gabriel Joly est un pur, il veut la vérité. Mais elle a souvent un prix. Qu’importe, il enquête, va, où d’autres ne sont jamais allés. Il est un journaliste nouveau. Celui qui fouille dans les dossiers, va au cœur de la nuit, pénètre les arcanes des imprimeries qui diffusent les informations, sans oublier la gente féminine si longtemps oubliée. Elle a un rôle à jouer dans toute société. Il se penche aussi sur les petits, les oubliés, les enfants qui croupissent dans les orphelinats. Quels humains seront-ils demain ? Cette époque annonce-t-elle la nôtre ?

L’ouvrage est nourri, solidement documenté. Rien n’est laissé au hasard. L’auteur dit que ce premier travail d’investigation, lâchons le terme, est le premier plaisir pour écrire ce genre d’ouvrage qui appelle des suites. Et si sa plume, sa sagacité nous entraînaient jusqu’à l’Empire…

Une réussite et une lecture jouissive. À consommer sans modération.

 

Avec toutes mes sympathies, par Olivia de Lamberterie, Le livre de poche

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Olivia de Lamberterie est journaliste, rédactrice en chef adjointe à ELLE, chroniqueuse à Télé-matin, membre du jury du prix France–Télévision et intervient régulièrement dans l’émission de France Inter, Le Masque et la Plume. Elle lit, sans cesse, ne sait que faire cela, ce qui est déjà beaucoup et jusqu’à la mort d’Alex, son frère, elle confesse ne pas avoir eu la nécessité d’écrire.

Vient ce 14 octobre 2015. Alex vit à Montréal avec Florence et leurs enfants. Un message sur le portable qu’elle a mis en mode avion… D’autres aussi… Et il lui faut lire l’inimaginable, découvrir la tornade que provoque la mort d’un être cher qui décide de s’effacer du paysage. Un suicide c’est la double peine, écrit Olivia.

Alors oui, elle va écrire, mettre des mots sur le chagrin, mais pas seulement.

On découvre sa vie de petite fille bien née, les codes d’un certain milieu, sur lequel elle ne s’attarde pas et sait prendre du recul avec humour. Elle n’y est pour rien. On découvre une famille unie, le frère est plus jeune qu’elle de trois ans. Ils ont été complices.

Après une adolescence un peu tourmentée, parfois sombre –sans doute est-ce normal au moment du passage à l’âge adulte– le trouble ne disparaît pas. Mais aucun nom n’est mis sur cette étrange maladie que l’on range sous le terme de dépression. Alex tentera d’en finir à deux reprises. Florence, l’épouse est là, proche, attentive jusqu’à ce jour funeste d’un 14 octobre où malgré les barrières de sécurité le Pont Jacques Cartier sera enjambé.

Elle puise sa force et sa consolation dans la littérature, Jean Cocteau, Françoise Sagan, Saint-Exupéry et bien d’autres et dans les chansons de Serge Reggiani, Prince, Félix Leclerc, David Bowie que l’on entend et qui relient Olivia à ce frère tant aimé.

Si l’auteure parvient parfois à nous faire rire, elle sait analyser la situation, décortiquer un quotidien douloureux pour oser dire le bonheur qui fut le sien de d’avoir eu ce frère. Point de désolation, il lui faut réinventer une manière joyeuse de célébrer et de braver la tristesse.

Cet ouvrage a été couronné l’an passé du Prix Renaudot essai. Il sort en poche et Olivia sera au Hall du Livre à Nancy à 11 h, le 23 novembre prochain, elle nous dira le pourquoi du titre « Avec toutes mes sympathies ». Ce livre aidera un grand nombre non à vivre un deuil, mais à saisir la vie.

La Maison allemande, par Annette Hess, traduit de l’allemand par Stéphanie Lux, éditions Actes Sud

 

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Ce roman publié en Allemagne a connu un vif succès. Un best-seller dès sa mise en vente et de nombreuses traductions. L’auteure a écrit des scénarii dont Weissensee, Berlin 56 et 59 qui ont été très remarqués sur Arte.

Ici, Annette Hess nous entraîne à Francfort-sur-le-Main, où en 1963, Eva, fille de modestes restaurateurs s’apprête à se fiancer avec Jürgen, jeune héritier. Le garçon est austère, plutôt coincé, dirions-nous, pas de sexualité avant le mariage.

Sait-il au moins ce que peut être le bonheur et le plaisir d’avoir le cœur battant ?

1963 est une année importante en Allemagne, le second procès d’Auschwitz va s’ouvrir. Eva a suivi des études d’interprète. Elle maîtrise le polonais et comme on manque de personnel, elle est contactée pour assurer la traduction pendant les audiences.

Ce qui est intéressant dans ces pages, c’est que l’auteur montre le quotidien de cette Allemagne quasi ignorante des faits de guerre et du nazisme. Celles et ceux qui ont vécu, subi se taisent. La jeunesse ne sait rien ou ne veut pas savoir.

Nous voyons aussi subsister la morale d’avant la guerre. Ce qui se fait, ce qui ne se fait pas. Les codes de la morale bourgeoise sont encore très en vigueur.

Eva a une sœur infirmière dans une pouponnière. Annegret sauve ces bébés qui risquent de mourir. On la remercie, on la célèbre. Mais si on savait qui elle est réellement. Car autour d’Eva de nombreux personnages vont et viennent. La vie foisonne.

Et il y a ce petit frère, né longtemps après les deux filles, à qui l’on passe tout. Jusque dans les détails, le quotidien est révélé. Dans les vêtements que l’on porte, dans les mets que l’on déguste.

Voici Eva qui, après avoir fait la conquête de sa future belle-famille, ce n’était pas gagné, va travailler… Or Jürgen s’y oppose, mais elle tient bon quitte à rendre la bague de fiançailles. Or elle vient de découvrir l’impensable.

Des hommes, quelques femmes aussi, des témoins sont appelés à la barre. Un pharmacien qui s’y trouve, nie, ne regrette rien. Et la mémoire revient à Eva… Elle questionne les siens. Son père était cuisinier dans ce camp d’Auschwitz. Il cuisinait pour les soldats allemands. D’une certaine manière, la famille a participé à la monstrueuse barbarie. Comment sa mère peut-elle confier : on n’a pas eu le choix, mais on était heureux ?

Pour Eva, si elle ne peut les changer, il lui appartient de devenir une jeune femme autre qui pourra espérer se regarder dans le miroir.

C’est un roman qu’on ne lâche pas. Très bien traduit et qui montre qu’un pays ne peut rayer son passé. On ne grandit pas sur l’innommable. Il faut oser affronter les laideurs, faire place nette avant de semer les graines d’avenir.