La révolte au coeur, par Maïa Brami, éditions Albin Michel

Maïa Brami est poétesse, auteure jeunesse et adulte. Jeune femme passionnée, elle use de sa plume pour la connaissance et la défense de la jeunesse qui ne doit pas faire l’impasse sur la cause des femmes. Rien n’est jamais acquis.

Nul n’a oublié (du moins les plus anciens) le célèbre procès de Bobigny en 1972. Procès accusant cinq femmes d’avoir aidé Léa, 17 ans à avorter, à la suite d’un viol. Gisèle Halimi fut l’avocate de la défense… Il lui fallut du courage pour oser s’élever contre une loi abjecte et elle gagna.

Et voici que paraît sous la plume de Maïa Brami, La révolte au cœur, évoquant l’adolescence de Gisèle Halimi avec un point clé, celui où l’histoire de Gisèle rencontre la grande Histoire en 1945. Un ouvrage qui s’adresse à tous, à partir de 13 ans.

Le mérite de l’auteure c’est de faire connaître Gisèle Halimi qui, à dix-huit ans prend une grande décision et va quitter la Tunisie (elle est franco-tunisienne) pour poursuivre des études de droit en France, (mais pas seulement, apprendre est une passion) et défendre. Se battre contre l’injustice, contre le sort fait aux femmes dans la société où elle est née (mère espagnole séfarade et père juif tunisien). Mariage d’amour, mais soumis aux règles qui font que les femmes n’ont qu’un droit, celui de soumission à l’homme qui seul peut étudier. Elle se révolte…

L’ouvrage de Maïa Brami trouve le juste ton. L’auteure se met à la place de Gisèle Halimi (elle cite ses sources). C’est écrit au JE. On voit la jeune Gisèle parmi les siens, s’élever, s’opposer quitte à se faire traiter de « maboula » (folle), entreprendre une grève de la faim pour avoir le droit d’apprendre à lire, (Les livres sont cette porte ouverte sur la liberté) refuser un mariage imposé avec un riche marchand d’huile plus âgé que son père.

La plume de Maïa Brami dessine cette Tunisie, ce ciel et cette mer qui s’épousent et où Gisèle reprend force et organise son futur. Son rêve deviendra réalité pour le bien de tous, surtout pour les femmes et les autres combats que mènera Gisèle, lutte contre le colonialisme. Partout où sévit l’oppression et l’injustice, elle sera là.

Un ouvrage qui doit se trouver en toute bibliothèque à la disposition de tous, offert aux jeunes adolescentes, surtout à notre époque qui voit la montée des extrêmes menaçant les libertés individuelles. Pensons aux femmes iraniennes et afghanes, elles sont nos sœurs.

Bravo à Maïa Brami !

Un soleil pour chaque jour, par Antonin Malroux, éditions Calmann-Lévy

Antonin Malroux emporte lectrices et lecteurs dans sa région, le Cantal pour conter l’histoire de la famille Deltheil… Trois garçons, André, Jacques et Louis, héritiers de la ferme familiale (normalement). Louis a préféré avoir sa propre ferme et forme avec Juliette un couple parfait et heureux. Mais au sein des Deltheil, la zizanie s’invite et prend des proportions hors du commun à la mort du père. Les deux frères rendent Louis responsable de la mort du père qui n’a jamais pardonné l’éloignement de Louis et a déclaré le déshériter. Sauf que, dans la loi française, on ne peut pas déshériter un enfant. 

Et voici qu’André, marié avec Colette, apprend qu’il a une fille Mireille âgée de cinq ans. Elle vit avec sa famille Lafontie, non loin. Sa mère est morte… André n’a jamais su qu’il était père.

André est un homme droit, juste, sa mère, Madame Deltheil aussi. Et la petite est accueillie chez les Deltheil. Les frères semblent plus ou moins réconciliés. Cette petite est une bénédiction et sa présence met du liant… On accueille même Philippe, l’ami de toujours de Mireille.

Jacques et sa compagne Gisèle vivent à la ferme mais ont du mal à se décider pour s’engager. André et Colette sont de vrais parents pour Mireille et le petit François qui vient de naître. Chez Louis et Juliette tout va pour le mieux, un petit Jean-Paul a vu le jour et un autre s’annonce.

La famille semble unie à part quelques discussions à propos de cet héritage. Madame Deltheil fait tout ce qu’elle peut pour unir ses trois fils et leur faire entendre raison.

Mireille grandit et se révèle jeune adulte toujours aussi sage et intéressée par le dessin…

Ce roman, une chronique familiale en milieu rural à l’époque des Renault 4, se lit comme on regarde une peinture. Une époque encore pétrie des traditions du passé un peu bousculée par la modernité qui s’invite. Des héritages parfois lourds à porter, mais que la plume bienveillante de l’auteur rend supportable.

Le Champ des martyrs, par Jean-Luc Aubarbier, éditions Presses de la Cité

L’auteur est écrivain et libraire. L’histoire de sa région le passionne.

Avec ce roman qui fait se dresser les cheveux sur la tête, il raconte l’histoire de Julien Leclerc qui se réfugie en Dordogne pour écrire un roman en 1994. S’il tombe sous le charme de la région, il est fasciné par Gilberte de Montastruc, dernière propriétaire du château des lieux. Elle fut actrice dans sa jeunesse et sa beauté fait qu’elle a épousé un propriétaire terrien de petite noblesse, beaucoup plus âgé qu’elle.  

Veuve, elle mène grand train surtout avec son amant, un homme d’extrême-droite. La guerre venue, elle accueille les intellectuels souvent classés à droite dans son château. Parmi eux des collabos. Aurait-elle eu une double vie ? On dit qu’elle a protégé une amie juive, aidé la Résistance. Mais des faits terribles ont eu lieu en 1944.

Julien veut en savoir davantage et se heurte à des silences gênés. C’est qu’en ces lieux, il n’y eut pas que les Allemands pour se mal se comporter. Le sang appelait le sang. La vengeance, la barbarie gonflaient les cœurs.

Un roman foisonnant jusque dans les horreurs qu’un village a voulu cacher et dont il a toutes les peines du monde à se défaire. Les révélations à la fin de l’ouvrage font froid dans le dos. 

Le jeune journaliste voulait écrire un roman. Il n’a que l’embarras du choix pour alimenter sa plume et la tremper dans la haine. L’homme est un loup pour l’homme. Je sais je ne suis pas gentille pour les loups qui d’ailleurs ne sont pas ce que l’on croit.

L’auteur cite ses sources, celles qui l’ont inspiré pour livrer un pan d’histoire bien peu glorieux.

Génération Denim, par Dato Tourachvili, traduction du géorgien par Alexander Bainbridge, éditions Robert Laffont, collection La Bête Noire

Dato Tourachvili est l’un des auteurs les plus distingués et les plus lus en Géorgie. Très jeune, pendant ses études, il fut un insurgé et le chef d’un groupe d’étudiants non conformistes. Son rôle a été important dans la transformation historique de la Géorgie en pays indépendant (aujourd’hui la Géorgie est bien malmenée sous Poutine). Les ouvrages de l’auteur sont toujours basés sur l’histoire avec un grand H qu’il analyse avec précision.

Ce qu’il évoque avec Génération Denim se passe en 1983. Un événement qui a bouleversé le monde entier. À cette époque, il est interdit de porter un jean. C’est le symbole lié aux États-Unis, ennemi juré du pouvoir soviétique. 

Et voici donc l’histoire vraie (l’auteur publie leurs photos à la fin de l’ouvrage) de sept étudiants, dont un acteur connu de la jeunesse. Ces jeunes n’en peuvent plus du joug soviétique… Alors, vêtus d’un jean, ils ont le projet de détourner un avion pour partir à l’Ouest, où la liberté existe.

Le projet échoue et le gouvernement va les condamner à mort. On les fera passer pour des terroristes. Ils ne rêvaient que de liberté et d’amour…

L’auteur retrace leur histoire avec une précision à couper le souffle. Les parents ne sauront même pas où et quand ils auront été exécutés. Mais ils recevront la facture : trois roubles à régler à l’État. Le prix de la balle qui les a fait passer de vie à trépas. Pour le jeune acteur, ce sera six roubles. Le bourreau a vu son arme s’enrayer, il a dû s’y reprendre, recharger son arme.

Un ouvrage bouleversant qui n’est pas sans faire penser au terrible régime de Poutine qui se plaît à dire que, l’Occident à la solde des États-Unis, veut détruire la Russie.

À lire !

Le sentier des âmes, par Jean-Guy Soumy, éditions Presses de la Cité

Terence revient à Entrève, village situé au pied du Mont-Blanc. Il vient de passer quelques années dans l’armée de Napoléon, en tant que peintre paysagiste après avoir étudié à Grenoble puis Paris.

Entrève est plongé dans un étrange silence et le moulin de son père semble être au repos. Il voit pourtant sa sœur Hélène poursuivre en silence les gestes du père, faire en sorte que la meule immense pierre plate soit prête à fonctionner et à moudre le grain. Mais la roue sous l’action de l’eau ne tourne plus. Il n’y a plus d’eau. Personne ne comprend et le père de Terence, accablé, allongé sur sa couche peu avant de mourir, fait promettre à son fils d’aller jusqu’à la source et d’éclaircir ce mystère. Ce que va faire Terence guidé par Jacques un ami d’enfance qui vit loin de tous pour échapper à la conscription.

L’ascension juqu’à la source de la rivière est dangereuse. Que d’épreuves pour arriver à Utique, un village coupé du monde !

En ce lieu, on croit aux forces de la nature prisonnière d’esprits mauvais qu’il faut chasser. Terence est perplexe, mais il comprendra le secret des lieux et surtout ce chemin d’épreuves. 

Ce sentier des âmes débouchera sur un secret, sur le pourquoi de la rivière captive et sur la rencontre avec une jeune femme merveilleuse.

Ce beau roman qu’on peut qualifier d’initiatique est tantôt écrit au Je quand Terence tente de réfléchir aux lieux ou d’analyser ses semblables et ses propres sentiments. Puis tel un peintre, des chapitres à la troisième personne décrivent les lieux et les personnages annexes.

La nature dans ce roman est un personnage à part entière et la belle plume de Jean-Guy Soumy captive lectrices et lecteurs.

Un sentier qu’on veut emprunter pour relire La Divine Comédie de Dante, présente ici avec Béatrice, l’amoureuse de Terence… C’est tout simplement magnifique. Du grand art !

Dernière nuit à Soho, par Fiona Mozley, traduction de l’anglais par Laetitia Devaux, éditions Joëlle Losfeld

C’est le deuxième roman de l’auteure… Elle plante le décor à Soho.  Un quartier populaire de Londres qui connut bien des affres pendant la guerre de 39/45.

Agatha, riche héritière qui possède plusieurs immeubles, décide de faire expulser les locataires, car elle veut « gentrifier » ce quartier. Ouvrir des restaurants de renom, rénover et offrir de luxueux appartements… Elle commence par augmenter considérablement les loyers. Son idée ne fait pas que des heureux, on s’en doute. Soho est le lieu des petites gens, des travailleuses du sexe depuis toujours. 

On voit Precious qui habite les combles de l’un de ces immeubles. Elle vit avec Tabitha, au-dessus du bordel où elle travaille. Il y a Robert, homme de main, proche du père d’Agatha, client des lieux. On peut aussi croiser Lorenzo, un Cambodgien devenu acteur, un couple de SDF, sans oublier une policière qui enquête sur les personnes disparues et les réseaux de trafic sexuel… On se rencontre et finalement, on fait partie de la trame de Soho… presqu’avec fierté.

Agatha tient à son projet, et naturellement, elle va rencontrer bien des oppositions. Soho doit garder son âme et non se transformer en quartier bourgeois clament les habitants.

La peinture sociale des lieux est juste. La vie foisonne. Le style est vif, enjoué. C’est drôle parfois excessif, notamment ce qui touche au sexe. Un peu de retenue n’aurait en rien changé l’histoire tissée de drame comme de burlesque, au contraire. 

Cette auteure est une voix nouvelle dans la littérature anglaise. À suivre !

Mortelle Mascarade, par Verity Bright, traduit de l’anglais par Karine Xaragal, éditions City

Un couple sous le nom de Verity Bright a créé le personnage de Lady Eleanor Swift à qui il arrive des aventures qui peuvent mettre sa vie en danger. Mais Lady Eleanor Swift avec son flegme tout british s’est déjà tirée de situations scabreuses dans le premier tome. Avec Meurtre à l’anglaise, on l’a vue prendre son thé en Chine. Elle a croisé des alligators au Pérou et a réussi, mais à quel prix, à échapper à des bandits en Perse… Dernière aventure de ce 1er tome la voici en Angleterre pour une cause qui va bien arranger ses affaires, puisque son oncle a pris soin de la coucher sur son testament… Une vie rangée, tranquille ! Que non… J’en avais parlé et avais dit que l’histoire nous emportait. 

Voici donc Mortelle Mascarade qui place notre Lady dans un bal masqué. Le beau Lancelot l’y a invitée… Mais au sein de cette belle société grimée, masquée, elle a perdu son cavalier, elle va le retrouver, mais dans une pause qui donne à penser que des événements graves se sont déroulés. Il est en effet debout et brandit un chandelier en argent au-dessus d’un cadavre. Dans la pièce on peut remarquer un coffre-fort ouvert et vide… Pour la police, le doute n’est pas possible. Le beau Lancelot est le coupable. Il a tué pour voler. 

L’histoire, bien évidemment, ne va pas s’arrêter là. Ce serait un peu rapide et sans grand suspense. Notre Lady est persuadée que Lancelot est innocent et elle entend bien le prouver.

La voici lancée dans une enquête un peu compliquée, aidée par Clifford, son majordome et quelques amis étranges de Lancelot, adeptes de la conduite rapide et des verres qu’on vide cul sec. La police ne voit pas d’un bon œil cette association d’enquêteurs qui marche dans ses pas. Ce qui est mis au jour, c’est que le tonton dont elle a hérité, a aussi emprunté quelques sentiers de traverse, avec Clifford, le majordome.

Lady Eleanor Swift ne serait-elle pas un peu trop sûre d’elle dans cette enquête ? Se rend-elle compte des dangers qu’elle court ?

L’enquête est délicieuse, très british et bien rythmée. On attend la suite avec impatience.

Ce que nous désirons le plus, par Caroline Laurent, éditions Les Escales

C’est un livre vérité, bouleversant qui ausculte l’âme, le pourquoi du comment. Qu’est-ce que l’amitié ? Au nom de celle-ci, que faut-il dire, révéler à la personne dont on est proche, si proche que l’on a écrit avec elle ?

Caroline Laurent et Évelyne Pisier avaient livré Et soudain la liberté, ouvrage remarqué, salué, lauréat du Prix Marguerite Duras, du Grand Prix des Lycéennes de Elle et du prix Première Plume… Évelyne Pisier était l’épouse d’Olivier Duhamel, professeur en politique. Cet homme est celui qui a abusé de son beau-fils. Personne n’a oublié le choc de cette révélation quand Camille Kouchner a publié Familia Grande. Livre dénonçant l’inceste et les abus sexuels dont il s’était rendu coupable. Évelyne Pisier savait, mais protégeait son mari. Et le fils, alors ? Beaucoup savaient dans l’entourage, mais le silence est d’or en certains milieux. Ces choses-là n’ont lieu que chez les gens de peu, n’est-ce pas ?

Caroline Laurent reste sous le choc. Elle est anéantie. La terre s’ouvre…

La sidération, l’incompréhension l’empoignent. Comment a-t-elle pu être au plus près d’Évelyne qui savait et se taisait ? Caroline Laurent veut comprendre l’inimaginable. Elle n’a pas les clés et il lui semble que seule l’écriture, les mots vont lui permettre de disséquer cette horreur. Elle n’élude rien, se sent coupable. Mais est-on coupable de ce que l’on ignore ? 

Alors elle creuse, fouine, explore. Les mots dansent, curieusement parfois. Que fut cette relation avec cette vieille dame (aujourd’hui disparue) ? Elle en appelle à quelques ami(e)s, auteur(e)s. On lui affirme qu’elle l’aimait. Mais ce n’est pas suffisant.

Dans ce texte poignant, on perçoit ce que l’acte d’écrire peut apporter, comment il permet à la vérité, du moins celle de l’auteure, d’être une aide. On cherche le mot juste, on le traque, on le débusque, parfois avec violence pour se reconstruire, et il se peut qu’il devienne caresse et apaise.

Un texte majeur, à ne pas manquer.

Bravo à l’auteure dont nous espérons toutes et tous qu’elle ne lâchera jamais la plume.

L’Archipel des oubliés, par Nicolas Beuglet, éditions XO

Nicolas Beuglet a réuni deux enquêtrices, apparues l’une dans Dernier Message et l’autre dans L’Île du diable. L’auteur savait qu’il les réunirait pour clore ce qu’il appelle sa trilogie… Il aime les fins ouvertes. 

A priori, ces deux femmes différentes, l’une, Sarah la Norvégienne est une jeune femme déterminée, mais très froide et l’autre, Grace, l’Écossaise est plutôt en rondeurs à tout point de vue –caractère riche d’humanité– n’ont rien en commun. Très vite, on comprend les fêlures de Grace. Mais ces enquêtrices vont s’entendre, car elles poursuivent le même but : en découdre avec une organisation qui fait se dresser les cheveux sur la tête. Olympe poursuit un but précis, mettre la main sur l’intelligence des humains afin de changer la civilisation, non pour l’élever, on va le comprendre très vite, mais pour dominer. Qui dirige Olympe ? On l’appelle Le Passager sans visage et nos deux enquêtrices ont déjà leur petite idée sur ce dangereux personnage.

(Je précise que si on n’a pas lu les romans précédents, on comprend cet ouvrage et il captive, je n’ai pas dormi cette nuit pour savoir la fin.)

Ce Passager, être abject, est intéressé par l’âme des morts qu’il veut capter pour continuer à les faire agir. (Clin d’œil aux travaux d’Edison). Au début, nos enquêtrices ne le savent pas. Elles sont non loin de Glasgow, et elles doivent s’adapter l’une à l’autre. Grace a malencontreusement fait échouer l’arrestation d’un homme clé dans un train. Sarah semble lui en vouloir. Grace, le bras dans le plâtre s’explique. Elle n’avait pas le choix. 

Les voici près d’une demeure apparemment abandonnée où vit une jeune veuve éplorée…, sans aucun contact avec le monde, ses courses lui sont livrées. Elle accepte de faire visiter sa maison…(on tremble à chaque porte). Le téléphone des enquêtrices les a menées là. Mais apparemment elles ne trouvent rien. Il faut revenir mettre en confiance cette jeune femme qui dit s’appeler Miss Ferguson… Il faut tout le talent et la perspicacité des deux enquêtrices pour découvrir la folie de cette femme qui, dans le passé, a assassiné ses parents. Elle s’appelle en fait Emily Abercamp. Sortie de l’asile psychiatrique avec la complaisance d’un médecin, elle se raconte. 

Elle était si heureuse avec Thomas qu’elle venait d’épouser et aimait tant l’enfant qu’il avait. On allait fêter son anniversaire… Impossible de vous en révéler davantage. Plus la confession de la jeune veuve avance au cours d’une nuit balayée des vents orageux, plus l’angoisse monte… Nos deux enquêtrices touchent-elles au but ?

On aime les références de l’auteur à Bernanos, on aime la fragilité de Grace. Cette enquête, où l’on découvre la mort d’un enfant, n’est pas sans remuer son passé au point de presque lui faire perdre pied. Et quand on découvre ce que cette organisation Olympe a comme projets de soumettre le monde entier, le sang se glace. Qu’est-ce qui peut sauver l’être humain face aux robots ? La foi, les croyances, les textes ?

Cette enquête trouve son achèvement après bien des péripéties, mais on s’interroge, Grace et Sarah reviendront-elles unir leur talent pour les justes et bonnes causes ?

La petite bibliothèque de l’espoir, par Kate Thompson, traduit de l’anglais par Maryline Beuglet, éditions City

Il a fallu une sacrée force de caractère à Clara pour tenir dans le métro de Londres une bibliothèque. Le métro rassemblait une multitude de personnes dont certaines avaient perdu leur logement pendant les bombardements. 

Alors l’idée de la bibliothèque, y compris avec un département jeunesse, trouva sa place sous terre et devint ce lieu de vie, de rêve, de rencontres aussi. On trouvait certes de quoi s’évader, mais on parlait littérature, ce qu’on avait ressenti à la lecture et on buvait une infusion, un thé ou un gin. Parfois des bonbons circulaient. Clara se réjouissait de donner du bonheur au fil des pages.

Les livres rassurent, embellissent toute vie et une bibliothèque qui les rassemble est ce lieu magique du bonheur retrouvé pendant la guerre. Ce lieu où l’on peut espérer la paix.

Si la vie de Kate est parfois ombrée de larmes, elle évite de pleurer dans ce lieu. Elle pleure ailleurs quand elle est seule.

Elle sait qu’elle apporte un peu de joie, mais elle reçoit beaucoup, dit-elle. « Quand vous êtes bibliothécaire, les gens vous font confiance, ils baissent la garde. Nous sommes des travailleurs sociaux, des oreilles attentives, des confidents ». 
Dans ce métro aménagé en lieu de vie, des rencontres se font qui s’achèvent parfois par un mariage. La vie palpite. Rien n’est jamais vraiment fini. Et si un enfant n’aime pas lire rappelle l’ouvrage, c’est tout simplement qu’il n’a pas encore trouvé l’ouvrage qui lui correspond.

Ce roman est inspiré d’une histoire vraie. Il n’en a que plus de prix, celui de la liberté toujours à venir, car c’est bien connu, lire est une porte ouverte.