Le Flambeur de la Caspienne, par Jean-Christophe Rufin, éditions Flammarion

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Pour les inconditionnels des aventures d’Aurel Timescu, le petit Consul, voici une troisième aventure qui nous emporte en un lieu enchanteur.

Il est envoyé à Bakou en Azerbaïdjan.  C’est une ville au charme certain, au climat agréable et doux et où le luxe n’est pas absent. On y découvre de belles avenues dans le style haussmannien, des cafés aux terrasses joyeuses comme à Paris et surtout, pour Aurel, qui carbure au vin blanc, un petit vin agréable.

Tout va donc très bien. Sauf, lorsqu’il se présente à l’ambassadeur, celui-ci le prévient tout de suite, il a contacté le DRH et très vite il doit s’attendre à repartir.

Pourquoi être si mal accueilli ? Il ne comprend pas ou plutôt, il découvre très vite que cet ambassadeur Gilles de Carteyron vient de perdre son épouse qui s’apprêtait à publier un ouvrage sur les châteaux médiévaux… Un accident ?

Aurel n’y croit pas et la machine s’emballe. Avec l’aide d’Amélie, il nous embarque dans une enquête plus folle que jamais. Les mafias locales, la diplomatie politique, les contacts internationaux se trouvent englués dans un étrange tissu qui prend l’ampleur d’une affaire d’État hors du commun.

La justice doit sortir grandie des péripéties où nous entraîne Aurel, paresseux comme jamais, mais grand musicien, pianiste qui séduit sans le vouloir la gente féminine dont il ne sait que faire ensuite.

L’humour est bien présent dans ces pages et on ne s’ennuie pas un instant. Aurel est un être un peu décalé, mais brillant, une sorte d’inspecteur Columbo dans le milieu diplomatique. Il aime les belles fringues mais se retrouve parfois vêtu à la va comme je te pousse. On ne peut s’empêcher de l’aimer et on attend avec impatience de nouvelles aventures.

 

Vania, Vassia et la fille de Vassia, par Macha Méril, éditions Liana Lévy

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Macha Méril, fille du prince Wladimir Gagarine et de Marie Belsky n’a jamais caché ses origines… Ses parents ont choisi la France au moment de la Révolution russe. Ils ont fui comme tant d’autres Russes blancs avec, pour certains, l’espoir de retrouver la vie d’avant. Celle de la sainte Russie.

Il semble que Macha Méril portait ce récit depuis longtemps. Dans celui-ci, elle fait vivre ces Russes blancs arrivés en Corrèze et qui tentent de survivre à défaut de revivre. Parmi eux, des cosaques du Don, le plus haut grade, la garde rapprochée du tsar. Sauf qu’en Corrèze, il faut s’adapter, continuer à s’occuper des chevaux, travailler la terre, s’intégrer sans se renier.

Macha raconte l’histoire de deux frères Vania et Vassia. Vassia est veuf et élève Sonia, sa fille. Mais il s’interroge lorsque la guerre frappe à la porte. Qui choisir ? Vassia suivra Helmut et entrera dans la Wehrmacht au grand désespoir de Vania qui va élever Sonia. La très jeune fille est belle, intelligente. L’instituteur communiste la distingue puis le comte des lieux…

Paris l’attend…

Ce touchant récit est la chronique d’une famille, l’histoire d’une petite fille qui peut grandir en adoptant les codes de la vie française grâce à la littérature, à la musique. L’amour frappe à la porte et elle devient malgré elle, une héroïne. D’une certaine manière, elle reste fidèle aux vœux des siens, ne jamais oublier ses origines et Dieu… La cathédrale orthodoxe de la rue de Daru est un des lieux qui y contribue… Le chant rythme ses jours. Le piano l’emporte au-delà des rêves… Mais ce récit évoque aussi l’histoire, la guerre de 39/45. Le monde politique et parfois les sinistres règlements de compte.

Les clins d’œil à d’autres Russes établis en France jonchent ces pages. On y voit Joseph Kessel, les sœurs Poliakoff, Robert Hossein et bien d’autres.

Ce n’est pas le premier livre de Macha Méril que je lis avec plaisir, mais celui-ci tiendra longtemps une place à part. Une réussite !

N’hésitez pas à plonger dans cette histoire.

 

 

Né sous une bonne étoile, par Aurélie Valognes, éditions Mazarine

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Ce livre d’Aurélie Valognes paru en plein confinement est probablement l’un des succès de l’été préparant les jeunes parents (et les moins jeunes) à la rentrée scolaire.

Voici l’histoire de Gustave qui entre en CP, son histoire dans l’ombre de la brillante et sans doute surdouée Joséphine sa sœur qui a compris que pour s’extraire des tours d’une banlieue, d’un milieu familial lui convenant peu. Une maman hyper protectrice. Un père qui fait bien son travail, certes, assume sa paternité, mais préférerait ne pas partager son épouse avec ses enfants (quand il est là. Lassé, il finira par prendre la poudre d’escampette.

Gustave est dyslexique. C’est bien difficile d’égaler son aînée quand on peine à reconnaître un b d’un d… Alors, place aux rêves, près du radiateur… Les oiseaux qui volent, ouvrent des horizons infinis. Sauf qu’à l’école, ça ne va pas du tout. Le professeur (on dit ainsi aujourd’hui) de CP, est un rien pédant. Il dit vous à ses élèves. Quand péniblement Gustave arrivera en sixième, les catastrophes s’ajouteront les unes aux autres et les convocations, pour la pauvre maman, tomberont. Pourtant elle l’assure, son fils travaille. Plus que d’autres…

Dans la cité, les choses ne s’arrangent pas… Ça zone en bas de l’immeuble…

Aurélie Valognes, avec le talent qu’on lui connaît, brosse un portrait de la société, du système scolaire, certes avec ses failles, mais sans toutefois oublier les enseignants merveilleux qui aiment leurs élèves, telle Céline Bergamote (vous allez adorer) et sa copine qui bat le rappel des troupes avec une corne de brume.

Gustave verra le cours de sa vie changer… une rencontre inattendue peut toujours se produire.

Aurélie Valognes a bien du talent et un cœur immense. Ne ratez pas cet ouvrage, il fait du bien.

Pensées pour soi écrites par d’autres, par Hervé Dumez, éditions Arléa

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Il paraît que nous sommes des animaux étranges, nous dit l’auteur de cet ouvrage destiné à tous.

On dirait un catalogue, un petit dictionnaire regroupant des pistes où s’aventurer pour grandir et œuvrer au meilleur de la vie.

Il paraît qu’offrir un livre est angoissant, sauf s’il contient tous les autres…, confie Hervé Dumez, l’auteur.

D’où cet ouvrage, véritable plongée dans l’âme de celles et ceux qui ont laissé des traces en écriture ou dans le domaine artistique, ont enfilé les mots telles des perles, ont pensé pour eux et pour nous, ont jeté sans le savoir des brassées d’idées en deux ou trois lignes que nous lisons des années, des siècles plus tard et dont nous nous disons, mais oui, c’est ça. C’est écrit avec amour et humour, ces citations peuvent être généreuses, tendres ou féroces, mais elles nous disent quelque chose de nous que n’aurions jamais pu avouer.

L’auteur a pris soin de classer le fruit de ses recherches par catégorie :

Vivre de nos jours pointe nos rêves : Mais comment peut-on aimer les rêves, s’extasie Nicolas de Staël ;

Survivre peut faire appel à une solidarité bien comprise, puisqu’Horace écrit : Quand le mur de ton voisin est en feu, considère que c’est ton affaire.

Qui nous sommes, ou les caractères : Diderot a sa réponse, un rien féroce pour l’espèce humaine : Oh ! que ce monde-ci serait une bonne comédie, si l’on n’y faisait pas un rôle.

Pour ma part, j’ai apprécié la place laissée à Robert Musil, surtout quand il parle d’amour au sens universel : Une authentique maladie d’amour n’est pas un désir de possession, mais une façon qu’a le monde de se dévoiler doucement. L’épilogue de cet ouvrage lui revient : Le monde est beau quand on le prend tel qu’il est… Dont acte.

Il existe bien des ouvrages regroupant des citations… Touchant à tous les genres.

Mais celui-ci fait du bien… L’ouvrir chaque jour, en tirer quelques phrases, c’est déjà communier à la beauté et à la sagesse. Jolie prière, non ?

Être moi toujours plus fort, par Stéphane Lambert, éditions Arléa

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Stéphane Lambert, passionné d’art, a reçu le prix André Malraux pour Visions de Goya, l’éclat dans le désastre publié chez Arléa en 2019.

Nous n’avons pas oublié Nicolas de Staël, le vertige et la foi. Pour cet été, l’auteur a mis ses pas dans ceux d’un jeune peintre mélancolique, Léon Spilliaert, que j’appelle un « scruteur » de mer.

Pour parvenir à cette communion de pensées avec l’artiste, l’auteur fait ce singulier voyage et nous offre une descente parfois vertigineuse dans l’œuvre du peintre jusqu’à la confusion des pensées entre l’admirateur et le créateur. Intuitions et regards s’épousent. L’art est-il ce miroir poreux, cet éclat insensé et merveilleux qui projette au loin celles et ceux intéressés par l’artiste ?

Quelques reproductions figurent dans ce court texte qu’on ne peut lâcher.

J’ai été frappée par ces arbres figés, debout, du moins ces troncs rangés les uns à côté des autres. À la fin de sa vie, le peintre des bords de la mer du Nord semblait obsédé par eux. Ils avaient remplacé la mer, son souffle et ses sombres éclats. Or, la mer reste pour le peintre source d’enchantement. Il ne l’aime jamais autant que lorsqu’il la retrouve. On croit Stéphane Lambert qui cependant confie avoir surpris l’artiste en train de lire le journal de Delacroix. Que cherchait-il ? Stéphane Lambert l’ignore, mais il écrit : Je ne sais pas au juste si ce qu’il cherchait était dans la racine ou dans l’accomplissement des choses, mais ce qu’il voulait atteindre n’était pas derrière les arbres, mais en eux, leur infini était en eux. Dans l’immobilité de leur image.

Une promenade, une plongée mystérieuse à Ostende au début du vingtième siècle. S’il y a la peinture, la littérature n’est pas absente, Émile Verhaeren, Maurice Maeterlinck, Odilon Redon sont de ces lieux, dont on revient quelque peu ébloui.

L’exposition Spilliaert au Musée d’Orsay à Paris au lieu du 13 octobre au 10 janvier 2021.

À l’ombre du baobab, par Alexandra Fuller, traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch, éditions JC Lattès

 

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L’auteure, née en Angleterre a grandi en Rhodésie et en Zambie. Cette Afrique où les blancs ont dominé, elle connaît. Chaque livre publié sur ce sujet a été salué des critiques et du public. Des best-sellers.

Ici, l’auteure raconte l’histoire de son père, décrit les lieux avec talent. Tim, le père s’est battu lors de la guerre du Bush rhodésienne avant d’échouer en Zambie.

Au moment où commence le récit, il est à l’hôpital et Bobo, la narratrice accompagne sa mère.

Le père meurt à Budapest d’une affection pulmonaire. Il a eu le temps de dire au-revoir aux siens. Les parents ont été mariés pendant plus de cinquante ans. Il a confié qu’il fallait cesser de fumer…

La mort du père bouleverse. La dispersion des cendres aura lieu au pied des baobabs ce qui n’exclut une remontée du temps, quand Alexandra était plus jeune, quand sa sœur était là… Le père savait-il ce qui allait advenir ? « Votre mère a du mal à tourner la page » ? prévient-il.

C’est l’histoire d’une famille qui est ici relatée. Le temps du deuil à faire, la vie qui demeure grâce au souvenir de ce père qui croquait la vie, l’aimait plus que tout et sut transmettre l’héritage aux siens.

Le meilleur de cette vie aide à supporter l’absence de l’être aimé.

Le mérite de cet ouvrage, ce sont les allers et retours que fait cette auteure entre le présent et les souvenirs. C’est bien ainsi que nous vivons, que nous avançons, parce que le passé nous projette sur les chemins du futur. La vie est cette éternelle conquête.

J’ai aimé les descriptions de cette ferme africaine (on songe parfois à Out Africa) qui montrent ce que fut la décolonisation britannique et les heures difficiles qui ont suivi.

Ce qui reste à Alexandra Fuller, c’est l’héritage grâce à la transmission. Six mois avant la mort du père, elle a conduit sa fille sur les terres de son grand-père, la Zambie en guise de cadeau d’anniversaire partiel pour ses vingt et un ans, écrit-elle car le message est clair : « Survivre à tes grands-parents sur leur propre terrain (…). C’est l’ultime rite de passage. »

Un excellent ouvrage.

Un accident est si vite arrivé, par Sophie Loubière, éditions Pocket

 

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Sophie Loubière ne manque pas de talent. Elle, l’auteure de dix romans, de nouvelles policières, qui fit longtemps de la radio sur France Inter, a donné des pièces à France Culture, nous a déjà offert quelques ouvrages inoubliables et souvent primés.

Son récent roman, Cinq cartes brûlées a remporté le Prix Landerneau du Polar, il y a peu. Et voici pour cet été (en attendant la suite de White Coffee et de Black Coffee) un recueil de vingt-deux nouvelles en forme de coup de poing est publié. Autant de thrillers, de début de film noir. On dit qu’elle aurait écrit quelques-unes de ces nouvelles pour les offrir à Chabrol. Il est vrai qu’à lire ces pages, on se trouve dans une ambiance chabrolienne.

Bien des questions se posent, dont celles de : Comment devient-on criminel ? Comment on peut plonger dans la folie ? Qui est normal, qui ne l’est pas ? Les innocents peuvent-ils devenir dangereux ? Que faut-il faire pour être dans le journal ? Une mauvaise action ou une bonne action ? Et si on gagnait à la loterie, que l’on devienne millionnaire en tournant la grande roue… On se fait battre le cœur, on rêve… Mais parfois le rêve fait basculer de vie à trépas.

Ah, que l’on aime ces enterrements, jolie veuve éplorée… face à un mari en fauteuil en roulant qui voudrait dire aux flics qui se trouvent là quelque chose, mais les pauvres ne comprennent rien. Pathétique cette petite Indienne qui ne veut pas du mari qu’on lui impose… Et ce gamin qui dessine une forêt mais n’a pas le temps de terminer son chef d’œuvre. Il en a réalisé un autre, infiniment dramatique… Cette fois les enquêteurs sont finauds.

Sophie Loubière a l’art de s’emparer du quotidien, de le faire nôtre. On la suit. Son univers est si crédible qu’on s’y retrouve. Mais oui, bon sang, c’est bien ça… Alors vient la chute, c’est la balle dans le buffet, une explosion…

Ne ratez pas ce recueil ! Idéal en ce temps de vacances, ou pendant un voyage. Un ouvrage qui trouvera sa place dans votre bagage d’été, ou dans votre poche, forcément, c’est un Pocket.

Un accident est si vite arrivé, certes. Les victimes ne disent pas merci… Mais nous, lectrices et lecteurs saluons le talent de l’auteure. En tout cas, petit conseil, surveillez ce recueil, il se peut qu’on vous le pique…

 

Jeanne Proust, Souvenirs de Lecture, édition de Luc Fraisse en collaboration avec Laurent Angard, Préface Marc Lambron, éditions de Fallois

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Cet ouvrage n’aurait pas déplu à Bernard de Fallois, dont je dis souvent qu’il est le grand proustien devant l’Éternel.

Luc Fraisse, avec son collaborateur Laurent Angard, s’est penché sur un cahier de citations tenu par la mère du cher Marcel. Nous savons les liens entre ce fils de légende en littérature et sa mère. Et il est intéressant de plonger dans cet ouvrage pour comprendre… Après tout, les mères ont souvent eu une grande influence sur la destinée de leurs enfants. Ce sont elles qui les ont pétris de leur chair, de leur tendresse et ont éclairé les âmes.

Ce fut le cas chez Marcel Proust et il est bon de rappeler l’ouvrage d’Évelyne Bloch Dano Madame Proust (Grasset).

Madame Proust lisait. Elle lisait beaucoup et, au fil de ses lectures, prenait des notes, recopiait quelques extraits fort éclairants pour elle.  Elle fut, on le sait, très cultivée. Elle avait étudié le latin, l’allemand et l’anglais.

Ce cahier de souvenirs de lecture, il fallait bien lui trouver un nom, est très éclairant. Peut-être permet-il de comprendre la trajectoire, l’œuvre de Marcel Proust ? Souvenirs de lecture s’est imposé. En tout cas, les analystes pourront s’en donner à cœur joie pour psychanalyser les personnages mis en scène par l’écrivain dans son œuvre… Aurait-il été influencé ? La réponse de Luc Fraisse est non. Mais il peut affirmer que l’écrivain était au courant des « plaisirs » littéraires de sa mère. Dans sa correspondance, on trouve trace de ce cahier… « J’ai trouvé un cahier de Maman… »

Madame Proust se régalait de lire Madame de Sévigné, Musset, Victor Hugo, Voltaire. Voltaire avec son humour féroce évoquant le mariage et le divorce… et tant d’autres.

L’ouvrage de Luc Fraisse n’est pas qu’un recueil de citations. Il donne des éclairages sur celles-ci. Il montre pourquoi les gens de la bonne société se devaient d’être cultivés, avoir compris les penseurs, afin de glisser le cas échéant, au cours de dîners, les pensées des grands auteurs. Il fallait pouvoir briller en société. En cela, Marcel fut à bonne école, lui qui s’est fait le chantre de ces peintures d’une époque dont aujourd’hui encore on peut se régaler.

Ne passez pas à côté de ces Souvenirs de Lecture de Jeanne Proust !

L’homme qui dépeuplait les collines, par Alain Lallemand, éditions JC Lattès

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Alain Lallemand est né à Liège. Trente années de grands reportages et correspondances de guerre, notamment en Afrique, ont inspiré ce premier roman publié en France.

Nous connaissons tous, par le biais de la presse et des multiples médias, le travail que fait Mediapart, à l’affût de faits cachés, répréhensibles, dont sont coutumiers celles et ceux sur le devant de la scène politique, médiatique, grands donneurs de leçons et qui, bénéficiant de relations ou étant très informés, savent plonger dans les caisses, ont des comptes secrets et augmentent leurs richesses sur le dos de populations dans des pays en voie de développement.

Nous voici en Afrique… Dans la région des Grands Lacs que se partagent le Congo, le Burundi, le Rwanda… Voici des personnes en poste, soit dans des associations humanitaires, soit pour le compte de grandes puissances, de pays dont les actions ne sont pas toujours louables, mais drapés avec orgueil dans le fanion de la rigueur pour le mieux-être de tous.

À Paris, au siège de Mediapart, on s’aperçoit que 60 millions de documents classés confidentiels ont fuité.

C’est un peu difficile pour le commun des mortels d’entrer dans ce sujet, d’autant plus, que le chapitre précédent, nous avons vu le jeune Jean de Dieu, chercheur d’or, qui a trouvé ce qu’aucun chercheur n’ose espérer découvrir dans sa bassine en Afrique. Un gros diamant qui lui coupe le souffle et qui risque bien de le couper tout court…

Le livre est ainsi construit qu’on navigue entre cette Afrique qui s’accroche pour sa survie et un jeune ingénieur Lucas Moresmo pour le compte d’une société du Québec, Hugo De Bock, un belge et Boris qui a connu l’URSS avant la Russie. Lui est un milliardaire installé sur la Riviera dans une luxueuse villa. Il travaille pour accroître sa richesse. Il est fier de sa réussite, a mis tout le monde au pas. Lucas travaille « en toute innocence » sous le regard de Xhara… Hugo peut s’appuyer sur Laura. Qui est qui ? Qui sait ou ne sait pas ? Parfois ces jeunes gens, précipités dans ce monde plus ou moins vil, sont loin d’imaginer les roueries des grandes sociétés et des politiques étrangères de leur propre pays.

On constate avec effarement comment l’Europe a dépouillé un continent, a humilié des peuples (il n’y a pas de quoi être fier). L’auteur met en scène Mobutu, Kabila…

Des pages soigneusement documentées mais qui ont le droit de s’appeler roman. Talent de l’auteur oblige.

Comment je suis devenue un arbre, par Sumana Roy, éditions Hoëbeke, collection Étonnants Voyageurs, dirigée par Michel Le Bris

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Quand on se tient informé de la vie du monde, du destin de la planète qui subit le réchauffement climatique, quand on observe la nature, quand on l’écoute, on sait bien qu’il n’y a pas seulement les humains qui sont définis tels des êtres vivants. Les animaux vivent… Les plantes aussi qui nous offrent le spectacle de leur croissance ou de leur mort.

Sumana Roy est indienne et poète. Très vite elle a observé cette nature, émerveillée et effrayée à la fois par la cupidité des uns, l’égoïsme ambiant. Elle s’est interrogée sur la nature, sur les arbres. Qui sont-ils ? Souffrent-ils ? Comment exprimer ce trop de douleur ?

Alors, elle a écrit pour plonger en toute chose secrète, pour trouver des réponses satisfaisantes à son questionnement. Elle ne peut s’empêcher de mettre ses pas dans ceux de quelques grands penseurs et de nous entraîner à sa suite, à leur suite.

Elle recense celles et ceux qui ont du goût pour la nature, l’ont évoquée dans leurs écrits, ou dans leur expression artistique. Ainsi en est-il des peintres épris des beautés de la nature.

Les arbres ont beaucoup à nous dire. Ils ont la capacité de révéler cette part inconnue de la vie que nous portons. Ils étendent leur ramure pour nous protéger, pour offrir. Et nous que faisons-nous pour eux ?

Ne serait-il pas plus convenable de devenir nous aussi des arbres, d’agir dans le silence et d’être meilleur, plus beau ? L’auteur nous offre Tagore sur un plateau. Bouddha aussi fut épris d’essentiel.

De ligne en ligne Sumana nous permet de renaître et de poser la juste question de la place du vivant dans le monde, de ses choix, du chemin à parcourir. Faut-il qu’un oiseau passe et nous frôle ? Le temps de ce furtif vol sera-t-il celui où nous pourrons étendre la ramure en toute quiétude ? Alors oui, nous serons devenus cet arbre des merveilles.

Un magnifique ouvrage.