Puzzle de Brest, par Yann Le Rest et Pascale Tamalet, éditions Calmann-Lévy, collection Territoires

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Qui pouvait imaginer qu’une sortie scolaire à l’aquarium d’Océanopolis à Brest allait être le début d’une affaire policière qui mettrait le lieu en émoi.

On voit une classe devant la vitre de l’aquarium et un poisson clown tentant d’attraper une drôle de chose… Et les enfants s’indignent contre le méchant poisson qui joue, va peut-être manger … Un doigt, oui c’est un doigt de femme, car l’ongle est long et recouvert d’un verni rouge. Mais que fait ce reste humain dans l’aquarium ?

Pamela, la gamine souffre-douleur de la classe, sait, mais ne dit rien. Elle ne fait que pleurer. Et sa mère, drôle de jeune femme montrée du doigt… Elle est tout aussi étrange.

Hadrien Fox, le capitaine du commissariat accourt avec son équipe dont un stagiaire venu des quartiers difficiles, mais qui a du flair et un talent certain.

Une enquête de région pas facile, qui nous montre Brest, son port… Justement sur le port se trouve un géant des mers Sea Paradise qui est en panne. Mais les croisiéristes sont là… Justement sur ce navire, on signale deux disparitions… Et à proximité, un clochard, qui sent à dix mètres, et qui a vu le transport de deux sacs étranges. Ça cogite…

Le mérite de l’ouvrage, qui porte bien son titre Puzzle, c’est de brosser des portraits par petites et grandes touches, de montrer les enquêteurs et les protagonistes de l’affaire avec leurs défauts et qualités… De les rendre attachants ou agaçants… (Je n’entre pas dans les querelles pour ou contre un soi-disant machiste ambiant qui sont excessives sous la plume de quelques critiques.) Les humains ne sont pas parfaits. On ne raconte pas une histoire uniquement avec de bons sentiments… Surtout quand on plonge dans une enquête policière où il faut nager en eaux troubles.

Aux lectrices et lecteurs d’assembler ce puzzle. Que s’est-il passé ? C’est lui ? C’est elle ? Pourquoi ? Autre mystère : ces disparus qui ont des cabines remplies d’objets que leur paie ne peut leur offrir ?

On ne sait le fin mot de l’histoire, et encore, qu’à l’épilogue, mais on passe un bon moment.

Les auteures se sont amusées, on le sent. L’une a passé plusieurs années au sein de la PJ et est chroniqueuse judiciaire, l’autre, Bretonne d’adoption, se cache sous un nom d’emprunt.

Je cherche encore qui elle peut être, et j’ai ma petite idée… Regret : je n’ai donc pas de photo à offrir d’elle…

Bonne lecture !

La Calanque de l’Aviateur, par Annabelle Combes, éditions Héloïse d’Ormesson

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Il n’est pas facile de renaître…

Leena arrive un matin dans un village, près de l’océan…

Que vient-elle y faire ? Le sait-elle vraiment elle qui a perdu son père et n’a pour tout bagage que très peu de vêtements, et un cahier. C’est le cahier qui est peut-être le plus précieux.

Elle avise une mercerie en ruine et sait qu’elle va la transformer. Elle n’a visité que le rez-de-chaussée, ignore que le premier étage est encore garni de meubles… Si les lieux rassemblaient des tissus, elle va, quant à elle, assembler les mots. Cette mercerie sera le lieu des phrases, du chant de l’âme, de la poésie. Les plus belles parures vont ainsi fleurir et parfumer la vie.

L’auteure jette les mots au fil des pages. De jolis mots qu’elle marie… Elle tient le fil et transforme tout en fabuleuses dentelles capables de permettre de renouer les liens, de rattraper Jeep, le frère de Leena, parti si loin, aux USA sur les traces de leur mère disparue. C’est l’histoire d’une famille déchirée qu’il faut ravauder.

Le récit se déroule et Leena trouve la force de donner corps à son projet, de le faire accepter en ce lieu qui se meurt… Ce sont les mots qui font vivre, donnent saveur et goût à l’existence.

Qu’est-ce que l’amour ? Qu’est-ce la vie ? Sans oublier la découverte d’un trésor, dont je ne soufflerai mot, laissant aux lectrices et lecteurs le soin d’être piégés, surpris, envoûtés. Or, cela n’est possible que grâce au talent de cette auteure qui a le sens de la beauté, sait captiver, bouleverser.

Je n’ai eu connaissance de ce roman paru en août 2019 qu’au début du confinement. Un oubli des postes ? Mais il est arrivé, ô joie, et je l’ai lu avec un immense plaisir.

Laissez-vous enchanter par cette histoire !

L’iguane de Mona, par Michaël Uras, éditions Préludes

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Inutile de chercher l’île et son iguane… L’iguane sur une île paradisiaque reste un rêve.

C’est tout le talent de l’auteur qui décrit la vie de Paul, parvenu à la quarantaine et qui est en crise. Il a pourtant, comme on dit, tout pour être heureux. Kate, son épouse, professeur de français à l’Université est une femme intelligente, passionnée par les lettres et les textes, Milan leur fils, un surdoué, cause comme un livre, raisonne comme les adultes et remet doucement le papa à sa place et le corrige s’il s’exprime mal. Et ne parlons pas du bon gros briard, Pomme, adorable chien que Paul a appelé ainsi. Un mâle qui s’appelle Pomme… Parce qu’une pomme (bien que le nom soit féminin) n’a pas de sexe, affirme Paul.

Donc Paul a tout pour être heureux, vite dit. Il a une fragilité, les dents… Et justement, son dentiste vient de partir aux Caraïbes… Quant à son métier, il ne lui sied pas du tout. Même quand son patron lui accorde une promotion inespérée. Non, rien ne va, autant se faire porter pâle, voire démissionner plutôt que de vivre parmi les idiots qui se prennent pour le centre du monde.

Pour Paul, seul moyen de survivre : l’aventure… même si elle n’a lieu que dans le quartier sous le regard suspicieux du voisin qui voit tout, sait tout quand il n’est pas sur son vélo.

Le portrait de Paul et des siens est juste. Un rien décalé, un humour ébouriffant comme les poils du briard mangé par des larves et qu’il faut d’urgence shampouiner. Mais quand on n’a sous la main que le shampoing de Kate qui donne du volume aux cheveux, le résultat n’est guère concluant.

L’iguane de Mona, (joli titre), il faudra bien y venir… Je ne vais pas vous raconter la fin… Mais c’est un livre qui, de page en page, fait du bien, c’est la vie, c’est un peu de nous, y compris quand grincent les dents, ce point fragile du héros qui pourtant ne se prend pas pour tel.

De livre en livre Michaël Uras ne déçoit pas, bien au contraire.

À lire, vraiment.

Les enfants perdus de St. Margaret, par Emily Gunnis, éditions Préludes

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On connaissait la tragédie de nombre d’orphelinats en Irlande. « Orphelinats », ou « Maisons de redressement pour filles-mères » … La même chose semble avoir existé au sein de la société puritaine britannique dans les années cinquante au siècle dernier. Ce n’est pas si éloigné de nous.

L’histoire est celle de Samantha Harper, jeune journaliste qui tombe sur des courriers qui révèlent les terribles conditions de détention d’Ivy Jenkins à St. Margaret. Sa grand-mère, Nana, vaguement endormie tient cette lettre entre ses mains quand Samantha lui rend visite. L’écriture est plutôt délavée.

Elle explique la présence de cette lettre, trouvée, dit-elle, dans un tiroir, ce qui arrive fréquemment puisque son mari s’occupait de meubles anciens. Reste que Nana est très utile à Samantha puisqu’elle garde Emma, sa fille. Son compagnon Ben n’est pas fiable du tout.

Samantha est très intriguée et va enquêter sur ce lieu condamné. Elle n’est pas au bout de ses peines à mesure qu’elle avance dans l’histoire de ce couvent qui va être rasé et dont on a cessé la démolition en découvrant le corps d’un prêtre.

Qui fut Ivy qui écrivit des lettres déchirantes à celui qui avait mis la graine dans son ventre ? Pourquoi enfermait-on des futures mamans et les traitait-on telle des esclaves jusqu’au moment de la délivrance ? Il fallait expier le péché. Elles accouchaient seules, sans aide, et parfois mourraient. On laissait les bébés dans leurs lits avec le minimum de soins. Parfois, ils étaient adoptés. Et jamais leurs mères ne les revoyaient. Elles restaient encore de nombreuses années à payer la pension d’avant la naissance en travaillant dans le couvent et toujours si peu nourries et battues.

En même temps que Samantha mène ses investigations concernant ce lieu, théâtre d’atrocités inimaginables, on entre dans sa vie. Sa mère est morte jeune, elle était toxicomane et le grand-père a fermé les yeux, il y a peu. La vie de la jeune journaliste n’est pas un long fleuve tranquille, plutôt ourlée de secrets et de non-dits.

On ne lâche pas cet ouvrage. Emily Gunnis, dont c’est le premier roman (vendu à plus de 350 000 exemplaires) signe une page d’histoire bouleversante. Elle s’est inspirée de faits réels qui font froid dans le dos mais sur lesquels il ne faut pas faire l’impasse.

Ferme les yeux et fais un voeu, par Cécile Bergerac, éditions Hugo

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Sarah est avocate. La trentaine décidée, volontaire, elle démarre déjà une belle carrière d’avocate.  Sa vie est entièrement vouée à son job. Jour et nuit. Toujours bien vêtue, élégante, stricte. Un rien psychorigide, pourrait-on dire.

Tout lui réussit, sauf que sa vie bascule quand le téléphone sonne une nuit. On lui demande de se rendre d’urgence à l’hôpital. Son frère vient d’avoir un très grave accident…

Nous entrons dans la vie de Sarah et de Pierre, son frère. Tous deux ont perdu leurs parents. C’est à Sarah que revient d’annoncer à Julie, la future femme de Pierre, ce très grave accident qui le plonge dans un coma de type 3. Le genre d’état dont on revient rarement sans séquelles, si on en revient.

Sarah est une sœur admirable, qui rend visite à Pierre. Elle lui parle, lui fait respirer les odeurs aimées, entendre les musiques appréciées. Parfois elle l’engueule. Tu vas quand même de te décider à me faire signe… Mais rien, le corps reste inerte.

Heureusement pour elle à l’hôpital, elle croise Jim, un infirmier au grand cœur, drôle, émouvant et pétri d’humour avec une fossette à laquelle on ne peut guère résister. Lui aussi a son histoire. Comment être l’homme qui pourrait faire sourire Sarah ? C’est lui qui va lui lancer la phrase « Ferme les yeux et fais un vœu ».

C’est un roman moderne, pétri de tendresse et d’espoir malgré la gravité du sujet évoqué.

Un roman qui fait du bien et permet la vie au-delà des obstacles. On apprend à changer de regard, on se reprend à espérer, même en plein chaos.

C’est le premier roman de Cécile Bergerac, découverte grâce à un concours d’écriture qui a provoqué un réel coup de cœur au sein de la maison d’éditions.

Armen Lubin, l’exil et l’écriture, par Hélène Gestern, collection 1er Mille, éditions Arléa

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Pourquoi, comment entre-t-on en écriture ? Une partie de la réponse à cette question se trouve dans les pages du livre d’Hélène Gestern qui confesse « avoir eu envie d’écrire, à travers la vie d’Armen Lubin, la biographie de l’écriture. »

Mais qui est cet homme né en 1903 et mort en 1974 ? Il est né à Istanbul et s’appelait Chahnour Kérestédjian. Persécuté comme ses compatriotes arméniens, il quitte la Turquie en 1923. Il fera la douloureuse expérience d’être un apatride. Qu’est-ce qui pourrait bien sauver Armen Lubin, lui redonner le goût de la vie et de la beauté ? Les mots, la poésie ?

Il va rencontrer Jean Paulhan qui le publiera chez Gallimard et sera l’ami de Madeleine et Jean Folain ainsi que d’Henri Thomas. Hélas, il lui faudra faire face à la tuberculose sous une forme douloureuse, handicapante, le mal de Pott.

Le livre est illustré de photos. On suit le poète et on s’interroge, pourquoi, mais pourquoi tant de mal, de solitude ? Il a gardé pour lui l’essentiel de sa souffrance… Osait-il dire vraiment au peu d’amis ce qu’il ressentait ?

Pour travailler sur ce sujet, dont on sent qu’elle ne peut se défaire, de longs mois voire des années ont été nécessaires à Hélène, elle a perçu une parenté avec lui. Elle vient d’une famille qui a aussi quitté son pays et elle est à même de comprendre les silences maternels, le mal être qui pouvait la saisir. Est-ce que l’arrachement à une terre, la reconquête d’une autre, l’abandon d’une langue pour l’emprunt d’une autre sont de nature à faire naître le désir d’être avec des mots ceux du présent qui ont endormi ceux de l’origine ? En même temps qu’avec les mots, elle dessine le portrait du poète et retrace son itinéraire, de sanatorium en hôpital ou en maison de santé, elle évoque son histoire, la sienne. La douleur d’Armen réveille celle d’Hélène. Et l’émotion nous vient, palpable. Les chapitres alternent, se répondent. La vie d’Armen et la sienne. Les amours blessés aussi. Jamais Hélène n’était allée aussi loin dans les révélations qu’elle offre. Car c’est un cadeau que celui des mots qui sur une page, comme sur plateau, ou dans la main qui les rassemble jusqu’à former un bouquet d’exceptionnelles senteurs. Hélène est l’écriture, sans elle pas d’oxygène, pas de sens au destin révélé.

Qu’est-ce qu’écrire ? Est-ce un chemin que l’on trace mot après mot pour oser marcher vers la lumière ?

Ce livre est une merveille. Lisez-le, offrez-le !

Wanted Louise, de Marion Muller-Colard, collection Signe, Éditions Gallimard

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« Wanted Louise »comme un avis de recherche, lancé par Chris, auteure, mère et grand-mère. Louise, sa fille, mère de Niels et Marin a disparu. Aucune lettre, aucune explication pour expliquer son geste. Chris hérite des deux petits-enfants et de Guillaume, le gendre totalement perdu.

Rien que ces faits suffiraient pour un roman, mais l’affaire se complique avec l’irruption de Ludmilla, vieille femme étrange décidée à lui confier son histoire. Elle était encore jeune au moment de la guerre de 39/45 et a été poussée, presque malgré elle, dans la Résistance par sa mère. Elles venaient de Pologne. Et chez Chris, qui a l’habitude d’écrire des histoires qui s’emmêlent, surgit le besoin d’enquêter. L’histoire de l’autre, c’est aussi la sienne. Et naissent des portraits, fins, sensibles de femmes fortes, mais qui doutent d’elles aussi et taisent les reproches qu’elles peuvent s’adresser. La lecture du roman nous fait entrer dans deux histoires. Sont-elles si différentes ?

Ces pages sont aussi une interrogation sur ce qu’est être une femme, une mère et sur les difficultés de dire, de communiquer. Chris regarde observe, va de l’un à l’autre, de l’une à l’autre y compris à l’hôpital, des lieux où souvent les cœurs se libèrent de l’insoutenable secret.

L’écriture de l’auteure est très vivante, parfois en forme de coups de poing, l’humour est là aussi et l’émotion peut tirer quelques larmes. Pourquoi, comment ? Les portraits des petits-enfants sonnent juste. J’avais aimé À propos du Jour où la Durance salué par la critique. L’auteure, qui est aussi théologienne, et écrit pour les enfants confirme son talent. Elle peut tout et nous invite à la suivre. Ne boudons pas notre plaisir !

Une fille de passage, par Cécile Balavoine, éditions Mercure de France

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Cécile Balavoine m’avait enthousiasmée avec Maestro son premier roman. Une belle écriture, l’art de narrer, de dire avec tact, délicatesse. Que serait le deuxième roman et quand surtout ? J’ai reçu Une fille de passage juste avant le confinement. Et il a fallu attendre pour publier mon ressenti. Les librairies étaient fermées. Mais j’ai lu avec joie et ravissement l’histoire de la jeune Cécile et de sa rencontre, puis ses liens avec Serge Doubrovsky, le pape de l’autofiction.

Ils se rencontrent à New York (un peu aussi à Paris) et très vite, pendant que Serge qui a aussi un lieu à Paris, Cécile logera chez lui et découvrira peu à peu la vie de cet homme et la vie des femmes qui furent les aimées de l’écrivain. Elle est d’abord l’élève de Serge qui exerce une sorte de fascination sur elle. Il est le maître et lui conseille d’écrire. Le peut-elle, elle qui a rêvé d’être musicienne ? Elle qui est attirée par ce qui se passe à Salzbourg ?

Ce roman nous interroge sur ce qu’est le sentiment qui peut unir deux êtres ? Comment naît l’attachement ? Est-il raisonnable de s’attacher à un être qui pourrait être son grand-père ? Cécile montre les liens, les attirances et les blocages aussi jusqu’à la demande en mariage où elle se retrouve debout sur le canapé à résister… Elle ne serait plus une fille de passage, mais une femme, sa femme…

La fille de passage répond au dernier roman de Serge qui écrit « un homme de passage », roman dans lequel, elle est l’héroïne. D’où ce vertige quand on se découvre dans les pages d’un roman. Il a toujours procédé ainsi. Or, rien, du point de vue de la chair, s’accomplira. Elle ne peut pas. Elle l’a embrassé quand il était très malade, c’était naturel. « Les garçons de ma classe continuaient de flotter devant mes yeux, mais je savais que si l’un d’eux était vraiment entré à cet instant, dans cette chambre d’hôpital tandis que j’embrassais Serge Doubrovsky, je l’en aurais chassé, je serais restée dans cette éteinte, dans ce sursaut de vie qui s’échangeait, dans cette fusion des âges qui s’opérait… »

On aime la finesse de cette relation, le ton pour décrire les sentiments, la complexité des êtres, la douceur et la tendresse, la pudeur extrême.

Courez à la librairie et abreuvez-vous ! C’est tout simplement magnifique.

Louise des Ombrages, par Yves Viollier, éditions Presses de la Cité

 

 

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L’histoire se déroule au Gué des Marais dans la Vendée du sud, lieu qu’on appelle aussi la Venise verte. Yves nous raconte le double suicide d’une fille et de son père. La fille est une artiste peintre, c’est l’histoire de Marie Renard, juste après la grande guerre et tout le talent de l’auteur c’est de parvenir à faire de Marie, un personnage de fiction qu’il va appeler Louise.

Le père, c’est Athanase, revenu traumatisé de la grande guerre. Elle en prend soin, selon la promesse faite à sa mère avant sa mort. On les a trouvés allongés, se tenant par la main, l’un à côté de l’autre dans la maison des Ombrages. Non loin, la table dressée, celle qui rassemblerait celles et ceux qui viendraient pour les funérailles. Ils avaient pensé à tout. Pourquoi ce drame, alors que Louise était une jeune mère comblée, semble-t-il ?

Yves a mené une véritable enquête, est allé sur les lieux, a contemplé les tableaux de cette artiste précoce que les plus grands louaient. Il a aussi compulsé la presse… Que s’est-il réellement passé dans cette demeure ? Ont-ils manqué d’argent ? Il ne semble pas, bien que certaines ventes de terre aient dû être réalisées.

L’auteur, avec le talent qui est le sien, a remonté le temps, décrit les paysages, montré l’enfance de Louise, la vie d’Athanase, son père et de son épouse. Nous voyons aussi, l’amie de Louise. Sait-elle la vérité ? Tant de bruits ont couru…

Et si cette vérité affleure, aucun jugement n’est porté. Les lectrices et lecteurs ont le temps, au fil des pages, de s’attacher aux personnages, aux lieux aussi. Et l’envie nous vient de visiter l’œuvre de l’artiste et de l’aimer davantage.

Une réussite, ne passez pas à côté de ce roman.

J’ai failli te manquer, par Lorraine Fouchet, éditions Héloïse d’Ormesson

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Lorraine Fouchet sait mieux que personne nous entraîner dans des histoires et secrets de famille. On peut s’y croiser, se détester et malgré tout s’aimer.

Reste que c’est difficile dans la famille Venoge. Lise, la mère, qui voulait un garçon, a vu naître Cerise, sa fille. Axel, le papa et mari, lui n’a pas été déçu. Il est un homme que beaucoup de femmes voudraient épouser et un papa que beaucoup d’enfants aimeraient chérir.

C’est un roman choral à trois voix. On découvre Lise, Cerise et Axel, même quand, le temps passant, il regarde depuis les nuages les deux femmes et continuent de les protéger. Les lectrices et lecteurs les suivent, se font leur opinion, les aiment, s’inquiètent, s’interrogent. Le talent de l’auteure fait qu’on veut savoir, on ne lâche pas cet ouvrage qui nous emporte.

Cerise est un beau personnage appelée à voyager. Sans doute des distances nécessaires pour comprendre ce que sa mère lui a confié. « Tu es une enfant adoptée ». Serait-ce la raison des distances entre les deux femmes ? Cerise veut comprendre et, à l’autre bout du monde, en Namibie, grâce à Aelig (quel homme généreux) elle va peu à peu remettre en place les éléments du puzzle familial dont les pièces sont dispersées entre Paris et la Bretagne chérie de l’auteure. Les pièces éparpillées vont trouver leur juste place.

C’est un roman riche de sens, de bonne humeur, malgré la gravité du sujet, on rit aussi. Lorraine ne saurait vivre ce grain d’optimisme. Elle a mis beaucoup d’elle, dans ces pages, l’histoire d’une maman dont la mémoire s’effrite peu à peu, mais quel bain d’amour et de tendresse !

Qui a dit un jour que le temps perdu ne se rattrape jamais ? Selon Lorraine, et on a envie de la suivre, il n’est jamais trop tard pour aimer.