Je ne vous oublie pas

Nous vivons une situation inédite… Vous savez combien la littérature est précieuse. Jusqu’à présent, en un peu moins d’une année, j’ai rendu compte des livres lus et aimés et les ai offerts en partage, grâce à ce blog.

La rentrée littéraire de printemps commençait à arriver avec d’excellents ouvrages et puis ce méchant virus est venu taire nos danses et mettre à terre bien des espoirs. Les maisons d’éditions ont bloqué les parutions… en attendant des jours meilleurs. Les libraires indépendants ont dû fermer, les bibliothèques et médiathèques aussi. Mais je vous supplie de ne pas vous adresser à Amazon… Ce serait tuer nos libraires que personne ne pourra jamais remplacer. Un sourire, un conseil de lecture, une rencontre… eux seuls savent vous les offrir en plus de l’objet que votre soif de savoir et d’évasion réclame.

Je ne veux pas oublier, comme vous tous, le personnel soignant qui veille, se dévoue, oeuvre pour nous sauver, n’oublions pas de les remercier au long des jours.

Quant aux mots, telles des perles, ils peuvent tresser des colliers d’espérance  pour nous aider à garder le moral. Le printemps ose s’inviter et laisse entendre les chants d’oiseaux. Au fond de nos coeurs, les livres ont leur musique… Je continue de lire pour vous et dès que ce sera possible, je publierai sur ce blog, mes impressions. Pour l’instant les éditeurs m’ont demandé d’attendre.

Je ne vous oublie pas, prenez soin de vous, nous gagnerons cette bataille.

Sur toute feuille, osons écrire ces mots plus beaux les uns que les autres, guérison, fraternité, vie.

Je vous embrasse avec amitié

Elise FISCHER

Chronique de la vie continue, par Jacques A. Bertrand, éditions Julliard (nouvelle édition)

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En 1984, on trouvait à la vitrine des libraires, Chronique de la vie continue, l’un des premiers volumes publiés (le deuxième) par Jacques A. Bertrand, qui préfigurait l’œuvre à venir de cet auteur, dont « chaque livre peut rendre l’homme meilleur et plus heureux », a écrit un jour Jérôme Garcin.

Les éditions Julliard ont choisi de republier cet ouvrage… A-t-il résisté au temps ? Est-il toujours d’actualité ?

Eh bien, oui. Le style, l’humour de cet homme qui regarde le monde avec ses mots séduit et interpelle… Sous sa plume, voici es faits les plus insignifiants et il leur offre place et grandeur, sans toutefois se prendre au sérieux.

Il peut évoquer la croyance au sens large du terme, et l’on va de Bouddha à Jésus. Il parle de la communion autour d’une table… On peut y être nombreux et ne rien partager, on peut y trois et vraiment communier. Reste que tout cela est assez barbant et obéit à des obligations. Mais on s’y plie, avec plus ou moins de grâce. La vie continue.

On trouve sous sa plume la définition de l’écrivain qui est d’abord un lecteur qui lit ce qu’il écrit et qui écrit toujours le même livre.

Il se penche sur les vins lourds et légers, les renommés et les ordinaires. Quand on finit une bouteille de vin millésimé, on ne sait plus ce que l’on boit, (seul le premier verre a ébloui) peu de différence avec un breuvage ordinaire et c’est très bien ainsi.

Il parle des êtres, de leurs habitudes, des visages qui nous en rappellent d’autres. Nous sommes toujours le sosie de quelqu’un d’autre… Et qu’est-ce que ça change ?

Nous ne savons rien de la vie, mais encore nous ignorons tout de notre ignorance. Non seulement nous ne savons rien de la parole, mais encore nous parlons beaucoup trop langages (…) Cette chronique (on désigne par chronique une maladie qui évolue lentement, en s’aggravant) déborde de non seulement mais encore. Cette chronique aurait pu s’intituler Ballade de Non Seulement mais Encore et Cependant.

À méditer…

 

Le pays de l’horizon lointain, par Alain Gnaedig, éditions Joelle Losfeld

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C’est un livre peu ordinaire que publie Joelle Losfeld.

Avec Le pays de l’horizon lointain, Alain Gnaedig, auteur et éditeur nous raconte l’histoire de Walter Grassie, un écossais qui voit le jour en 1768. Sa naissance dans un milieu aristocratique est marquée par la mort de sa mère qui perd la vie en lui donnant la sienne.

Le jeune Walter reçoit la meilleure éducation qui soit dans une famille qui le destine à devenir avocat. Le grand-père veille au grain et bien évidemment, la religion protestante rythme les heures, les jours et les ans. Il ne peut en être autrement.

Walter est initié aux sciences, la famille a à cœur d’ouvrir l’enfant aux beautés du monde, à la justice, à l’art. Pour grandir et trouver sa place dans ce dix-huitième siècle en effervescence, rien de mieux qu’un voyage en Europe, jusqu’en Italie, jusqu’à Venise. Comment devient-on un homme ? En découvrant l’absinthe, l’opium, les grands mouvements dont la Franc-maçonnerie ?

En France, sévit la Révolution. Un bouillonnement d’idées qui sied peu à Walter. Il est peu bavard. Tout en intériorité. Il tombe amoureux de Fiona. La belle Fiona aux longs cheveux blonds, aux yeux clairs. Jeune fille délicieuse, nimbée de parfums dont celui du chèvrefeuille de la rose et de la cannelle. Sont-ce les parfums qui soulignent la présence des êtres aimés ?

Ce court roman rythmé sur le temps. De très brefs chapitres ciselés, sculptés montrent la vie d’un homme, son histoire dans la grande Histoire. Quel effet l’Histoire peut-elle avoir sur le devenir et les destinées des êtres ordinaires ? Il était horriblement tard sur terre. Avec ici et là, des conclusions de chapitre – l’idée du temps passé ou à venir– qui reviennent de façon lancinante. Nous ne pouvons rien face à cette fuite du temps, sauf lire, relire, ausculter ce pays de l’horizon lointain. Nous venons de là…

Fasse pour chacun qu’il ne soit pas trop tard sur cette terre !

Jackie et Lee, deux soeurs, un destin, par Stéphanie des Horts, éditions Albin-Michel

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Stéphanie des Horts s’est fait une spécialité en nous racontant les dessous un peu trop glamour de célébrités dont les vies vraies sont plus audacieuses qu’un roman.

Après Les sœurs Livanos ou Pamela, ou Le secret de Rita H., ce sont les sœurs Bouvier (d’une lointaine origine française) qui l’ont intéressée. L’une Jackie deviendra l’épouse de John Fitzgerald Kennedy et l’autre Lee épousera un prince polonais.

De toute évidence la société anglo-saxonne plaît à Stéphanie des Horts. Elle a à cœur de fendre les armures pailletées et de montrer qui furent réellement celles et ceux que la presse papier glacé a suivis, poursuivis, sans révéler l’aspect choquant des situations. C’est tout un art, le public a besoin de rêver.

Ces deux sœurs sont belles, ont les mêmes aspirations. Elles ont été élevées ainsi par des parents qui les poussent à briller. Elles s’aiment, mais se détestent sans pouvoir se séparer. Elles sont identiques et contraires, complémentaires et indissociables. Elles mènent la même lutte, être aimées pour le côté grisant de leur conversation, comme pour leur charme.

La plupart du temps, c’est Jackie qui réussit mieux (aux yeux de Lee). Sauf pour le premier mariage de Lee, (elle réussit avant sa soeur (mais l’union sera une catastrophe). Viendront les épousailles de Jackie avec ce « héros » du Vietnam qui ne sait rien faire d’autre que le joli cœur et accumule les conquêtes. Le vieux Kennedy a d’autres idées pour ce fils (et les autres) aux beaux yeux où se reflète un sourire éclatant. La politique.

Il ne peut que devenir président. Bon plan pour Jackie qui sera la first lady. Jackie veut toujours être la première partout et Lee enrage.

Nous savons la destinée et les tragédies des Kennedy… Nous avons encore le souvenir de Happy Birthday Mr President… chanté langoureusement par Marilyn Ou I am a Berliner. Il n’empêche, la peinture fait froid dans le dos et le commun des mortels en voyant ces fêtes où se presse le gratin du monde entier, chanteurs, acteurs, écrivains, cinéastes qu’on a pu admirer ne peut qu’être choqué. Or, il n’est pas de bon ton d’émettre une idée contraire, sous peine d’être traité d’affreux réacs moralistes. Mais que dire ? C’est hélas, le lot de l’espèce humaine. Nous sommes faits de terre, il ne faut point s’étonner d’être si terreux…

L’auteure réussit là un excellent travail, solidement documenté. Elle cite ses sources et c’est bien. Le style est alerte, on tourne les pages sans se lasser.

Quant aux lectrices et lecteurs, si les yeux étaient restés à demi clos. Les voici ouverts car débarrassés des paillettes. La question reste posée : ces deux sœurs furent-elles les dernières princesses d’Amérique ? Si tant est que ce continent ait mérité d’en avoir.

La fiancée du danger, mademoiselle Marie Marvingt, par Michèle Kahn, éditions LePassage

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Si à Nancy et dans les environs, nous connaissons encore Marie Marvingt, « la fiancée du danger », c’est grâce à Marcel Cordier qui lui consacra avec Rosalie Maggio dans les années quatre-vingt dix, un ouvrage publié aux éditions Pierron (cité par Michèle Kahn).

Mais en France, en Europe et dans le monde qui se souvient de cette pionnière dans tant de domaines ?

Michèle Kahn s’est intéressée à cette femme à nulle autre pareille.

Marie naît dans le Cantal en 1875, d’un père receveur des Postes qui épouse une jeune femme d’origine lorraine mosellane… Ce qui vaudra à Marie d’aller à l’école allemande –la Moselle et l’Alsace ont été annexées par la Prusse après la défaite de Sedan– avant de venir habiter Place de la Carrière à Nancy.

Marie naît après trois garçons qui meurent très jeunes et c’est le désespoir du papa qui entendait les élever tels des sportifs. Marie va combler les rêves de Félix… À quatre ans elle nage dans la Meurthe comme dans la Moselle, apprend à faire du bicycle avant même que se répande la mode des bicyclettes. Le ski, les arts du cirque, l’alpinisme seront des domaines qui vont émerveiller Marie. Disciplines qu’elle pratique, car elle veut tout essayer. « Savoir, vouloir, c’est pouvoir » sa devise.

Évidemment, lorsque l’on commence à parler des voyages en ballon, puis de l’aviation, elle ne peut rester indifférente et se lance dans l’aventure. Elle participe à la guerre de 14/18 et obtient d’aller bombarder la base de Frescaty Metz (l’Allemagne à l’époque). Comme elle a aussi suivi des études de médecine, elle tente de réunir deux passions et d’inventer un avion sanitaire pour aller soigner les blessés…

La presse peut être élogieuse, mais le machisme ambiant fait qu’elle est parfois moquée. Elle n’en a cure, exige que des articles soient corrigés. Si elle se trouve à bord d’un aéronef en compagnie d’un homme, c’est pure curiosité, une femme ne peut pas se livrer à de telles péripéties et diriger. On reconnaîtra parfois ses exploits en mettant en parallèle que certes, on peut se promener là-haut, et ne pas savoir, pour une femme, cuire une omelette. La honte, n’est-ce pas ? Alors qu’elle a gagné des concours de cuisine.

Elle verra d’illustres compagnons ou soldats mourir. Les accidents étaient fréquents. Elle-même connaîtra quelques chutes et « mordra le bois ». Mais elle est forte et la vie s’offre encore à elle.

Elle a fréquenté le beau et le grand monde, Lyautey et quelques présidents de la République, n’hésitant jamais à se rendre à Paris, depuis Nancy, en vélo en pédalant sur sa Zéphyrine… Les derniers voyages auront lieu à plus de quatre-vingts ans.

C’est une curieuse, une audacieuse, assoiffée de ce que la vie qu’elle aime peut offrir, tant dans les sports, que dans les langues (elle parle quatre langues dont l’Esperanto) et les arts. Elle écrit (plutôt bien) donne des conférences, on la réclame partout. Elle connaît les Daum, les Majorelle et tant d’autres de l’École de Nancy…

Le roman de Michèle Kahn est nourri, bien écrit, alerte, comme tout ce qu’elle nous offre. La fin de cette grande dame, pour qui la connaît, est dramatique, elle est oubliée de tous. Peut-être a-t-elle eu le tort de mourir trop tard. Les héros qui meurent jeunes marquent les esprits.

On ne saura jamais qui elle a aimé… On ne lui a connu, ni amants, ni amantes. Une chose est sûre : elle aimait Dieu. Chaque messe caressait son âme.

Laissez-vous caresser par ces pages qui font du bien et rendent justice à une femme et quelle femme !

Est-ce que tu danses la nuit, par Christine Orban, éditions Albin-Michel

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Que l’amour est difficile ! Est-ce qu’on peut définir l’amour ? Quelles en sont les règles ?

Christine Orban, dans son récent ouvrage, se livre à l’autopsie d’une histoire d’amour…

Une jeune femme part célébrer son anniversaire de mariage avec son époux en Grèce. Chez sa mère, elle a trouvé un panier poussiéreux contenant des lettres qui lui étaient destinées et d’autres lui appartenant et que sa mère aurait peut-être dû transmettre. Et c’est une remontée dans le temps, le souvenir d’un amour vécu avec Marco, l’année du baccalauréat à Athènes.

Marco, tout feu, tout flamme. Tina, jolie jeune fille réservée qui joue Chopin, puis Beethoven…

Marco vit seul avec son père. Tina vit avec sa mère…

Le fougueux Marco exige quatre mois de distance pour vérifier leur amour… Un temps que risque de mettre à profit Simon, son père pour s’approcher de Tina.

Sait-on mieux séduire et aimer quand on a l’âge, l’expérience et les poches remplies de billets ?

Avec finesse, Christine Orban décrit les joies et aléas d’une histoire d’amour qui se cherche, qui pourrait se danser entre Paris et Athènes. Qu’est-ce qui est possible ? Qu’est-ce qui ne l’est pas ?

Qui sont les êtres réellement « condamnés » à cet amour délicieux, tourmenté et qui peut faire peur ? Je ne donnerai pas la réponse. Mais on ne lâche cette histoire palpitante, forcément. Histoire qui se cherche des raisons valables pour être ou pour s’achever autrement que par des éclats d’une fenêtre trop close.

Que sont ces amours enracinées dans l’adolescence ? Un jeu qui permet peut-être de sortir des tumultes, de gagner les rives de la sérénité jusqu’au pardon ?

Nous étions des Malgré-Nous, par Laurent Pfaadt, éditions Le Cherche-Midi

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Il fallait pouvoir écrire ces pages qui sont à la fois personnelles, puisque l’auteur relate la vie des siens, après s’être solidement documenté, ce qui est le cas, sur l’histoire de l’Alsace depuis 1870. Et cette histoire précise, émouvante se lit telle une saga familiale. C’est d’ailleurs la saga des Pfaadt à Bischwiller. C’est l’histoire de trois Alsace, trois guerres et trois générations. C’est bien évidemment l’histoire des Malgré-Nous et aussi des Malgré-Elles –reconnues officiellement seulement en 2008.

Dans ces pages, la petite histoire écrit la grande.

Voici l’histoire du patriarche qui se souvient de 1870, lorsque ses fils Henri et Charles vont s’affronter dans les tranchées de 1914, l’un avec l’uniforme allemand, l’autre avec celui de la France. On pouvait opter pour elle après la guerre perdue en 1870. Guillaume lui, se battra contre la Russie tsariste, question de justice. Quant à Eugène, l’enfant chéri… Il n’en reviendra pas.

La génération suivante est aspirée par le conflit de 1939-1945… Le jeune Guillaume, fils de Stéphanie, (d’une génération à l’autre les aînés sont prénommés Guillaume) n’a pas le choix et se voit obligé de porter l’uniforme de la Wehrmacht. Ce n’est pas d’un cœur joyeux et le patriarche en a le cœur brisé.

J’ai aimé les descriptions de Bischwiller, une ville dynamique qui devait sa fortune aux tissages et à l’esprit d’entreprise. J’ai aimé comment on y vivait, catholiques, protestants et juifs. J’ai aimé la présence de Claude Vigée, le poète et penseur, enfant de Bischwiller (j’ai eu l’occasion de le rencontrer à plusieurs reprises à Paris).

J’ai apprécié la place laissée aux femmes de la famille. Chère Stéphanie éprise des siens qui sombre dans le chagrin…

L’auteur peint avec précision la face sombre d’un tel conflit… Des familles juives arrêtées et des habitants qui se hâtent de vider les lieux pour s’approprier de leurs quelques richesses… Le ton est juste et la noirceur que tout un chacun peut porter n’est pas édulcorée.

L’auteur montre bien, références à l’appui, comment sont considérés ces soldats venus d’Alsace. Ils ne sont pas fiables pour l’armée allemande. Mais les Alsaciens n’ont pas été davantage bien vus par les Français à la fin de la grande guerre quand la France a repris l’Alsace. Les cartes d’identité avaient classifié les Alsaciens de A à D…

Mais que dire de ces Malgré-Nous qui ont tenté d’échapper au joug nazi sur le front russe ? Se pose alors la question de la liberté et du choix dans cet ouvrage qu’on ne lâche pas. Laurent Pfaadt se demande, quand vient pour Guillaume ce besoin de déserter, quel est le sens d’un tel geste ? Déserter constituait alors la solution à toutes ses inquiétudes. Déserter permettait de survivre. Simplement. Et il cite Vassili Grosmann analysant la bataille du Dniepr en octobre 43 dans « Vie et destin » :« L’homme meurt et passe du royaume de la liberté à celui de l’esclavage. La vie, c’est la liberté, aussi le processus de la mort est le processus de l’anéantissement progressif de la liberté… »

Les Soviétiques ont interné ces assoiffés de liberté dans l’horrible camp de Tambov. Ce n’était qu’un camp de concentration, mais la mort telle une putain à l’étrange baiser prenait son temps. Les derniers prisonniers, ceux qui avaient pu survivre, ne sont rentrés qu’en 1955. De Gaulle n’est même pas intervenu en leur faveur. Realpolitik oblige… L’humiliation pour les Alsaciens et les Mosellans s’est poursuivie longtemps. Personne n’a oublié le procès de Bordeaux jugeant l’affaire d’Oradour-sur-Glane…

Nous étions des Malgré-Nous, c’est le titre de l’ouvrage écrit par Laurent Pfaadt… Dans ce Nous, que nous soyons alsaciens, mosellans ou pas, c’est vrai qu’il s’agit de Nous… De notre histoire qu’il faut connaître, c’est à ce seul prix que nous pourrons vivre ensemble en osant nous regarder avec fraternité.

 

 

 

Un sac plein de vent, par Richard Sourgnes, (Jazz stories) intros Daniel Humair et Claude-Jean « Tito » Antoine, éditions ETT (Territoires Témoins) collection Borderline

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Un sac plein de vent… On aime le titre de cette Jazz storie qui donne son titre au recueil des 14 Jazz stories, de Richard Sourgnes, préfacé par Daniel Humair, batteur compositeur et peintre, distingué pour son art en musique à plusieurs reprises et notamment élu musicien de l’année aux Victoires de la musique en 2000. Une autre préface suit, celle de Claude-Jean « Tito » Antoine, cofondateur du Festival NJP Nancy Jazz Pulsations, président de l’Ensemble Stanislas et membre de commissions du Centre National de la Musique. Ces intros sont déjà une consécration pour ces 14 histoires racontant le jazz et ses musiciens interprètes et chanteurs.

On commence en 1944 avec Rufus, venu des États-Unis qui découvre la cornemuse après un atterrissage un peu hors des clous au moment du débarquement en Normandie. Rufus, le Ricain voit arriver ces British qui tirent des sons de ce drôle d’instrument au nez et à la barbe des occupants nazis… Il poursuivra l’aventure et cueillera le succès.

Il y a aussi l’histoire de Frédéric, amoureux de la clarinette de Benny Goodman, du vibraphone de Lionel Hampton, et de la voix d’Ella Fitzgerald. Attention, ne pas oublier les copains du Chemin de Fer… Si c’est la guerre, on n’oublie pas la musique, ni Léonce et son 78 tours de jazz. Une attaque, juste le temps de se planquer sous les wagons, pour échapper aux balles qui font valser les cailloux entre les voies et qui collent quelques frissons et sueurs.

Il y a encore un concert donné à Londres où doit se produire la grande Ella Fitzgerald. Si le temps a passé, la voix est intacte… L’auteur, sa femme, les filles ont raté le car à Metz qui doit les conduire à Calais avant de rejoindre Londres… Vite, on saute dans la voiture, on roule à 130, on rattrape le bus à Reims et on se baigne dans cette musique, à nulle autre pareille.

Une rencontre étonnante avec une Jeanne d’Arc qui ne s’en laisse pas conter et ouvre les yeux du narrateur sur ce qu’est le bien et le mal.

On finit par Django et l’inoubliable Nuages. Quel bonheur, même si Richard confie avoir découvert chez ce gitan pourquoi, il pouvait oublier un concert, quitter au beau milieu la scène d’un cabaret, un besoin urgent, celui d’aller contempler le ciel, une lune pleine : « c’est si beau, mon frère » …

Chaque nouvelle donne la bande son qui a pu inspirer l’histoire écrite avec talent, vivacité. Les notes s’envolent, la musique peut tout. Laissez-vous enchanter, enjazzer. Votre cœur n’en sera que plus heureux.

Choses à faire un jour de pluie, par Marissa Stapley, traduit de l’anglais (Canada) par Léa Drouet, éditions Mercure de France

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C’est le premier roman de Marissa Stapley, auteure de langue anglaise très connue au Canada, qui est traduit en France.

Marissa Stapley sait entraîner ses lecteurs dans les contrées aux longs hivers qui déteignent forcément sur les êtres qui les peuplent.

L’histoire de Mae qui découvre peu de temps avant son mariage –la robe de mariée est déjà achetée– le départ sans prévenir de Peter, ne laisse pas indifférent. Peter n’a laissé que Bud, l’adorable chien du couple. Les yeux de Mae s’ouvrent. Peter est un escroc et indirectement, ignorant tout de lui ou ne voulant pas voir, elle a participé à ses œuvres.

Cet abandon en réveille un autre. Orpheline, elle fut élevée par ses grands-parents depuis l’âge de six ans. Ses parents sont morts au moment de la fonte des neiges, cette année-là. Georges et Lilly se sont occupés d’elle avec amour, l’ont accueillie dans l’auberge qu’ils tiennent au bord du fleuve. Une enfance somme toute heureuse avec un merveilleux camarade Gabe… De camarade, il est devenu l’amoureux… Son grand amour, mais lui aussi a disparu sans prévenir. Pourquoi ?

C’est la grand-mère qui détient peut-être la clef de tous ces mystères. Oui, mais voilà, lorsque Mae revient chez ses grands-parents, le couple de Georges et Lilly bat de l’aile après plus de cinquante ans de vie commune… Et Lilly perd parfois la tête. Elle en a conscience et fait ce qu’elle peut pour lutter contre les trous noirs et donner le change, le temps que tout se réinstalle correctement dans sa tête.

C’est la volonté de Mae, son besoin de savoir qui vont fendre le voile noir. Mais à quel prix ? « Pourquoi tu ne me regardes pas ? Réponds-moi (…) Comment tu as pu faire une chose pareille ? interroge Mae. J’essaie de te le dire, répond Lilly d’une voix d’enfant apeuré. Je l’ai fait pour toi (…) Je pensais qu’il détruirait ta vie. Et tu as détruit la mienne, répond Mae à sa grand-mère. Est-il possible de réparer ?

Le roman est ainsi construit que lecteur navigue entre le présent de Mae et les douloureux souvenirs ombrés de mensonges avec lesquels elle a grandi.

Peu à peu le lecteur découvre des vérités atroces. Il faut faire avec pour tenter un présent acceptable et un possible avenir.

On se laisse happer par l’univers de l’auteure et ses personnages souvent attachants bien installés au bord d’un fleuve imprévisible, comme toute vie.

Ailleurs sous zéro, Pierre Pelot, éditions Héloïse d’Ormesson

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N’avait-il pas dit en même temps que paraissait Braves gens du Purgatoire qu’il n’écrirait plus. Qu’il avait tout dit. Qu’il en avait assez de, ou de ne pas…

Et voilà que Pierre Pelot nous offre  « Ailleurs sous zéro », un recueil de nouvelles qu’il présente dans son prologue. Les nouvelles sont un genre, dit-on quelquefois, mal aimé, (c’est un bruit qui court) dans le paysage littéraire. Et il n’y croit pas. Il a, du reste, bien raison.

Treize nouvelles composent cet ouvrage. La première est née après la remontée d’un gouffre où l’auteur s’est trouvé précipité, frappé deux fois… Pour qui le connaît… ce n’est pas seulement le crabe qui ronge qui l’a attaqué, c’est le cœur atteint par une flèche qui n’a pas raté sa cible, comme ça, d’un coup.

Et puis, il y a les autres montrant des personnages rugueux. Certains révoltés. D’autres pas lisses du tout. Et ce ne sont pas ceux qu’on croit. C’est tout l’univers de Pierre qui se retrouve dans ces pages. Les gendarmes (comme au Purgatoire ?) qui enquêtent et sont incapables. Seulement braves. Et il y cette nouvelle à nulle autre pareille « Bienvenue aux canpeurs » oui, oui avec un n et pas un m… À vous de comprendre pourquoi. À mater les poitrines et les fesses des filles, les p’tits gars ne sont pas assurés de la suite, quand bien même, ils en rêveraient.

Et il y a encore Zan qui revient… Zan, l’un des héros de Méchamment dimanche (si vous ne l’aviez pas lu, courez-y vite, un bijou du genre). Tout comme cette nouvelle dans un club de gym, deux braves gars de couleur qui s’entraînent et une dame vêtue de blanc, comme il faut sous sa peau ridée qui n’aime pas les Noirs, les immigrés, rien que des feignants.

Pierre Pelot continue de nous interpeller, d’écrire avec le talent qu’on lui connaît, ce qu’il a sur le cœur et dans les veines. Il ne supporte pas la bêtise, l’injustice, mais dénoncer pour dénoncer, ce ne serait pas lui. Il y a l’imaginaire pour nous ouvrir les portes, faire glisser un peu de réflexion. Son style, son phrasé, sa poésie parfois qu’il nous envoie tel un uppercut indispensable, font chavirer.

Croisons les doigts et fasse le ciel, auquel il a du mal à croire –autrefois il y avait Saint-Nicolas, une légende d’enfance qu’il aimait tant– que les doigts, malgré les bobos de l’âge, tapent encore longtemps sur la machine à cracher les histoires, comme il sait, lui et nul autre, les écrire.

On sera heureux de (re)découvrir aux éditions Pocket « Braves gens du Purgatoire. »9782266305884_200x328.jpg