La Prisonnière du roi, par Gilbert Bordes, éditions Presses de la Cité

Gilbert Bordes a décidément beaucoup de talent et les ans n’ont pas affadi sa plume. 

Voici qu’il transporte lectrices et lecteurs à la fin du douzième siècle et au début du treizième siècle avec l’histoire d’Ingeburge, princesse du Danemark épousée par Philippe Auguste. À peine épousée et sacrée reine de France, le roi la répudie. Or, elle refuse. Elle est mariée. Selon elle, le mariage est consommé (laborieusement mais elle ne le dit pas) reine elle est, reine elle restera. Le roi ordonne son enfermement en différents lieux –couvents, prisons, forteresses– obtient l’annulation par copinage avec un évêque de France apparenté à sa famille. Le pape est vieux… Le roi se remarie. Il lui faut une descendance… 

Le nouveau pape Innocent III comprend Ingeburge et ordonne au roi de France de reprendre son épouse auprès de lui. Quatre conciles ont lieu dont celui de la réconciliation. En vain. Furieux, le pape déclare l’interdit sur le royaume en 1200. Les églises sont fermées. Plus de sacrements, plus de funérailles… Le peuple se lamente…

Gilbert Bordes, né en Corrèze, vit dans l’Essonne, non loin de la forteresse d’Étampes qui fut un des lieux de détention d’Ingeburge et lui, l’auteur, le luthier, a dû entendre le chant tragique de la malheureuse reine. Vingt ans de mise à l’écart avant d’être libérée et de reprendre sa place, sans jamais partager la couche du roi. 

Peut-on vivre sans amour ? Arrachée à son Danemark et au jeune poète Bjorg –les jeunes gens s’aimaient– pour obéir à son père et devenir reine, Ingeburge avait un sens aigu du devoir et des lois que sa foi lui dictait. 

Qui fut le chevalier qui la visitait dans sa geôle et lui apportait quelque consolation ? Là, c’est le talent du romancier qui œuvre pour le plaisir des lectrices et lecteurs.

Gilbert Bordes nous offre une page d’histoire habitée par de viles âmes, mais aussi par des personnages d’exception, dont Ingeburge qui mérite que l’histoire se souvienne d’elle.

À lire 

Le parfum de l’exil, par Ondine Khayat, éditions Charleston

Taline vient de perdre Nona, sa grand-mère plus que centenaire. Cette Nona tant aimée a été celle qui l’a élevée, guidée dans sa vie. Mais surtout, elle a été celle qui lui a transmis son don dans la connaissance des parfums et la reconnaissance de ceux-ci. Rose, chevrefeuille, amande, terre mouillée, ambre et tant d’autres n’avaient aucun secret pour Nona qui très tôt s’aperçoit des dons que possède Taline. Elle en fait son héritière. Pour elle la maison de Bandol et l’entreprise qu’elle a créée. 

Le notaire a remis une enveloppe à n’ouvrir que dans la maison de Bandol et ce que Taline découvre, c’est une histoire de famille dont elle savait si peu de choses, sauf qu’elle est originaire d’Arménie… 

Nona a créé pour sa petite fille un jeu de pistes… « Là où s’épanouit le jasmin se trouve la première clé »

Taline découvre l’histoire de Louise, son arrière-grand-mère et voici que se déroule au tout début du vingtième siècle le génocide arménien qui a frappé de plein fouet la famille. Comment survivre à la peur vrillée aux tripes, à l’horreur, aux têtes coupées brandies sur des piques ? Il y a eu l’exil, l’espoir, la renaissance aussi. 

L’Arménie est dans la chair, coule dans le sang, mais il faut partir pour un ailleurs qui s’appelle Syrie, Liban, Égypte. Ce qui, jusqu’à la mort de Nona, n’a pas tracassé Taline, se révèle. Elle comprend peu à peu l’origine des cauchemars qui l’assaillent. Comment se libérer des blessures du passé, comment comprendre de telles horreurs, oser vivre enfin, même après la découverte de certains secrets de famille ?
Dans cette histoire, l’auteure mêle astucieusement une histoire de famille, de secrets, de liens mère-fille à la grande histoire ombrée par la tragédie d’un génocide, à la condition de l’exil. Comment retrouver le goût du bonheur ?

On aime aussi l’immense courant spirituel au sens large du terme qui anime ces pages. L’amour plus fort que la mort. Ceux qui sont passés sur l’autre rive, demeurent et protègent ceux qui restent pour quelque temps encore sur terre.

C’est une belle histoire, forte et généreuse, écrite avec la beauté des parfums rares perlés de poésie.

Bravo !

Aller-double, par Pef, éditions Gallimard

Déjà auteur de plus de deux cent cinquante ouvrages graves, drôles, désopilants, tendres aussi, PEF (Pierre Élie Ferrier) a fait quelques incursions (rares) en littérature dite pour les adultes. Il y a eu Le soleil sur la langue et Ma guerre de cent ans… Aller-double est la troisième incursion de Pef chez les adultes.

Pef y raconte sa passion pour le vélo. Selon lui, le vélo est un avion rivé au sol, mais qui s’incline avec grâce dans les virages. 

Il se souvient tout spécialement de ses seize ans, quand il quitta la région parisienne pour rejoindre sa grand-mère bourguignonne non loin de Châlons-sur-Saône, à vélo s’il vous plaît. Que de tours de roues sur la Nationale 6, un long cordon ombilical reliant le pays d’origine à Paris. 

Le temps de dire ouf ou chiche, il saute aujourd’hui sur la moto et refait le trajet.

Quarante-trois ont passé, que reste-t-il de cette enfance ? Tu fermes tes yeux de jeune homme, un instant. Y circulent encore les platanes de la nationale, les courbes larges et des droites de règle plate. Tes jambes ont du mal à se calmer, à obéir à l’ordonnance de repos. Une fois ce trésor enfoui, recouvert, tu te retournes sur le côté, n’apercevant que le môle souple du traversin blanc.

Pef raconte, rencontre avec la langue savoureuse qu’on lui connaît, l’émerveillement au bord des yeux, et les mille pensées qui l’assaillent. Et s’il faut mettre tout ça dans le livre d’or, comme l’histoire où les jeunes franchissaient les passages à niveau verglacés en lâchant le guidon sans tomber, ça fera causer les cons. Les cons, plus ils causent et moins ils pensent…

Finalement, ce court ouvrage de soixante-quatre pages est celui des jours heureux, tout en saveur et poésie.

Saint Jacques, par Bénédicte Belpois, éditions Gallimard

Après Suiza, premier roman à nul autre pareil, je me demandais ce que pourrait nous offrir l’auteure.

Et Saint Jacques est arrivé. J’ai retrouvé le style vif, le ton souvent enchanteur quand elle se fait proche de la nature qui est un vrai personnage dans cette histoire décrivant l’impossible relation mère-fille, entre Camille, la mère et sa fille Paloma.

Mais il n’y a pas que cela même si c’est le cœur du sujet.

À la mort de Camille, sa mère, Paloma se rend à Sète et retrouve sa sœur Françoise. Parce que c’est ainsi, parce que cela doit être ainsi. Et sitôt la cérémonie terminée, les deux sœurs se retrouvent chez le notaire. Françoise hérite du bel appartement et Paloma se retrouve avec un trousseau de clés. Celui d’une vieille demeure cévenole que lui lègue sa mère, à condition qu’elle lise le cahier qu’elle lui a écrit. 

Sa mère lui a donc écrit.

Le roman alterne entre la lecture du cahier de Camille qui raconte à sa fille comme elle a été conçue et pas aimée, et le présent de la jeune femme infirmière, mère de Pimpon, une adolescente que toute mère aimerait avoir. 

Après moult hésitations, Paloma a fini par accepter l’héritage et même plus, puisqu’elle quitte Paris et s’installe dans cette maison, qu’il faut remettre en état. Ce sera son lieu de vie d’où elle ira soigner les malades, des personnages âgées surtout. 

On rencontre ainsi Rose, la gardienne et de toute chose du coeur et sa vieille chienne, Philippe, le médecin arrivé trois ans plus tôt, le couvreur charpentier Jacques, que Pimpon appellera Saint Jacques. Tous ces personnages sont griffés par la vie, mais tellement attachants. 

Paloma peut ainsi retricoter sa vie, comprendre ce qui lui a été caché : Même s’il m’a fallu un cahier entier pour m’en défendre, tu es ma fille, Paloma. Je te l’ai dit plusieurs fois, je ne sais pas aimer, on ne m’a pas appris. Michel a tenté de m’enseigner, et si j’ai fait des progrès, je parle l’amour comme une étrangère.

C’est pourtant d’amour qu’il est question dans ces pages, une quête incessante et insatiable entre une fille et sa mère, entre les êtres, entre le don et l’abandon. Un chant magnifique !

Un roman à ne pas manquer !

intuitio, par Laurent Gounelle, éditions Calmann-Lévy

Timothy Fisher, auteur de polar à succès, mène une vie tranquille à New-York et n’a guère l’occasion de se disputer avec Al Capone, son chat. Jusque-là, on peut se promener dans la vie, sans risque. Il n’y a rien à signaler.

Mais un jour, deux agents du FBI sollicitent son aide pour arrêter l’homme le plus recherché du monde. Timothy s’interroge. Ces deux-là font erreur, il n’est pas l’homme de la situation. Sauf que… La curiosité aidant, et quelques arguments étant déployés, il comprend que le FBI travaille sur programme secret Intuitio. En gros, on apprend à développer et à prévoir ses intuitions. Le but, c’est de prédire les actions d’un terroriste qui s’attaque à quelques grandes tours de New-York. Une histoire qu’on a connue, celle des Tours Jumelles ?

L’histoire se déroule et au fil des pages, l’auteur sème ici et là quelques réflexions sur les amitiés, l’argent et ses pouvoirs, les injustices jusqu’à la malveillance. On plonge au cœur des machinations grandes et petites des gens de pouvoir. 

L’histoire contée peut interpeller, griffer. Elle ne manque pas de suspense tout en permettant une interrogation sur tout un chacun. Il y a le visage de la personne, il y a ses actes et ce qu’elle est réellement. Pour cela, le discernement voire l’intuition sont nécessaires pour cheminer jusqu’à la vérité. 

Le roman aborde les sujets de société, l’écologie et même la responsabilité cachée de proches du président dans la déforestation amazonienne. Eh oui, le président ferme les yeux pour préserver ses intérêts financiers et politiques. D’ailleurs a-t-on intérêt à tout révéler ? Si la presse s’intéressait de trop près à ce sujet, on courait le risque d’un tremblement de terre politique, le président n’aurait même pas pu se représenter.

La lecture est agréable. Laurent Gounelle a déjà offert à ses lectrices et lecteurs quelques romans où fleurent la philosophie et le développement personnel. Pour vivre heureux, il est important de bien se connaître… Ici, il offre un thriller, et dans ce registre, pour résoudre les énigmes, il faut du flair, de l’intuition…

Alors…

Ivo & Jorge, par Patrick Rotman, éditions Grasset

Il fallait oser réunir dans un ouvrage deux êtres que tout ou presque oppose. Question d’audace et de talent chez Patrick Rotman, qui n’en est pas à un coup d’essai, quand il retrace par écrit ou caméra au point, des vies d’êtres qui ont fasciné le grand public.

Dans cet ouvrage qu’on ne peut quitter de la première à la dernière page, il s’attaque à Yves Montand et à Georges Semprun (prix Nobel de Littérature). L’un est fils d’immigrés italiens. La famille n’a pas supporté Mussolini et a échoué dans les quartiers pauvres de Marseille à défaut de pouvoir parvenir en Amérique. L’autre né au sein de la grande bourgeoisie madrilène, est trilingue. Les parents se sont réfugiés en France. Franco, très peu pour eux.

Ivo est un jeune homme timide, angoissé qui ne parvient à se réaliser que sur scène. Les débuts sont difficiles. Jorge est tout aussi timide et trouve un sens à sa vie en s’engageant… Ils ont en commun d’avoir la foi rouge. Si Jorge s’engage dans la résistance et est déporté à Buchenwald, Ivo pense d’abord à chanter sans oublier les siens. 

Le hasard les met en présence dans les années soixante. Tous deux ouvrent les yeux sur cet idéal perdu. Comment croire encore que la fraternité s’oppose au mal absolu quand on voit ce qui se produit à Prague par exemple. Les souvenirs font l’assaut chez Jorge qui sait qu’à Buchenwald, il a été sauvé par un communiste allemand. Pour lui, comprend Patrick Rotman : écrire signifiait refuser de vivre. Ne pas écrire signifiait refuser d’être. Il lance cette phrase à Jorge qui admet que si elle est un peu lapidaire, elle est vraie.

L’amitié se tisse entre les deux hommes et se renforce avec la rencontre de Costa Gavras, le cinéaste d’origine grecque. Très vite l’idée de raconter l’histoire d’Artur Ludvik écrite par Artur London est là. L’histoire se passe en 1951 à Prague, Ludvic est accusé du pire et sera contraint de signer des aveux humiliants. C’est l’époque des purges staliniennes. C’est Jorge qui sera le scénariste et Yves, l’acteur. Simone Signoret sera aussi au générique.

Le film fait grand bruit. Le PC français n’apprécie pas. Yves est raillé par les siens.

L’ouvrage de Patrick Rotman a le mérite de nous faire parcourir l’histoire contemporaine, la nôtre, sans jamais tomber dans l’histoire pour midinettes même si la vie d’Yves fut une vie de conquêtes… Nous croisons Hemingway, Piaf, Kennedy, Arthur Miller marié à Marilyn Monroe, Khrouchtchev et tant d’autres.

À lire !

Les risées du lac, par Emmanuelle Grangé, éditions Arléa, collection 1er mille

Une risée, comme chacun sait, c’est une moquerie de la part de quelqu’un qui observe une situation et qui se moque plus ou moins gentiment.

Ici, un lac, pas loin de la Suisse, émet des rides moqueuses… Au bord du lac est une maison. Une vieille maison de famille qu’entretient un ancien, un monsieur venu d’Algérie. Il veille aussi sur le jardin.

Apparemment, la situation pourrait être confortable pour la maîtresse des lieux, épouse de François à qui elle a donné trois enfants… Mais sous le calme, les remous existent.

François, qui appelle l’épouse, mon bébé, se veut tendre, (en paroles) mais ne l’est pas du tout dans ses agissements. Le parfait égoïste.

Il mène une double vie… Il a une maîtresse et peut-être d’autres.

Peu à peu (et je vous rassure, nous ne sommes pas dans un vaudeville) les deux femmes vont s’apprivoiser. Il faut du temps. L’une est le jour, l’autre pourrait être la nuit. 

Ce François, si peu soucieux de sa santé, sera l’homme qui aurait pu les dresser en ennemies et ce sera tout le contraire. François, au fil des ans, sera l’ennemi commun des deux femmes.

La légitime pense à le quitter. Met sur un compte les chèques qu’ils envoient pour subvenir aux besoins de la maison. Elle lui rendra le tout quand ils divorceront. Elle y pense. Mais il faut oser. Il y a en elle cette soif de liberté. Mais qu’est-ce qui la retient dans sa cage ? Oui, le lac peut émettre quelques risées.

Les deux femmes attendent la délivrance, d’où viendra-t-elle et comment ?Alors que la parole des femmes se libèrent, le chemin est long, bordé de douleur. Les questions surgissent sur ce qu’est un couple, ce qu’est l’amour ? Peut-on arrêter d’aimer l’autre du jour au lendemain ? (…) François et moi, nous nous sommes rencontrés il y a plus de trente ans. Quand ai-je commencé à moins l’aimer, quand ai-je commencé à le mépriser, quand ai-je eu le dégoût de lui ? Depuis quand ai-je peur de lui ?

Je vous avais parlé du précédent roman de l’auteure : « Les Amers remarquables » chez le même éditeur. Ne ratez pas ce qu’Emmanuelle Grangé nous offre en ces jours. Une auteure s’installe. Plume délicate, sensible. Bravo !

Le long du Luxembourg, par Elvire de Brissac, éditions Grasset

Que savent celles et ceux qui, de nos jours marchent ou courent « Le long du Luxembourg » ? Les lieux font tellement partie du paysage parisien. Si la crise sanitaire est là et harcèle pour la troisième fois Paris et tout le territoire ou presque. Fort heureusement, en citoyens, n’est-ce pas, les parcs sont ouverts. On peut aller et venir et faire un pied-de-nez à cette garce de Covid. 

Elvire de Brissac, de sa belle plume, (aucun sujet ne lui résiste –et ils sont nombreux et variés) entreprend de raconter les lieux et de nous inviter à la promenade au sein d’une demeure italienne, mais oui, réservée à la royauté, puisque c’est Marie de Médicis au début du XVIIème siècle qui voulut l’édifice. 

En quatre siècles, l’auteure déroule une bonne partie de l’histoire de France, pas toujours dans l’ordre, c’est au hasard, des lieux, du parc, d’une statue qu’elle fait une halte et en véritable conteuse évoque un couple, une belle altercation. Elle sait tout jusqu’à l’organisation des chaises qu’on louait pour un temps donné dans le parc au dix-neuvième et vingtième siècle.

Le miracle, c’est que les lieux ont résisté à l’histoire. Le Palais du Luxembourg a quelquefois été plongé dans l’oubli, a subi quelques outrages. Napoléon, dont on célèbre l’anniversaire, l’a en quelque sorte sauvé en redonnant à la France quelque place aux institutions, dont aucun pays ne peut se passer.

J’ai aimé le parc évoqué par l’auteure et je me demande si l’âme des grands penseurs et auteurs n’est pas encore présente en ces lieux. Diderot et Rousseau, Verlaine et Rimbaud, Victor Hugo et sa Cosette sans oublier Sartre et de Beauvoir.

Après avoir lu Le long du Luxembourg, le promeneur est assuré de se cogner avec bonheur à ces grands qui ont fait l’histoire.

J’ai aimé ce livre et je me suis revue dans l’un des salons de ce Palais, aujourd’hui lieu du Sénat. Christophe de Ponfilly et Jean-François Deniau revenaient d’Afghanistan, pays occupé par l’Union Soviétique, et dans « leurs bagages » s’était glissé quelqu’un que je n’ai jamais oublié, le Lion du Pandjchir. C’était le premier voyage en France du Commandant Massoud.

Quand vous hanterez les lieux, souvenez-vous lectrices et lecteurs que quatre siècles d’histoire, au moins, vous attendent. N’oubliez pas ce bel ouvrage « Le Long du Luxembourg ».

La Chasse, par Bernard Minier, éditions XO

On attendait le retour de Martin Servaz, un enquêteur tenace, contemporain, qui ne se fait pas à l’idée que notre monde dérive, verse dans la violence gratuite, laisse courir les malfrats, soit prompt à verser dans le racisme, et qui pour se rassurer rejoint les haineux et complotistes de tout bord.

Ici, après une scène glaçante nous montrant d’abord un très jeune homme qui court nu, de nuit dans la forêt. On entre très vite le cœur battant dans l’histoire. On comprend qu’il a été enlevé, puis relâché avec quelque chose sur la tête. Il ne sait pas où il va sinon qu’il faut fuir. Pour quoi ? Pour qui ? Jusqu’à l’éblouissement, le choc avec une voiture conduite par un infirmier qui vient de quitter l’hôpital pour retrouver madame, après un petit crochet chez une connaissance… Ne pas le dire surtout.

Servaz enquête. L’affaire n’est pas simple et va pointer l’état de notre société. Montrer les failles, les errances de la police, de la justice toutes deux épuisées, à leur décharge, sans grands moyens pour faire face à une délinquance que la crise accroît. La France n’a rien à envier à ses voisins… Elle serait même en tête du hit-parade d’une violence qui s’épanouit autant dans le cercle familial que dans les quartiers et flirte même avec les nantis.

Il faut rendre hommage à l’auteur qui installe ses histoires dans des lieux précis. 

Les quêteurs de trésor d’autrefois travaillaient à partir de cartes. Il fait de même. Il est sur les lieux, connaît parfaitement les chemins, lit, téléphone, prend des notes, vérifie ses sources. Et s’il se trompe, il recommence.

Il aime ses personnages, en crée de nouveaux. Dans La Chasse, apparaît Esther Kopelman, journaliste à La Garonne. Eh oui, l’histoire se passe dans le sud-ouest, le lieu de l’auteur. Si la Garonne fait penser à La Dépêche du Midi, il faut savoir que ce journal a autrefois existé… En donnant un rôle important à Esther qui fouille, vérifie, ausculte, sans forcément recourir à Internet (bravo) l’auteur nous montre le vrai travail des enquêteurs, des journalistes d’investigation que rien ne remplacera jamais.

L’auteur s’est attaché à Martin Servaz, nous aussi. Le voici amoureux d’une pédiatre… C’est toute une famille que l’auteur crée et qu’il nous offre. Pas étonnant qu’il soit entré dans le top 10 des écrivains français les plus lus (traduits aussi à l’étranger).

Un plaisir à ne pas bouder.

Bretzel & Beurre salé, par Margot et Jean Le Moal, éditions Calmann-Lévy

À la pointe du Kerbrat, à Locmaria, la belle demeure ayant appartenu à Nicolaï Petrovski, duc polonais qui s’y ressourçait, est achetée par Cathie Wald, strasbourgeoise ayant des attaches au Mont Saint-Odile. À Locmaria, on s’interroge. Cette demeure était convoitée… Trop chère pour Lagadec qui la désirait et attendait que baissent les prix. 

Quand le petit village découvre la pimpante alsacienne, énergique quinquagénaire qui veut ouvrir un restaurant alsacien à la place d’une pizzéria moribonde, elle est plutôt bien accueillie, y compris par le voisin anglais de l’ex-pizzéria. L’homme est craquant et il se dit qu’il est apparenté à la famille royale britannique. Ce n’est pas rien. Il lui fait la cour au cours de promenades équestres… Le rêve…

Jusque-là, à part la grincheuse Natacha de la supérette, Lagadec le rancunier, Quéré, l’ancien maire dont le village n’a plus voulu plus pour une histoire d’usine de sardines revendue et qui a laissé sur le carreau quelques dizaines d’employés, tout va bien pour Cathie qui se fait des copines et va de l’avant tout en bousculant son cuistot, le neveu de Lagadec qui traîne quelques embrouilles.

Après la soirée inauguration où les « flammekueche » (tartes flambées salées ou sucrées) se sont arrachées et où l’on a chanté, des airs alsaciens à la mode bigoudène, vient la soirée choucroute et la choucroute alsacienne, classique ou avec une recette aux poissons, fait saliver. Ne manquera pas la choucroute impériale, (double dose pour les gros mangeurs, dont Quéré et ses copains qui se sont inscrits). Sauf que… Quéré est indisposé et meurt… Indigestion ? Empoisonnement ? Cathie a déjà connu quelques tracas, serrure forcée, frigo mis en panne et une visite surprise d’une commission d’hygiène… Bien évidemment, une enquête est ouverte avec des policiers si peu finauds qu’il faudra la ténacité et l’audace de Cathie pour prouver sa bonne foi. Elle ne va pas se laisser accuser. Sa choucroute vaut toutes les crêpes, galettes et petits sablés des lieux.

Le couple, Margot et Jean Le Moal, travaillait déjà dans l’édition. Jacques Vandroux est un auteur de roman policiers et thrillers bien connus. Elle, Margot était son éditrice… Lui est breton et elle alsacienne et ils s’amusent à nous divertir en écrivant à quatre mains… Ils nous promettent d’autres aventures. Cathie a de beaux jours devant elle et personne ne boudera son plaisir.

À consommer sans modération.