Et meurent les marionnettes, par Yves Hughes, éditions Calmann-Lévy, collection Territoires

Yves Hughes nous emporte à Lyon, lieu et région qu’il aime tant. Il place son histoire dans le parc de la Tête d’Or où le castelet de la famille Falconnier continue d’offrir les spectacles de Guignol depuis tant de générations. Les marionnettes attirent toujours petits et grands. Lyon est le pays de Guignol, de Gnafron, de La Madelon, de Toinon et de tant d’autres marionnettes à gaine. C’est bien Laurent Mourguet qui les a fait naître entre les deux collines lyonnaises, celle de Fourvière où l’on prie la Vierge, et celle de La Croix Rousse où œuvraient les canuts. 

En ces lieux, Serge, marionnettiste est retrouvé mort. Il a été assassiné. Pourquoi ? Trop en avance sur son époque ? Il voulait faire évoluer Guignol… Un moyen de conjurer quelque peur liée à l’enfance ?

C’est Alice Amelin, commandante à la P.J. qui est chargée de l’enquête.

Le mérite de l’auteur, c’est bien sûr de plonger lectrices et lecteurs dans le monde des marionnettes, de leur fabrication sans jamais oublier la vie de celles et ceux qui sont au cœur de l’enquête. La famille des marionnettistes, comme celle d’Alice, maman par adoption d’Eliot qu’elle appelle son Cobra. Eliot aime, certes, les marionnettes, mais plus encore les derniers animaux du zoo tout proche (et dans cette histoire le zoo a son importance). Il y a Clochette, l’éléphante de quatre-vingts ans, dont la fin est proche, car elle est atteinte de tuberculose, il y a des lions, des singes… Eux-aussi ont leur mot à dire.

On n’oublie pas Balthazar qui joue la nounou auprès d’Eliot…

Cela dit, il faut le savoir-faire de l’auteur, pour captiver le lecteur. Il use de la psychologie, du pourquoi des terreurs d’enfance, des traumatismes qui vont à la rencontre d’autres. Que de bonté, de tendresse tout en peignant les lieux avec poésie !

Il m’est impossible d’en dire davantage pour ne pas dévoiler la fin de l’histoire. Secrètement, (le monde des marionnettes m’ayant moi aussi captivée) je me disais que nous aurions peut-être l’occasion de nous rencontrer au cours d’un salon. Une confrontation entre le monde de Charleville et celui de Lyon. Hélas, ce ne sera jamais. Yves Hughes a quitté le castelet de la vie en juin dernier, bien trop vite, bien trop tôt. 

Et si les marionnettes meurent (presque le titre de son ouvrage) avant d’en arriver là, elles pleurent, et nous avec.

Charles Tillon, Le chef des FTP trahi par les siens, par Fabien Tillon, préface Edgar Morin, éditions Don Quichotte/Seuil

Fabien Tillon est journaliste, scénariste de bandes dessinées, mais il est aussi le petit-fils de Charles Tillon qui joua un grand rôle pendant la Résistance. Il fut celui qui donna les ordres à Rol-Tanguy, mais si. Comment se fait-il que cet homme issu d’une jeunesse prolétaire, marin pendant la grande guerre, engagé avec foi au Parti communiste, participa au Front Populaire et qui fut le chef des FTP ait disparu de nos mémoires ?

Son petit-fils s’est fait historien afin de lui rendre justice, de rétablir son honneur, car ceux, aux côtés desquels il œuvrait (le PC), ont sali sa mémoire. 

Fabien Tillon nous raconte cet homme marin sur le Guichem en 1917 et qui l’armistice ayant sonné, est devenu le porte-parole de ses compagnons de navigation entamant une grève face à l’intransigeance outrancière des officiers qui n’hésitèrent pas à faire appel aux tirailleurs sénégalais, pour mater ce qu’ils appelaient une mutinerie qui n’en n’était pas une. Dans l’armée, la marine, il faut se taire. De ce fait, Charles a été condamné lourdement, au bagne de Biribi, a failli y laisser sa peau, mais cette épreuve n’a en rien entamé son sentiment d’aider les autres, de lutter contre les injustices. 

Ce Breton a défendu les ouvrières des sardineries. Il sera horrifié par la guerre civile espagnole et la façon dont la police française traitera les réfugiés. Pendant la guerre de 39/45, de Gaulle verra en lui un homme droit. Ce qui ne plaira peut-être pas à la direction du PC. Charles avait déjà vu clair dans les façons de faire de Staline. Il sera donc facile de l’accuser de défiance envers l’URSS, de complot et bien d’autres vilenies. Surtout qu’en 1968, il se rangera du côté des assoiffés de liberté à Prague. Il devra supporter l’humiliation de reconnaître des fautes qu’il n’a pas commises. Faire profil bas. Une monstrueuse injustice.

Dans ces pages, l’auteur rétablit la vérité, rend justice à ce grand-père à nul autre pareil. Il s’appuie sur des sources familiales et sur les archives. Il était temps de rendre hommage à cet homme qui, victime des travers du stalinisme, a sans doute été l’honneur du communisme français.

Edgar Morin dans sa préface souligne : « le nom de Tillon ne dit rien aux générations d’aujourd’hui. Pour la mienne, c’est celui d’un héros de la Résistance. C’est celui d’une vie vouée à la cause des exploités. » Oui, Charles Tillon, c’est bien « l’héroïsme au service d’un énorme espoir »

Lire ces pages, c’est briser le mensonge né d’une idéologie qui a pu produire des héros, mais a joué à la fabrique des assassins.

Curiosity, par Sophie Divry, éditions Notab/lia

Il fallait y penser : se servir de l’actualité scientifique pour parler de la condition humaine. Il faut le talent de Sophie Divry. Elle n’en manque pas pour embarquer lectrices et lecteurs à la suite du robot Curiosity qui travaille sur Mars depuis 2012. 

Curiosity a une conscience et raconte sa mission, ses espoirs comme ses désespoirs, ce qui le sauve quand il peut en avoir assez de ne voir que des teintes ocrées, rouges avant de plonger dans des nuits glaciales. Ce qui le fait tressaillir, c’est qu’il en lien avec Dieu. Chaque matin, il reçoit des messages et ces messages le mettent en joie et rompent sa solitude et peuvent provoquer une sorte d’extase mystique. Mais oui.

Qu’on se le dise, être un robot sociable n’est pas une position enviable. Pas de quoi se sentir supérieur. Même si, secrètement, il s’interroge, pourquoi Dieu l’a-t-il fait ainsi ? Hasard ? D’autres robots scientifiques, qui font des découvertes extraordinaires pour l’humanité, n’ont pas ce regard, ces sensations. Il a même réussi à tomber amoureux de cailloux qu’il découvre et doit collecter. C’était une pierre extraordinaire à nulle autre pareille. Mais il lui faut déchanter et ranger au grenier des souvenirs cet émoi. Il s’est trompé. Ça arrive, hélas.

Cependant, depuis quelque temps, Curiosity s’inquiète. Les messages divins se raréfient et il comprend que sa fin est programmée, il va rejoindre le mont où gisent d’autres robots dont plus personne ne se soucie. Est-ce donc ainsi qu’il faut vivre, travailler si c’est pour mourir ? Puisque le temps lui est compté, Curiosity se décide à écrire son testament. Il faut laisser une trace, qu’on sache… Le temps n’est plus aux questions des poètes : objets inanimés (quand il ne sera plus) avez-vous donc une âme ?

L’auteure m’a éblouie, ne ratez pas cette lecture suivie d’une nouvelle L’Agrandirax, dans le genre science-fiction mais enracinée dans notre époque livrée au confinement.

Bravo !

Les orphelins, par Bessora, éditions Jean-Claude Lattès

Bessora a écrit un roman sur un sujet méconnu, mais qui a existé. Celui des enfants orphelins de familles allemandes nazies et qui ont été adoptés par des familles sud-africaines blanches.

Wolf et Barbara sont jumeaux et vont quitter l’orphelinat où ils ont grandi au début des années quarante pour une fraternité sud-africaine qui recherche des enfants aryens. De jolis blonds aux yeux bleus. Un sang pur pour peupler ce vaste pays qui pratique l’apartheid.

C’est Wolf qui raconte et s’adresse à sa sœur. Ils ont eu beaucoup de mal à quitter l’Allemagne, Hanovre, prendre le bateau pour arriver au Cap où on les attend… Très vite, ils se heurtent au racisme et se révoltent. D’abord en secret, avec la honte collée aux basques et le désir de repartir en Allemagne, la terre d’origine. 

Cette famille huguenote qui fonde ses pratiques sur la Bible est loin d’être irréprochable. Elle cache ses honteux secrets que Wolf découvre, comme il découvre, devenu adulte, la laideur de ce qui a pu se passer en Allemagne.

Wolf, Barbara sont attachants. Graça, la vieille domestique de couleur de cette famille sud-africaine est une femme de cœur. Le vieux Jacob sait tant de choses. Quant au couple Michèle et Lothar, leur attitude raciste au nom de la religion révulse.  

L’auteure décrit parfaitement les aléas, les espérances comme les ombres qui sont en tout pays comme en chacun. 

Ces pages montrent la classification des êtres et de leurs races avant l’abolition de l’apartheid et posent la question des origines, sur l’attitude à avoir face à ce qui est injuste, comme sur ce que l’on transmet malgré soi des fautes commises par celles et ceux qui nous ont précédés. Quel chemin prendre pour une vie juste ? Comment réparer quand l’irrémédiable s’est produit ?

L’enfant travesti, par Jean-Luc Seigle, éditions Flammarion

Jean-Luc Seigle avait commencé la trilogie La Beauté des femmes, avec ce premier volume L’enfant travesti. Il devait y raconter un parcours, celui d’un enfant que sa mère, chaque week-end, déguise en fille… Un parcours inspiré de son enfance, et dont il s’explique dans le prologue à partir d’une peinture de Soutine La Petite Fille à la poupée. Il s’est reconnu dans ce portrait… Malheureusement, l’auteur, romancier scénariste, dramaturge récompensé du Grand Prix RTL-LIRE pour En vieillissant les hommes pleurent, du Grand Prix des lectrices de Elle pour Je vous écris dans le noir et du Grand Prix des lycéennes pour Femmes à la mobylette, (ouvrages parus chez Flammarion), n’a pas eu le temps de ranger ses crayons, la mort est venue, trop vite, trop tôt. Il nous reste ce premier volume d’une trilogie qui restera hélas, à jamais inachevée.

Voici donc Jean, cinq ans en 1960 à Vic-le-Comte en Auvergne qui grandit chez ses grands-parents. Sa mère travaille en ville toute la semaine où elle vend de la porcelaine et du cristal. Quand elle revient le samedi, c’est pour aller danser, faire se pâmer les hommes, après avoir travesti Jean en fille. Elle lui met de jolies robes, manches ballons et frous-frous et peigne ses cheveux, lui fait des anglaises en glissant des mots tendres au féminin. Ce que veut Louise, sa mère, est le bonheur de l’enfant. Sa mère est follement belle, les hommes en sont fous, tout est fou chez elle, mais elle est ainsi. 

Jean admire Véronique, sa tante, « la divorcée ». Pour Véronique, il est bien un garçon. Jean évoque sa grand-mère, celle qui est la plus présente dans cette famille. Il y a aussi l’arrière-grand-mère qui a connu trois guerres. Elle ne sait ni lire ni écrire, mais sa fille lui lit des romans à l’eau de rose. Quant à Antoine, le grand-père, seul homme de la famille, il s’occupe de Jean, ouvre pour lui un livre de contes… Parfois, il quitte le conte pour évoquer la guerre de 14 et confie que les héros de cette guerre ne sont pas ceux qui ont survécu, mais les morts. On voit aussi passer Geneviève, une autre fille, parfois prise par un délire lié au traumatisme du camp de Ravensbrück. Mais que dire de la disparue, Marie-Claire ? Qu’est-elle devenue ? Ne pas oublier un homme, le marin ? Est-il le père de Jean ?

Beaucoup de finesse dans ce roman qui questionne tout un chacun tant sur l’origine que sur la folie. Cette famille de femmes préservant le secret, ces femmes belles, unies pour le meilleur et croyant écraser le pire, fascinent autant qu’elles font peur, car il y a un enfant qui se cherche…

En lisant ce bouleversant roman qui peint une tribu de femmes, je n’ai pu m’empêcher de penser à Qui j’ose aimer de Hervé Bazin.

La Conspiration hongroise, une enquête d’Hippolyte Salvignac, par Philippe Grandcoing, éditions de Borée, collection Vents d’Histoire

Philippe Grandcoing , historien spécialiste des 19ème et 20ème siècles, passionné par les Grandes affaires criminelles, a commencé un cycle d’enquêtes, menées par Hippolyte Salvignac, antiquaire, au début du 20èmesiècle. 

Dans cette quatrième aventure, tout commence avec l’inspecteur Lerouet au sein d’une brigade créée par Clemenceau. Brigade qui est un peu l’ancêtre de la P.J. On vient de retrouver le cadavre d’un inconnu d’une cinquantaine d’années à Paris. Il a été poignardé à plusieurs reprises avec une arme qui ne pouvait que tuer comme le lui explique le légiste. Qui est cet homme ? Il portait un chapeau… On retrouve le chapeau et dans la doublure un étrange message dans une langue incompréhensible pour Lerouet. Est-ce de l’allemand, une langue slave, un mélange de plusieurs ? La seule personne capable de l’aider est Léopoldine, la compagne artiste peintre d’Hippolyte Salvignac. Léopoldine peut sans doute déchiffrer le message, elle est d’origine hongroise.

L’affaire n’est pas simple et l’on plonge très vite dans un complot politique international. Comment tirer les fils et y voir clair ? Les assassinats se multiplient au sein des artistes hongrois qui vivent en France. 

C’est l’époque où Clemenceau perd le pouvoir en France. Il s’est distingué pendant la guerre de 1870, farouche opposant aux Allemands, il est pris dans la bataille de la séparation de l’Église et de l’État, farouche défenseur de l’école laïque, mais sans léser les biens de l’Église. Or, en Europe, tout vacille… 

Notre trio va enquêter jusqu’à Vienne, pays de Klimt et de Freud… Font-ils bien de suivre cette intuition ? 

L’époque est fort bien restituée. On voit les événements annonciateurs de ce que sera cette folle guerre où Clemenceau jouera un grand rôle. Une page d’histoire foisonnante, où le souvenir de Napoléon est déjà loin. Et s’il revient sur le devant de la scène, c’est bien grâce à Edmond Rostand qui a fait jouer l’Aiglon par Sarah Bernhardt… Une histoire qui montrait le fils de l’Empereur se mourant de la tuberculose. 

Une époque s’achève. Presqu’une bataille entre le vieux monde et la modernité pressée de s’imposer, tant dans les arts que dans les mœurs. Salvignac va même devoir confesser qu’il vit en concubinage avec Léopoldine…

Les fans d’Hippolyte Salvignac, de Léopoldine et de Lerouet vont attendre avec impatience le prochain volume de leurs aventures. Quelle enquête va les accaparer ?

James & Nora, portrait de Joyce en couple, par Edna O’Brien, éditions Sabine Wespieser – Traduit de l’anglais (Irlande) par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat, suivi d’une postface de Pierre-Emmanuel Dauzat : « Le Yiddish de Joyce »

Edna O’Brien, qui a déjà consacré plusieurs ouvrages à James Joyce, propose dans ce court texte consacré à l’auteur, dont elle dit qu’il lui a ouvert les portes de la littérature, après la lecture de Portait de l’artiste en jeune homme, une autre fenêtre de lecture des œuvres de Joyce. (Tous deux sont Irlandais). 

Dans ces quelques pages, elle montre James Joyce en couple avec Nora Barnacle, belle jeune femme campagnarde de Galway. Un couple qui durera jusqu’en 1941, donnera naissance à des enfants et sera la plupart du temps en fuite pour échapper aux créanciers. De Londres à Paris, en passant par l’Italie et la Suisse, Edna analyse cette vie où solitude et misère matérielle s’épousent sans rogner sur leur vie sexuelle « flamboyante ». Ces deux-là se sont trouvés.

Mais il faut lire attentivement et comprendre les désirs et le besoin de Joyce quand il utilise la langue, les langues. En Irlande, (et seule Edna O’Brien peut le suivre) on peut répertorier des dizaines de langues du fait des nombreux accents et expressions différentes. Joyce se moque d’être compris et d’étourdir ses traducteurs. Il joue avec les mots comme avec la vie. Il invente, défait, recrée. Comme en amour. Chez lui, écrire est de cet ordre. Une jouissance explosive.

La postface de cet ouvrage est de Pierre Emmanuel-Dauzat, le traducteur de l’ouvrage d’Edna O’Brien avec Aude de Saint-Loup. Cette postface découvre d’autres scènes, surtout en expliquant « le yiddish de Joyce » (Le yiddish étant une langue empruntant à d’autres langues pour se créer). Nous voici, de ce fait, piqués de curiosité pour relire Joyce ou tenter de le faire sans oublier Edna O’Brien que les dames du Femina ont couronnée en 2019 pour l’ensemble de son œuvre. Il était temps.

Le meilleur est avenir, par Alexia Stumpf, éditions Signe

Alexia Stumpf, jeune auteure dont c’est le premier roman, a le contact aisé, le désir d’aller aux autres, elle qui fut professeure des écoles avant de devenir responsable de filières de formation des enseignants du second degré en Suisse. Et puis, ce premier roman à nul autre pareil.

Un roman qui met en scène Aubin, un jeune prêtre affecté, presque contre son gré à une mission peu aisée. Il rêvait peut-être de s’adresser à la jeunesse, d’être en paroisse, et le voici propulsé en milieu hospitalier pour accompagner des personnes en fin de vie, dans une unité de soins palliatifs. Dans ce même service, il va croiser des personnes très différentes, des malades et leurs familles et c’est la rencontre avec Hugo, un petit bonhomme de huit ans qui risque bien de changer la donne. Dans ce lieu appelé Chrysalide, tout être, quel que soit son âge, est appelé à une profonde mutation, à devenir autre.

Aubin va croiser Violette, femme très engagée qui a déjà une vie derrière elle et un avenir (à venir) qu’elle espère jubilatoire. Prendre ce dernier train pour retrouver Martin avec qui une vie s’est écoulée est son ultime espoir. Il y a aussi Cannelle, capable de bousculer bien des certitudes afin de permettre une mue essentielle pour Aubin.

Ce n’est pas un livre qui donne des leçons, c’est un livre de vie, bouillonnant et dont on a besoin. Il parle des blessures, des reconstructions. Dans cet espace parfois ombré, c’est Hugo qui a le pouvoir de lire dans les cœurs. « On a tous une petite voix dedans nous qui nous raconte des choses quand on est attentif, comme dit toujours la maîtresse (…) et ces choses, elles sont toujours vraies. » Les propos d’Hugo bouleversent Aubin. Hugo le devine, rassure et conclut : « C’est qu’on arrive peut-être à communiquer de cœur à cœur. »

Les questions auxquelles les grandes personnes n’ont pas de réponses, Hugo ose les poser et au fond de son cœur a peut-être déjà les réponses qui peuvent changer le cours des choses, pour le meilleur, qui est toujours à venir.

Belle leçon de vie et d’espérance.

Voyage au pays du silence, par Neil Ansell, éditions Hoëbeke (traduit de l’anglais par Béatrice Vierne) – Collection Étonnants Voyageurs fondée par Michel Le Bris

C’est toujours un plaisir de plonger dans un ouvrage de la collection Étonnants Voyageurs créée par Michel Le Bris.

Neil Ansell a exploré plus de cinquante pays, rencontré une foule de personnes. Il a toujours été au gré de ses humeurs, des vents. 

Pourquoi s’est-il « perdu » au fin fond de la campagne galloise ? Un besoin d’en finir avec l’agitation du monde ? Il y a chez lui une nécessité de se réapprendre, de voir le monde autrement. Il va encore sur les chemins, sans savoir jusqu’où, sans carte. Lui, amoureux du chant de la vie, des sources, des oiseaux, du frémissement du vent dans les feuilles, fait le tragique constat qu’il est train de perdre l’ouïe. Passé ce constat déstabilisant, on le serait à moins, Neil trouve, dans cette perception qui s’éloigne, une autre façon d’être au monde et au cœur de la nature. Il VOIT différemment et ce qu’il évoque dans ces pages c’est une invitation pour ses lecteurs à le suivre sur des routes que nous n’aurions sans doute jamais empruntées. La nature est là qui peut tout, qui chante autrement, qui nous comble, à condition que nous sachions en prendre soin. Il nous raconte l’origine des pierres, l’adoration du soleil par certains peuples. « Nous avons tendance à penser que l’adoration du soleil a été la plus primitive des religions, mais il me semble pourtant qu’elle possède une espèce de logique fondée sur le visible –beaucoup plus que les religions qui sont venues plus tard, quand l’homme a commencé à créer des dieux à sa propre image. »

Il parle de l’attrait de la mer sur lui et que, s’il ne la voit plus, elle lui manque. Parfois, il se pose et s’interroge (et nous avec) qu’avons-nous à toujours vouloir regarder au-delà du visible ? Ne serait-il pas plus sage de s’asseoir et d’attendre que le monde vienne à soi ?

Ce voyage au pays du silence de Neil Ansell, amoureux de l’Écosse des Highlands, est comme un chant d’amour à la gloire d’un paradis que seule la littérature peut sauver de l’oubli.

Ne ratez pas l’écoute de ce chant écrit sur terre comme dans les airs !

Toutes ces foutaises, par Ezzedine Fishere, éditions Joëlle Losfeld (traduit de l’arabe –Égypte– par Hussein Emara et Victor Salama

C’est un roman qui s’étale sur quarante-huit heures en Égypte. Une Égypte qui a connu bien des soubresauts, comme tout le Proche-Orient secoué par la jeunesse exigeant plus de liberté, rêvant d’un printemps qui enfin pourrait s’installer.

Amal, est une jeune Américaine d’origine égyptienne. Elle a justement été arrêtée et inculpée… Elle œuvrait dans une ONG. Soupçonnée d’avoir appartenu à une organisation étrangère chargée de déstabiliser le pays, elle a dû faire une année d’emprisonnement avant de regarder le soleil. Voici ces deux jours de liberté qui s’offrent à elle. Elle a fêté cette libération avec ses amis avant d’échanger avec Omar, un jeune chauffeur de taxi. 

On pourrait dire que tout les sépare ou presque… Et pourtant, pendant quarante-huit heures, ils ne vont pas se quitter, du lit à la table, de la table au lit, jusqu’au moment où Amal sautera dans l’avion la ramenant aux États-Unis.

Pourquoi se retrouve-t-elle allongée sur une couche avec ce très jeune homme ? Elle ne veut pas être seule. Il y a eu cette année de solitude entre quatre murs… Omar lui fait remarquer qu’elle a de nombreux amis. Pour preuve, cette fête avec plus de cent personnes. Justement, c’est trop. Elle a besoin de se retrouver, de reprendre pied doucement. Comment après une longue diète, on ne se goinfre pas. Sauf peut-être d’amour…

Des échanges qui permettent d’en savoir plus sur l’Égypte. Ce qui est permis et qui choque au point de condamner et de priver de liberté. 

L’auteur, écrivain, universitaire et diplomate égyptien connaît fort bien le Koweït, la France, le Canada et les États-Unis où il enseigne. Il est évidemment fort bien documenté, mais il y a son écriture teintée d’humour et d’autodérision. Il décoiffe comme il faut pour brosser le portrait d’un pays à travers celles et ceux qui l’habitent.