

Jim Fergus, journaliste, auteur franco-américain avait déjà publié en 2011, l’histoire de sa mère Marie-Blanche, décédée à un peu plus de quarante ans, quand il avait seize ans. Une histoire dramatique qui l’avait poussé à rendre visite à Renée, sa terrible grand-mère âgée de 96 ans, Alzheimer au dernier degré et à laquelle personne ne pouvait résister. L’auteur estimait que cette femme avait brisé la vie de sa mère, Marie-Blanche.
Née à Senlis, Renée qui n’avait guère été heureuse auprès de sa mère Henriette, ne pouvait que reproduire ce qu’elle avait vécu.
Sa mère est comtesse de Fontarce et souvent délaissée par le comte, se laisse aller dans les bras de son jeune beau-frère le vicomte Gabriel. Renée assiste à des scènes qui ne sont pas celles qu’une gamine de 6, 8, 10 ans doit voir. Gabriel qui gère mieux l’héritage que son aîné, est un pervers manipulateur, fou et violent, non content de tenir la mère de Renée dans ses bras, il œuvrera auprès de sa fille (un peu pédo, le tonton), la battra pour l’éduquer, l’adoptera pour lui léguer sa fortune.
Renée s’en éloignera après avoir vécu auprès de lui en Égypte quand elle n’a que quatorze ans… Elle affirme l’aimer, malgré les coups.
Renée se marie sans amour avec un homme de son milieu, le comte de la Brotonne qui lui donnera deux enfants, Marie-Blanche et Toto. Le comte est très porté sur la bouteille. Renée le quitte pour épouser un noble sans argent, mais travailleur et héros de la guerre de 14/18 qui lui a pris un bras… Pierre est un homme délicieux qui œuvre pour rendre au château familial sa gloire et sa beauté. Marie-Blanche est heureuse quelque temps, même s’il faut se partager entre tonton Pierre qui a perdu son bras dans les airs et son père M. de la Brotonne. Et lorsque le précepteur un certain Jean, abbé vient donner des cours au prieuré de son père, elle comprend les vilenies du monde… Entre temps, René a pris un nouvel époux Leander James McCormick. L’argent ne fait pas défaut.
Jim Fergus a repris les six cents pages de Marie-Blanche quand il a retrouvé des documents concernant la vie de sa famille, des photos, des parutions d’ouvrages… Il s’est toujours interrogé sur la mort de Billy, son aîné qu’il n’a pas connu… Pourquoi Marie-Blanche agissait-elle ainsi et s’occupait si peu de ses enfants et préférait se consoler et sombrer dans l’alcool ?
Marie-Blanche craignait Renée sa mère qui l’humiliait se moquait d’elle, car elle avait épousé un paysan joueur de polo. Jamais Marie-Blanche ne deviendrait une femme capable de s’adapter au monde. Jolie certes, mais si peu intelligente, disait Renée avec dédain.
Jim Fergus nous offre un roman où Renée est décrite pendant une grande moitié de l’ouvrage, puis viennent les pages Marie-Blanche, écrites au JE… La chronologie de la partie Marie-Blanche est parfois interrompue quand Jim la montre dans la clinique suisse soignée pour se délivrer de ses démons… Et tout à la fin, intervient l’auteur.
700 pages inoubliables riches, écrites avec beaucoup de pudeur. Deux destins de femmes, plus les personnages annexes. La douloureuse condition humaine et féminine. Chez ces gens-là, si l’amour ne dure pas longtemps, c’est l’argent qui subsiste, mais fait-il le bonheur ?
Jim Fergus sera au Livre sur la Place à Nancy du 10 au 12 septembre 2021 et j’aurai le plaisir de l’interviewer le vendredi 10 septembre à 15 h au Forum France Bleu-ville de Nancy



















