Marie-Blanche, au fil de la vie, par Jim Fergus, éditions Le Cherche-Midi

Author, Jim Fergus photographed at his former residence in Rand, Colorado.

Jim Fergus, journaliste, auteur franco-américain avait déjà publié en 2011, l’histoire de sa mère Marie-Blanche, décédée à un peu plus de quarante ans, quand il avait seize ans. Une histoire dramatique qui l’avait poussé à rendre visite à Renée, sa terrible grand-mère âgée de 96 ans, Alzheimer au dernier degré et à laquelle personne ne pouvait résister. L’auteur estimait que cette femme avait brisé la vie de sa mère, Marie-Blanche.

Née à Senlis, Renée qui n’avait guère été heureuse auprès de sa mère Henriette, ne pouvait que reproduire ce qu’elle avait vécu.

Sa mère est comtesse de Fontarce et souvent délaissée par le comte, se laisse aller dans les bras de son jeune beau-frère le vicomte Gabriel. Renée assiste à des scènes qui ne sont pas celles qu’une gamine de 6, 8, 10 ans doit voir. Gabriel qui gère mieux l’héritage que son aîné, est un pervers manipulateur, fou et violent, non content de tenir la mère de Renée dans ses bras, il œuvrera auprès de sa fille (un peu pédo, le tonton), la battra pour l’éduquer, l’adoptera pour lui léguer sa fortune.

Renée s’en éloignera après avoir vécu auprès de lui en Égypte quand elle n’a que quatorze ans… Elle affirme l’aimer, malgré les coups.

Renée se marie sans amour avec un homme de son milieu, le comte de la Brotonne qui lui donnera deux enfants, Marie-Blanche et Toto. Le comte est très porté sur la bouteille. Renée le quitte pour épouser un noble sans argent, mais travailleur et héros de la guerre de 14/18 qui lui a pris un bras… Pierre est un homme délicieux qui œuvre pour rendre au château familial sa gloire et sa beauté. Marie-Blanche est heureuse quelque temps, même s’il faut se partager entre tonton Pierre qui a perdu son bras dans les airs et son père M. de la Brotonne. Et lorsque le précepteur un certain Jean, abbé vient donner des cours au prieuré de son père, elle comprend les vilenies du monde… Entre temps, René a pris un nouvel époux Leander James McCormick. L’argent ne fait pas défaut.

Jim Fergus a repris les six cents pages de Marie-Blanche quand il a retrouvé des documents concernant la vie de sa famille, des photos, des parutions d’ouvrages… Il s’est toujours interrogé sur la mort de Billy, son aîné qu’il n’a pas connu… Pourquoi Marie-Blanche agissait-elle ainsi et s’occupait si peu de ses enfants et préférait se consoler et sombrer dans l’alcool ? 

Marie-Blanche craignait Renée sa mère qui l’humiliait se moquait d’elle, car elle avait épousé un paysan joueur de polo. Jamais Marie-Blanche ne deviendrait une femme capable de s’adapter au monde. Jolie certes, mais si peu intelligente, disait Renée avec dédain.

Jim Fergus nous offre un roman où Renée est décrite pendant une grande moitié de l’ouvrage, puis viennent les pages Marie-Blanche, écrites au JE… La chronologie de la partie Marie-Blanche est parfois interrompue quand Jim la montre dans la clinique suisse soignée pour se délivrer de ses démons… Et tout à la fin, intervient l’auteur.

700 pages inoubliables riches, écrites avec beaucoup de pudeur. Deux destins de femmes, plus les personnages annexes. La douloureuse condition humaine et féminine. Chez ces gens-là, si l’amour ne dure pas longtemps, c’est l’argent qui subsiste, mais fait-il le bonheur ?

Jim Fergus sera au Livre sur la Place à Nancy du 10 au 12 septembre 2021 et j’aurai le plaisir de l’interviewer le vendredi 10 septembre à 15 h au Forum France Bleu-ville de Nancy

Chimaerae et Le Sedge noir, par Jean Andriot, éditions Le Lys Bleu

L’auteur a parfaitement son premier roman. Il sait parfaitement entraîner lectrices et lecteurs dans cette histoire glaçante, je n’ai pas d’autres mot.

Une jeune femme est découverte en pleine orage, à moitié nue, au bord d’une route départementale de l’Est de la France. À première vue, elle est enceinte et pas loin d’accoucher. Qui est-elle, d’où vient-elle. Qui l’a déposée non loin de Gorze ?

Les policiers qui s’intéressent à elle ne comprennent pas un traitre mot de ce qu’elle raconte. Quelle langue, quel dialecte sortent de sa bouche ?

Et voici que surgissent les flash-back, comme au cinéma. Lectrices et lecteurs vont devoir s’accrocher pour découvrir l’histoire de cette jeune femme, comprendre l’horreur qui l’a conduite là. Elle a connu des situations atroces, s’est battue et sans la haine nécessaire à la survie, elle ne serait plus.

La difficulté quand on ouvre un thriller que l’on apprécie, c’est de dire, raconter, mais sans tout révéler. L’auteur est doué et ce que je puis vous dire c’est que le sujet évoqué est très contemporain, qu’il aborde le problème des religions –qui ne sont pas un problème sauf quand elles dévient– du terrorisme, de la politique et de ses travers, mais aussi, mais oui, de la bioéthique. D’ailleurs sans tout vous révéler, vous découvrirez un laboratoire secret où œuvrent de curieux scientifiques. 

Accrochez-vous, car si l’écriture fluide autant qu’incisive pour rendre parfaitement compte des atrocités de ce bas-monde, l’émotion vous saisira jusqu’au frisson. 

C’est tout le talent de l’auteur de tenir lectrices et lecteurs en haleine.

Le Sedjge Noir, le tome 2, est tout aussi réussi. Il met en scène Gilbert Caminowski, 45 ans, surnommé Cami. C’est un policier tenace et violent, connaissant bien les hommes et leurs turpitudes. Sa nouvelle enquête porte sur un tueur en série qui massacre des pêcheurs à la mouche. Cependant, tous les indices recueillis convergent vers lui. Comment faire face à la vie, vaincre ses propres démons et affronter son passé ?

L’auteur, issu d’une famille de militaires est professeur et retraité de l’enseignement supérieur. 

La librairie Le Neuf de Saint-Dié des Vosges reprend ses rencontres littéraires ce samedi 4 septembre à 10.30 (Pass Sanitaire exigé) au 1er étage.

On peut réserver par téléphone ou par courriel.

Feu, par Maria Pourchet, éditions Fayard

Qu’il est difficile d’aimer… Le début d’un chant… Une histoire que conte Maria Pourchet dans un genre bien singulier.

Nous avons Laure, professeur d’université, mariée, mère de deux enfants qui rencontre Clément, célibataire, cadre supérieur dans une banque. Il a auprès de lui un chien, Papa à qui il se confie sans détour.

La construction du roman fait alterner un chapitre sur deux Laure et Clément. Mais aucun n’emploie le JE. Laure se parle au TU et Clément parle à Papa. On s’y fait rapidement.

Mais on s’interroge sur le pourquoi de ce coup de foudre. De quoi ont besoin ces deux amants ? D’amour ? Et comment le vivent-ils ?

Ce lien, c’est une passion, un FEU justement qui les dévore. Mais qui aura le dernier mot ? Pourquoi et comment ? On apprend que les deux amants ont eu une mère assez particulière… L’une a étouffé son enfant, l’autre était indifférente et soumise à son mari. En quelque sorte, ils ont manqué d’amour…

Au fil des pages, l’auteure décrit cette passion dévastatrice avec un vocabulaire moderne, presque trop, un langage peu châtié. Nous sommes bien loin d’une histoire romantique, bluette. Est-ce pour l’un et l’autre une manière de s’affirmer enfin, de jeter aux orties les convenances et d’oser tout et n’importe quoi pour se prouver qu’on existe ? Clément est très fort dans ce jeu, mais Laure sait le rattraper et y trouver son compte.

Cela étant, on en arrive à les prendre en pitié. On les voudrait heureux et non au bord de l’abîme…

La fin est inattendue, je vous laisse le soin de la découvrir. On ne ressort pas tout à fait indemne de cette lecture.

D’ouvrage en ouvrage Maria Pourchet se renouvelle, trace un chemin en littérature, plus que réaliste, ourlé des douleurs de l’existence. La vie est sans doute à ce prix.

L’auteure sera au Livre sur la Place à Nancy du 10 au 12 septembre 2021.

Elle participera à une rencontre « Le moment où tout peut basculer » le vendredi 10 septembre à 16 h au Forum France Bleu-Ville de Nancy aux côtés d’Adelaïde Dieudonné pour « Kerozene » (L’Iconoclaste). La rencontre sera animée par Sarah Polacci.

La carte postale, par Anne Berest, éditions Grasset

Impossible de s’arracher au livre d’Anne Berest quand on le commence. Impossible de l’oublier quand on l’a terminé. On reste sous le choc…

En 2003, arrive dans la famille d’Anne, une carte postale représentant l’Opéra Garnier avec quatre prénoms Ephraïm, Emma, Noémie et Jacques. Ce sont les prénoms de membres de la famille maternelle qui a été décimée au cours de la seconde guerre mondiale. 

Comme on ne sait pas qui a envoyé cette carte (pas de signature), on l’oublie dans un coin. Mais presque vingt ans plus tard, Anne, sur le point d’accoucher, s’interroge et décide d’enquêter. Sa mère Léila raconte ce qu’elle sait, mais il faut aller plus loin. Pas facile, car la grand-mère, seule survivante, a préféré se taire, oublier… 

Anne va engager un détective privé, éplucher les archives un peu partout et elle finira par reconstituer cent ans de l’histoire familiale commencée en Russie, qui passe par Israël pour échouer en France. Quelques membres réussiront à gagner l’Amérique… Ephraïm et Emma ont choisi la France, la terre des droits de l’homme. Ils y vivront dix ans sans parvenir à obtenir leur naturalisation. La déclaration de guerre a ruiné tous les espoirs. Pourtant, les enfants allaient en classe, s’étaient bien adaptés.

Plus rien ne va. Faut-il retourner à Haïfa où les parents ont fait pousser des orangers ? (Eux ont fui)… 

Le nazisme est en marche… Mais Ephraïm ne peut croire qu’il viendra jusqu’en France. La France n’est pas l’Allemagne, la France n’est pas la Pologne.

Ce livre qui se dévore montre la vie des juifs étrangers en France pourchassés par les lois ignobles de Vichy pour les piéger. 

C’est bien sûr une enquête qui permet de reconstituer la généalogie familiale et à l’auteure de s’inscrire au sein de cette famille au moment où elle va être mère. Qui suis-je ? D’où je viens, que vais-je transmettre ? Mais ce sont aussi et surtout des pages qui lui permettent de se situer par rapport à la judéité de la famille. Qu’est-ce que qu’être juif ? Pourquoi les juifs ont-ils été de tout temps montrés du doigt, persécutés ? L’antisémitisme reste, hélas, bien présent, aujourd’hui encore.

Ce sont des pages qu’il faut lire. Comme un devoir de lecture, car aucun mort ne doit être oublié. Ephraïm s’était efforcé de ne pas pratiquer sa religion, au nom de sa liberté, il voulait être comme tout le monde et pourtant il fut rattrapé par les démons qui pourchassaient les juifs.

Magnifique ouvrage sur la mémoire, sur l’histoire. Ne craignons pas de le lire. Il nous faut savoir et comprendre afin de terrasser le mal et d’oser regarder devant sans honte, sans frémir et surtout avec fierté.

L’auteure sera présente au Livre sur la Place à Nancy du 10 au 12 septembre 2021 et participera à la table ronde « Nos identités » le 11 septembre 2021 de 16 h à 17 h à la Préfecture aux côtés de Christophe Bolstanki « Les vies de Jacob » (Stock) et de Kallia Papadaki « Sillages » (Cambourakis). Élise Lépine animera la rencontre avec la participation de l’interprète Vaggelis Gikas.

Baudelaire et Jeanne, L’amour fou, par Brigitte Kernel, éditions Écriture

Brigitte Kernel aime la littérature, aime celles et ceux qui l’ont faite et la font encore.

Puisque 2021 est l’année du bicentenaire de la naissance de l’auteur de L’Invitation au voyage et de Les Fleurs du Mal, Brigitte ne pouvait s’empêcher de plonger dans l’histoire de Baudelaire et d’aller plus loin que les biographies classiques et convenues. 

Bien évidemment, elle a trouvé la muse de Baudelaire, Jeanne Duval, comédienne métisse originaire d’Haïti et a plongé dans la correspondance abondante du poète afin de nous offrir au plus près un portrait du couple, tout en affirmant, il s’agit d’un roman. Un roman oui, mais nourri de tant de vérité, une vérité qui peut parfois peut déranger. 

L’auteure n’élude rien et rend parfaitement compte de cet amour en le relatant dans son contexte. Une époque pas toujours tendre quand on venait d’ailleurs. Comment considérait-on, dans ce Paris du XIXème siècle, de telles amours ? Une fille à la peau foncée et aux lèvres charnues ? (La mère du poète détestait cette jeune femme). Or, ces personnes bien nées, riches de tout, parfois si pauvres de cœur et d’âme, se livrent à l’alcool, l’opium et à la prostitution. 

Cependant, l’amour de Jeanne pour le poète nous touche. Jeanne est sincère. Comprend-elle son dandy d’amant, parfois coléreux voire colérique, rongé par le doute et la dépression ? Oui, sans doute, mieux qu’une autre, elle qui doit faire à tant de préjugés. Son portrait est bien celui d’une femme libre dont le besoin de s’affirmer est immense. Baudelaire la voit-elle ainsi ? Quand nous relisons « La Chevelure » par exemple ou d’autres poèmes qu’elle a pu inspirer au poète et que Brigitte Kernel glisse dans les pages de son ouvrage, nous comprenons mieux le désarroi de Baudelaire, jusqu’à sa douleur. 

En tout cas, l’envie nous vient de le relire* et de ne pas oublier cette jolie femme qui fit battre son cœur et l’inspira.

*Je signale la réédition des œuvres complètes de Charles Baudelaire aux éditions Calmann-Lévy.

En partenariat avec le Livre sur la Place et le Crous Lorraine, je signale que Brigitte Kernel sera en résidence en cité universitaire. Elle succède à Jérôme Attal (présent au Livre sur la Place du 10 au 12 septembre 2021).

Pleine terre, par Corinne Royer, éditions Actes Sud

Ce roman, bien qu’inspiré de faits réels, prévient l’auteure, est une fiction. Il conte l’histoire de Jérôme Laronze, agriculteur de Saône-et-Loire abattu par des gendarmes le 20 mai 2017, après trois années de harcèlement administratif et neuf jours de cavale à l’aube de ses trente-sept ans. 

Dans ce roman, nous voyons Jacques Bonhomme, un éleveur, grand et fort, acharné au travail qui a repris, comme tant d’autres paysans, la ferme familiale des Combettes. Il vit seul au milieu de ses bêtes et des livres. Il y en a partout des livres. Ils lui tiennent compagnie et les mots font une ronde, une danse. Les mots sont plus forts que les coups et dessinent des chemins merveilleux bien qu’ardus car la vie paysanne, aujourd’hui, est bien rude.

L’auteure décrit parfaitement la condition paysanne soumise aux contrôles administratifs, aux mille tracasseries des réglementations, les normes qui s’amoncellent, les menaces si, et si. Encore et toujours. L’administration ne s’occupe pas si une année la moisson a été tardive, les papiers pour la traçabilité doivent arriver sur les bureaux des cols blancs en temps et en heure. Et pleuvent les sanctions. Menaces de saisie des lieux et même du troupeau. 

Corinne Royer s’est collée au plus près de cette vie âpre, celle à qui pourtant tout un chacun doit tout. Ne sont-ce pas les paysans qui nourrissent les populations ? L’écriture est belle, le ton est juste. Et bien souvent, l’émotion nous étreint. 

Pourquoi le monde paysan est-il si mal perçu ? Qui sait que chaque jour un paysan achève sa vie au bout du corde. Trop, c’est trop. Ils crèvent d’un surcroît de travail, d’un manque de reconnaissance, d’abandon et de solitude écrasés par une administration bonne à édicter des règles inhumaines. On dirait qu’elle prend plaisir à humilier.

Jacques est passé par tous les stades et vient l’instant où il ne peut plus, où il fuit, écrit, s’explique dans un vide sidéral et sidérant que la gendarmerie comblera par des tirs… Entre temps, il se souvient de ceux qui partagent sa vie. Les personnages annexes ne manquent pas d’intérêt.

L’auteure signe un ouvrage inoubliable, magistral. Un ouvrage superbe, intitulé Pleine Terre, comme un chant du monde, selon Giono si présent dans ces pages, mais surtout un chant de la terre tragique et meurtrie pour longtemps. Un des ouvrages de rentrée qui mérite un prix.

L’auteure sera au Livre sur la Place à Nancy du 10 au 12 septembre 2021 et participera à la table ronde « Sauver ce qui peut l’être » au Palais du Gouvernement le samedi 11 septembre de 14 à 15 h en compagnie de Guillaume Sire pour « Les contreforts » (Calmann-Lévy) et Éric Fottorino pour « Mohican » (Gallimard)

Les jours heureux, par Adelaïde de Clermont-Tonnerre, éditions Grasset

C’est le troisième roman que nous offre Adelaïde de Clermont-Tonnerre. Le premier roman Fourrure n’était pas passé inaperçu, cinq prix littéraires et finaliste du Goncourt du premier roman. Belle entrée en littérature… Un deuxième roman, dit-on est toujours difficile après un premier succès. Le Dernier des nôtres, a fait mentir la gente intellectuelle, le roman fut couronné du Grand Prix du Roman de l’Académie française avec 300 000 exemplaires vendus et parfois des larmes versées, émotion oblige.

Et voici Les Jours heureux. Un même bonheur de lecture. Le cadre cette fois, c’est le cinéma avec l’histoire d’Édouard Vian et Laure Brankovic, un couple qui pendant trente ans aura été le plus célèbre du cinéma européen.

C’est Oscar, leur fils qui raconte leur vie « Ils se sont mariés trois mois avant ma naissance, ont divorcé quand j’avais un an. Se sont remariés quand j’en avais cinq et… » Si le dernier divorce a lieu l’année des vingt-cinq ans d’Oscar, le couple ne peut rompre et se retrouve sans cesse. Ronde de la vie et des amours, autour du véritable amour. Tant pour les parents que pour le fils.

Oscar est un fils délicieux. Que beaucoup de parents aimeraient avoir. Il n’a peut-être pas su couper le cordon avec les siens, et c’est tant mieux, car les liens sont merveilleux, tant avec sa mère qu’avec son père. Il doit garder le secret confié par sa mère, ne rien dire au père. Question de dignité pour la mère. 

Est-il devenu le parent des siens ? Pas encore, car il doit vivre pour lui… 

Si avec Esther tout a tourné court, non sans douleur, si avec la jolie fille qui venait de l’Est avec tant de mystère, cela échoue, il y aura Aurélie, merveilleuse Aurélie… Les jours heureux seront-ils avec elle ?

J’ai l’impression d’avoir beaucoup dit de cette belle histoire, du monde du cinéma, et pourtant je n’ai rien révélé des secrets…

L’auteure a bien du talent, elle sait émouvoir, emporter sur tant de rives à découvrir. Jolie écriture, des répliques qui font mouche. Un réel plaisir de lecture.

L’auteure est l’invitée du Rotary Majorelle, dans le cadre du Livre sur la Place à Nancy (du 10 au 12/09/21). Dîner littéraire à 20 h, vendredi 10 septembre au bénéfice de la lutte contre l’illettrisme.

Lauréate du Grand Prix de l’Académie française tout comme Franz-Olivier Giesbert, deux phrases des auteurs seront proposées pour que les écoliers des classes CM1-CM-2 se lancent dans le concours d’écriture d’une nouvelle. (La classe lauréate sera accueillie sous la Coupole en juin) Ce concours est organisé avec la Région Grand-Est et la ville de Nancy et en lien avec le Crédit Mutuel et sa fondation.

•Le samedi 11 septembre au Palais du Gouvernement de 12 à 13 h elle participera avec Sacha Sperling auteur de « Le fils du pêcheur » (Robert Laffont) à la rencontre « De l’autre côté du miroir », animé par Laure Dautriche, auteure et journaliste à Europe 1.

Les Rêveurs définitifs, par Camille de Peretti, éditions Calmann-Lévy

Camille de Peretti ne manque pas de talent et se renouvelle d’ouvrage en ouvrage.

La voici lancée dans l’histoire d’Emma, traductrice et mère d’un ado d’aujourd’hui.

Tandis que la mère s’échine à travailler sur les textes et les mots des autres, alors qu’elle ne rêve que d’une seule chose, écrire, écrire encore et toujours, Quentin son fils s’éclate dans les jeux vidéo. Il s’imagine même être un « gameur » de génie. C’est un moyen comme un autre d’échapper à une réalité qui ne lui sied guère. 

À lire ces pages qui ne manquent pas d’humour, il en faut pour supporter un quotidien qui parfois égratigne et agace, on a l’impression que mère et fils sont sur la même planète, celles des ados incompris ou qui se cherchent surtout. 

Le gros problème d’Emma, c’est une dette… Elle est du genre à procrastiner… Les lettres recommandées qui arrivent. Elles sont un agacement et se doutant de quelque catastrophe, Emma ne les ouvre pas.

Cette fois, l’affaire est grave. Elle doit d’urgence s’acquitter de 5000 euros. Cela ne se trouve pas sous le pied d’un cheval. Son éditeur n’a pas de nouveau contrat pour elle. Vu qu’il y en a deux devant elle à honorer. 

Que faire, que faire ?

C’est alors qu’elle est recommandée par un ami pour travailler sur un logiciel de traduction. Le résultat doit être irréprochable, le plus juste possible. 

Emma n’est pas sotte. Les machines ne vont-elles pas un jour remplacer les êtres humains ? Toujours plus, toujours plus haut, pour toucher la cime de la compréhension, voire (amusons-nous) l’incompréhension. On réinvente la Tour de Babel, mais à l’envers, non ?

Autour d’Emma pas mal de personnages dont la grand-mère Martine qui, elle aussi, a élevé sa fille seule. Famille de mères célibataires de génération en génération.

Une écriture enlevée, rythmée, parfois cinglante jusqu’à couper, on se cherche, on se perd, on rit aussi. Et les Furies (la mythologie est là) n’y pourront rien, ou si peu.

Une réflexion (parfois désabusée) sur le monde d’aujourd’hui. Un jeu qui interroge, pointe la force de l’imaginaire et de nos rêves pour donner naissance, mais oui, à la littérature… Classique ou celle d’aujourd’hui ?

Mais qu’est-ce que la littérature ? 

L’Amoureuse, le roman de Marie-Madeleine, par Cécilia Dutter, éditions Tallandier

Cécilia Dutter, l’auteure de ce beau roman, explique que le personnage de Marie-Madeleine l’a toujours fascinée.

Marie-Madeleine revient à plusieurs reprises dans les Évangiles. Sœur de Marthe et de Lazare, prostituée ? Elle serait de celles qui ont suivi Jésus jusqu’à la Croix, témoin de sa Résurrection ? Mais qui fut-elle ? 
Certains pensent qu’il s’agit de femmes différentes. D’autres savants des écritures affirmeraient qu’il s’agit d’une seule et même personne et abondent dans la légende d’une fin de vie non loin de Marseille où son embarcation a échoué. Au fond, peu importe, ce qui compte, c’est le personnage d’une Femme, représentant toutes les femmes et qui porte le flambeau de celles, qui, de l’aventurière à l’amoureuse ont ouvert des chemins.

Dans ces pages, sans vouloir convaincre qui que ce soit, Cécilia, telle l’excellente romancière qu’elle est (sans oublier l’essayiste talentueuse, les liens mère-fille, fille-père ou son regard sur Etty Illesum) raconte cette femme qui se sent à l’étroit au sein de sa famille, décide de partir et d’oser vivre pour elle. C’est-à-dire d’embrasser la vie et l’amour en prenant les hommes dans ses bras. Qu’espère-t-elle ? Combler sa soif, étreindre, être reconnue, célébrée ?

Rien de tout cela. Déception. Les hommes, les puissants passent. N’en veulent qu’à sa beauté, jolie fille au teint laiteux et à l’abondante chevelure rousse, celle qui un jour caressera les pieds du Christ, essuiera les larmes versées avant que Marie-Madeleine, dont les sages du repas ne veulent pas, verse le parfum et s’entende dire : « péchés te sont pardonnés ».

On suit la quête éperdue de Marie-Madeleine, son besoin d’absolu, son revirement spectaculaire. Le seul véritable amour est incarné par ce personnage qui va sur les routes et parle à tous, fait des miracles en offrant le meilleur à celles et ceux que parfois la bonne société ne veut pas regarder.

Sous la plume de Cécilia Dutter, c’est une femme d’une étonnante modernité qui se révèle, une femme libre, une femme qui choisit sa vie, quitte à se mettre en danger. Comment traitait-on les pécheresses et tout simplement les femmes même au temple ? Comme Jésus, Marie-Madeleine bouscule les codes de son époque et de toutes les époques. On peut dire qu’elle est l’une des premières féministes et à ce titre, osez lire ce roman fort bien documenté. Les descriptions de la Samarie, de la Judée, du lac Tibériade, de la cour d’Hérode sont superbes. Le chemin vers l’amour universel magnifique. 

Hors de toi, par Sandrine Girard, éditions Calmann-Lévy

Voici l’histoire d’Alice… Ce n’est hélas pas, celle l’Alice au pays des merveilles, mais c’est celle d’une petite fille qui, dès l’âge de cinq ans voit sa vie s’obscurcir avec le divorce de ses parents. 

Comment survit-on à ce fait, apparemment banal, pour tant de familles ? 

L’auteure choisit de s’adresser à la gamine et de lui raconter d’après quelques photos ce qui est arrivé. Tu as cinq ans, tu as six ans, sept ans, onze puis les années défilent. Et c’est une vie déchirée. Un week-end sur deux chez Papa et sa nouvelle femme. Les vacances éclatées, un mois dans une famille, un mois dans l’autre. 

Alice subit ces ambiances sombres. Papa est tourné vers sa nouvelle femme, une harpie acariâtre qui va tout faire pour blesser sournoisement la fillette, car elle est le portrait de sa Maman, la femme que ne peut oublier le Papa. Point positif : Luc, le fils de cette femme, qui offre quelques sourires, fait écouter de la musique… La Maman a refait sa vie avec Georges et un Tom Pouce est né de cette union. Georges a quelque chose de répugnant, monstrueux tourné vers la dive bouteille et un vocabulaire ordurier qui précède les coups.

L’histoire ne se déroule pas au sein d’un univers en bas de la classe sociale. La maman est prof… De tels faits, ceux qu’Alice ne parvient pas à dire, elle n’a pas les mots, se déroulent dans tous les milieux.

L’auteure fait défiler, dans le désordre, sans doute pour montrer la confusion de l’état d’esprit de la gamine, les souvenirs d’une enfance étouffée sous la veulerie des adultes qui n’ont pas le courage de protéger celles et ceux qu’ils ont choisi de faire naître. Le plus triste voire l’inimaginable monstrueux est dans les dernières lignes du roman.

Le traumatisme est là chez Alice qui se traduit par une boulimie. Bonjour les kilos et l’envie d’en finir ! Heureusement, il y a quelques copines et les lettres. Dans les mots des autres, des auteurs peut-être est-il possible de trouver un peu de lumière.

C’est le premier roman de cette auteure, également éditrice. Il y a sans doute du vécu dans ces pages, le besoin de passer du TU au JE pour dire et enfin être soi.

À lire !