Dessous les roses, par Olivier Adam, éditions Flammarion

Olivier Adam excelle dans le registre de l’intime, des péripéties des membres d’une même famille, des motivations des uns et des autres à un moment donné d’une vie déclencheur d’une pièce inédite qui va être jouée.

C’est le cas avec Dessous les roses. À la mort du père, trois enfants doivent se retrouver autour de leur mère. Claire, qui a toujours pris sur elle pour maintenir un semblant d’unité, interroge Antoine : « Est-ce que Paul va venir ? ». Paul a pris ses distances, il travaille dans le monde du cinéma, il a souvent choqué la famille, mettant en scène son vécu, son ressenti dans ses œuvres. Le père sévère n’appréciait pas son travail ni son homosexualité. Or Paul, est là, derrière le rideau, comme au théâtre et prend place dans ces pages construites comme une pièce de théâtre en trois actes. 

Que se passe-t-il ? Une grande lessive ? Le moment de tout dire, d’oser l’indicible et peut-être de repartir sur d’autres bases ? Ou celui d’en finir ? De laisser le rideau retomber ? Fin de la pièce et advienne que pourra. Dans les familles, on s’aime, on se désaime. Parfois on se déteste, mais on fait comme si… Il n’y a pas de réelles explications. Les trois enfants ont eu les mêmes parents, ont été élevés de la même façon… Et pourtant, aucun n’a eu le même père, la même mère. Les parents s’adaptent ou pas au caractère de l’enfant. Antoine n’est pas Claire qui n’est pas Paul. Ils viennent du même arbre papa-maman, en sont les fruits. Aucune pomme tombée du même pommier ne se ressemble.

Les dialogues sonnent juste, interrogent tout un chacun et peuvent inviter au sourire, celui de mieux comprendre l’autre afin d’oser feuilleter l’album de famille, de plonger son regard dans le passé, sans rancœur, le pire des venins. Paul s’y essaye… Le cinéma l’a peut-être aidé.

Un court roman qu’on aurait aimé un peu plus long. Mais l’auteur prend soin de nous laisser libres d’imaginer le quatrième acte. Merci à lui.

L’auteur sera au Livre sur la Place à Nancy du 9 au 11 septembre 2022

La petite menteuse, par Pascale Robert-Diard, éditions L’Iconoclaste

Pascale Robert-Diard est chroniqueuse judiciaire pour Le Monde et ce, depuis vingt ans. La Déposition avait été sélectionnée pour le prix Femina et le récent Comprenne qui pourra faisait largement référence à l’affaire Gabrielle Russier. 

Avec La petite menteuse, l’auteure met en scène Alice Keridreux, avocate au mi-temps de sa vie et qui, après un échec cuisant, reçoit Lisa, une jeune femme qui veut être défendue par une femme dans un procès en appel. Lange, son violeur a pris dix ans et a fait appel. Les parents de Lisa lui avaient pourtant choisi un célèbre avocat parisien. Mais la jeune femme n’en veut pas.

Le mérite de ce roman qu’on dévore, c’est de nous montrer les coulisses de la justice, le monde de la magistrature, des avocats et, dans cette histoire, de nous plonger dans le monde des collèges tant au niveau des élèves (terrifiant) que dans celui du corps enseignant. L’auteure s’attache à la psychologie des personnages, sa plume fouaille les âmes, donne à comprendre et restitue une ambiance forte dont on ne peut s’extraire.

Qui est Lisa ? La benjamine d’une famille dont la mère préfère la brillante aînée en classe prépa. Un père, un rien dépassé, et qui va fuir, commencer une autre vie avec une jeunette et redevenir un papa. Lisa est bonne élève, appréciée par son professeur de français qu’il ne faut décevoir sous aucun prétexte. Elle a une bonne amie Marion. Mais elle a vu aussi pousser ses seins, devenir très gros, au point d’aiguiser les appétits des gars de la classe. Et viennent les petits jeux coupables qu’un plus malin va filmer…

Alice, l’avocate entend la confession de Lisa jusqu’à l’impensable.

Ne ratez pas ces pages ! Un roman lu d’une seule traite.   

Une heure de ferveur, par Muriel Barbery, éditions Actes Sud

Dans son précédent roman, Une rose seule, (publié il y a deux ans) Muriel Barbery racontait l’histoire de Rose, jeune femme en quête de ses origines, du père, marchand d’art japonais. Ce fut une quête ourlée de beauté, élégante. 

Ce roman Une heure de ferveur est l’autre versant de cette même histoire. Voici, Haru, le père japonais en quête de sa fille Rose, née d’une brève mais intense histoire d’amour, évidemment. Mais l’amoureuse a tout fait pour prendre ses distances et interdire au père de voir cette enfant. Pourquoi ? Comment Haru est-il parvenu à vivre sans elle ? Est-ce l’absence qui a nourri chez lui cette paternité, ce désir qui ne peut s’accomplir, mais qui, au fil des ans, se renforce presque jusqu’à l’obsession ?

Chez Muriel Barbery, il y a toujours l’épure, la distance et la grâce pour évoquer la beauté, la soif, l’intime. Il faut du temps. L’histoire qu’elle offre porte sur quarante ans. Mais qu’est-ce que le temps et sa durée ?

Elle ne fait pas de Haru, un père obsessionnel de la paternité, un père qui veut uniquement comprendre ce qui lui est arrivé, même si la quête est en cet homme. Elle nous le montre amoureux de l’art, de la vie, des femmes, noceur aussi. Pas de faux semblant : il est lui… Rose est elle. On espère la vraie rencontre, les bras qui se tendent et se referment. Et si la mort survient, c’est le lot des humains, c’est leur destinée, Haru sait que les morts sont supérieurs aux vivants. Tout sera accompli. De chute, il n’y aura pas.

Des pages merveilleuses riches d’une écriture subtile, raffinée et lumineuse.

Vivre vite, par Brigitte Giraud, éditions Flammarion

Brigitte Giraud avait raconté en 123 pages intitulées À présent (Stock), ce qu’une femme peut ressentir après la disparition de l’homme aimé, arraché brutalement aux siens (accident de moto) alors que Lyonnaise, elle était à Paris, dans sa maison d’éditions, pour signer un service de presse. Il fallait oser vivre, poursuivre pour leur enfant, pour elle, pour lui.
Vingt ans après, puisque la maison que couple avait décidé d’acheter, un nid dans la verdure, mais pas trop éloigné du quartier des canuts où était leur appartement, est vendue, elle revient sur ces événements en se posant x et x questions, vingt-deux… (Claude a perdu la vie un 22 juin, alors qu’il avait emprunté la folle moto de son beau-frère, une Honda terrible, interdite au Japon – trop dangereuse – mais commercialisée en France). Et si, je ne m’étais pas entêtée à vouloir cette maison (que le couple n’habitera pas) Et si, on ne nous avait pas donné les clefs avant l’acte notarié. Et si, je n’avais pas changé la date de mon service de presse, du fait de l’acte chez le notaire… Et si, au soir du 21 juin, alors qu’elle se trouvait chez une amie libraire, elle avait téléphoné à Claude pour lui dire : inutile d’aller notre fils à la sortie de l’école, la mère de son copain s’en occupe… Et si, mon frère n’avait pas utilisé leur garage, dans la nouvelle maison, pour y mettre la moto tueuse…
Brigitte Giraud enquête minutieusement, comme s’il fallait trouver des raisons au destin qui happe, enlève, tue.
L’histoire de ce couple était parfaite. On aime leur amour, on aime les chants qu’ils aiment. On voit Claude, musicien dans l’âme rédiger ses papiers, fendre le vent. Il ne s’est toujours déplacé qu’à moto, mais raisonnablement. Quelle idée fut la sienne d’emprunter cette moto de foncer alors que l’épouse n’était pas là ?
« On peut voir toutes les coïncidences possibles, tous les signes imaginables dans les faits, les dates, l’imbrication de tel ou tel événement (…) mais savoir que Claude a chuté devant l’hôtel Reine Astrid, ou osons carrément aux pieds de la reine Astrid elle-même, c’est idiot, mais cela fait un peu moins mal comme s’il était allé rejoindre la reine en son tombeau (La Reine Astrid de Belgique est morte à l’âge de trente ans dans un accident d’automobile). Comme si l’idée qu’une communauté des accidentés de la route existait ».
L’écriture de Brigitte Giraud est toujours aussi limpide, belle, forte et prenante et je suis ressortie de cette lecture très ébranlée, émue au-delà du possible.

L’auteure sera au Livre sur la Place à Nancy du 9 au 11 septembre 2022

Darwyne, par Colin Niel, éditions du Rouergue

Colin Niel est, on le sait, un auteur à succès et talentueux. Adapté au cinéma pour Seules les bêtes, il aime se lancer dans des aventures nous conduisant hors des sentiers battus.

Avec Darwyne, l’histoire d’un gamin de dix ans dans un bidonville en Amazonie, légèrement handicapé et que, Yolanda sa mère, égoïste mais si belle méprise, il nous plonge dans un univers dépaysant, prenant, qui parfois coupe le souffle.

La beauté vénéneuse de Yolanda fait qu’on la croit très bonne mère. Elle collectionne les hommes, pour peu de temps, et ils disparaissent (sans laisser de trace) comme ils sont venus. Elle vit dans un carbet en lisière de forêt. Vend ce qu’elle cuisine. Il faut bien vivre. 

Dans le carbet méticuleusement rangé, il faut bien se donner des repères, il y a tout, la télévision, un canapé, une vague cuisine et le tout s’ouvre sur la forêt amazonienne et ses mystères. La forêt où Darwyne aime se trouver pour entendre les oiseaux et regarder la nature. Ce que beaucoup ignorent et redoutent n’inquiètent pas le gamin. Il va parfois à l’école et justement, un signalement a été donné de cet enfant handicapé qui apparemment n’est pas soigné. Et l’on voit les deux visages de la mère qui sait « comment s’occuper de l’enfant ». N’est-elle pas la mère ? Elle cultive l’image de la mère exceptionnelle mais prend plaisir à humilier son fils, n’hésitant pas à dire à l’employée de la protection de l’enfance qui enquête sur la famille : il me dégoûte.

Superbes pages qui étreignent lectrices et lecteurs, c’est d’un enfant qu’il est question, c’est l’espérance bafouée de Darwyne, c’est le manque d’amour qui est montré. C’est la misère en ces bidonvilles, ogresse des coeurs. L’Amazonie, c’est le territoire encore sauvage, loin d’avoir livré ses mystères et qui est la part d’ombre en chacun.

L’auteur sera au Livre sur la Place à Nancy du 9 au 11 septembre 2022

Les enfants endormis, par Anthony Passeron, éditions Globe

Anthony Passeron, originaire de Nice, enseigne les lettres et l’histoire-géographie en lycée professionnel. 

Ce premier roman qu’il nous offre est unique en cette rentrée littéraire. Il fait appel à son histoire familiale pour évoquer son oncle Désiré qui n’est plus, et dont plus personne ou presque ne parle chez les siens.

L’auteur campe le milieu familial, l’histoire de ses grands-parents venus d’Italie s’établir comme bouchers dans l’arrière-pays niçois et qui, au cours des Trente Glorieuses, vont peu à peu gravir les marches de la bonne société. Connus et reconnus, ils ont à cœur de poursuivre. L’un des fils reprendra tout naturellement l’affaire familiale. L’autre, Désiré, fait de brillantes études, travaille chez un notaire. Tout va bien. Mais Désiré est de ces jeunes qui veulent s’étourdir. Il se rend en Hollande, a des amis, peut-être pas toujours recommandables puisque le voici aux prises avec les seringues. Le père qui n’a jamais voyagé va le rechercher pour constater que le fils est atteint d’un mal inconnu.

Le mérite de ce roman est d’alterner cette vie familiale bouleversée et bouleversante avec une enquête scientifique sur ce que fut l’irruption du VIH, la lutte des chercheurs, les rivalités entre les scientifiques français et américains. L’enquête d’Anthony Passeron est précise, juste, passionnante et ne nuit pas à l’émotion quand on revient au sein de la famille éprouvée. 

Comment comprendre Désiré qui promet vouloir se sevrer, qui quête un plus d’amour, sera père sans vraiment connaître Émilie, sa fille, elle aussi, atteinte de ce fléau ? L’émotion est à fleur de cœur pour lectrices et lecteurs. 

L’auteur montre bien les rejets qui furent ceux des bien-pensants face à ce virus qui a surpris tout le monde et touche aujourd’hui encore 35 millions de personnes dans le monde, même si l’on arrive à vivre avec, grâce à la trithérapie.

Un ouvrage superbe, fort, puissant et tendre. Une réussite.

L’auteur sera au Livre sur la Place à Nancy du 9 au 11 septembre 2022

Sa préférée, par Sarah Jollien-Fardel, éditions Sabine Wespieser

Sa préférée, ce premier roman de Sarah Jollien-Fardel est un bijou d’écriture, de psychologie, d’émotion et il faut saluer les éditions Sabine-Wespieser pour cette publication.

L’auteure nous emporte dans les montagnes valaisannes. Lieu clôt en Suisse, où tout se sait. Jeanne, la narratrice raconte sa famille, sa sœur Emma, la préférée du père, violent et brutal avec tous, surtout avec sa mère et elle-même. Pourquoi ? 

Jeanne est une rebelle qui, dès ses huit ans, a compris secrètement l’indicible et elle ose faire front, répondre sans craindre les coups. La seule chose qu’elle espère, c’est que le médecin de famille qui vient parfois soigner la défendra. Or, il détourne le regard, gêné, et fait silence.

Que reste-t-il à Jeanne pour survivre ? La fuite, l’éloignement. La haine, le mot n’est pas trop fort. Il la ronge. Elle passe par l’École normale d’instituteurs de Sion, s’installe ailleurs, tente une autre vie, loin de ce foyer brutal. Est-ce le regard porté sur la gent masculine qui la conduit à regarder les filles, les femmes ? Le plaisir n’est pas forcément au rendez-vous, mais elle a besoin d’exister, besoin que des mains se posent sur elle. 

Le suicide de sa sœur, « la préférée » va rebattre les cartes. Elle revient chez les siens, se montre brutale et sauvage. Le passé ne peut se solder qu’ainsi. Il faut oser dire, ne plus se taire, vider les abcès qui font si mal. Se laver des outrages, car oublier, elle ne peut pas. Cette lutte est nécessaire à sa survie.

Il y a évidemment un secret que je ne puis vous révéler. Il y a cette marche vers le meilleur au prix d’une lutte féroce, il y a cette femme, la mère des filles, effacée, tenue à l’écart, visage de l’amour bafoué et que Jeanne se reproche de n’avoir pas su, pas osé, elle, la farouche, protéger.

Une écriture magnifique, puissante, à la hauteur de la nécessaire reconquête de Jeanne pour oser l’apaisement, le souffle et l’amour.

Ne ratez pas ces pages !

L’auteure sera au Livre sur la Place de Nancy du 9 au 11 septembre.

Elle vient d’être couronnée par le prix FNAC et d’être sélectionnée dans la première liste du prix Goncourt

La nuit des pères, par Gaëlle Josse, éditions Notabilia

Gaëlle Josse a un talent fou. De livre en livre, elle se renouvelle et surprend. Elle est de ces auteures qui savent ausculter les âmes, même les plus sombres, sans doute convaincue que quelque part, est la part de lumière qui permet à la vie de se poursuivre et d’alléger les corps qui portent trop de peine.

Dans cette histoire, nous découvrons une famille, Olivier et sa sœur Isabelle et leurs parents.

Le père, fou de montagne, guide dans les Alpes, a toujours eu besoin des cimes, des grands espaces, même accroché aux murailles et pics. La mère, plus en retrait, a tenu pour ses enfants. Les colères du père étaient terribles. 

Se souciait-il des siens, des enfants qui quêtent confiance et encouragements aller sur le chemin ? Non jamais. Ils n’étaient rien, surtout Isabelle. « Tu ne seras jamais aimée de personne, tu vas rater ta vie… » Que fait-on face à de telles prédictions ? On s’en va dès que c’est possible. 

Le temps passe et vient le moment où il reste peu de temps à vivre à ce père, l’épouse a déjà rejoint son étoile. Isabelle revient à l’appel de son frère. Peut-être que la nuit s’éclaircira, peut-être que des choses seront dites et briseront l’horrible silence.

Trois voix dans ce roman, la sœur, le frère et le père qui va se livrer. Osera-t-il évoquer cette blessure profonde qui lui a mangé le cœur dans les années soixante ? C’est l’histoire d’une famille gangrénée par le poison de la grande Histoire, mais dans ces pages, un chemin de pardon, de réconciliation se dessine et s’ouvre.

Gaëlle Josse a la plume du cœur pour guérir les blessures silencieuses. Il n’y a pas que les coups qui blessent ou les paroles lancées tels des couteaux. Il y a ces silences coupables, ces murs d’orgueil contre lesquels on peut se jeter, sans voir la main tendue, celle qui relève, élève. Ce père terrible tendait la sienne aux amoureux de la montagne, une façon d’élever, mais ne voyait pas celle des siens qui l’espérait.

Un texte à vif qui écorche, mais qui restaure l’être humain en toute beauté. Superbe roman !

La main sur le coeur, par Yves Harté, éditions Le Cherche-Midi, collection Les passe-murailles

Yves Harté, lauréat du prix Albert Londres en 1990, grand reporter pour Sud-Ouest, est passionné par l’Espagne. Pas étonnant que dans ces pages, davantage quête et enquête que roman, il y transporte ses lectrices et lecteurs. La raison est simple ou presque, Yves aperçoit au cours d’une rétrospective à Tolède sur El Greco, une peinture de l’artiste qui s’est livré à un portrait. C’est la célèbre toile Le Chevalier à la main sur le cœur. Or, la note explicative de la toile qu’il découvre n’est pas celle qu’il connaissait. Il croyait qu’il s’agissait d’un notable, sage et obscur. Or, la nouvelle note stipule que El Greco a peint le portrait d’un aventurier du Siècle d’Or, qui aurait sans doute été un espion et courtisan à la solde de Philippe II. Il n’en faut pas davantage à l’auteur pour avoir l’envie de percer cette énigme et de trouver la vérité.

Une quête qui le met dans les pas d’un ami, Pierre Veilletet, journaliste et écrivain qu’il connut autrefois et qui a disparu. Un ami amoureux, comme lui de l’Espagne et qui l’aida beaucoup à ses débuts.

En même temps que l’auteur enquête, se souvient, va d’un musée à l’autre, d’un jardin à une église pour se souvenir de l’ami et comprendre l’histoire d’El Greco qui ne parvint jamais à être un peintre de la Cour d’Espagne. Philippe II lui avait commandé une toile qu’il lui refusa ensuite… El Greco dut se contenter d’autres chantiers moins prestigieux. Mais qui était vraiment cet artiste ? Il y a chez Pierre Veilletet que l’auteur redécouvre quelque chose du peintre et, au fil des pages, le portrait de l’ami recouvre celui de l’artiste. Pierre se rêvait dans une certaine reconnaissance et ce ne fut pas le cas. Il fuyait, feignant le rire, la distance et il a fini par mourir dans une grande solitude.

Des pages superbement écrites, une documentation exceptionnelle sur l’Espagne et la peinture, sur le ressenti des artistes qui n’ont pas réussi à percer la nuit obscure pour attraper la lumière qui leur revenait.

La nièce du taxidermiste, par Khadija Delaval, éditions Calmann-Lévy

Je termine la lecture de ce roman (mais est-ce un roman ?) le cœur griffé, les larmes aux yeux en suivant l’histoire de Baya, jeune adolescente vivant à Genève, mais qui, chaque année retrouve la famille d’origine tunisienne en Tunisie. Alors que sa sœur et elle, sont éduquées de façon non sévère mais sérieuse, avec de grands principes, le temps de l’été chez la grand-mère, les oncles et tantes, est une sorte de grand laisser aller. Tout est permis, c’est la fête, les cousines et cousins, tout âge confondu se retrouvent. Les grands « veillant » sur les plus jeunes. Les plus jeunes regardant les plus âgés flirter à qui mieux mieux.

L’année de ses douze ans, Baya, plutôt délicate et timide, n’arrive pas à vraiment pas à faire partie de la bande familiale. On la moque, et pour comble de malheur pour elle, voilà que surviennent les taches dans sa culotte. Elle ne sait pas ce qui lui arrive et n’ose pas en parler. À cela, s’ajoute une cousine perverse qui vient la tripoter et deux cousins complices qui vont commettre sur elle l’irréparable. Elle ne sait pas ce qu’est un viol. Elle l’apprendra un peu plus tard par un autre adolescent, au courant, et qui culpabilise de ne pas avoir su la défendre.

Je passe sur l’oncle qui use du ceinturon et tanne le cuir de celles et ceux qui lui résistent ou l’offensent. Cette famille est une horreur. Une horreur telle, que Baya ne parvient pas à se confier. C’est au fond de son cœur qu’elle puise force et courage et voudrait croire en Dieu, un Dieu d’amour qui la regarde et la défende. Elle s’interroge, cherche à comprendre.

C’est certes un roman initiatique. Comment devient-on femme ? Mais c’est aussi, pour les adultes, un sévère rappel à l’ordre. Savons-nous éduquer nos enfants, sommes-nous attentifs à leurs rêves et désirs ? Les préparons-nous suffisamment à affronter un monde empli de loups (ce n’est pas gentil pour les loups, je sais). 

Plus d’amour s’il vous plaît ! Plus de tendresse et d’attention ! Un enfant c’est sacré, c’est le père (et la mère) de l’homme et la femme en devenir.