Brigitte Giraud avait raconté en 123 pages intitulées À présent (Stock), ce qu’une femme peut ressentir après la disparition de l’homme aimé, arraché brutalement aux siens (accident de moto) alors que Lyonnaise, elle était à Paris, dans sa maison d’éditions, pour signer un service de presse. Il fallait oser vivre, poursuivre pour leur enfant, pour elle, pour lui.
Vingt ans après, puisque la maison que couple avait décidé d’acheter, un nid dans la verdure, mais pas trop éloigné du quartier des canuts où était leur appartement, est vendue, elle revient sur ces événements en se posant x et x questions, vingt-deux… (Claude a perdu la vie un 22 juin, alors qu’il avait emprunté la folle moto de son beau-frère, une Honda terrible, interdite au Japon – trop dangereuse – mais commercialisée en France). Et si, je ne m’étais pas entêtée à vouloir cette maison (que le couple n’habitera pas) Et si, on ne nous avait pas donné les clefs avant l’acte notarié. Et si, je n’avais pas changé la date de mon service de presse, du fait de l’acte chez le notaire… Et si, au soir du 21 juin, alors qu’elle se trouvait chez une amie libraire, elle avait téléphoné à Claude pour lui dire : inutile d’aller notre fils à la sortie de l’école, la mère de son copain s’en occupe… Et si, mon frère n’avait pas utilisé leur garage, dans la nouvelle maison, pour y mettre la moto tueuse…
Brigitte Giraud enquête minutieusement, comme s’il fallait trouver des raisons au destin qui happe, enlève, tue.
L’histoire de ce couple était parfaite. On aime leur amour, on aime les chants qu’ils aiment. On voit Claude, musicien dans l’âme rédiger ses papiers, fendre le vent. Il ne s’est toujours déplacé qu’à moto, mais raisonnablement. Quelle idée fut la sienne d’emprunter cette moto de foncer alors que l’épouse n’était pas là ?
« On peut voir toutes les coïncidences possibles, tous les signes imaginables dans les faits, les dates, l’imbrication de tel ou tel événement (…) mais savoir que Claude a chuté devant l’hôtel Reine Astrid, ou osons carrément aux pieds de la reine Astrid elle-même, c’est idiot, mais cela fait un peu moins mal comme s’il était allé rejoindre la reine en son tombeau (La Reine Astrid de Belgique est morte à l’âge de trente ans dans un accident d’automobile). Comme si l’idée qu’une communauté des accidentés de la route existait ».
L’écriture de Brigitte Giraud est toujours aussi limpide, belle, forte et prenante et je suis ressortie de cette lecture très ébranlée, émue au-delà du possible.

L’auteure sera au Livre sur la Place à Nancy du 9 au 11 septembre 2022

2 commentaires sur « Vivre vite, par Brigitte Giraud, éditions Flammarion »

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