L’Obscur, par John McGahern, roman traduit de l’anglais (Irlande) par Alain Delahaye, éditions Sabine Wespieser

Comment devenir soit en Irlande dans les années quarante du siècle passé ? John McGahern, né et mort Dublin, tente d’y répondre dans ce roman L’Obscur, devenu un classique étudié dans les écoles irlandaises. Mais sait-on que sa publication en 1960, provoqua un scandale inouï ? John était enseignant. Il fut mis à pied et dut se résoudre à l’exil… Son ouvrage fut jugé contraire aux bonnes mœurs de l’époque dans la puritaine société catholique irlandaise.

Que raconte l’auteur ? L’histoire d’un adolescent, élevé avec ses frères et sœurs par Mahoney, selon les règles de l’époque dans une Irlande rurale. Le père est veuf et a à cœur de bien faire. C’est-à-dire qu’il y a des règles à ne jamais enfreindre, des attitudes et des réponses à ne jamais exprimer face à cet homme violent, parfois injuste, qui ne cesse de parler pour se sécuriser lui.

Le héros, ce jeune adolescent travaille bien en classe. Comme tout adolescent, son corps change et s’éveille à la vie. La sexualité est là… interdite par le puritanisme ambiant. Il rêve de filles qu’il pourrait étreindre. Des pulsions coupables qui doivent rester secrètes, sauf dans le secret du confessionnal.

Pour cet adolescent, la seule échappatoire est l’étude. Les frères, où il étudie, en feraient bien un prêtre. C’était si souvent ainsi qu’on recrutait… Les meilleurs élèves des contrées pauvres à qui les études étaient offertes… Une réussite qui rejaillissait sur toute la famille.

Mais cet adolescent a sans doute d’autres rêves qu’il ne peut exprimer et dont peut-être il n’a pas toujours conscience, du fait de la présence de Mahoney qui, tout en l’encourageant, (cela en boucherait un coin aux voisins) prend presque un malin plaisir à pointer d’abord les failles. Mais qu’est-ce qu’une faille ?

C’est un roman d’apprentissage qu’il faut lire lentement jusqu’au bouleversement. Le jeune adolescent n’a pas de prénom énoncé. Un prénom surgit, Joan, celui d’une sœur placée comme vendeuse et qui sera meurtrie par son patron. 

Le ton du roman use du Tu… Une sorte de narrateur étant la voix intérieure du héros qui repasse sa vie et la relit pour mieux se situer, quand il ne comprend guère ce qui advient.

Il n’est pas facile pour les petites gens de s’élever dans la société. Le monde rural colle aux semelles quand on se risque dans les rues cimentées de la ville. 

Il n’est pas aisé de devenir soi quand le Dieu tout puissant fut pendant des siècles le seul référant et qu’il dictait tout sans que ses sujets puissent avoir voix au chapitre. Il fallait tout accepter, sinon le grand Satan se tenait prêt à enfourcher les récalcitrants dans la géhenne éternelle. 

John McGahern montre avec talent et douleur d’une plume sensuelle et délicate, la difficulté du choix. Comme un éreintement douloureux, mais dont on peut se libérer.

Les sentiers obscurs de Karachi, par Olivier Truc, éditions Métailié

C’était en avril 2002, à la sortie d’un hôtel à Karachi, un attentat à la bombe coûta la vie à 14 personnes dont 11 ingénieurs français travaillant pour un sous-marin destiné au gouvernement pakistanais. Toutes les victimes venaient de la base nautique de Cherbourg. On sait la suite et les dessous de cette lamentable affaire, pots-de-vin ayant largement servi à la campagne de Balladur. Tout fut étalé dans la presse, mais les condamnations furent mineures. Les politiques sont si rarement inquiétés. Et la mémoire peut être courte.

Cette lamentable affaire est le point de départ du roman d’Olivier Truc qui envoie Jeff, un journaliste de la locale de Cherbourg qui s’enquiquine, au Pakistan retrouver quelques témoins de cette affaire. Plutôt que de parler du cidre, Jeff riva tenter de décortiquer l’affaire Karachi. Pour lui, c’est autrement plus intéressant. Surtout que son père travaille à la base de Cherbourg et est ami avec l’un des rescapés. Le traumatisme est là, durable. Bien des zones d’ombre sont à éclaircir.

Son arrivée à Karachi a lieu très peu de temps après un attentat qui vient d’être perpétré et a tué de nombreux enfants. Sara Zafar, lieutenante de vaisseau, interprète dans la marine pakistanaise, est la fille du docteur Zafar, médecin dans cette marine. Lui aussi sait ce que fut cet attentat d’autant que Shaheen Ghazall, qu’il connaît bien, fut l’ami et le collègue de Marc Dacian, l’un des survivants, dont Jeff est proche. 

Sara a donc vu et ressenti de près un monstrueux attentat, juste devant elle, les vitres de sa voiture ont été maculées de sang. Mais Sara qui va accueillir Jeff est du genre silencieux. Une manière, peut-être de se protéger. Peu à peu, elle va se livrer, elle va évoquer les turbulences du pays si souvent en proie à des attentats. Combien de victimes ? Des milliers en vingt ans. Jeff est intrigué et se prend au jeu, d’autant plus, qu’il fait la connaissance d’un jeune homme d’une droiture exemplaire qui devient son ami.

Ce qui est intéressant dans ce roman, c’est de montrer la culture d’un pays… Il y a certes tant de vilenies qu’on pourrait avoir quelque peine à comprendre. Or, la vérité n’est pas à la une des journaux, mais dans les poèmes liés à l’histoire du Pakistan, dont l’auteur cite de larges extraits, et qui aident à percevoir l’âme et ses ressacs. 

L’enquête est menée avec un grand sérieux. La psychologie des personnages sonne juste. Ils sont attachants et se heurtent, comme hélas partout, aux luttes de pouvoir. Ces pages sont captivantes. On ne lâche pas ce roman vrai. 

Une réussite !

Le Secret de la cité sans soleil, par Gilles Legardinier, éditions Flammarion

Pour une surprise, elle est de taille. Le nouveau roman de Gilles Legardinier est en fait le premier écrit, il y a trente ans et dont aucun éditeur n’aurait voulu. À cette époque, précise-t-il, il exerce x et x métiers dans le cinéma, depuis assistant préparateur de sandwichs à celui qui vérifie lumière et couleurs. Bref, il sait nous intéresser. Il n’a jamais imaginé vouloir devenir écrivain. Mais justement, comment le devient-on ? Il compare cette vocation à l’acte de tomber amoureux. Un jour la main attrape un crayon et, jour et nuit, elle court sur le papier.

C’est ce que l’auteur a fait avec cette histoire, sans doute narrée avec maladresse, confie-t-il… Pascale, la femme de sa vie, est à ses côtés, il reprend le texte, le corrige, rature, coupe… Il faut savoir couper quand on écrit…

Et aujourd’hui, il remercie les éditions Flammarion de publier cette histoire qui lui tient à cœur. Il précise qu’à l’époque la maison Flammarion avait eu en mains l’histoire demeurée sans réponse. Et il ajoute comprendre pourquoi : il aurait fait de même…

Voici donc l’histoire qui nous emporte dans quelque secret concernant les Templiers et les Cathares. Une histoire vieille de huit siècles. La chute de Montségur n’a jamais livré son secret. Car secret, il y eut. On a parlé du trésor que Templiers et Cathares auraient protégé au péril de leur vie.

Le héros se raconte… Nous voici aujourd’hui et il travaille avec le Groupe organisation secrète. Les Frères ont poursuivi leur travail. Ce sont des sages qui tentent de préserver les découvertes faites. Un livre secret en cours de traduction a été découvert. De quoi s’agit-il ?

Notre héros dès le début est victime d’un attentat, mais s’en sort et est transporté loin par hélicoptère. Pour lui, en cet instant, alors qu’il reprend conscience, l’important est de retrouver Nathan qui était à ses côtés. Nathan, c’est l’ami d’enfance qui sait si peu de choses des activités du héros, mais va se trouver entraîné, malgré lui dans la quête du héros au service de la sagesse. Or, les ennemis sont là qui veulent s’emparer des découvertes que préservent les moines.

On va d’aventure en aventure. Nathan, par amitié, suit le héros, les yeux fermés. Il a confiance. Son regard sur son ami révèle au lecteur qui est cet homme épris de justice qui a sans doute traversé les siècles. 

Le roman pose les questions essentielles du bien et du mal, et de cette grande question : qu’est-ce que la mort ?

Dans ce grand roman d’aventure tel un parcours initiatique, l’auteur prend soin de rappeler à la fin, l’histoire des Templiers, des Cathares et comment l’Église, aidée par Philippe le Bel mit fin à leur existence. Mais y a-t-elle mis fin puisque l’auteur nous entraîne dans une histoire tendant à prouver le contraire ?

Gilles Legardinier a bien fait de nous offrir ce « premier roman » qui lui tenait à cœur et qui a fait naître chez lui une vocation d’auteur pour le plaisir de tous.

Le passeur de livres, par Carsten Henn, traduction de l’allemand par Sabine Wyckaert-Fetick, éditions XO

C’est bien connu, pour vivre et grandir (je parodie quelque peu l’Évangile), on a autant besoin de pain que de bonnes paroles. Les bonnes et belles paroles nourrissent et permettent à la vie de s’épanouir. C’est le thème de ce livre qui met en scène Carl Kolhoff, ancien employé de librairie à la retraite (un peu poussé dehors par la nouvelle libraire), mais qui continue de parcourir la ville, pour porter à ses lecteurs de toujours, l’ouvrage susceptible de leur convenir, l’ouvrage attendu.

On voit Carl préparer son sac, envelopper non sans amour les ouvrages, ficeler l’emballage, faire un joli nœud et entreprendre son périple. Il va d’une porte à une autre, d’une maison à un immeuble, et c’est l’occasion d’un brin de conversation, d’une peinture de différents lecteurs.

À un certain endroit, un chat à trois pattes le guette et se comporte un peu comme un chien. D’ailleurs le chat s’appelle Chien et attend sa récompense. Jusqu’au jour où Carl va rencontrer Charlotte, une merveilleuse petite fille de neuf ans qu’on peut nommer Schascha. Pour elle, il ne faut pas proposer le même genre d’ouvrage à chaque lectrice et lecteur. Il faut varier les plaisirs et ouvrir l’esprit (la vérité sort bien souvent de la bouche des enfants). On trouve intéressant, que parmi les livres proposés à la lecture certains soient des ouvrages venus d’Allemagne, de France, du Royaume-Uni (vive la diversité !). 

Ici et là, est défini un bon livre et quel genre de livre existe, du feel-good qui fait du bien, finit bien, à l’ouvrage classique ou au polar et roman noir. Bien des pistes de lecture sont proposées. Elles font du bien. La lecture apaise et fait voyager, ouvre la porte des sentiments, sans lesquels, il est impossible de vivre.

Un ouvrage intelligent avec des personnages vraiment intéressants.

Immortelle(s) par Bertrand Touzet, éditions Presses de la Cité

Ce deuxième roman de Bertrand Touzet, masseur-kinésithérapeute (son 1er roman Aurore avait été finaliste du prix Jean Anglade), raconte avec finesse et intelligence la vie d’Anna et de Camille. On pourrait dire qu’il se penche sur deux jeunes femmes boxées par la vie. 

Anna vit seule et aime plonger les mains dans la farine pour fabriquer du pain avec des farines produites par un moulin tout proche. La qualité des farines fait le bon pain et rien n’est plus important pour elle que d’offrir le meilleur. 

Camille, après des études d’art, se lance dans les tatouages et ouvre une boutique pas loin d’un libraire. Les mots comptent autant que les dessins, ceux qu’elle va poser sur des corps en attente de beauté, quand parfois la vie, (au propre comme au figuré) va laisser des marques, des cicatrices de souffrance. 

Près de ces femmes, il y a des hommes. Gilles le meunier au grand cœur proche d’Anna qui se cache, et dont on va, peu à peu, découvrir le passé. Il y a Gaspard, le libraire face au salon de Camille. Il y a Soren, jeune pédiatre en oncologie pour enfants qu’Anna apprendra à connaître quand elle va s’égarer dans les couloirs de l’hôpital où elle doit se rendre.

Le roman donne la parole aux deux femmes qui finiront par se rencontrer et s’apprécier. Quand la vie est griffure, il est bon de dessiner des immortelles, une fleur d’exception justement, fleur de vie et de survie. L’auteur a su se mettre à la place des femmes blessées, exprimer leur ressenti. Elles disent leurs espoirs, ce qu’est le corps des femmes, ce à quoi elles aspirent. Elles disent l’autre avec un regard bienveillant. Elles se laissent atteindre, quêtent, tombent et se relèvent.

Ce sont de belles pages d’espoir qui osent le meilleur quand il passe par la foi en l’humain.

Bravo !

Ma vie avec Strawinsky, par Jean-Yves Larrouturou, éditions Gallimard, collection dirigée par François Sureau

Jean-Yves Larrouturou raconte comment un après-midi d’octobre 1968 le plus grand compositeur vivant fait « irruption dans sa vie ». Il a 7 ans et il entend « L’Oiseau de feu » de Strawinsky. C’est un éblouissement face à l’écoute d’une musique qu’il décrit somptueuse et fracassante…

Le compositeur russe, d’abord naturalisé français, puis américain, rejoindra le ciel des musiciens trois ans plus tard. Mais le jeune garçon laissera la place à l’adolescent, puis au jeune adulte sans jamais quitter ce génie de la musique qui semble lui ouvrir toutes les portes de la lumière. Une beauté singulière qui va le structurer.

Jean-Yves conte l’artiste, saute du coq à l’âne en revisitant la vie le grand homme dont nous apprenons tout tant sur son œuvre, chemin de quête inextinguible éprise de perfection et d’avant-gardisme puisqu’il composera et s’inscrira aussi dans la musique sérielle. 

L’auteur fait cohabiter le musicien avec toutes les musiques savantes et populaires des huit siècles passés. Il explique comment on peut apprécier « Mouvements pour piano et orchestre » de 1959 si on a apprécié Stockhausen et Boulez peut-être pas si éloigné de Keith Jarrett. La musique de Straswinsky peut surprendre, il le confesse, mais jamais ne peut décevoir, car ce que le musicien donne à entendre est si proche de l’ensorcellement.

L’auteur évoque les grandes lignes de sa vie, nous le montre ici et là, en France, aux États-Unis où il eut plusieurs résidences avant d’être inhumé à Venise où il n’avait jamais résidé mais ville qui lui parlait et rassemblait tous les arts. Ses funérailles furent sublimes…

Ce n’est certes pas un ouvrage destiné au grand public, mais c’est cependant une partition que l’auteur donne à entendre, à condition qu’on se laisse choir dans un fauteuil. La source de plaisir n’est pas loin, découvrant des scènes de joie pure et ça… À entendre.

Les liens mortifères, par Sophie Lebarbier, éditions Albin Michel

Les liens mortifères, c’est le titre d’un premier roman d’une auteure qui n’est pas novice dans le genre policier puisque, Sophie Lebarbier est la créatrice de Profilage. 

Voici l’histoire de Léonie devenue psy, une nature vive qui lui permet de guérir, du moins de vivre avec ses névroses. La disparition d’Ingrid sa sœur la perturbe et on le comprend. Surtout que sa sœur a fait d’elle une jeune tante. On a trouvé un bébé fille dans un appartement et les analyses prouvent que ce bébé est bien l’enfant de sa sœur. Évidemment, il y a une enquête menée par la commandante Fennetaux, femme énergique, qui mène ses troupes à la baguette et obtient ce qu’elle veut et sait se faire respecter. 

Les deux femmes vont forcément se rencontrer et faire équipe. Peu d’éléments existent pour aller au bout de l’enquête. Il y a bien Saskia, une copine d’Ingrid, obsédée par sa ligne, le yoga et certains régimes à la mode. La mère de Léonie et Ingrid est un peu spéciale. Il faut remonter dans le passé familial, ce qui n’est pas chose aisée. Des faits se sont déroulés en Ardèche… Un lieu perdu, pétri de légendes où œuvraient des sorcières. 

L’auteure semble déjà avoir découpé son roman en courts chapitres qui peuvent être des scènes de film ou d’épisodes d’une série aussi efficace que redoutable. En tout cas, la lectrice que je fus, est restée accrochée à l’histoire qui va d’un univers contemporain à de vieilles légendes qui scotchent l’attention. Pas de temps morts, juste quelques corps découverts et de vilains personnages que Fennetaux et Sissoko son adjoint vont coincer.

Un roman mené tambour battant, la psychologie des personnages sonne juste. On en redemande.

La révolte au coeur, par Maïa Brami, éditions Albin Michel

Maïa Brami est poétesse, auteure jeunesse et adulte. Jeune femme passionnée, elle use de sa plume pour la connaissance et la défense de la jeunesse qui ne doit pas faire l’impasse sur la cause des femmes. Rien n’est jamais acquis.

Nul n’a oublié (du moins les plus anciens) le célèbre procès de Bobigny en 1972. Procès accusant cinq femmes d’avoir aidé Léa, 17 ans à avorter, à la suite d’un viol. Gisèle Halimi fut l’avocate de la défense… Il lui fallut du courage pour oser s’élever contre une loi abjecte et elle gagna.

Et voici que paraît sous la plume de Maïa Brami, La révolte au cœur, évoquant l’adolescence de Gisèle Halimi avec un point clé, celui où l’histoire de Gisèle rencontre la grande Histoire en 1945. Un ouvrage qui s’adresse à tous, à partir de 13 ans.

Le mérite de l’auteure c’est de faire connaître Gisèle Halimi qui, à dix-huit ans prend une grande décision et va quitter la Tunisie (elle est franco-tunisienne) pour poursuivre des études de droit en France, (mais pas seulement, apprendre est une passion) et défendre. Se battre contre l’injustice, contre le sort fait aux femmes dans la société où elle est née (mère espagnole séfarade et père juif tunisien). Mariage d’amour, mais soumis aux règles qui font que les femmes n’ont qu’un droit, celui de soumission à l’homme qui seul peut étudier. Elle se révolte…

L’ouvrage de Maïa Brami trouve le juste ton. L’auteure se met à la place de Gisèle Halimi (elle cite ses sources). C’est écrit au JE. On voit la jeune Gisèle parmi les siens, s’élever, s’opposer quitte à se faire traiter de « maboula » (folle), entreprendre une grève de la faim pour avoir le droit d’apprendre à lire, (Les livres sont cette porte ouverte sur la liberté) refuser un mariage imposé avec un riche marchand d’huile plus âgé que son père.

La plume de Maïa Brami dessine cette Tunisie, ce ciel et cette mer qui s’épousent et où Gisèle reprend force et organise son futur. Son rêve deviendra réalité pour le bien de tous, surtout pour les femmes et les autres combats que mènera Gisèle, lutte contre le colonialisme. Partout où sévit l’oppression et l’injustice, elle sera là.

Un ouvrage qui doit se trouver en toute bibliothèque à la disposition de tous, offert aux jeunes adolescentes, surtout à notre époque qui voit la montée des extrêmes menaçant les libertés individuelles. Pensons aux femmes iraniennes et afghanes, elles sont nos sœurs.

Bravo à Maïa Brami !

Un soleil pour chaque jour, par Antonin Malroux, éditions Calmann-Lévy

Antonin Malroux emporte lectrices et lecteurs dans sa région, le Cantal pour conter l’histoire de la famille Deltheil… Trois garçons, André, Jacques et Louis, héritiers de la ferme familiale (normalement). Louis a préféré avoir sa propre ferme et forme avec Juliette un couple parfait et heureux. Mais au sein des Deltheil, la zizanie s’invite et prend des proportions hors du commun à la mort du père. Les deux frères rendent Louis responsable de la mort du père qui n’a jamais pardonné l’éloignement de Louis et a déclaré le déshériter. Sauf que, dans la loi française, on ne peut pas déshériter un enfant. 

Et voici qu’André, marié avec Colette, apprend qu’il a une fille Mireille âgée de cinq ans. Elle vit avec sa famille Lafontie, non loin. Sa mère est morte… André n’a jamais su qu’il était père.

André est un homme droit, juste, sa mère, Madame Deltheil aussi. Et la petite est accueillie chez les Deltheil. Les frères semblent plus ou moins réconciliés. Cette petite est une bénédiction et sa présence met du liant… On accueille même Philippe, l’ami de toujours de Mireille.

Jacques et sa compagne Gisèle vivent à la ferme mais ont du mal à se décider pour s’engager. André et Colette sont de vrais parents pour Mireille et le petit François qui vient de naître. Chez Louis et Juliette tout va pour le mieux, un petit Jean-Paul a vu le jour et un autre s’annonce.

La famille semble unie à part quelques discussions à propos de cet héritage. Madame Deltheil fait tout ce qu’elle peut pour unir ses trois fils et leur faire entendre raison.

Mireille grandit et se révèle jeune adulte toujours aussi sage et intéressée par le dessin…

Ce roman, une chronique familiale en milieu rural à l’époque des Renault 4, se lit comme on regarde une peinture. Une époque encore pétrie des traditions du passé un peu bousculée par la modernité qui s’invite. Des héritages parfois lourds à porter, mais que la plume bienveillante de l’auteur rend supportable.

Le Champ des martyrs, par Jean-Luc Aubarbier, éditions Presses de la Cité

L’auteur est écrivain et libraire. L’histoire de sa région le passionne.

Avec ce roman qui fait se dresser les cheveux sur la tête, il raconte l’histoire de Julien Leclerc qui se réfugie en Dordogne pour écrire un roman en 1994. S’il tombe sous le charme de la région, il est fasciné par Gilberte de Montastruc, dernière propriétaire du château des lieux. Elle fut actrice dans sa jeunesse et sa beauté fait qu’elle a épousé un propriétaire terrien de petite noblesse, beaucoup plus âgé qu’elle.  

Veuve, elle mène grand train surtout avec son amant, un homme d’extrême-droite. La guerre venue, elle accueille les intellectuels souvent classés à droite dans son château. Parmi eux des collabos. Aurait-elle eu une double vie ? On dit qu’elle a protégé une amie juive, aidé la Résistance. Mais des faits terribles ont eu lieu en 1944.

Julien veut en savoir davantage et se heurte à des silences gênés. C’est qu’en ces lieux, il n’y eut pas que les Allemands pour se mal se comporter. Le sang appelait le sang. La vengeance, la barbarie gonflaient les cœurs.

Un roman foisonnant jusque dans les horreurs qu’un village a voulu cacher et dont il a toutes les peines du monde à se défaire. Les révélations à la fin de l’ouvrage font froid dans le dos. 

Le jeune journaliste voulait écrire un roman. Il n’a que l’embarras du choix pour alimenter sa plume et la tremper dans la haine. L’homme est un loup pour l’homme. Je sais je ne suis pas gentille pour les loups qui d’ailleurs ne sont pas ce que l’on croit.

L’auteur cite ses sources, celles qui l’ont inspiré pour livrer un pan d’histoire bien peu glorieux.