L’inoubliable voyage de Miss Benson, par Rachel Joye, traduit de l’anglais par Cécile de la Rochère, éditions XO

Rachel Joyce est auteure de best-sellers. Elle vit en Angleterre dans une ferme du Gloucestershire avec les siens. Avec cet inoubliable voyage, elle nous offre un classique roman d’aventures au féminin. Enfin, c’est ce que l’on peut croire.

Peut-on imaginer Miss Benson dont la vie va commencer un 19 octobre 1950 ? À 46 ans, cette vieille fille enseignante, mal dans sa peau, mal avec sa hiérarchie, estime qu’il est temps de partir à la recherche du scarabée d’or qu’un jour son père lui a montré dans un livre. C’était juste avant qu’il se tire une balle dans la tête. En a-t-elle été marquée ? Elle a été recueillie par deux tantes… et a poussé tant bien que mal. 

L’école où elle enseignait ne lui convenait pas. Pourquoi a-t-elle dérobé des chaussures à d’autres ? Étrange Miss Benson ? Autour d’elle, les proches ne sont plus, serait-ce le moment pour changer de vie et de partir en Nouvelle Calédonie où justement se trouve le fameux scarabée d’or ?

C’est décidé, l’excentrique miss, affublée de son casque colonial et de son filet à insectes quitte Londres et part. Oui, mais pas seule. Elle a recruté. Près d’elle, Enid Pretty, 26 ans enthousiaste et dont le portrait est le contraire de Miss Benson. Elle est vêtue de rose et chaussée de sandales à pompon. Elle semble tout droit sortie d’un album de BD, mais elle se dit prête à suivre Miss Benson au bout du monde pour dénicher ce scarabée d’or.

L’aventure est planifiée et doit durer cinq mois. Autant dire, une éternité, qui permet à ces deux femmes de faire connaissance. 

Passé le temps du doute : qui est donc cette autre qui est là dans ma cabine et dont la présence m’obsède ? songe la miss, l’amitié s’installe et fleurit jusqu’à unir ces deux femmes que tout sépare. Une amitié hors du commun. Le temps de se dire quelques secrets. Qui n’en cache pas, plus ou moins volontairement ? 

Elles sont parties à deux, reviendront-elles à trois ? Qui donc est Gloria ce magnifique bébé sur qui elles se penchent ?

Et ce scarabée ? Fantasme ? Miss Benson déchirera-t-elle le voile du pourquoi de la fin de son père ? 

Lire ces aventures, c’est assurément prendre un ticket pour l’évasion. L’écriture est visuelle, enchanteresse. Lire ce fabuleux voyage, c’est aussi découvrir les mille et une facettes de la vie, se laisser emporter et griser par l’imprévu et les rebondissements.

Indices, de Zadie Smith, traduction de l’anglais par Sika Fakambi, éditions Folio (inédit)

Zadie Smith est jamaïcaine par sa mère et anglaise par son père. Née en banlieue nord-ouest de Londres, elle y vit toujours. Dès son premier roman, elle a été remarquée et par les critiques, et par le public qui adhère à son ressenti des événements et des situations. Lectrices et lecteurs ne s’y trompent pas, au-delà des mots jetés sur le papier, ils ont compris que cette femme aime profondément l’espèce humaine, au point de tout mettre en œuvre pour aider. Pas de jugement à l’emporte-pièce. Si les êtres peuvent faire peur, provoquer une certaine gêne, c’est tout simplement parce qu’ils sont cabossés et ont besoin d’attention. Rien n’est inéluctable.

Venons-en à Indices, six essais, tous inédits. Pendant la crise de la Covid, Zadie se trouvait à New York, et ce retrait du monde lui a permis de réfléchir. Qu’est-ce que le confinement ? Est-ce que ce temps à l’écart, ce temps de la précaution a pu modifier nos comportements ? 

Il y a chez elle ce besoin de réflexion. Faut-il se soumettre, se résigner pour être plus libre ensuite ? 

Elle observe, analyse. En Amérique, elle sait et comprend ce qu’est cette jeunesse américaine fabriquée par le cinéma et la publicité, elle  » n’est qu’un mensonge en creux depuis tellement longtemps que mes étudiants d’aujourd’hui en plaisantent avec un humour noir qu’on imagine plus spontanément chez des vieillards et des vétérans de guerre. « 

Zadie regarde la rue, les gens dans le parc, ceux qui portent des pancartes et appellent au dialogue. Je suis asiatique, parlons-en… Sont-ce les effets de madame Covid, venue sans crier gare, frapper à quelques portes de nos vies trop bien rangées, trop bien installées ?

Pour l’auteure, il faut résister et cela ne peut se faire que par l’écriture. C’est l’écriture qui est chemin de liberté.

Beaucoup ont tenté de réfléchir aux conséquences de cette pandémie. Allait-elle ou non changer la face du monde ? 

Zadie a puisé dans son art. Une écriture fluide pour relater un quotidien qui appelle, espère. À partir de six textes, des captures d’êtres, transformées en captures d’écran, elle ouvre le livre, un roman de la vie pendant la pandémie pour aller au-delà, jusqu’à la fenêtre de lumière de l’après pandémie. Là, pousse l’espoir.

Une réussite.

Destin d’un homme remarquable, le docteur Hida, d’Hiroshima à Fukushima, par Marc Petitjean, éditions Arléa, (poche)

le docteur Hida et Marc Petitjean

Je viens de lire Marc Petitjean que j’avais découvert en lisant Le Cœur. Il y célébrait Frida Kahlo.

Dans ce Destin d’un homme remarquable, il relate la vie exemplaire, extraordinaire du docteur Hida. 

Shuntaro Hida fut un témoin essentiel du désastre survenu à Hiroshima qu’une bombe atomique anéantit en août 1945. Médecin, cet homme fut le médecin des irradiés et n’aura de cesse de mettre sa force à dénoncer ce qu’il appellera le mensonge atomique. Mensonge atomique pour couvrir le secret-défense. Pour le docteur Hida, faire reconnaître les ravages de l’atome et défendre les droits des victimes, dont certaines ont servi de cobayes –n’ayons pas peur des mots– aura été sa ligne de vie. La douloureuse marche vers la justice en faveur des oubliés.

Marc Petitjean a bien connu le docteur Hida. Il l’a côtoyé pendant douze ans, et il nous offre dans ce livre, un état des lieux de la société japonaise, de son gouvernement soucieux de se taire pour ne pas effrayer la population. 

La réflexion de l’auteur qui rend hommage à ce médecin humaniste à nul autre pareil, interroge tout un chacun. Cette bombe, cause de tant de malheurs, n’a pas servi de leçon. Quand s’est produit la catastrophe de Fukushima, les réflexes ont été les mêmes… Le silence, une savante organisation pour disperser les traces de la tragédie. Oublier, ça n’a pas existé. On se tait, on regarde devant… Comme si la vie, voire la survie, était à ce prix.

Ce destin d’un homme remarquable a déjà été publié chez Albin Michel en 2015 et les éditions Arléa ont eu l’excellente idée de le publier en poche. C’est même une édition augmentée, actualisée qu’il nous est donné de lire. C’est surtout une histoire exceptionnelle, un nom qu’il ne faut jamais oublier, celui du docteur Shuntaro Hida mort en 2017, presque centenaire, déterminé et profondément humain. 

Bretzel & Beurre salé, une pilule difficile à avaler, par Margot et Jean Le Moal, éditions Calmann-Lévy

Et voici la suite des aventures de Cathie Wald, cette pétillante quinquagénaire, une Alsacienne venue s’installer en Bretagne, à Locmaria où il se passe si peu de choses, sauf quelques ragots.

Mais il est vrai qu’on empêchera plus aisément les rivières de couler que les langues de tourner. 

Cathie se plaît bien à Locmaria et est plutôt une femme souriante, qui met du liant, aide les uns et les autres et a réussi, fort heureusement, à se faire des amis.

Qui pouvait prévoir qu’à Locmaria, localité (imaginaire) située entre Quimper et Concarneau, nous, lectrices et lecteurs allions nous trouver entraînés dans un trafic de drogues. Du moins, observer ce qui peut se passer à bord d’un yacht luxueux, être témoins d’un règlement de comptes, ni plus, ni moins. Les règlements de comptes finissent toujours mal, Jordan, qui a carotté quelques milliers d’euros sur des ventes de came, s’est fait prendre par le boss… Et hop, cul par-dessus tête, Jordan à la mer. Le boss peut ensuite savourer un Dom Pérignon, rien que ça. Jusque-là…

Oui, mais le cadavre, porté par la mer, échoue sur la plage proche de la maison de Cathie, d’où l’enquête… La mort est suspecte… Au village, on s’interroge… Là, où il ne se passait jamais rien, un mort échoué, coincé dans les rochers. Forcément, c’est depuis l’arrivée de l’Alsacienne. 

Erwan sait des choses, mais se tait. Dans le roman précédent, Cathie s’est occupée de lui, l’a en quelque sorte sauvé en lui proposant de travailler à l’auberge. Mais dans cette affaire… en lien avec un caïd marseillais, tout est compliqué.
Faute de mieux, on cause… On arrête même un proche de Cathie. Elle est menacée. Que faire, sauf s’en mêler et trouver la bonne piste qui passe par quelques amies sûres, et Yann, le journaliste qui nourrit un sérieux penchant pour Cathie, la fonceuse.

Le ton de ce roman écrit à quatre mains est toujours aussi vif, riche d’humour. L’intrigue est menée tambour battant et cette lecture cocasse réjouit et offre le sourire.

Le cerf-volant, par Laetitia Colombani, éditions Grasset

Laetitia Colombani poursuit une œuvre où elle montre celles et ceux qui sont à l’écart. Ce sont surtout les femmes et les enfants qui l’intéressent. C’est le comment agir pour construire un monde plus juste, plus vrai ?

Elle entreprend de nous conter la vie de Léna qui, après un drame qui a fait basculer sa vie, se rend en Inde au bord du golfe du Bengale. Pourquoi a-t-elle choisi ce pays au climat difficile à supporter et où la misère saute au visage, griffe et mord ?

Un matin, alors qu’elle nage dans l’océan, elle manque de se noyer, sauvée par Lalita que ses maîtres appellent Holy, tandis qu’elle jouait avec un cerf-volant fait de bric et de broc, elle a pu alerter. Conduite à l’hôpital, on lui dit que c’est Preeti, cheffe d’un groupe de filles qui entend se faire respecter qui a agi dès que Lalita qui l’a sauvée. Elle a eu le bon réflexe.

Le regard de Léna s’ouvre, elle qui était enseignante, comprend très vite la situation sur cette terre où les femmes ne sont rien, surtout si elles appartiennent à la caste des Intouchables. 

Or, n’est-ce pas par le savoir que la liberté se conquiert ? Léna reprend goût à la vie en voulant aider, sauver, éduquer et ouvrir une école. Mais elle se heurte à tant d’incompréhension, à commencer par le couple qui a recueilli Lalita et en a fait l’employée du restaurant qu’il dirige. 

On retrouve des personnages qui ont traversé le roman La Tresse que l’auteure va porter à l’écran.

Laetitia Colombani a à cœur de montrer la situation en Inde, la place des femmes qu’on méprise, violente et viole à travers le destin de Preeti et de Lalita… Preeti, c’est la rebelle, une sorte de reine des bandits pour la bonne cause. Lalita, c’est l’innocence… 

L’auteure brosse un tableau sans complaisance du pays ancré sur des traditions d’un autre âge. Elle n’oublie rien, n’élude rien, elle dit, et c’est à nous, lectrices et lecteurs, de comprendre que, même cabossés, les êtres humains sont encore capables du meilleur.

C’est un roman généreux, puissant. Aux audacieux, l’avenir reste possible. L’éducation peut tout changer et mener vers la justice et la beauté. L’image du cerf-volant sur une plage dans la main d’une petite muette est un chemin de liberté.

La dame d’argile, par Christiana Moreau, éditions Préludes

Christiana Moreau ne manque pas de talent. Les fées se sont penchées sur son berceau. Non seulement, c’est une conteuse de talent – La dame d’argile est son troisième roman– mais elle est elle-même passionnée par l’art et est sculptrice. 

La voici lancée dans une aventure peu commune pour évoquer Sabrina, restauratrice au musée des Beaux-Arts de Bruxelles. 

L’histoire ne manque pas d’intérêt. L’auteure nous entraîne dans un véritable jeu de pistes à travers l’histoire des arts et n’oublie pas la place des femmes, et quelques secrets de famille.

À la mort de sa grande mère Angela, Sabrina découvre dans la maison de celle-ci une sculpture d’argile d’une grande beauté qui représente un buste féminin signé de la main de Costanza Marsiato. Un besoin de comprendre et de se faire confirmer ce qu’elle soupçonne, fait qu’elle en appelle au savoir d’un ex… qui lui confirme que ce buste représente Simonetta Vespucci, modèle célèbre au quattrocento italien. Simonetta était d’une grande beauté et a inspiré beaucoup d’artistes à l’époque. Évidemment, les questions surgissent pour Sabrina d’origine italienne. Comment sa grand-mère de condition modeste est-elle entrée en possession de cette œuvre d’art qu’elle a gardée cachée dans une valise ? Sabrina veut en savoir plus et décide de partir pour Florence, le berceau de ce quattrocento et surtout découvrir qui était cette mystérieuse Costanza qui a signé ce buste ? Une femme pouvait-elle à cette époque se risquer à créer ? Costanza, fille d’un modeste potier, semble avoir osé.

On ne peut lâcher ce roman écrit avec talent et sensibilité. L’auteure sait captiver lectrices et lecteurs, les plonger dans les méandres de la beauté. Elle redonne leur place aux femmes. Elle nous raconte l’histoire, les siècles passés, les exodes, les errances pour nous offrir un bouquet d’une beauté flamboyante. 

Ne ratez pas cette lecture !

La beauté dure toujours par Alexis Jenni, éditions Gallimard

Un écrivain entreprend de parler d’amour, d’en faire l’éloge à partir d’un couple d’amis Noé et Félice qui vivent ensemble depuis douze ans. Ce couple croit à l’amour. Le narrateur écrivain, qui peut être l’auteur de ce roman, veut comprendre comment et pourquoi deux personnes peuvent rester côte à côte, se frotter longuement l’une à l’autre et y prendre du plaisir ; et continuer pendant des années. 

Ce romancier marqué par un été caniculaire et la crise des Gilets jaunes veut pouvoir écrire sur le grand amour. Mais aujourd’hui, ce sont les cyniques qui se font entendre. Personne n’ose espérer, personne n’ose aimer. 0n a trop peur de se faire avoir. 

Félice est avocate, Noé est dessinateur (un art dont a déjà parlé Alexis Jenni dans L’art français de la guerre qui lui a valu le Goncourt en 2011) Le dessin est-il un art supérieur à l’écriture ? La question est posée. Surtout quand Félice demande à Noé pourquoi l’avoir dessinée belle ?

L’est-elle ? Et Noé de répondre, non. Mais le dessin est la route qui sublime l’art d’aimer.

De jolies références, comme cette page consacrée à Belle du Seigneur d’Albert Cohen. 

J’ai l’impression qu’Alexis Jenni veut prouver par A plus B qu’il est l’anti Houellebecq qui ne croit pas en l’amour. Alexis Jenni s’inspire du Cantique des Cantiques pour célébrer ce chant éternel. 

Ce livre se mérite. On le lit bien sûr une première fois, mais il faut y revenir pour le savourer. L’amour y est dessiné avec sensualité et spiritualité. La poésie de l’auteur ajoute à la beauté qu’il quête, la beauté de l’amour, l’éternelle beauté qui transforme et trace un vrai chemin vers les étoiles. Alors oui, de ces pages magnifiques et trop rares de nos jours, on peut dire que la beauté dure toujours.

Un saut dans la nuit, par Olivier Schefer, collection La Rencontre, éditions Arléa

Olivier Schefer est écrivain, philosophe, enseignant, éditeur et traducteur de l’œuvre philosophique de Novalis, spécialiste du Romantisme allemand. Déjà auteur chez Arléa, Olivier Schefer compte à son actif plusieurs essais, mais Un saut dans la nuit est son premier roman.

Je défie quiconque qui y plonge de s’en extraire. Cent vingt pages pour raconter un premier amour vécu à Saint-Béat en Occitanie dans les années quatre-vingt. 

François et Jean, deux amis d’enfance, d’adolescence ne sont pas vus depuis fort longtemps. Jean, celui qui est resté sur les terres du Sud-Ouest, non loin de la tumultueuse Garonne, appelle François. Il a quelque chose à lui donner. 

François se souvient de son enfance, des vacances dans la maison de Granny, de ses jeux et défis avec Jean qui aidait ses parents à la ferme. Parents qu’il n’a jamais vus, pas plus que Jean n’est venu chez lui. Leurs rencontres avaient lieu dans la nature, dans une maison abandonnée, dans les prairies, sur les bords de la Garonne où les deux adolescents se lançaient des défis. T’es pas cap de… 

Doucement, ils grandissaient, s’acheminaient vers l’âge d’homme. Mais l’amour allait passer par là… Entre les deux adolescents, Geneviève, belle, énigmatique. Le mystère Geneviève. Elle est la sœur de Jean et n’a pas l’habitude d’aider à la ferme. Le tracteur, c’est pour son frère, sauf une fois où François l’aperçoit juchée sur le garde-boue. 

François se souvient de ses premiers émois amoureux, des longs cheveux de la belle, retenus en chignon par un crayon. Comment oublier ce premier baiser qui a ouvert une porte découvrant un chemin inconnu qu’il veut poursuivre ?

Il se souvient de la nuit au château, de cette étrange fête et de ce qui a suivi… Et s’il entend ce que chantait sa mère en démêlant quelques cheveux Colchiques dans les prés, la Garonne, authentique personnage qui donne et prend à la fois, lui revient, s’il a appris en grandissant à se brosser les dents, faire ses lacets, à nager, il confie : Aimer ne s’apprenait pas et nous laissait aussi démunis que de naître.

La Garonne accompagne, se gonfle peut devenir terrifiante, engloutir à jamais. L’auteur se souvient de la chanson de Joe Dassin : Marie-Jeanne s’est jetée du pont de la Garonne. Un saut dans la nuit, une nuit d’orage presqu’irréelle.

Ne ratez sous aucun prétexte ces belles pages, graves, douces, imprégnées de romantisme. De tels écrits sont précieux à nos âmes.

Minuit ! New York, par Mark Miller, éditions XO

Le livre de l’été, c’est cet ouvrage.

Bernard Fixot raconte qu’un Français vivant aux USA lui a téléphoné pour lui dire, vous ne me connaissez pas, je suis inconnu dans le milieu, mais j’ai écrit un ouvrage qui va vous intéresser… Et il raccroche…

Peu après, coup de sonnette chez Bernard Fixot, il ouvre et à ses pieds un gros paquet. Un tapuscrit et l’éditeur pense : c’est le fou qui m’a appelé. Et comme il est curieux, il ouvre le paquet et lit le roman, c’est un roman à suspens. Et l’éditeur confie, « je suis tombé sur les fesses ». 

Bien sûr, il publie le roman, mais ne rencontre pas l’auteur, tout se fait par avocat interposé. L’avocat de l’éditeur connaît l’avocat de l’auteur, mais ne dira rien. Il ne peut pas, n’a pas le droit de trahir.

Évidemment, le romancier inconnu rappelle l’histoire de Romain Gary, Émile Ajar auteur de La vie devant soi. Bernard Fixot dit-il la vérité en nous disant tout ignorer de Mark Miller ? Est-ce un coup de pub ? Cela étant, cette histoire se dévore.

Ce roman Minuit ! New York est sans doute le roman de l’été. C’est l’histoire de Lorraine qui rencontre Léo qui sort de prison après avoir purgé sa peine. Il vendait de fausses toiles de maîtres. Dans le même temps, Lorraine et c’est, dès le prologue, est harcelée par un cinglé qui lui dit : je suis l’assassin de ton père. Or, le père de la jeune femme est mort assassiné vingt-huit ans plus tôt. On n’a jamais retrouvé l’auteur du crime. Et maintenant, confirme ce dingue : c’est ton tour, tu vas y passer.

Le roman est vif, les dialogues happent lectrices et lecteurs, l’histoire est parfaitement menée. On aime Lorraine et Léo, on tremble pour eux. On tremble pour Lorraine… Et si Léo était un vrai criminel. Et si Dimitri le frère de Lorraine… Et si, et si… 

Suspens et amour, je ne puis vous en dire plus, si ce n’est que plonger dans ce livre vous fera passer un très bon moment.

Châteaux Forts au Moyen-Âge, par Nicolas Mengus, éditions Ouest-France

Plonger dans l’ouvrage de Nicolas Mengus, historien, c’est avoir les yeux qui brillent du désir de partir au cœur du patrimoine français pour voir, visiter les châteaux forts. Nous serons princesses et princes de ces lieux, remonterons l’histoire et découvrirons ces forteresses qui, dès le XIème siècle furent des points de rassemblement. 

De là, on y faisait la guerre, mais là aussi on rassemblait les villageois pour les protéger. Là, étaient gardées les victuailles. Là, encore passaient les troubadours, les artistes qui venaient distraire, raconter ce qui se passait ailleurs. Musiques, danses ont émerveillé et parfois fait battre des cœurs.

L’ouvrage de Nicolas qui compte quelques trois cents pages est une merveille. Il conte, il raconte, il montre, explique. Les châteaux forts ne sont pas que de solides murailles épaisses de cinq mètres, ce sont aussi des lieux fragiles de terre, de bois que la végétation a pu recouvrir. Sur une colline, subsiste une tour, un mur qui s’effondre et se racontent tant d’histoires… Un souterrain partait du château et rejoignait… D’autres châteaux forts ont eu la chance d’être préservés, sauvés, restaurés grâce à l’obstination de fous d’histoire et du patrimoine.

Ce que fait Nicolas Mengus, c’est de nous raconter l’histoire, depuis le onzième siècle… Il y avait ceux qui priaient, ceux qui combattaient et ceux qui travaillaient. Il nous montre les différents duchés, le domaine royal (Île-de-France) et comment, au fil des siècles, la France s’est unifiée. Ce ne fut pas aisée, que de guerres, de famines entre les partisans de l’empereur (L’Europe s’était plus ou moins faite) et les partisans du pape… Mais le miracle, c’est que ces châteaux demeurent, sont les témoins même fragiles, pour ceux dont les ruines restent encore à relever (Y parviendrons-nous ?) et qu’ils nous invitent à les voir autrement. 

Offrons-nous cette promenade hexagonale. Un été n’y suffira pas. Mais l’invitation est là… Du Morbihan au Sud et Sud-Ouest, de la Bourgogne à l’Alsace jusqu’aux châteaux d’Ottrott ou du Haut-Ribeaupierre avec un clin d’œil à celui du Haut-Koenigsbourg qui, bien que récent, emprunte à l’architecture passée, sans oublier la belle aventure de la construction de Gédelon dans l’Yonne. Édifier avec les techniques du Moyen Âge… avec des ouvriers vêtus comme le furent ceux du Moyen âge puisque les visiteurs sont nombreux.

Cet ouvrage, richement illustré ne peut que séduire et enchanter.