On pourrait croire que ce sont des larmes, par Éric Genetet, éditions Héloïse d’Ormesson

Voici l’histoire de Julien, de son chagrin… du lieu de ce chagrin.

Cela fait vingt ans qu’il n’est pas retourné à Argelès-sur-Mer. Il faut le coup de fil de Genio Tardelli, le voisin de sa mère pour bouleverser une vie qu’il a tenté d’organiser… Louise, sa mère a disparu. 

Il prend le volant et se rend en ce lieu qu’il s’était juré d’oublier. Jamais plus, il n’y remettrait les pieds… Il a fait sa vie qu’il regarde et photographie, puisque c’est son métier. Est-ce que l’objectif peut combler le manque, faire reculer l’absence de lumière, gommer les erreurs et effacer le flou ?

Mais que s’est-il donc passé ? Le chemin qu’il parcourt est l’occasion de revivre une part de son enfance, de sa jeunesse. On rembobine, comme on dit au cinéma. De cinéma, il est justement question. Louise est comédienne. Aux côtés de Serge, l’homme aimé, elle a attendu le rôle de sa vie et a fini par lasser Serge qui a claqué la porte. Julien en a voulu à sa mère. À ses yeux, la grande responsable du départ de Serge, c’est elle. Qu’elle ne se plaigne pas de la solitude… Sa façon de voir la vie, toujours sous l’angle de la « comi-tragédie », l’a lui, privé de père…

Or, lorsque Julien arrive à Argelès, sa mère est là… On comprend sa rage. Ultime comédie de cette femme qui lui a pourri la vie et qui ne sait plus dans quel registre jouer pour attirer à elle un peu de sympathie, à défaut d’amour ?

Cette rencontre, ces retrouvailles qui vont tout de même avoir lieu vont être l’occasion de grandes conversations. Après la nuit, le silence, peut venir la lumière et le chant. Pour Louise, cet appel au secours est peut-être l’occasion de dire, d’être enfin elle-même. Et pour ce fils, bouffé par la rage, celle de laisser venir à lui, un peu de compréhension porte ouverte sur la paix du cœur.

Il faut beaucoup de talent pour oser dire, s’interroger, tourner les pages d’une vie enténébrée, déchirer le voile du mystère si lourd à porter pour aller jusqu’à la folle espérance d’une réconciliation.

Le Dernier Mouvement, de Robert Seethaler, éditions Sabine Wespieser – Roman traduit de l’allemand (Autriche) par Élisabeth Landes

Ce Dernier Mouvement de Robert Seethaler est, pourrait-on dire, le final d’une symphonie inachevée, la vie de Gustav Mahler.

Sur le paquebot Amerika qui le ramène en Europe, après l’ultime saison passée à New York, le chef d’orchestre et compositeur se souvient de sa vie de musicien, de ses espoirs…

Le jeune garçon attaché à son service, lui apporte à boire, veille à son bien-être, l’appelle le directeur… Il s’en défend… Il est plus qu’un serviteur, ou s’il est un serviteur, il est dépeint comme étant celui qui accueille et préserve ce qui peut encore l’être. Il écoute aussi…

Que fut la vie de Mahler, né au sein d’une famille juive, mais attiré par le mysticisme catholique ? Quelles furent ses amours ? 

Il rencontre Alma, de dix-neuf ans sa cadette… Elle était belle comme le jour… Fille d’artistes… De leur union sont nées deux filles, dont l’une, Maria, mourut très jeune de la diphtérie (sous la plume de l’auteur). L’air vint à lui manquer… Le couple qui s’est tant aimé –Alma admirait son époux– se délite. Alma est tombée amoureuse de Gropius, qui fait attention à elle. Gropius est un architecte avant-gardiste…

Mahler est sur le pont du bateau, emmitouflé de couvertures, saisi par la fièvre. Il pressent sa fin. Il n’a jamais été d’une santé robuste, n’a jamais pris le soin de veiller sur elle. La musique était première… Et jusque-là, il est toujours parvenu à vaincre, à reprendre la baguette, à diriger Beethoven et tant d’autres… Il a réussi le tour de force de moderniser l’Opéra de Vienne qu’il a dirigé pendant dix ans… Il osait réinterpréter… Mais la mort rode… C’est donc ça mourir ?

En peu de pages, l’auteur de ce roman, suggère, décrit les tourments du musicien, son humilité, ses blessures, ses aspirations, son mariage dans l’édifice sombre où la clarté est celle du oui à Alma… et les retraits pour créer. La musique est parfois plus redoutable qu’une maîtresse… Il n’omet pas la rencontre avec Freud, car Mahler tente de comprendre l’éloignement d’Alma qu’il ne cesse d’aimer.

Mais en ces jours, sur le paquebot, face à l’océan et aux vagues tumultueuses, face à l’oiseau qui se pose et s’envole, Mahler sait qu’est venu l’instant de poser la baguette, celle qui dirigea la musique et sa vie… Sa vie était musique. Les partitions, son guide sur lesquelles s’écrivaient mille je t’aime, sur lesquelles la nuit et le froid tombent… Nous restent cette puissante méditation quand le corps descend en terre… Alors le chant des enfants morts peut s’élever. Ultime fécondation.

Bravo !

Le dernier voyage de Salomon Martcher, par Karen Haddad, éditions Arléa, collection 1er mille

Les plus belles amours sont sans doute celles qui gardent leur part de mystère jusqu’à l’inaccomplissement. L’accomplissement étant quelque part la signature d’une fin.

C’est un peu, beaucoup, l’histoire de Marianne et Salomon, très amoureux l’un de l’autre qui ne vont cesser de s’attirer, de se rencontrer sans vraiment être l’un à l’autre en plénitude.

C’est l’art de vouloir aimer et de n’y point parvenir vraiment.

Alors que les barrières ont cédé, Marianne continue à réserver dans les hôtels deux chambres… Salomon en est-il agacé ? D’amour fusion, il est peu question… 

Quelle peur retient ces amants qui courent l’un après l’autre. Étrange jeu ? Jusqu’au manque ?

Ce manque est-il donc si nécessaire, voire indispensable pour ranimer le désir ? Sans désir, il n’est point d’amour… On rêve d’amour, un peu, beaucoup, peut-être jusqu’à la lassitude.

Faut-il sans cesse jouer les funambules, le goût du risque et du vertige comblera-t-il l’espérance d’être à l’autre.

Marianne écrit… envoie ses feuillets à Salomon… Que vient donc faire Romero, celui tout à la fin remettra lettres et paquets aux enfants ?

L’énigme demeure jusqu’à la fin concernant ces deux amants qui ne se sont trouvés que dans ce rêve d’être totalement l’un à l’autre. La violence était autour d’eux… Comment y échapper ? C’est d’autant plus difficile qu’elle avait sans doute pris naissance à leur insu, dans leur essence et leur façon d’être… Les pourquoi ont si rarement de réponses aux grandes questions.

Des pages très bien écrites, une narration que l’on suit… avec cet espoir aussi fou qu’insensé de voir se lever une aube éclairée et qui serait celle d’un vrai baiser qui unisse.

Restons bons amants, par Virginie Carton, éditions Viviane Hamy

Un roman très court, sobre sur l’amour, la passion et les interdits…

Hélène est libre quand elle rencontre un chanteur connu (on ne saura pas le nom) et pendant quelque temps le verra ici et là. Aucun ne demande à l’autre de s’engager. Il est bon de rester libre, comme il est bon de vivre l’instant présent. La vie doit rester belle, sans entrave. Même les mots entre eux restent absents. Ils ont décidé de n’être qu’amants… de ne rien dessiner ensemble.

Lui, est sans doute trop pris par la musique. Entre les lignes, on devine le parfait égoïste.

Mais elle s’en satisfait.

Elle éprouve un besoin de maternité et finit par trouver l’homme idéal. Des enfants naissent. Pendant un temps, elle ne voit plus cet amant parfait.

Jusqu’au jour où…

Personne n’est dupe. Les conjoints respectifs savent…

Mais ces amants s’accrochent à la légèreté des débuts. Est-ce une sorte de fidélité à la promesse des débuts, ou le refus du réel qui interdit de grandir ? Roman sur l’amour vrai ou simplement sur aimer l’amour ?

Faut-il, quand on a construit une vie plutôt belle, garder la nostalgie des interdits. Cultiver cette mélancolie à la Bovary ?

Des pages pudiques, pour évoquer la passion avec sobriété jusqu’à la danse au bord de l’abîme. 

Au terme de cet amour qui s’achève, la prise de conscience a lieu chez cette femme. Oui, j’ai aimé, oui j’ai triché. Des regrets ? À défaut des mots attendus, espérés et qui ne servaient qu’aux chansons de l’amant, reste une solitude proche du désespoir. À quoi se raccrocher ?

L’interdit est-il nécessaire pour pimenter une vie ? Si oui, il faut craindre le début d’un subtil gâchis.

Les méduses n’ont pas d’oreilles par Adèle Rosenfeld, éditions Grasset

Parvenir à faire naître un roman, un vrai, d’une écriture délicate, sensible, drôle aussi en parlant d’un handicap, la surdité, est un exploit… 

Adèle Rosenfeld a trouvé les mots qui sont aussi des sons pour les entendants, pour exprimer, la difficulté ressentie des mal-entendants. C’est comme une guerre entre les deux. D’où le monde que la narratrice s’invente, pour oser la vie. Il y a son soldat… Il y a le chien borgne Cirrus. Le soldat pourrait être celui qui aime et lui ferait respirer son odeur… Il faut se contenter du voisin qui lui tourne autour… Là aussi, on doute, existe-t-il ? Car c’est tout le talent de cette auteure de nous entraîner sur le ressenti à partir de l’invisible et de ce silence, qu’il faudrait briser, mais qui reste son espace, son chant de vie.

 Elle nous entraîne dans les hôpitaux où des spécialistes lui expliquent qui, que, quoi. Encore faudrait-il les comprendre à défaut d’entendre. Car les sons se dérobent de plus en plus. Elle lit sur les lèvres. Comment ne pas penser au film « Sur tes lèvres » ?

Quelques cils battent encore. On pourrait tenter des traitements, une opération, celle d’un implant… Ça marchera ? Les résultats pourraient satisfaire, ou peut-être pas.

Et les quiproquos sont nombreux entre RDA et SPA par exemple… Avec précision, la narratrice explique ce qu’elle perçoit, quand elle relate quelques rencontres et entretiens. Comment les consonnes se heurtent. On plonge avec elle au cœur de la solitude à laquelle elle tente d’échapper tout en étant terrifiée à l’idée de perdre le monde qu’elle s’est inventé, si l’opération se révélait une réussite.

Le mieux à faire n’est-il pas d’inventer un herbier sonore… Devenir une sorte de conservatrice des bribes de mots, de sons ? C’est beau un herbier. Et s’il est sonore, c’est le chant de la vie.

L’auteure, en véritable romancière, joue avec les images, les mots et nous hisse sur les sommets, pour nous montrer l’abîme où roule ce qui est inaudible au commun des mortels.

La plongée peut être vertigineuse, mais on peut aussi se raccrocher à l’humour dont elle ne manque pas.

Une romancière à suivre.

Le Tourbillon des illusions, par Marie-France Desmaray, éditions Presses de la Cité

Pourquoi ne pas dire que Le Tourbillon des Illusions fait partie d’une saga historique… C’est bien ce dont il est question… (même si on peut lire les ouvrages dans le désordre). Ce n’est pas un gros mot, ni un péché que d’annoncer la couleur.

Dans Les Amants de la Rivière rouge, nous avons suivi Louise, jeune vendéenne, abusée, qui met au monde Rose et s’en va à Montréal dans les années 20 après avoir fait escale dans les Charentes.

La vie au Canada ne fut pas aisée, il fallait s’adapter.

Dans ce tourbillon, voici la vie de Rose, étudiante infirmière qui rêve d’en découdre avec une vie toute tracée. La guerre de 39/45 lui donne l’opportunité de s’affirmer et de prendre sa place dans cette bataille pour la justice et la dignité. Louise approuve-t-elle Rose ?…

Quelque part, il est possible qu’elle soit fière de sa fille et de ses audaces, mais c’est la colère qu’elle montre.

Rose n’en a cure et s’engage. De son choix naîtra une vie hors du commun à Londres. Il y a Andrew, il y a un Québécois… Le cœur bat. Mais ces pages qui permettent de retrouver les personnages qu’on a aimés dans Les Amants de la Rivière rouge vont bien au-delà des passions amoureuses, elles disent le courage de Rose, sa foi dans l’engagement, le courage nécessaire pour surmonter des épreuves qui ne manquent pas. Rose a besoin que soit levé le voile sombre des origines. Un besoin qui passe par des retrouvailles, une réconciliation. Les écrits, les journaux intimes, quand le temps a passé, peuvent beaucoup.

L’auteure nous offre de belles pages, (excellente documentation et elle cite ses sources, ce qui ne nuit pas à la lecture. Bravo). Elle nous dépayse et cela fait du bien, en nous prenant par la main pour mieux faire comprendre les ressorts d’une histoire particulière qui prend des accents universels.

Nul doute que naîtra une suite…

366 dates pour célébrer les femmes, par Benjamin Valliet, préface Louise Ebel, éditions Favre

366 dates pour célébrer les femmes... (on compte les années bissextiles) est un livre qui devrait figurer en toutes demeures, écoles, médiathèques… Chaque jour, une pensée (et plus) pour ces figures féminines connues ou oubliées parce que la gent masculine a préféré les mettre à l’ombre.

J’aime que ce soit un homme, Benjamin Valliet, qui se soit penché sur le sujet… pour réparer, rendre hommage, faire toute la place. Il fait mémoire et c’est bien.

Il faut en finir avec cette phrase : derrière chaque grand homme, il y a une femme. Avant toute naissance est une femme. Sans elle… Il faut qu’on ait le courage de dire que bien souvent, elles ont eu raison, avant ces messieurs pas aptes à les reconnaître. Les femmes sont capables tout autant qu’eux, mais cela gêne leur petit pouvoir. 

Il est vrai qu’il n’est pas si loin ce temps, que les spécialistes du Moyen-âge décrivent comme le temps merveilleux de l’humanité (en quoi ?), où les théologiens s’interrogeaient : Est-ce que les femmes ont une âme ?… Comme ils l’ont fait pour les peuplades lointaines qu’ils massacraient pour prendre les richesses.

Les femmes ont eu le sens de la justice, du pays, ont voulu étudier (on leur fermait les portes) travailler comme les hommes (les places étaient pour les messieurs et les concours des grandes écoles leur étaient interdits, comme les manifestations sportives qui allaient nuire à la maternité). Elles étaient artistes, auteures, les hommes signaient pour elles ou supprimaient la signature. Elles ont voulu, à juste titre, disposer de leur corps, les messieurs punissaient, condamnaient. L’adultère les enfermait dans les prisons gardées par des cerbères, mais eux s’envoyaient les cocottes… 

Dans ces pages, à chaque jour correspond une vie de femme d’aujourd’hui et l’auteur offre pour les mêmes dates la vie de femmes qui doivent compter dans l’histoire, partout dans le monde.

Merci à Benjamin Valliet. Son ouvrage, et il le sait, n’est pas exhaustif mais il a fait un grand pas… La préface est signée Louise Ebel.

Mur de Nuages, par Marie Modiano, collection l’arbalète, éditions Gallimard

Mur de Nuages, le troisième roman de Marie Modiano, compositrice et musicienne est une réussite.

Elle décrit la vie d’un enfant abandonné près d’une station essence et qui grandit jusqu’à l’âge de six ans, dans La maison des enfants du désert, un orphelinat en plein désert, près de Taromage avant qu’une famille d’accueil, les Soidnell, l’adopte, comme ils l’ont déjà fait avec Ulli, plus âgée que lui et un bébé, Noël. L’amour et la tendresse, Lantos, ce jeune garçon les découvrira grâce à Ulli, petite fée en cette maison étrange, sans chaleur.

Marie Modiano dit bien qu’elle sait où elle va quand elle commence un poème ou un roman… Tout fait sens sous plume… Mur de Nuages est un terme météorologique, signifiant un pseudo calme avant la tempête. 

Chez Lantos, la tempête, la mort qui rode, commencent avec la morsure d’un scorpion dans le désert. Dans le coma dans lequel il est plongé, il voit Vera Sol, une ville, qui existe. C’est une ville en deux parties : la basse ville dangereuse et la ville haute celle qui peut élever… C’est là qu’il faut aller, là que se jouera sa vie.

Quand Lantos reçoit une mandoline, c’est l’occasion d’un envol vers cette ville haute… La musique qui emporte et transporte…

Lantos fait ses apprentissages, parfois douloureux… et la plume de Marie Modiano, sous forme d’un conte un peu noir, mais prenant, conduit au dépaysement, aux interrogations sur le qui sommes-nous, qu’est-ce qui peut sauver ?

Les notes et l’amour, oui. 

Je n’oublie pas la rencontre avec Fryda paumée chez les paumés. De la ville basse à la ville haute, il faut ce chant, le souvenir lumineux d’Ulli, et d’Aberoze, un ami, une sorte d’ange. Lantos y parviendra-t-il ? 

Ne ratez pas la lecture de ce roman initiatique, puissant chant ourlé de poésie. Marie Modiano a bien du talent. 

Une histoire de gènes, par Sophie Brugeille, éditions Flammarion

Sophie Brugeille est journaliste et auteure de théâtre. Elle est aussi maman de deux garçons… Un jour, pour son anniversaire, l’un des deux ados demande un kit ADN… Comme un jeu, pour savoir qui ont été les lointains ancêtres… Bien qu’étonnée, la maman cède… 

Et les surprises ne vont pas manquer… On découvre des noms, apparentés à cet ADN révélé, dont l’un (est-ce un homonyme ?) fut l’ami des grands-parents des ados… Piquée par la curiosité, Sophie commande d’autres kits et demande, sous forme de jeu, qu’on se passe donc les écouvillons dans la bouche, qu’on frotte les joues…

Les résultats ne font que confirmer ce qu’elle commence à soupçonner. D’où quelques explications avec sa maman qui sort en larmes d’un restaurant… Qui donc était cet homme chez qui la famille allait ? Qui donc était ce charmeur qui les invitait sur son bateau ? Ce monsieur très comme il faut, que la petite appelait « le papi de Paris » ? Elle devait avoir sept ou huit ans la dernière fois qu’elle l’a vu.

Tout en menant l’enquête, Sophie raconte son enfance de fille unique née longtemps après le mariage de ses parents. L’histoire se révèle. Son père n’est pas tout à fait son père. 

Faut-il donc révéler les secrets de famille ? Jusqu’où ce besoin de vérité entraîne les uns et les autres ? A-t-on le droit subitement d’aller perturber une autre famille en s’annonçant comme étant l’une ou l’un des leurs ? Ou faut-il se taire pour garder une certaine paix ? 

Se pose aussi la question du père ? Qui est le vrai père, celui qui plante la graine ou celui qui la fait pousser ?

Livre enquête sur les origines, ces pages sont aussi celles de la réconciliation et de la façon de regarder enfin l’avenir avec sérénité et apaisement.

Connemara, par Nicolas Mathieu, éditions Actes Sud

Ce livre est une radiographie de la société d’aujourd’hui, et le moins que l’on puisse dire, c’est que, le cliché est peu réjouissant.

Nicolas Mathieu poursuit son analyse au scalpel de la société dans laquelle nous vivons. Après nous les enfants (Prix Goncourt) avait quelque chose d’attachant… Des ados qui s’enquiquinent dans une vallée industrielle sur le déclin sans l’Est. Les mômes avaient 14 ans… En eux, un grand désir d’aventure. Une autre vie, quitte à voler un canot pour aller plus loin… L’amour sera là, du moins les premières expériences… Et on croisait les doigts pour eux.

Avec Connemara, (la chanson de Michel Sardou, qui dit qu’on danse la folie) on pourrait penser que ces ados ont grandi… Mais apparemment, pas pour le meilleur.

Ils ont quitté leur milieu pour se réaliser. Ailleurs, l’herbe est plus verte… Ils ont même réussi. Et pourtant, le bonheur n’est pas au rendez-vous (comme dans la chanson). La quarantaine arrivée, alors qu’on vit dans une belle maison d’architecte sur les hauteurs de Nancy, qu’on a deux enfants, un mari super, qui par amour a renoncé aux copains, à la vie d’ailleurs parce que l’épouse (Hélène) risquait de plonger dans la dépression, eh bien, le mal être poisse… Pourquoi faut-il que ce besoin de mieux, d’aimer plus et autrement vienne bousculer ce qui pouvait marcher ?

Quelques conversations avec des stagiaires (Hélène)mettent en évidence le fossé existant entre les jeunes et les quadragénaires. Les jeunes sont nés avec Internet et obéissent à d’autres codes où le bien et le mal sont des mots étrangers. On se fait battre le cœur avec des photos coquines qu’on balance… Parfois, il faut changer de lieu, tant cela devient dangereux. Hélène écoute, s’en amuse…

Que reste-t-il de cette vie ? Les teufs, les cuites à la pinte de bière ou les coupes de champagne… Tout dépend du lieu dans lequel on vit…

Et l’on parle des modes de vie de la famille, des vacances obligées pour changer d’air, de paysage, à la Grande Motte par exemple… Ouf, on laisse le F2 de côté pour quoi ? Pour s’entasser derrière contre derrière sur la plage. (Et je suis polie. Dans le texte de l’auteur, les dialogues sont parfois trash… pour coller à la réalité)

Peinture réaliste saisissante, mais « grisouille ». Balzac a peint la Comédie humaine… Mathieu Nicolas propose un regard sans concession sur un « Quotidien tragique », le nôtre, pour lequel, il n’existe, hélas, pas de remèdes. Retour à la chanson… Terre brûlée…