Double Nelson, par Philippe Djian, éditions Flammarion

Un double Nelson est une prise soumission qui consiste dans un match de catch à faire abandonner l’adversaire. On sait que le catch, c’est souvent pour « de rire », disent les enfants.

Ici, nous avons un écrivain, Luc qui ne parvient pas à finir son roman. Il vient de vivre des mois extraordinaires avec Édith, une jeune femme, engagée dans les forces spéciales d’intervention de l’armée… Pourquoi entre eux deux, est arrivé cette sorte de lassitude qui fait que, Luc énervé, parce qu’elle l’a provoqué en flirtant avec un autre au cours d’une soirée, lui a collé un Post-It sur le miroir de la salle de bains ? « Je te quitte ».

Le double Nelson en somme, mais les regrets et les enquiquinements vont suivre. 

On fait aussi connaissance avec le nouveau voisin, toujours en panne d’outils, un peu dans la même situation que Luc… Iris est partie. Et pourtant, elle avait l’air d’un ange. Photo montrée à Luc pour preuve irréfutable. Avec le temps, dit Marc, je ne vais plus que lui trouver des qualités.

Attention, nous ne sommes pas dans un roman intimiste, même si l’intime est là, palpitant, éteint, désopilant. Un jour, Édith, réchappée d’une mission qui a mal tourné, demande asile à Luc…

Faut-il revivre ensemble, faire comme si ou se réjouir ? La soumission revient, mais pour qui ? Elle lui balance quand même : « Je n’oublie pas le type invivable que tu étais devenu à la fin ». Réponse de Luc : « Là c’est exagéré ». Et Édith remet en état son Glock, l’huile partout. Il est fasciné. Forcément. Et elle le sait. Reste à négocier. Serait-ce la saison ? Iris vient d’appeler Marc.

Un roman court, un style fluide, souvent enlevé et drôle. Un bon moment de lecture ! 

Le regard de Jeanne, par Jean-Guy Soumy, éditions Presses de la Cité, collection Terres de France

L’histoire que nous conte Jean-Guy Soumy est celle de Jeanne, orpheline de seize ans qui a fui la ferme en Corrèze où elle s’était placée.

À cette époque une fille qui cherchait un travail dans une ferme glissait une plume dans son corsage. Elle ne peut y rester longtemps. Les filles de ferme, dans ce lieu, sont régulièrement engrossées par le maître, un horrible rustre, puis chassées par la maîtresse.

Jeanne réussit à se défendre et à fuir… Mais pour aller où ? La faim la conduit un peu plus loin, sur le chemin de la Saintonge où son père était sieur de long. Luce, une aubergiste la prend sous son aile et elle croise Florimont, un photographe ambulant qui pourrait être son père. C’est lui qu’elle veut suivre, elle s’occupera de Bella, la jument. D’abord il la repousse, c’est un solitaire, et s’il a lui a dit qu’il la photographierait parce qu’elle est jolie. Il lui explique que c’est une amabilité.

Or, elle le sauve des griffes de mauvais garçons. Il n’a plus le choix. Il lui fait une place dans la roulotte et elle va tout apprendre de son art. Le suivre de foire en foire, de bourg en bourg jusqu’à Clermont-Ferrand. Elle saura manier les liquides, guetter l’image qui apparaît.  Elle passera même en des lieux chics, bourgeois et rencontrera un comte et Guillaume, son fils… Guillaume pouvait-il être un amoureux ? Entre temps, elle a appris à lire…

C’est tout un itinéraire qui se dessine et lorsque l’âge venu, Florimont ne pourra plus aller sur les routes, et qu’il estimera qu’elle peut lui succéder, elle héritera de lui. Des secrets sont à découvrir…

Un roman d’apprentissage, tendre, bien écrit, sur une époque qui n’est plus. L’auteur brosse le portrait de l’empire, montre le pour et le contre, mais surtout rend un bel hommage aux femmes, à la capacité qui sont les leurs pour oser résister, s’affirmer, se hisser dans la société.

Les soeurs de Montmorts, par Jérôme Loubry, éditions Calmann-Lévy

C’est toujours délicat d’évoquer un thriller. On a envie de raconter, mais il ne faut jamais dévoiler la fin, ni trop en révéler pour laisser le plaisir de surprise et de lecture.

C’est le cas avec l’ouvrage de Jérôme Loubry « Les sœurs de Montmorts ». Il est évident que l’auteur a du talent pour conduire lectrices et lecteurs sur de fausses pistes, surtout quand l’histoire se déroule dans un village devenu Montmorts, en fait c’est le village des morts !!!

On peut parler de l’arrivée de Julien Perrault, le nouveau chef de la police des lieux. Son prédécesseur a péri dans un accident. Dans ce village entouré de montagnes, le passé s’est écrit parfois dans la douleur et les drames. Beaucoup de morts. Une prison modèle qui a brûlé et fait disparaître presqu’une dizaine de détenus, tous retrouvés calcinés. Un berger quinquagénaire qui a égorgé ses moutons dans une crise de folie subite et a fini par disparaître. Le jeune apprenti berger, amoureux de Sybille, une bloggeuse écrivant la chronique du village, a fini par se suicider…

Le maire, monsieur de Thionville, fait ce qu’il peut pour la tranquillité de ses concitoyens. Il est d’ailleurs propriétaire du village et a réussi à se faire admettre des anciens qui croyaient qu’ils allaient être tous expulsés, et que, de-ci, de-là, trottait une idée de promoteur. Mais non, rien de tout ça… Le maire est un homme bien qui a surmonté son chagrin quand sa fille, douze ans en fauteuil roulant a chuté. Il veut un village tranquille, et comme l’argent ne manque pas, va pour les caméras partout. À cela bien entendu, il faut un village très propre, il y veille.

Cela dit, les drames, apparemment naturels, n’ont rien de rassurant. D’autant plus que certains croient aux sorcières, sont superstitieux. Il y en a même qui entendent des voix…

Au commissariat, Franck et Sarah ont bien accueilli Julien. Apparemment, tout va bien.

Est-ce si sûr ?

J’évoquais le talent de l’auteur, je dois dire qu’il réussit à nous manipuler et que la surprise sera totale quand les dernières lignes de l’ouvrage auront dissipé le voile…

Bravo !

Une nuit après nous, de Delphine Arbo Pariente, éditions Gallimard

Il est toujours nécessaire de se délivrer d’une enfance massacrée par une mère à la dérive, par un père violent qui incite au vol et ira jusqu’à abuser de sa fille. Pourquoi Mona s’est-elle tue jusqu’à l’oubli ? Un oubli qui la rendait bancale ?

C’est sa rencontre avec Vincent qui la remet sur le chemin du passé, jusqu’au lieu où, dit-elle : « une trappe où j’avais jeté mes souvenirs, la petite est revenue, elle attendait, l’oreille collée à la porte de mon existence. ».

Elle a été cette petite fille terrorisée qui ne trouvait aucun secours, prise dans l’étau du non-amour et de la violence.

Delphine Arbo Pariente, dont c’est le premier roman, a trouvé le moyen d’ausculter un passé douloureux, le moyen de quêter des réponses aux questions enfouies dans le repli du temps. Elle utilise une langue simple, belle. La poésie danse entre les mots et c’est une mémoire familiale sur trois générations qu’elle ressuscite. Et pour cela, l’écriture est maîtresse, elle seule peut dessiner le désir, renouer les fils. Les mots vont, les mots viennent, comme un cœur qui peut se remettre à battre normalement. « Dans le cerveau, malgré moi, je n’ai plus besoin d’un stylo ou d’un peignoir aux initiales brodées, je pourrais m’en offrir avec toutes les lettres de l’alphabet (…)  J’ai appris à me raisonner, puisque je n’ai plus peur d’avoir froid, d’avoir faim d’être abandonnée, mais c’est un ressac comme la mer qui cogne inlassablement sur le rocher (…) ici un océan de regrets. ».

Ce retour sur l’enfance est indispensable pour oser une vie lumineuse. Ne manquez pas cette lecture.

Sortie d’Égypte, ou la folie ordinaire d’une famille juive entre Le Caire et Villiers-le-Bel, par Léon Sibéoni, éditions L’Harmattan

À Remiremont on connaît bien le pédiatre Léon Sibéoni. Il est certes médecin en milieu hospitalier, mais s’occupe d’une communauté juive Vosgienne dont il est le président. 

Le moment était venu pour lui de raconter son histoire. Comment on peut adopter un autre pays, s’y sentir bien, sans renier ses origines.

Il est né en 1951 au Caire et a dû s’en arracher avec toute sa famille en 1956. Ce sera une sorte de folie pour cette famille juive entre Le Caire et Villiers-le-Bel. 

L’auteur raconte et brosse des portraits attachants, parfois drôles, parfois moins drôles, un peu acerbes. On suit les uns et les autres dans leur quotidien, parfois sage, parfois gonflé d’excès. 

Lui, l’enfant se souvient et se dit qu’il ne peut garder tout cela pour lui. Il y a ce besoin de dire tout en rendant hommage aux parents, dont il se dit inconsciemment : Je dois devenir moi, leur échapper, pour mieux les aimer. Et c’est cela qu’il raconte et qui nous interpelle.

La suite, on la connaît, la médecine, le service, le soin, le réconfort à apporter, sans rien oublier de la spiritualité au sens large qui a été un pilier sur lequel il s’est construit. Une vie est faite de rencontres qui font grandir et donnent le sourire.

Il sera reçu à libraire Le Neuf, samedi 11 septembre à 10.30, c’est Micky Boccara Schmelzer qui animera la rencontre. Sans doute est-il préférable de réserver et bien sûr de venir muni du pass sanitaire. 

Librairie Le Neuf

5, Quai Maréchal Leclerc 88100 Saint-Dié des Vosges      

Tél 03.29.56.16.71 / Fax 03.29.56.04.56

www.librairieleneuf.fr / https://www.facebook.com/librairie.leneuf/

Ne t’arrête pas de courir, par Mathieu Palain, éditions l’Iconoclaste, Prix Interallié 2021

J’avais beaucoup aimé Sale Gosse, le premier roman de Mathieu Palain. Roman salué par de nombreux critiques et voici que pour cette rentrée littéraire, Mathieu nous offre « Ne t’arrête pas de courir ». Une phrase qu’il adresse à un jeune athlète de son âge. Ils ont pratiquement grandi dans les mêmes lieux. Oui, mais le sportif menait une double vie. Il n’a jamais pu renoncer à sa vie de mauvais garçons. Des cambriolages de pharmacies, de supermarchés, parfois liés à la violence. Pourquoi ?

Notre auteur journaliste veut comprendre. Alors pendant le temps de l’incarcération de Toumany, tous les mercredis, Mathieu va lui rendre visite et s’interroger sur le champion de France du 400 mètres. Il découvre, et nous aussi par la même occasion, ce que fut l’enfance de ce gamin arrivé du Mali avec sa famille, ses frères et sœurs…

Il avait tout pour lui, la vie se dessinait sous les meilleurs auspices… Les clés de la réussite étaient à portée de main ;

Ce qui est intéressant dans cet ouvrage, c’est l’amitié qui va naître entre les deux hommes. C’est la description de la prison, de l’enfermement. Le talent de Mathieu Palain, c’est de nous attacher à cette histoire, de nous offrir son ressenti quand il découvre les conditions carcérales pour Toumany mais aussi de façon plus large. Comment on peut laisser une femme détenue avec son bébé dans ces lieux sinistres ? Pour l’auteur, il y a une urgence, celle de dire… Il est allé à la prison de Rennes, la plus grande prison pour femmes. Une prison sans mirador, plutôt comme un couvent, écrit-il, ou un asile psy… du moins, c’est ce à quoi il songeait. Alors il veut faire un reportage. « Je n’avais pas conscience de ce que je faisais. La prison me fascinait parce que j’en ignorais tout et, naïf comme on l’est quand on commence dans ce métier, j’imaginais qu’à force de creuser, j’allais finir par me trouver une injustice à dénoncer. Je rêvais du détenu parfait, celui qui a été condamné à tort…

Mathieu Palain écrit juste et nous livre des pages inoubliables. Il écrit comme s’il courait lui aussi un 400 mètres aux côtés de Toumany qu’il supplie de courir encore et encore sans s’arrêter, c’est-à-dire sans reprendre sa vie de voyou qui ne mène à rien, sauf à l’isolement.

L’ouvrage est présenté tel un roman, mais c’est plutôt un récit, une biographie qui interroge avec un style vivant, percutant et fluide à la fois. C’est un cri que pousse l’auteur, afin que Toumany ne retourne pas à sa double vie… Reste qu’avant d’envisager la sortie, Toumany doit supporter l’incarcération, les pièges tendus par d’autres taulards qui veulent l’abattre davantage… Puisse ce chemin de lumière qui se profile, ne pas s’éteindre !

Mathieu Palain sera présent au Livre sur la Place à Nancy du 10 au 12 septembre 2021 et participera à la Table ronde « Notre part d’ombre » le samedi 11 septembre à 12 h au Tribunal administratif. Il sera aux côtés de Minos Efstahiadis pour « Le Plongeur » (Actes Sud), et Romain Slocombe pour « L’inspecteur Sadorski libère Paris » (Robert Laffont). La rencontre sera animée par Florence Bouchy. 

La Madeleine Proust, une vie sous la botte (tome 3), par Lola Sémonin, éditions Presses de la Cité

Lola Sémonin a un talent fou et un cœur immense. D’abord institutrice, adepte de la méthode Freinet, elle s’oriente vers le théâtre, suit les cours au conservatoire de Besançon où elle reçoit le premier prix en 1983. Son idée : donner la parole à tous et pendant deux ans, telle une ethnologue-sociologue elle recherche au sein de la ruralité, les expressions oubliées de Franche-Comté. Ainsi naît grâce à l’aide de Gérard Bole du Chaumont, le personnage de La Madeleine de Proust. Un succès d’abord régional qui devient très vite national grâce à Pierre Bonte sur Europe 1 et Michel Drucker à Champs Élysées. 

Le succès est là, elle sera nominée aux Molière du spectacle comique… 

Mais en elle est l’écrivain et quand le rideau tombe sur la scène pour la dernière fois, elle se lance. Elle a entrepris l’écriture d’une saga. La vie de son personnage depuis petite fille (qui lui ressemble ?) jusqu’à nos jours sans doute. Les deux premiers tomes ont paru chez Pygmalion, ce troisième volume voit le jour aux Presses de la Cité… Un quatrième viendra en 2022. Et c’est un bonheur de lecture, de générosité, d’émerveillement. Un roman d’apprentissage aussi.

Notre Madeleine a seize ans en 1940 quand ses parents estiment que pour lui changer les idées, elle a perdu son premier amoureux, il faut aller respirer ailleurs. On l’envoie à Paris où l’attend une famille. Elle sera bonne. Monsieur est fondé de pouvoir dans une grande banque. 

Autant dire, qu’elle, la paysanne de la famille Bobillier, va découvrir une autre terre, un autre monde, une langue quasi étrangère.

Nous la voyons dans le train, elle se souvient de chez elle en Franche-Comté. Les gentils, les pas gentils. L’affreux bonhomme le Gustave, un cochon… Elle se souvient de ses parents… Et surtout face à elle, des Allemands un peu rigolos dont elle se méfie n’osant même pas descendre sa valise du porte bagages. Non mais, des fois, que les schleuhs me prenne mes provisions.

Avec son héroïne nous voyons ce que furent ces années. Paris, c’est une forêt de pierres, un autre monde, avec des codes qu’elle ne pouvait pas imaginer. Un langage qu’il faut apprendre. Mais à cœur vaillant rien d’impossible. Et de la vaillance, elle n’en manque pas.

Lola Sémonin écrit de son regard vif, coloré… Transmet ses émotions avec un talent qui n’appartient qu’à elle. 

On attend le tome 4

Milwaukee Blues, par Louis-Philippe Dalembert, éditions Sabine Wespieser

L’histoire de Georges Floyd a inspiré à Louis-Philippe Dalembert ce roman Milwaukee Blues, un roman choral qui évoque une vie imaginaire, celle d’Emmett. Même prénom qu’Emmett Till assassiné par des racistes du Sud en 1955.

L’auteur commence son roman par le gérant pakistanais de la supérette dans un quartier au nord de Milwaudee (l’état voisin où s’est produit l’assassinat de Georges Floyd). Depuis son appel aux forces de police pour un billet qui lui a semblé louche, faux, il ne cesse de faire des cauchemars. « Si j’avais su… je n’aurais jamais fait ce numéro ». L’imam lui a bien dit qu’il avait fait son devoir, car si le billet avait été faux, c’était lui qui risquait la prison… Certes, mais Emmett est mort et de quelle façon… Mort d’avoir été étouffé par le genou d’un policier trop heureux d’en découdre avec un Noir.

Puis, c’est l’institutrice d’Emmett qui s’exprime. Elle l’aimait tant ce petit Emmett que même lorsqu’il a changé de classe, la nouvelle institutrice lui donnait des nouvelles. Elle ne peut croire cette histoire. Une amie d’enfance aussi s’exprime. Emmett aimait le football. Sa taille son poids en faisait un plaqueur naturel, dit-elle. Les siens espéraient de beaux jours pour lui. Surtout que le père était parti… La mère avait trimé dur et le conduisait à l’église chaque dimanche. La mère d’Emmett savait que le fils réussirait et qu’ainsi elle pourrait aider ceux qui tendent la main. Elle avait déjà fait la liste des gens qui seraient aidés. Il obtient une bourse, presqu’une victoire. Or, sa timidité sera un frein à la réussite espérée. Se remet-on de l’abandon d’un père ?

Et la fiancée parle d’une très belle histoire entre eux deux : « Pour être franche, je le connaissais bien avant de lui être présentée. Sa réputation l’avait précédé dans notre université catholique privée à 90 % blanche (…) tout le campus évoquait avec excitation et espoirs mêlés, la pépite que le coach de football avait repérée ». L’amour ne peut tout. Elle est blanche, lui noir… Comment vivre tous deux et avoir des enfants ? Qui voudrait d’eux ? La timidité d’Emmett est toujours là. Est-il voué aux petits boulots ?

L’assassinat a eu lieu, les réseaux sociaux ont relayé la tragédie. Ma Robinson, celle qui célèbrera les funérailles est une une ex-gardienne de prison devenue pasteure.

Ce roman brosse le portrait d’un homme d’ordinaire dans un pays qui ne l’est pas. En fait, sa mort l’a rendu célèbre. Elle, la femme pasteure affirme sa foi en une humanité plus juste, plus aimante. Elle est heureuse de voir des Blancs s’indigner et rejoindre cette marche qui accompagne Emmett. Sa prédication est extraordinaire et on voudrait la croire !

Le fin mot de l’histoire pourrait être : Ne pas être raciste c’est bien. Mais être antiraciste c’est encore mieux… 

À lire de toute urgence !

Louis-Philippe Dalembert sera au Livre sur la Place à Nancy du 10 au 12 septembre 2021. Il participera à la table ronde « Un supplément d’âme » au Palais du Gouvernement à 10 h le samedi 11 septembre aux côtés de Anouar Benmalek pour « L’amour au temps des scélérats » (Emmanuelle Collas) et Konstantinos Tzamiotis pour « Point de Passage » (Actes Sud).

Les oiseaux, de Jochen Gerner, éditions B42, postface d’Emanuele Corcia

C’est un beau livre que publie la maison d’éditions B42 spécialisée dans les arts… Ce livre « Les oiseaux » rassemble des dessins stylisés en couleurs réalisés par Jochen Gerner, artiste Nancéien, connu dans le monde entier et qui travaille pour l’édition et la presse (y compris pour le New York Times, mais pas seulement. Ses séries de dessins sont exposés dans les centres d’art et les musées en France et à l’étranger. 
Beaucoup de livres ont été publiés où il explore les liens entre texte et image. Une monographie de ses travaux d’exposition a paru en 2015 aux Éditions B42. Il a aussi publié des bandes dessinées. Repères tome 1 & 2, c’était chez Casterman en 2017 et 2020. Jochen Gerner travaille également avec le Centre Pompidou et la maison Hermès. L’artiste est représenté par la galerie Anne Barrault à Paris depuis 2004. 

C’est un résumé très succinct des talents de Jochen Gerner qui a reçu une quantité impressionnante de prix, à juste titre.

Selon lui, son ouvrage Les oiseaux est né de son observation depuis son atelier face à un jardin planté d’arbres fruitiers, de lilas et de houx. Il a observé et son atelier est devenu un lieu privilégié pour ce regard ornithologique. Il a contemplé les oiseaux vivants et puis il s’est penché sur des photos. Il n’a pas hésité à recourir à des documents illustrés anciens… Et cela a donné 200 dessins réalisés de février 2019 à septembre 2020. Une authentique volière qui va des passereaux aux volatiles imaginaires.

L’ouvrage montre bien les couleurs, mais l’auteur affirme avoir réduit leur utilisation. Il n’a pas hésité à utiliser l’encre de Chine pigmentée et jouer sur la superposition, effet de trame et superposition de traits. À nous d’imaginer les structures infinies des plumages. Effet réussi avec une influence voulue « à la raideur noble des bas-reliefs assyriens » et aux planches de François-Nicolas Martinet quand il a illustré l’Histoire naturelle des oiseaux de Buffon…

L’ouvrage comporte une postface explicative élogieuse d’Emanuele Corcia qui dit : Plus qu’un manuel d’ornithologie fantastique, ce livre que Jochen Gerner consacre aux oiseaux semble être une tentative de montrer que les frontières entre graphisme et réalité sont beaucoup plus fragiles qu’on ne l’imagine.  Et si elle explique que chez Jochen Gerner, les oiseaux même réinterprétés sont au contraire une ode à la liberté de la couleur, elle ajoute encore que ce livre arrive à point nommé au moment où l’une des grandes philosophes contemporaines, Vinciane Despret s’empare des oiseaux pour repenser les rapports entre la vie et l’espace…

Les oiseaux chantent la vie… Le visuel de Jochen Gerner nous donne à l’entendre et c’est superbe.

Jochen Gerner sera au Livre sur la Place à Nancy du 10 à 12 septembre 2021. Il sera en entretien au Forum France Bleu – Ville de Nancy le vendredi 10 septembre à 16.45

Un baiser qui palpite là, comme une petite bête, par Gilles Paris, Éditions Gallimard-Jeunesse

Gilles Paris propose un roman de rentrée destiné aux ados… Mais je crois que ce roman est pour tous. Il doit être lu en club de lecture au lycée et en famille pour que s’amorcent les discussions essentielles, pour qu’on mette au jour les problèmes rencontrés par les ados. Ainsi la parole sera libérée.

Cette histoire commence avec le suicide d’Iris… Elle s’est pendue après avoir été abusée, harcelée… À qui en parler ? Puis, comme pour laver l’horrible acte, ou parce qu’elle sentait indigne, elle est devenue la proie de tant de garçons. Des vidéos ont circulé… Elle ne pouvait plus supporter. La fin au bout d’une corde était préférable.

Tom et Emma sont jumeaux et dans ce roman où vont intervenir beaucoup d’autres jeunes, ils nous parlent de leur vie au lycée, des teufs, de quelques beuveries, surtout Tom. Emma ne boit jamais… Des cigarettes un peu étranges que l’on fume… toujours Tom, et des battements de cœur, normal à quinze ans. Mais surtout, ce qui va apparaître, c’est que Tom et Emma, suivis par les autres adolescents, vont se rassembler pour défendre la mémoire d’Iris dont on découvre la véritable histoire. 

Les portraits des ados sonnent juste. Leur langage aussi (un lexique est donné à la fin de l’ouvrage). J’ai noté que l’amoureux d’Emma, Solal, le beau métis est la coqueluche de toutes les filles. Ce roman parle aussi d’amitié. Emma a pour amie Chloé et Sarah… Parfois des amies trahissent… On voit aussi vivre quelques parents. Un couple ne va pas bien. Le père frappe la mère…

Les parents de Tom et Emma, même si monsieur est coach sportif et que madame est psy, sont plutôt compréhensifs, mais quand Tom passe les bornes, ça barde. 

C’est un roman choral, et le chant que poussent ces ados a, par certains égards, des accents tragiques qu’il nous faut entendre. Comme un appel au secours…  Puissions-nous l’entendre !

L’auteur sera présent au Livres sur la Place à Nancy du 10 au 12 septembre 2021 et participera à la table ronde animée par Sarah Polacci « Fragiles amours » le dimanche 12 septembre à 13 h 30 au Forum France Bleu – Ville de Nancy aux côtés d’Antoine Dole pour « Six pieds sous terre » (Robert Laffont)