PETITS BONHEURS À TOUS LES ÉTAGES, par Sandra Martineau, Éditions XO

 Après des années de galère, Joanna croyait avoir trouvé le bonheur auprès de Laurent, travaillant dans la finance. Elle avait deux enfants Victoire et Arthur et ensemble, ils ont eu Valentin. Une jolie maison tenue par une domestique et une jaguar pour se rendre au golf, à différents clubs sélects, liés à ce milieu étincelant. C’est à peine si elle a remarqué l’éloignement de Laurent. Quand celui-ci est arrêté pour escroquerie et blanchiment d’argent, le monde Joanna est soumis à un tsunami. Les gens chics se détournent et lui font part de leurs griefs, elle n’était pas des leurs.

Laurent savait-il cette possibilité pour avoir préparé la sortie de la belle maison et l’installer dans une cité, lieu, où sans doute, on deale, on vole ?

Au cœur de cette cité, Joanna, d’une certaine façon, réapprend la vie et apprécie Fatou et sa tendresse et sa bonne cuisine. Djibril veille sur elle, on aime aussi Raymond, et les enfants doivent découvrir de nouveaux codes de vie.

Cette nouvelle vie est porteuse, malgré les efforts à fournir, d’espoir et de dynamisme.

L’auteure nous offre des portraits savoureux, tant des enfants de Joanna qu’on ne peut qu’aimer et qui parfois mettent du piment dans la vie, que dans les habitants des cités où le partage et le sourire ne sont pas de vains mots.

Un roman pétillant qui fait tomber les préjugés, ouvre le regard et touche en plein cœur.

C’est en allant aux autres qu’on se découvre et comprend le sens du mot aimer.

LE BRUIT DE L’EAU SUR LES GALETS, par Amélie Baumann, éditions Calmann-Lévy

Dès le début de la lecture de ce roman, nous sommes happés. Camille arrive dans une demeure plutôt bourgeoise du Sud-Ouest pour rencontrer Manée, à la demande de Mamie, sa grand-mère adorée, partie vers d’autres cieux. 

Camille tombe mal, une cérémonie funéraire va avoir lieu et Manée crie haut et fort à son fils Patrick qu’elle traite de « bougre d’andouille » qu’elle n’ira pas dans un machin pour vieux croûtons. Camille est découverte, on la chasse et sans l’aide de Sophie, dix ans, elle ne pourrait pas approcher Manée et lui montrer une photo où elle apparaît aux côtés de Mamie.

C’est un choc pour Manée, d’un caractère totalement opposé à celui de Mamie. Qu’est-ce qui a pu unir ces jeunes femmes ? Manée pose ses conditions pour rejoindre l’Ouest au bord mer et tôt dire. Étretat fut un lieu pour les jeunes femmes.

L’auteure nous raconte ce périple. On va de découverte en découverte. Manée raconte, se tait, commente. Sophie est du voyage. En digne héritière de sa grand-mère, elle a en réserve quelques expressions qui font mouche. Dans la voiture conduite par Camille, on rit, on pleure. Mamie était-elle celle que l’on croyait ?

Joli roman sur les relations familiales, sur l’amitié vraie, sur les secrets de famille. Manée revit sans rien perdre de son mordant caractère.

Il semblerait que l’auteur nous ait tricoté une histoire à partir de sa vie. Du moins, elle y a puisé amplement pour nous offrir une histoire drôle et émouvante.

LIBER ROSAE, LE LIVRE DES ROSES, par Philippe Séguy, illustrations Laurent Gapaillard, éditions Robert Laffont

Philippe Séguy

Laurent Gapaillard

La rose, la reine des fleurs qui accompagne toute vie humaine de la naissance au tombeau est à l’honneur dans ce bel ouvrage. Mais que savons-nous d’elle, de ses origines ?

Dans ce magnifique roman, Philippe Seguy, habitué de « Secrets d’histoire », auteur de romans et biographies, met ses pas dans ceux de Gatien de Mortery s’en revenant de Terre Sainte en 1240. Après avoir combattu, tué bon nombre d’infidèles sous les ordres du Comte de Champagne, il chevauche avec à ses côtés Morjane, belle comme le jour, née à Damas et qui tient une fleur inconnue au royaume Louis. 

Cette fleur dégage un parfum magique, subtile et envoûtant. Il faut la replanter, la multiplier, l’offrir à Blanche (de Castille) qui géra le royaume en l’absence du roi.

Dans les terres champenoises, Morjane réussit le prodige de faire pousser cette fleur, d’où la jalousie des ennemis et même de l’Église. Morjane, étrangère aurait-elle pactisé avec le diable ? D’autres voudraient cette fleur, gage de fortune.

Ce roman historique se dévore, se respire. On apprend beaucoup de la culture de cette fleur et de l’histoire du XIIIème siècle.

Il faut saluer l’artiste dessinateur Laurent Gapaillard pour ses illustrations inédites de toute beauté.

Un ouvrage à garder autant qu’à offrir.

CYNTHIA, par Stéphanie Des Horts, éditions Albin Michel

Et voici la vie d’une femme sortie de l’oubli grâce à Stéphanie Des Horts. Cynthia est née Betty Pack. Tout cela est vrai chez cette Américaine curieuse, intelligente qui ne veut pas d’une vie ordinaire, quitte à se mettre en danger. Et cela va arriver souvent à cette James Bond en jupon. Cynthia, son nom de code, c’est William Stephenson, dit l’Intrépide -le plus grand espion de tous temps- qui le lui a trouvé.

Elle en fait voir de toutes les couleurs à sa famille. Fait un mariage de dupes avec un vague diplomate alors qu’elle est enceinte d’un autre. Mais de qui ? Elle rit. Peu importe, elle aime, s’amuser et mentir.

Ses premières actions ont lieu en Espagne, alliée des Républicains pour sauver des vies ou des Franquistes pour les mêmes raisons, elle sait coucher utile et à l’international. Dans son métier les relations sexuelles sont conseillées. On la voit se convertir au catholicisme grâce à un jeune prêtre qu’elle rend fou. Il lui fallait un religieux à son palmarès.

On la verra en Pologne, au Chili. Elle intéresse Churchill et quand les USA entrent en guerre, elle sera un pion de premier choix. On dit que sans elle, les alliés n’auraient pas été victorieux.

Elle aime le risque et l’amour. Les hommes ne peuvent se détacher d’elle. 

L’auteure s’est solidement documentée et nous offre un récit haut en couleurs, flamboyant, ciselé, rythmé. On lit ce récit d’une traite.

JOURS DE NAISSANCE, par Marie Richeux, éditions Sabine Wespieser

.En 2021, Marie Richeux nous offrait un roman-récit intitulé Sages-femmes. Elle parlait avec beauté de ce métier, de certains secrets de familles que recueillent ces femmes qui aident la vie à fleurir. 

La parturiente, notamment le personnage principal, en profite pour s’interroger sur la lignée familiale qui a fait que pendant plusieurs générations les filles devinrent mères sans être mariées. J’avais beaucoup aimé ce chant de vie.

Marie Richeux nous revient avec un sublime court texte Jours de naissances. Elle est à terme et l’on vérifie que tout se passe bien à la Maison de naissance où elle doit accoucher. Si au bout d’une semaine, le travail n’a pas commencé, il faudra aller aux urgences. Les mêmes questions reviennent dans cette généalogie de jeunes mères sans hommes, « Mais ça va arriver ». Les bébés finissent toujours par naître. On conseille à la future mère de parler au bébé, mais si elle avoue le faire avec son cœur et ses pensées, elle n’a pas les mots, ça va arriver, se rassure-t-elle. Un court refrain qui scande ce beau récit.

Ce récit est telle une déambulation d’une jeune femme qui se voit énorme de la vie qu’elle porte, mais que personne ne remarque. Reste la présence douce et forte à la fois de Rachel qu’on ne peut qu’aimer.

J’aurais aimé que ce texte soit publié en même temps que Sages-femmes, à sa suite au sein du même ouvrage, tant la parenté nous étreints.

BLANCHE ET LA BONNE ÉTOILE, par Catherine Delors, Éditions Héloïse d’Ormesson

Catherine Delors s’était fait une place de choix dans le roman historique avec Gabrielle ou les infortunes de la vertu qui paraît chez POCKET en même que Blanche et la bonne étoile chez Héloïse d’Ormesson.

Gabrielle était prise dans tourbillons de la Révolution. Blanche va l’être dans les années Bonaparte, devenu 1er Consul en attendant de se sacrer Empereur. 

Les Royalistes comme les Jacobins n’en veulent pas, d’où l’attentat de la rue Nicaise au soir du réveillon de Noël en 1800. Si Bonaparte qui se rend à l’opéra, en réchappe, la machine infernale qui explose éventre des maisons et fait des centaines de morts. Pour Bonaparte, c’est un coup des Jacobins et du sinistre Fouché. Voilà pour l’histoire.

L’auteure crée le personnage de l’inspecteur Roch, venu d’un milieu pauvre. Il est brillant, doit réussir et arrêter les conspirateurs. Fouché s’emploie à lui mettre des bâtons dans les roues. Son père n’est pas très clair et ses amours entre la sage Alexandrine et l’audacieuse Blanche n’arrangent rien. On navigue au sein du peuple et on se frotte aux salons en vogue.

On se trahit. L’auteure fait une peinture réaliste d’une époque en pleine mutation.

Le ton est vif, enjoué. Les trahisons se profilent. Qui l’emportera ?

UN PAS DE DEUX, par Javier Santiso, Éditions Gallimard

Joséphine, artiste peintre a épousé Edward Hopper. Ils se connaissaient depuis 1910. Joséphine est la narratrice de ce « Pas de deux », d’amoureux, passionnés, avant que tout ne s’étiole. Peut-on dire de l’amour à la haine, il n’y a qu’un pas ? Joséphine raconte sa vie auprès d’Edward, comment elle a tout sacrifié pour cet artiste, s’est mise en retrait, a assisté à tant de tromperies sans recevoir de compliments, de fleurs (ou si peu) de bijoux ou continuer d’aller danser. Seule la gloire de Monsieur comptait

Un portrait sans concession d’un égoïste pour qui, par amour, une amante a tout sacrifié. Elle ne l’a retenu qu’en posant pour lui. Elle était son modèle, mais il ne voyait que les autres femmes. 

Comble de l’injustice et du mépris, à sa mort, elle a offert au Whitney Museum plus de 3000 toiles de Hopper et 200 d’elle. Le musée a gardé celles de Hopper et dispersé les siennes. Quantité négligeable…

Superbe et tragique histoire narrée avec sensibilité et poésie dans un style lumineux. L’auteur, d’origine espagnole, est le traducteur de Christian Bobin, disparu il y a peu et qui nous manque déjà.

Un premier roman à ne pas manquer.

LA VÉRITÉ QU’ELLE MÉRITE, par Sophie Muffat-Méridol, Éditions Calmann-Lévy

Marie Beauchamp, capitaine de police à Lyon a tout perdu dans un accident en opération : un pied et l’homme qu’elle aimait. La bouteille est devenue sa béquille. Où est passée la talentueuse capitaine dans cette belle ville de Lyon ? Le travail est bâclé et celle qu’on surnomme la « maraudeuse » est frappée d’une procédure de révocation qui prendra effet un mois plus tard.

On peut comprendre sa colère, voire une certaine méchanceté et se dire que son supérieur eu égard au passé de la capitaine qui lui confie une dernière affaire, tente, pour elle, une sortie honorable. Car, dans la cité du Tonkin à Villeurbanne, on a trouvé dans une valise, le corps d’une femme, du moins certains morceaux. Il manque les bras. Pour retrouver les empreintes digitales, bonjour ! Son supérieur lui confie cette enquête.

Marie se rend sur place et se trouve confrontée à un chien-loup (peut-être le chien de l’assassin) et à un gamin qui semble très au fait de ce drame.

Ce polar est bien mené, happe et accroche. On finit par éprouver de l’empathie pour cette héroïne cabossée par la vie. Marie va-t-elle réussir à faire jaillir la vérité ?

Du rythme, des dialogues parfois caustiques et qui font mouche. Une réussite !

DU THÉ POUR LES FANTÔMES, par Chris Vuklisevik, éditions Denoël

Agonie et Félicité sont jumelles, filles de berger en Provence dans l’arrière-pays niçois. Elles n’ont pas grandi ensemble. C’est la mort brutale de leur mère qui les réunit trente ans plus tard. Elles vont essayer de comprendre pourquoi cette mère a préféré l’une et rejeté l’autre. Félicité se dit passeuse de fantôme. Elle aide les mises au clair à faire lors des décès.

Il leur faut retrouver le spectre de la mère qui se dérobe. On enquête auprès des vivants, des survivants qui leur filent entre les doigts. Cette mère est unique et multiple à la fois, elle offre plusieurs visages.

On en parle une tasse de thé à la main. On remonte le temps, on erre dans ce hameau de Bégounas en Provence.

Tout séparait les jumelles et leur quête pour ouvrir les tiroirs renfermant les secrets de famille leur donne le même élan de sororité.

Une belle écriture, non linéaire, riche de poésie et d’imprévus pour ravauder les impossibles trous dans la toile du temps. On répare, on embellit et la vie peut refleurir.

LA SALAMANDRE DE TRÉVAREZ, par Joël Raguénès, Éditions Calmann-Lévy

C’est d’abord un beau mariage qui unit Louise du Gréco, 17 ans, ce 29 mai 1787 à Antoine Henri d’Amphernet, vicomte de Pontbellanger. Une union qui réjouit le père de Louise, Charles du Bot du Gréco, les dettes seront épongées. 

La nuit de noces et les mois qui suivent les comblent de bonheur. Louise n’imaginait pas une telle félicité, et quand leur vient un charmant bambin, l’année suivante, Antoine est loin d’imaginer que tout va sombrer dans le chaos et le sang. 

Il se persuade que le roi de France parviendra à remettre le royaume debout. En bon aristocrate, il se sent, en quelque sorte, protégé, préservé. Reste que 1789 oblige la famille à fuir à Jersey, mais Louise, la docile, ne suivra pas au nom de la préservation du patrimoine, quitte à faire parfois alliance avec les Républicains, ce qui n’est pas sans risque. Mais elle perçoit les justes causes, les injustices.

C’est là toute l’histoire contée par un auteur passionné d’histoire et qui aime la Bretagne. 

Cette femme a existé. Il a fallu une rencontre au cours d’un salon littéraire pour qu’une descendante de cette noble famille pique sa curiosité et que l’auteur entreprenne une sérieuse enquête.

C’est le livre d’une fougueuse héroïne, intrépide autant que belle et intelligente qui eut la passion de la justice et de la liberté.