Le Bon Sens, par Michel Bernard, éditions La Table Ronde

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Après Le Bon Cœur, relatant avec brio et l’immense talent qu’on lui connaît, l’histoire d’une jeune fille venue de Domremy parce qu’elle se sent investie d’une mission : bouter les Anglais hors de France et faire couronner le gentil Dauphin, Michel Bernard continue en quelque sorte l’Histoire avec ce roman historique, Le Bon Sens.

Nous voici en 1449. Depuis la condamnation injuste, horrible de la Pucelle, Charles VII, personnage insaisissable, décide d’en finir avec les Anglais. Reconquérir le territoire, unir son peuple est sa priorité.

Il a bien conscience que les provinces sont dévastées. Il sait aussi que partout où est passée Jeanne d’Arc, elle a insufflé l’espoir, le courage. Capturée, condamnée pour hérésie, Cauchon, l’abject évêque à la solde de l’ennemi, l’a fait brûler vive à Rouen.

Et lui, le roi, bien fragile, qu’a-t-il fait pour la sauver en 1431 ?

Le temps a fait son œuvre, il fait revoir ce procès. Il y a urgence, la réhabilitation de Jeanne consolidera le royaume. Quel a été le rôle de l’Église, de l’Université ? Une poignée d’hommes l’accompagne dans cette tâche. Jeanne a tant donné et on lui a tout pris…

Les pages de ce roman sont extrêmement intéressantes, touchantes, on voit qui fut ce roi, fils d’un roi fou… Il n’est pas sûr de lui… Y compris dans sa façon de vouloir rendre hommage à Agnès Sorel, qu’il a aimée et qui est figée dans la mort.

Jean Fouquet, peintre, est chargé de fixer le portrait du roi, de le révéler sur une toile qui passerait les siècles. Il avait demandé au peintre de le présenter tel qu’il était aujourd’hui, tel qu’il le voyait, tel que Dieu l’avait fait, tel que la vie et l’histoire l’avaient modelé (…) On verrait un homme, on reconnaîtrait un roi. Dunois, ancien compagnon de Jeanne, est un des intermédiaires.

Revenons à Agnès que le roi, ne peut oublier et qu’il veut faire reine au-delà de la mort. Une mort qui hante Charles VII, la sienne, comme celle de Jeanne.

Ce roman est magnifique. L’écriture juste, belle montre le souci et la quête d’un poignée d’hommes habités par la justice, la vérité. Il en va de l’honneur d’une fille de chez nous qui permet d’approcher un roi, qui à sa manière fut un homme et le roi qu’il espérait devenir.

Il ne le put qu’avec l’aide de Jeanne.

À noter, Le Bon Cœur couronné d’une pluie de prix (France Télévision, Prix Michel Dard, Prix de la Ville d’Arcachon, prix du Roman Historique de Blois) sort en poche.I23719.jpg

 

Carnets de prison, ou L’oubli des rivières, par René Frégni, collection Tracts, éditions Gallimard

 

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Cette collection « Tracts » chez Gallimard n’est pas nouvelle. Dans les années trente, Gide, Jules Romains, Thomas Mann ou Giono s’y étaient risqués. C’est une collection qui fait « entrer les femmes et les hommes de lettres en accueillant des essais en prise avec leur temps mais riches de la distance propre à leur singularité. »

Récemment, Danièle Sallenave a écrit le sien : « Jojo, le gilet jaune », Sylviane Agacinski « L’homme désincarné ».

René Frégni, qui régulièrement anime des ateliers d’écriture aux Baumettes et dont la phrase de Giono lui va si bien : « Nous vivons les mots quand ils sont justes. », nous propose CARNETS DE PRISON ou L’oubli des rivières, car chaque fois, écrit-il, que je franchis les portes blindées d’une prison et que les surveillants fouillent mon cartable, il me semble que j’apporte à ces hommes, mieux qu’un 38 Spécial, une lime ou un téléphone portable.

Son tract, pour l’écrire, il a dû commencer par en chercher la définition et lui sont revenues son enfance, son adolescence, sa jeune vie d’homme, avant de prendre le stylo. Une arme que celui-ci, quand il balance les mots comme autant de balles. Et d’évoquer les tracts distribués dans la rue, collés sur les murs ou offerts aux sorties des usines pour une juste cause, toujours. Et de raconter, les engagements ou la solidarité que ceux-ci invitaient à prendre. C’est le lot de toute vie. Et de se souvenir de son enfance où on l’appelait « quatre yeux » et qu’il avait enterré ses lunettes pour n’être plus moqué… Un certain calme était venu, mais la distance aussi, entre les mots et lui, mots dont il avait tellement besoin et qu’il ira attraper sur les talus dans des livres trouvés de-ci, de-là et qu’il jettera sur des carnets qui ne le quitteront plus. Les mots sont parfois sauvages et terrifiés, parfois doux et affectueux. J’ai essayé de parler de mon travail, si modeste, dans les prisons, du rôle des livres, des mots et de l’amour tout au long de ma vie.

Il faut lire ce tract portant le n° 11 pour ne pas oublier ces âmes enfermées derrière de hauts murs. Qui sommes-nous pour juger ?

René confesse savoir que cette planète est malade… Nous avons oublié que nous étions un morceau vivant de cette planète,  une parcelle de sa peau (…) Je sais ce que je dois aux livres, aux mots et au regard de ma mère (…) Quand je m’assois au bord d’une rivière et que je regarde bondir cette eau vivante sur des galets verts, ocre et bleus, je suis encore heureux (… Qu’avons-nous fait pour avoir oublié que le bonheur est au fond d’une rivière ?

Des pages qui nous secouent avec tendresse, celle de René Frégni. À lire et faire impérativement !

Nuit espagnole, par Adel Abdessemed et Christophe Ono-dit-Biot, éditions Stock

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C’est un livre peu ordinaire et à ne manquer sous aucun prétexte. Il s’inscrit dans la collection initiée par Alina Gurdiel « Ma nuit au musée » Lydie Salvayre s’était offerte à l’idée avec un texte « Marcher jusqu’au soir », Kamel Daoud aussi avec « Le Peintre dévorant la femme ».

Cette fois, ce n’est pas un auteur, mais deux personnages qui, sans comprendre la demande, disent oui et se laissent enfermer une nuit au musée Picasso. C’est le temps d’une exposition hors du commun, « Guernica », mais sans la célèbre toile qui n’a plus le droit de quitter l’Espagne.

Christophe Ono-dit-Biot, journaliste, directeur adjoint de la rédaction du Point, romancier, connu et reconnu (Prix Interallié, Grand Prix de l’Académie Française, Renaudot des lycéens) et Adel Abdessemed, artiste plasticien exposé dans le monde entier ne savent rien de ce qui leur est demandé. Cette nuit au musée, pour Guernica sans Guernica que va-t-elle leur réserver ? Qu’en feront-ils ? L’écrivain sera juste le scribe d’Adel.

Il y a les bouteilles de vin aux étiquettes qui peuvent faire rêver, marcher, fantasmer. Il y a cette interrogation sur la condition d’artiste, son engagement ou pas, ou bien les événements qui conduisent au déclic et révèlent un être.

Pour Picasso en train de brosser Guernica, – au début il ne sait pas ce qu’il va peindre. Une toile engagée ? Non. Juste une idée, le modèle et son peintre… Mais soudain, c’est l’ombre, la nuit, avant l’éclair de Dora Maar et de son objectif.  C’est elle qui pousse Picasso… Et l’on se dit en lisant ses pages : la femme, déjà, la souffrance, la lucidité. La femme-qui-pleure… Les masques tombent… Que fut cette dictature en Espagne ? L’écrivain interroge, veut comprendre. L’artiste dessine jusqu’au bout de la nuit… dans le noir, éclairé d’une lampe torche, semblable à celle des interrogatoires. Car il sait d’où il vient, ce qu’il a vécu en Algérie, sa fuite… Les années terribles de son pays… Comment un artiste, entièrement donné à l’art pouvait-il exister s’il osait représenter le nu ? Et l’on joue sur les mots, on les découpe, on les dissèque Guernica devient Guerre Nika, la guerre gagne et c’est contre cela qu’il faut se battre. Adel sait de quoi il parle…

Je ne vais pas tout révéler… Mais la fin de l’ouvrage vaut son pesant d’or… Les remerciements en fin d’ouvrage en témoignent…

Quand le jour se lève… Le directeur découvre les murs du musée Picasso bien différents. Pas rancunier, sans doute ébloui, il garde sur l’un des murs, la trace du passage de l’artiste et de son scribe. Sans doute s’est-il rangé à l’idée que les mots (on le savait) et l’art, (toujours à redécouvrir) sont le seul rempart à la barbarie ?

Pour nous lectrices et lecteurs, il y a ce livre écrit, ponctué des œuvres d’Adel, toutes ont été dessinées pendant cette Nuit espagnole.

 

La femme au chien jaune, par Alixe Sylvestre, éditions ETT/ Territoires Témoins

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Voici l’histoire d’Irène, jeune retraitée de l’enseignement, mariée à Richard et mère de deux jeunes étudiants. Son couple bat de l’aile et elle, la trop sage, veut comprendre le pourquoi du comment.

En promenant son chien Icare, elle réfléchit. Ses amies lui conseillent de consulter un psy. Que doit-elle faire ? Reconquérir un mari qui aime les brocantes, mais sans elle ? Il s’est lancé dans des sculptures sur bois et expose, alors qu’elle écrit… Des haïkus qui permettent en trois ou quatre lignes poétiques de traduire des sentiments qui hélas semblent s’être envolés.

Les deux psys l’invitent à penser à elle… Elle n’osera jamais. Elle traîne une vieille culpabilité. Ces choses-là ne se font pas. Et voici qu’au retour d’un séjour artistique, elle trouve la maison vide. Richard est à l’atelier, et pas seul… Avec une de ses amies…

L’auteure nous montre le quotidien d’une bourgade située sur les bords du canal, on entend les cancans, la boulangère qui colporte les ragots. Mais Irène ne va pas se laisser faire. C’est le combat d’une femme qui trouve son énergie, ose, s’affranchit et a le courage de rompre les amarres…

De beaux portraits sont brossés, dont celui de Christophe sur une péniche et qui semble l’attendre et l’aider à renaître. Lui aussi a le cœur en lambeaux.

Alixe a l’art et la manière d’ausculter les sentiments de tout un chacun et ses tableaux nous interpellent, parlent de nous. Qu’est-ce que la vie, qu’est-ce l’amour ? Qu’est-ce qu’un couple ? Faut-il oser braver les conventions ? Jusqu’où le sacrifice ? Le chien jaune, lui sait tout cela et se tait. Il accompagne les chagrins et les joies et doit se réjouir de la naissance de Reine Sanzi… (le I d’Irène disparaît) et l’écriture qui sauve s’en empare pour notre plus grand bonheur.

Du Nord-Est au Canal du Midi, le beau voyage nous réjouit.

Ne ratez pas cette lecture !

• L’enfant des terres de cendres, par Christine Bonnard, éditions l’Armançon, •Le chat des ombres, par Christine Bonnard, éditions Coxigrue

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Il est des rencontres d’auteures qui suscitent le désir de les lire. Ce fut le cas récemment en Haute Saône avec Christine Bonnard, venue du Morvan où elle s’est établie avec un certain bonheur et où les paysages semblent jouer chez elle un rôle important. Elle y campe des histoires parfois tourmentées.

Des histoires de femmes, fragiles et fortes à la fois qui bousculent la vie pour un mieux-être. L’enfant des terres de cendres nous conte l’histoire de Cybèle à Cortevaux dans le Morvan. Une enfant à qui on n’a pas révélé les circonstances dramatiques de sa naissance. C’est Alyse qui s’occupe d’elle, Alyse qui tient à bras le corps ce bout de terre survivant à une catastrophe sans précédent. Christine serait-elle visionnaire ? Le climat, la folie des hommes ont tout bouleversé sur terre. On ne sait rien de ce qui se vit à Paris ou ailleurs. Une effroyable tempête, des usines chahutées, une pluie cendrée pendant des jours et des jours interdit la venue du soleil et la vision d’un ciel purifié. Il faut vivre autrement, s’habituer aux chiens qui naissent sans queue, aux poussins à quatre pattes. Et parmi cette désolation, cette gamine, l’espoir des jours meilleurs quand les secrets seront révélés.

L’autre livre de Christine, c’est Le chat des ombres… Là encore, l’histoire d’une jeune femme que la vie n’a pas épargnée et qui se remet difficilement du drame qui l’a frappée. Un viol, un procès et le début d’une reconstruction dans le village qui fut celui de sa mère. Une mère qui a nourri l’enfant en oubliant l’essentiel, lui donner l’amour ? Qui fut cette femme ? Pourquoi a-t-elle quitté le Morvan pour Paris en disant qu’elle n’a jamais eu de père, de grand-père et encore moins de mari ?

Dans la vieille maison de famille, un mystérieux chat s’invite et conduit Fanette à une ferme abandonnée où survit une Vieille.

Un récit onirique, tel un conte, pour conduire le lecteur à s’interroger, à sonder les âmes qui posent parfois des couvercles sur l’essentiel et l’origine.

La plume de Christine nous emporte dans les futaies, les taillis, les ronces et les épines qui sans doute abritent les fleurs de vérité qu’il faut oser cueillir pour affronter un avenir libéré et serein.

Une jolie plume qu’il est bon de faire connaître.

 

 

 

Petits meurtres au Caire, (une enquête du commissaire aux morts étranges) par Olivier Barde-Cabuçon, éditions Actes Sud, collection Actes Noirs

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J’aime être surprise, rencontrer des auteurs encore inconnus à l’occasion d’une manifestation littéraire. Ce fut le cas à Gray (Au Gray des mots…)

Bien que je ne sois pas inféodée à la lecture de romans policiers, mais cela arrive cependant, il y a eu la découverte d’un « commissaire aux morts étranges »… Une série policière publiée chez Actes Sud, collection Actes Noirs comme il se doit, écrite par Olivier Barde-Cabuçon, dont les intrigues emportent un moine hérétique et son fils le chevalier de Volnay du dix-huitième siècle un peu partout. Ils sont français, ont le goût du voyage et le talent pour démêler des situations étranges, rocambolesques qui sans eux ne trouveraient pas le mot fin et justice. Après une affaire les ayant retenus à Venise, voici notre duo en Égypte après avoir été coursés par un navire barbaresque depuis Venise. Le commissaire et son père font naufrage et sont séparés. Le père est prisonnier sur l’île de la Calypso et le fils emmené comme esclave au Caire dans une demeure sur laquelle règne une princesse mamelouke qui vénère les dieux anciens. Ses suivantes sont des filles étranges, mais auxquelles il ne fait pas bon résister.

Évidemment dans cette belle demeure, on découvre deux cadavres. Un homme et une femme. Deux amants étendus sur leur couche. Épectase, assassinats ou suicides ? Le talent de nos deux héros qu’on va réunir sera nécessaire.

Ce qu’on aime dans ce roman savoureux, c’est l’ambiance. Cette ville du Caire au dix-huitième siècle, ses couleurs, ses odeurs. C’est le charme de l’ailleurs, l’Égypte ancienne aspirée par la modernité, les parfums des Mille et une Nuits dont sont imprégnés certains personnages mais qui ont entendu parler de Versailles et de ses ors.

Un roman érudit, foisonnant, qu’on ne lâche pas. La belle écriture de l’auteur ajoute au charme de l’époque et des lieux. Le romancier donne une vraie place aux femmes qui, loin de la soumission, sont maîtresses de leur destin.

À ne pas manquer… On attend la prochaine enquête du commissaire aux morts étranges.

Chroniques cinématographiques, par Bernard de Fallois, préface de Philippe d’Hugues, éditions de Fallois

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En 1959, l’hebdomadaire Arts demande à Gérard Cortade de tenir la chronique cinématographie. Le magazine est à cette époque dirigé par Jacques Laurent. De ce magazine, le critique passera auNouveau Candide pour effectuer le même travail. D’autres collaborations avaient déjà eu lieu pour d’autres titres.

Mais qui est ce critique qui jugent, analysent tout d’un film, tant sa composition, que le sujet, le rôle des acteurs et jusqu’à la musique ? L’exercice est périlleux quand chaque semaine il faut trouver un nouveau film. Gérard Cortade semble s’amuser et marcher dans les pas de François Truffaut qui s’en était donné à cœur joie dans l’exercice au risque de se brouiller avec bon nombres d’artistes.

Pouvait-on laisser dormir sur des feuilles de papier imprimé ces chroniques qui vont de Bergman à Hitchcock en passant par Fellini, Buñuel, René Clair ou Jacques Tati ? C’était une époque riche. On dit aujourd’hui que le cinéma vivait son âge d’or. Relire ces chroniques, c’est dérouler l’écran, se projeter sur la toile, se laisser bercer, frissonner, s’émerveiller. On voit les étoiles briller au firmament de ce septième art. Celles qui enchantent, celles qui déclinent. On sourit à certains costumes, les modes vont et viennent. Et surtout, on lit le critique qui s’amuse et n’hésite pas à critiquer cette Nouvelle vague du cinéma.

Il épingle Truffaut et raille Resnais lorsque sort L’Année dernière à Marienbad, il n’hésite pas à écrire : Le sapeur Camembert a écrit le scénario, le savant Cosinus l’a mis en scène.

Ceci étant dit lorsque Truffaut sort Jules et Jim, Gérard Cortade est aux aguets, il peut même écrire :C’est le premier film attachant de la Nouvelle Vague. Il va plus loin ajoutant que le cinéaste a fait des progrès. Désormais il faudra compter avec lui.  Un peu plus tard, il écrira : C’est Truffaut le meilleur. Le chemin de ce nouveau cinéma s’écrit. Une place se dessine. Godard sera vu, critiqué, apprécié. Et il sera celui qui osera défendre Claude Autant-Lara.

Philippe d’Hugues a écrit la savoureuse préface de ce recueil de Chroniques cinématographiques qui en compte cent cinquante. Une époque où le cinéma d’auteur jouissait d’une grande liberté car l’industrie ne l’avait pas encore dévoré…

Et quand je vous aurai dit que Gérard Cortade (nom d’un héros d’un roman de Brasillach) n’est autre que Bernard de Fallois, le grand proustien, l’éditeur, vous n’aurez qu’une envie, plonger dans cet ouvrage pour savoir les pensées de l’auteur qui estimait que La Dolce Vita aurait pu s’appeler Les nuits de Marcello.

Paris sous la Terreur, par Évelyne Lever, éditions Fayard

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Évelyne Lever est, comme chacun sait, historienne, spécialiste de l’Ancien Régime. Pourtant, elle vient de publier Paris sous la Terreur, une façon de mettre fin à une époque qui s’achevait avec la Révolution, dont elle confie qu’elle ne lui est pas aussi familière que cet Ancien Régime.

Il faut beaucoup de talent, doublé d’une écriture élégante pour relater les événements qui ont suivi la prise de la Bastille en 1789.

On voit naître une constitution balbutiante. Tant de doutes, de luttes fratricides pour le pouvoir, tant de dénonciations, d’arrestations, d’exécutions, de sang inutilement versé. Sort-on grandi de massacres organisés et encouragés par les élites ?

L’auteure montre ces jours d’août 1793 et septembre 1793. On entrait dans les prisons, dans les couvents, les sabres coupaient, les marteaux frappaient. Les corps étaient démembrés. La foule exultait.

La Terreur fera sans doute plus de 200 000 morts. C’est énorme et dans des conditions horribles. On peut s’interroger, le peuple avait-il besoin de tant de maux ? De quoi voulait-on s’affranchir ?

Sous la plume de l’auteure, on assiste à la chute de la monarchie. Le pays est encore très catholique. Toucher au roi, c’est quelque part toucher Dieu… Les révolutionnaires veulent en découdre avec la pratique religieuse, ils changeront le calendrier, les noms de rues. Du passé faisons table rase, soyons libres, expéditifs… C’est ce qui se passe, des simulacres de procès où la condamnation est déjà décidée, notamment la mort du roi…

L’auteure pointe les hésitations, les doutes. Et ces ténors de la Révolutions que sont les Robespierre, Danton, Marat (un presque saint laïc) car le voici assassiné par Charlotte de Corday arrière, arrière-petite-fille de Pierre Corneille. On voit la mort du roi, on voit Marie-Antoinette être conduite à la Conciergerie comme une moins que rien. Le peuple se réconforte en chantant Ah, ça ira, ou encore le chant des Marseillais, mais le peuple a surtout faim et réclame toujours du pain, du pain. Girondins, Sans-culottes, se déchirent, les ténors aussi. Saint-Just prononcera devant la Convention le discours fondateur de la Terreur. « La République ne sera fondée que quand la volonté du souverain –le peuple– comprimera la minorité monarchique et règnera sur elle par droit de conquête, clame-t-il. « Vous avez à punir non seulement les traîtres, mais les indifférents mêmes, à punir quiconque est passif dans la République car, depuis que le peuple français a manifesté sa volonté, tout ce qui est hors le souverain est ennemi. »

Le mérite de l’ouvrage est d’être vrai. À la fin de l’ouvrage, l’auteure donne « des nouvelles » des acteurs de cette Révolution et de la Terreur. Que sont-ils devenus ? Elle n’oublie pas les femmes qui se sont engagées dans l’histoire, Madame Roland par exemple ou celle qui signait Rosalie Jullien.

Un ouvrage de référence qu’il faut garder sous le coude et dans lequel on peut plonger pour comprendre très précisément une époque troublée et troublante. On peut s’interroger en regardant l’état du monde aujourd’hui… La Révolution a fait des petits. On regardait la France à l’époque. Mais est-ce que la liberté a besoin d’autant de sang versé pour être ?

Monologues de l’attente, par Hélène Bonnaud, éditions JC Lattès

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Hélène Bonnaud, psychanalyste, a déjà publié deux ouvrages psy… Monologues de l’attente, toujours dans le même registre, donne à voir sept personnages hommes et femmes attendant leur séance avec leur analyste. La salle d’attente est le lieu où l’on met en forme ce qui sera énoncé sur le divan. Le lieu où la réflexion s’élabore, la pensée se libère.

Il y a le questionnement. Pourquoi suis-je ici ? Qu’attends-je ?

Chacun espère un bienfait. On ne pousse pas la porte de l’analyste pour boire une tasse de thé. Il y a une raison. Un désir de mieux de se connaître, d’apprendre à vivre avec une certaine angoisse, névrose, ou un mal être qui est un frein à ce qu’on pourrait appeler le bonheur.

Comment évaluer ce temps d’attente ? Comment ordonner ses pensées dans cette antichambre du conscient épousant l’inconscient ? Nous entrons dans l’intimité de chacune et chacun. Pour l’un, il est important de savoir pourquoi une mère lui a préféré son frère. Pour une autre, qui a besoin de ses rendez-vous et les redoute –serait-ce la raison de ses retards ? Il faut démêler une vie compliquée… L’amour ou une fin d’amour avec un mari où l’habitude a pu tuer les grands élans… Un autre homme ne supporte pas d’attendre et rend bien compte des sentiments ambigus avec l’analyste qu’on peut apprécier et détester quand le silence unit ou désunit analyste et patient.

Et ce cri entendu ? Est-ce dans la tête de la personne qui attend depuis si longtemps que la porte s’ouvre ? Et s’il était vrai ? Une hallucination ? Comme celle d’un homme qui a fait un épouvantable cauchemar la veille ? Les rêves s’analysent… On note sur des petits carnets qu’on glisse dans les poches… Mais parfois tout tombe à terre, acte manqué ?

Les sept récits se suivent avec parfois des notes de bas de page faisant référence à Freud ou à Lacan… Il faut être intéressé par la psychanalyse pour entrer dans ce genre d’ouvrage. On découvre des personnages qui peuvent toutefois éclairer chaque vie, en tout cas, permettre une réflexion.

Comme Les Monologues du vagin, ces Monologues de l’attente pourraient faire l’objet d’une adaptation théâtrale.

Mort sur le gril, par Vanessa Barrot et Noël Balen, collection Crimes Gourmands, éditions Fayard

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Noël Balen a écrit avec Jean-Pierre Alaux la série de polars Le sang de la vigne qui fait encore les beaux jours de la télé avec Pierre Arditi. Après le vin, pourquoi ne pas imaginer d’autres polars ?

Noël Balen, écrivain et musicien s’est associé à Vanessa Barrot, avocate d’affaires, très friande des saveurs du palais pour conter des crimes gourmands. Voici donc depuis quelques temps que fleurissent des ouvrages qui aiguisent nos papilles et excitent notre goût du mystère.

Dans la collection Crimes gourmands qui compte déjà cinq titres, Laure Grenadier est rédactrice en chef du magazine Plaisirs de table et compagnonne avec Paco, son photographe quand il s’agit de réaliser des reportages…

Mort sur le gril, c’est la tragique histoire de Ghislain Bergeton, un critique culinaire réputé, brillant, craint par toute une génération de cuisiniers. Mais il a choisi de se retirer dans le Vaucluse. À 80 ans, il est temps de livrer ses mémoires.

Laure l’a toujours admiré et quand elle apprend sa mort. Elle sait qu’il faut aller à ses funérailles. D’autant plus qu’elle découvre qu’il a été assassiné et d’une manière abjecte, cruelle. Pourquoi ?

Paco vient à la rescousse et, au diable les scellés posés sur la maison de la victime, elle entre par une porte dérobée, découvre sa bibliothèque, les fiches qu’il rédigeait. Intuition toute féminine, elle sera très vite sur la piste de l’assassin.

Le lecteur fait donc connaissance avec son mentor, Ghislain et s’interroge sur les raisons vraies d’un tel meurtre. Et pour compliquer l’affaire, voici qu’une jeune vigneronne, qui allait fêter ses trente ans, est victime d’un étrange accident.

Les auteurs s’y connaissent pour truffer l’histoire de mystère (nous ne sommes pas loin de célèbres truffières), glisser le suspense aux paysages ensoleillés, mêler les saveurs de la Provence au frisson. Le mont Ventoux n’est pas loin. Apt-en-Provence s’offre et l’on espère que le Luberon lèvera le voile qui obscurcit tout paysage dont il a le secret.

Laure en fière et audacieuse justicière entend bien découvrir la vérité, avant les enquêteurs locaux.