Génération Denim, par Dato Tourachvili, traduction du géorgien par Alexander Bainbridge, éditions Robert Laffont, collection La Bête Noire

Dato Tourachvili est l’un des auteurs les plus distingués et les plus lus en Géorgie. Très jeune, pendant ses études, il fut un insurgé et le chef d’un groupe d’étudiants non conformistes. Son rôle a été important dans la transformation historique de la Géorgie en pays indépendant (aujourd’hui la Géorgie est bien malmenée sous Poutine). Les ouvrages de l’auteur sont toujours basés sur l’histoire avec un grand H qu’il analyse avec précision.

Ce qu’il évoque avec Génération Denim se passe en 1983. Un événement qui a bouleversé le monde entier. À cette époque, il est interdit de porter un jean. C’est le symbole lié aux États-Unis, ennemi juré du pouvoir soviétique. 

Et voici donc l’histoire vraie (l’auteur publie leurs photos à la fin de l’ouvrage) de sept étudiants, dont un acteur connu de la jeunesse. Ces jeunes n’en peuvent plus du joug soviétique… Alors, vêtus d’un jean, ils ont le projet de détourner un avion pour partir à l’Ouest, où la liberté existe.

Le projet échoue et le gouvernement va les condamner à mort. On les fera passer pour des terroristes. Ils ne rêvaient que de liberté et d’amour…

L’auteur retrace leur histoire avec une précision à couper le souffle. Les parents ne sauront même pas où et quand ils auront été exécutés. Mais ils recevront la facture : trois roubles à régler à l’État. Le prix de la balle qui les a fait passer de vie à trépas. Pour le jeune acteur, ce sera six roubles. Le bourreau a vu son arme s’enrayer, il a dû s’y reprendre, recharger son arme.

Un ouvrage bouleversant qui n’est pas sans faire penser au terrible régime de Poutine qui se plaît à dire que, l’Occident à la solde des États-Unis, veut détruire la Russie.

À lire !

Le sentier des âmes, par Jean-Guy Soumy, éditions Presses de la Cité

Terence revient à Entrève, village situé au pied du Mont-Blanc. Il vient de passer quelques années dans l’armée de Napoléon, en tant que peintre paysagiste après avoir étudié à Grenoble puis Paris.

Entrève est plongé dans un étrange silence et le moulin de son père semble être au repos. Il voit pourtant sa sœur Hélène poursuivre en silence les gestes du père, faire en sorte que la meule immense pierre plate soit prête à fonctionner et à moudre le grain. Mais la roue sous l’action de l’eau ne tourne plus. Il n’y a plus d’eau. Personne ne comprend et le père de Terence, accablé, allongé sur sa couche peu avant de mourir, fait promettre à son fils d’aller jusqu’à la source et d’éclaircir ce mystère. Ce que va faire Terence guidé par Jacques un ami d’enfance qui vit loin de tous pour échapper à la conscription.

L’ascension juqu’à la source de la rivière est dangereuse. Que d’épreuves pour arriver à Utique, un village coupé du monde !

En ce lieu, on croit aux forces de la nature prisonnière d’esprits mauvais qu’il faut chasser. Terence est perplexe, mais il comprendra le secret des lieux et surtout ce chemin d’épreuves. 

Ce sentier des âmes débouchera sur un secret, sur le pourquoi de la rivière captive et sur la rencontre avec une jeune femme merveilleuse.

Ce beau roman qu’on peut qualifier d’initiatique est tantôt écrit au Je quand Terence tente de réfléchir aux lieux ou d’analyser ses semblables et ses propres sentiments. Puis tel un peintre, des chapitres à la troisième personne décrivent les lieux et les personnages annexes.

La nature dans ce roman est un personnage à part entière et la belle plume de Jean-Guy Soumy captive lectrices et lecteurs.

Un sentier qu’on veut emprunter pour relire La Divine Comédie de Dante, présente ici avec Béatrice, l’amoureuse de Terence… C’est tout simplement magnifique. Du grand art !

Dernière nuit à Soho, par Fiona Mozley, traduction de l’anglais par Laetitia Devaux, éditions Joëlle Losfeld

C’est le deuxième roman de l’auteure… Elle plante le décor à Soho.  Un quartier populaire de Londres qui connut bien des affres pendant la guerre de 39/45.

Agatha, riche héritière qui possède plusieurs immeubles, décide de faire expulser les locataires, car elle veut « gentrifier » ce quartier. Ouvrir des restaurants de renom, rénover et offrir de luxueux appartements… Elle commence par augmenter considérablement les loyers. Son idée ne fait pas que des heureux, on s’en doute. Soho est le lieu des petites gens, des travailleuses du sexe depuis toujours. 

On voit Precious qui habite les combles de l’un de ces immeubles. Elle vit avec Tabitha, au-dessus du bordel où elle travaille. Il y a Robert, homme de main, proche du père d’Agatha, client des lieux. On peut aussi croiser Lorenzo, un Cambodgien devenu acteur, un couple de SDF, sans oublier une policière qui enquête sur les personnes disparues et les réseaux de trafic sexuel… On se rencontre et finalement, on fait partie de la trame de Soho… presqu’avec fierté.

Agatha tient à son projet, et naturellement, elle va rencontrer bien des oppositions. Soho doit garder son âme et non se transformer en quartier bourgeois clament les habitants.

La peinture sociale des lieux est juste. La vie foisonne. Le style est vif, enjoué. C’est drôle parfois excessif, notamment ce qui touche au sexe. Un peu de retenue n’aurait en rien changé l’histoire tissée de drame comme de burlesque, au contraire. 

Cette auteure est une voix nouvelle dans la littérature anglaise. À suivre !

Mortelle Mascarade, par Verity Bright, traduit de l’anglais par Karine Xaragal, éditions City

Un couple sous le nom de Verity Bright a créé le personnage de Lady Eleanor Swift à qui il arrive des aventures qui peuvent mettre sa vie en danger. Mais Lady Eleanor Swift avec son flegme tout british s’est déjà tirée de situations scabreuses dans le premier tome. Avec Meurtre à l’anglaise, on l’a vue prendre son thé en Chine. Elle a croisé des alligators au Pérou et a réussi, mais à quel prix, à échapper à des bandits en Perse… Dernière aventure de ce 1er tome la voici en Angleterre pour une cause qui va bien arranger ses affaires, puisque son oncle a pris soin de la coucher sur son testament… Une vie rangée, tranquille ! Que non… J’en avais parlé et avais dit que l’histoire nous emportait. 

Voici donc Mortelle Mascarade qui place notre Lady dans un bal masqué. Le beau Lancelot l’y a invitée… Mais au sein de cette belle société grimée, masquée, elle a perdu son cavalier, elle va le retrouver, mais dans une pause qui donne à penser que des événements graves se sont déroulés. Il est en effet debout et brandit un chandelier en argent au-dessus d’un cadavre. Dans la pièce on peut remarquer un coffre-fort ouvert et vide… Pour la police, le doute n’est pas possible. Le beau Lancelot est le coupable. Il a tué pour voler. 

L’histoire, bien évidemment, ne va pas s’arrêter là. Ce serait un peu rapide et sans grand suspense. Notre Lady est persuadée que Lancelot est innocent et elle entend bien le prouver.

La voici lancée dans une enquête un peu compliquée, aidée par Clifford, son majordome et quelques amis étranges de Lancelot, adeptes de la conduite rapide et des verres qu’on vide cul sec. La police ne voit pas d’un bon œil cette association d’enquêteurs qui marche dans ses pas. Ce qui est mis au jour, c’est que le tonton dont elle a hérité, a aussi emprunté quelques sentiers de traverse, avec Clifford, le majordome.

Lady Eleanor Swift ne serait-elle pas un peu trop sûre d’elle dans cette enquête ? Se rend-elle compte des dangers qu’elle court ?

L’enquête est délicieuse, très british et bien rythmée. On attend la suite avec impatience.

Ce que nous désirons le plus, par Caroline Laurent, éditions Les Escales

C’est un livre vérité, bouleversant qui ausculte l’âme, le pourquoi du comment. Qu’est-ce que l’amitié ? Au nom de celle-ci, que faut-il dire, révéler à la personne dont on est proche, si proche que l’on a écrit avec elle ?

Caroline Laurent et Évelyne Pisier avaient livré Et soudain la liberté, ouvrage remarqué, salué, lauréat du Prix Marguerite Duras, du Grand Prix des Lycéennes de Elle et du prix Première Plume… Évelyne Pisier était l’épouse d’Olivier Duhamel, professeur en politique. Cet homme est celui qui a abusé de son beau-fils. Personne n’a oublié le choc de cette révélation quand Camille Kouchner a publié Familia Grande. Livre dénonçant l’inceste et les abus sexuels dont il s’était rendu coupable. Évelyne Pisier savait, mais protégeait son mari. Et le fils, alors ? Beaucoup savaient dans l’entourage, mais le silence est d’or en certains milieux. Ces choses-là n’ont lieu que chez les gens de peu, n’est-ce pas ?

Caroline Laurent reste sous le choc. Elle est anéantie. La terre s’ouvre…

La sidération, l’incompréhension l’empoignent. Comment a-t-elle pu être au plus près d’Évelyne qui savait et se taisait ? Caroline Laurent veut comprendre l’inimaginable. Elle n’a pas les clés et il lui semble que seule l’écriture, les mots vont lui permettre de disséquer cette horreur. Elle n’élude rien, se sent coupable. Mais est-on coupable de ce que l’on ignore ? 

Alors elle creuse, fouine, explore. Les mots dansent, curieusement parfois. Que fut cette relation avec cette vieille dame (aujourd’hui disparue) ? Elle en appelle à quelques ami(e)s, auteur(e)s. On lui affirme qu’elle l’aimait. Mais ce n’est pas suffisant.

Dans ce texte poignant, on perçoit ce que l’acte d’écrire peut apporter, comment il permet à la vérité, du moins celle de l’auteure, d’être une aide. On cherche le mot juste, on le traque, on le débusque, parfois avec violence pour se reconstruire, et il se peut qu’il devienne caresse et apaise.

Un texte majeur, à ne pas manquer.

Bravo à l’auteure dont nous espérons toutes et tous qu’elle ne lâchera jamais la plume.

L’Archipel des oubliés, par Nicolas Beuglet, éditions XO

Nicolas Beuglet a réuni deux enquêtrices, apparues l’une dans Dernier Message et l’autre dans L’Île du diable. L’auteur savait qu’il les réunirait pour clore ce qu’il appelle sa trilogie… Il aime les fins ouvertes. 

A priori, ces deux femmes différentes, l’une, Sarah la Norvégienne est une jeune femme déterminée, mais très froide et l’autre, Grace, l’Écossaise est plutôt en rondeurs à tout point de vue –caractère riche d’humanité– n’ont rien en commun. Très vite, on comprend les fêlures de Grace. Mais ces enquêtrices vont s’entendre, car elles poursuivent le même but : en découdre avec une organisation qui fait se dresser les cheveux sur la tête. Olympe poursuit un but précis, mettre la main sur l’intelligence des humains afin de changer la civilisation, non pour l’élever, on va le comprendre très vite, mais pour dominer. Qui dirige Olympe ? On l’appelle Le Passager sans visage et nos deux enquêtrices ont déjà leur petite idée sur ce dangereux personnage.

(Je précise que si on n’a pas lu les romans précédents, on comprend cet ouvrage et il captive, je n’ai pas dormi cette nuit pour savoir la fin.)

Ce Passager, être abject, est intéressé par l’âme des morts qu’il veut capter pour continuer à les faire agir. (Clin d’œil aux travaux d’Edison). Au début, nos enquêtrices ne le savent pas. Elles sont non loin de Glasgow, et elles doivent s’adapter l’une à l’autre. Grace a malencontreusement fait échouer l’arrestation d’un homme clé dans un train. Sarah semble lui en vouloir. Grace, le bras dans le plâtre s’explique. Elle n’avait pas le choix. 

Les voici près d’une demeure apparemment abandonnée où vit une jeune veuve éplorée…, sans aucun contact avec le monde, ses courses lui sont livrées. Elle accepte de faire visiter sa maison…(on tremble à chaque porte). Le téléphone des enquêtrices les a menées là. Mais apparemment elles ne trouvent rien. Il faut revenir mettre en confiance cette jeune femme qui dit s’appeler Miss Ferguson… Il faut tout le talent et la perspicacité des deux enquêtrices pour découvrir la folie de cette femme qui, dans le passé, a assassiné ses parents. Elle s’appelle en fait Emily Abercamp. Sortie de l’asile psychiatrique avec la complaisance d’un médecin, elle se raconte. 

Elle était si heureuse avec Thomas qu’elle venait d’épouser et aimait tant l’enfant qu’il avait. On allait fêter son anniversaire… Impossible de vous en révéler davantage. Plus la confession de la jeune veuve avance au cours d’une nuit balayée des vents orageux, plus l’angoisse monte… Nos deux enquêtrices touchent-elles au but ?

On aime les références de l’auteur à Bernanos, on aime la fragilité de Grace. Cette enquête, où l’on découvre la mort d’un enfant, n’est pas sans remuer son passé au point de presque lui faire perdre pied. Et quand on découvre ce que cette organisation Olympe a comme projets de soumettre le monde entier, le sang se glace. Qu’est-ce qui peut sauver l’être humain face aux robots ? La foi, les croyances, les textes ?

Cette enquête trouve son achèvement après bien des péripéties, mais on s’interroge, Grace et Sarah reviendront-elles unir leur talent pour les justes et bonnes causes ?

La petite bibliothèque de l’espoir, par Kate Thompson, traduit de l’anglais par Maryline Beuglet, éditions City

Il a fallu une sacrée force de caractère à Clara pour tenir dans le métro de Londres une bibliothèque. Le métro rassemblait une multitude de personnes dont certaines avaient perdu leur logement pendant les bombardements. 

Alors l’idée de la bibliothèque, y compris avec un département jeunesse, trouva sa place sous terre et devint ce lieu de vie, de rêve, de rencontres aussi. On trouvait certes de quoi s’évader, mais on parlait littérature, ce qu’on avait ressenti à la lecture et on buvait une infusion, un thé ou un gin. Parfois des bonbons circulaient. Clara se réjouissait de donner du bonheur au fil des pages.

Les livres rassurent, embellissent toute vie et une bibliothèque qui les rassemble est ce lieu magique du bonheur retrouvé pendant la guerre. Ce lieu où l’on peut espérer la paix.

Si la vie de Kate est parfois ombrée de larmes, elle évite de pleurer dans ce lieu. Elle pleure ailleurs quand elle est seule.

Elle sait qu’elle apporte un peu de joie, mais elle reçoit beaucoup, dit-elle. « Quand vous êtes bibliothécaire, les gens vous font confiance, ils baissent la garde. Nous sommes des travailleurs sociaux, des oreilles attentives, des confidents ». 
Dans ce métro aménagé en lieu de vie, des rencontres se font qui s’achèvent parfois par un mariage. La vie palpite. Rien n’est jamais vraiment fini. Et si un enfant n’aime pas lire rappelle l’ouvrage, c’est tout simplement qu’il n’a pas encore trouvé l’ouvrage qui lui correspond.

Ce roman est inspiré d’une histoire vraie. Il n’en a que plus de prix, celui de la liberté toujours à venir, car c’est bien connu, lire est une porte ouverte.

C’est le monde à l’envers, par Nicolas Vanier, éditions XO

On connaît les pistes de réflexion de Nicolas Vanier. Grand voyageur, écrivain, réalisateur et en même temps ambassadeur de la nature.

La nature, son devenir et par conséquent celui de la faune et la flore et celui de l’humanité le hantent. 

Alors que nous vivions, en cet année 2022, un été à nul autre pareil, son roman C’est le monde à l’envers, était sous presse. Il avait imaginé une épouvantable canicule s’abattant sur tout le pays. Des conditions faisant tout basculer. Plus d’électricité, plus d’eau, plus aucune communication et une température à plus de 40° nuit et jour. La panique a gagné les marchés financiers et jette les familles sur les routes. Un exode géant. Les bombes sont ce soleil écrasant.

Dans ce paysage proche de l’apocalypse, voici Stanislas et Sophie et leur fils Jonathan. Stanislas est trader et l’argent ne manque pas. Mais que vaut l’argent quand tout est virtuel, en ligne ? Il y a bien la bonne, une jeune femme philippine et surtout, non loin du bel immeuble, Dédé, le SDF poète qui, de rien fait un tout, avec astuce et bon sens. Et justement, Dédé fabrique des vélos avec des matériaux de récupération. 

C’est alors que Sophie, au lieu de penser à ses tenues chics, au coiffeur, s’adapte. Elle sait que Stan a investi et vient d’acheter des fermes dans le Morvan. On peut s’y rendre. Au moins, il y aura de l’eau dans quelques ruisseaux, de la nourriture. Pour ce faire, Dédé offre ses vélos. Les bagages sont faits… La nourriture est volée en cours de route, mais pas les lingots. Ouf ! 

La famille arrive chez les Bouillot à la ferme du Chien-Rouge…

D’abord, nos égarés sont mal accueillis par les fermiers, puisque cette famille n’a pas touché l’argent de la vente. L’ancêtre veut les chasser… Peu à peu la situation s’améliore. Il faut s’adapter… et petit miracle, on parvient presque à vivre ensemble… en redécouvrant les gestes d’autrefois.

Que faut-il pour être heureux ? 

Dame nature est là, qu’il faut respecter, et peut se venger, si on la brusque ?

C’est un roman en forme de fable qui en dit long sur notre monde. Nicolas Vanier portera à l’écran son histoire. Réussira-t-il à faire changer les mentalités, à insuffler un peu de bon sens et de sagesse ?

Le constat est là… Fasse les cieux qu’il ne soit pas trop tard !

Angélique, par Guillaume Musso, éditions Calmann-Lévy

Alors qu’il est hospitalisé après un malaise cardiaque sérieux, Mathias Taillefer reprend conscience en entendant un morceau de Schubert au violoncelle. Près de son lit, une toute jeune fille, Louise dix-sept ans. Elle dit faire partie d’une association du genre musique à l’hôpital et vient pour le bien-être des patients. Or, Mathias, à part un bon sandwich, n’a aucun besoin de cette musique, se montre désagréable et veut qu’elle quitte les lieux.

Louise est obstinée. Elle sait qu’il est un ancien flic et lui demande de l’aider à enquêter sur la mort de sa mère, la danseuse Stella Petrenko. Louise est persuadée qu’elle n’est pas tombée accidentellement du cinquième étage dans le 7ème arrondissement à Paris.

Mathias n’est pas enthousiaste. Pourtant, il va commencer à chercher. Et ce qu’il découvre c’est que, dans le même immeuble, un artiste peintre d’origine italienne est lui aussi mort à peu de temps d’intervalle. L’artiste est mort frappé par la Covid (nous sommes en 2021). Tous deux connaissaient la même infirmière Angélique, la remplaçante en ce mois d’août… 

Mais tout se complique, de découverte en découverte, de zone lumineuse en zone d’ombre, les rebondissements sont nombreux et les véritables personnages se révèlent. Rien n’est simple et on se demande où Guillaume Musso nous entraîne. Lui sait, mais on ne peut que s’accrocher à sa plume pour savoir. Impossible de lâcher ce roman.

De Paris à Venise en passant par les États-Unis, de la musique à la peinture, le tout saupoudré d’un zeste d’herbes peu recommandables et de petits voyous voyeurs, de l’organisation de la Police aux sociétés secrètes, rien n’est simple, mais tout est palpitant. 

Mathias avait prévenu Louise, je ne suis pas un homme bien. Le croyait-elle ? Elle avait besoin de lui. Des mises en garde, elle se moque. Pas si fragile Louise ! Elle est bien plus forte qu’on ne peut l’imaginer.

Une fois de plus, l’auteur a l’art de ficeler une intrigue. À la moitié du roman, on se dit, mais oui, c’est ça… Mais le talent de l’auteur emporte aussitôt ailleurs. L’être humain est bourré de complexité et il faut un savoir-faire certain pour en rendre compte.

À lire !

Le choix, par Viola Ardone, traduit de l’italien par Laura Brignon, éditions Albin Michel

Pour avoir lu Le train des enfants, un premier roman prometteur que j’avais beaucoup aimé et salué, je confirme l’immense talent de Viola Ardone avec Le choix, un roman qui nous plonge au coeur des années 1960 en Sicile.

Viola Ardone raconte Martorana, ce petit village, les us et coutumes en vigueur qui font que les femmes sont soumises. Son héroïne, Oliva, est une gamine qui se plaît bien davantage avec son père qu’avec sa mère femme autoritaire, gardienne des traditions et la vertu de sa fille.

La mère est entièrement soumise à une loi ancestrale, où le garçon qui a déshonoré une fille répare et l’épouse, (il en va de l’honneur de tous) même si elle n’est pas d’accord. La mère d’Oliva répète « Une fille c’est comme une carafe : qui la casse la ramasse ». Oliva n’a pas choisi d’être cassée, et elle s’élève violemment contre cette loi. Elle n’a pas été respectée, mais refuse d’être réparée. Elle se défend et, ô joie, elle est soutenue par son père. Beaucoup de tendresse entre le père et la fille. (Pour information c’est seulement en 1981 que l’Italie a abrogé l’article 544 du Code pénal, stipulant que le crime d’honneur devait se terminer par un mariage réparateur.Abrogation obtenue grâce à une sicilienne, Franca Viola. Dans ces pages, l’auteure lui rend hommage.)

Oliva est contre cette loi… Beaucoup de chapitres se terminent par j’étais pour, j’étais contre. D’où le rythme du roman qui happe lectrices et lecteurs.

On aime la narration des années d’apprentissage de la jeune rebelle, le regard qu’elle porte sur les filles de son âge ou plus âgées et qui ont déjà reçu la visite du cardinal. (manière élégante de dire que le sang a coulé). Les boutons leurs viennent, la poitrine s’arrondit, c’est aussi le temps des fleurs. On a un peu de mal à apprécier cette mère qui fonde sa vie sur le qu’en dira-t-on et se plie aux coutumes qui font froid dans le dos. Elle n’en souffre pas, puisque c’est le lot des femmes. Elles sont nées pour cela.

Peu à peu l’évolution se fait. Liliana, fille de militant communiste, et amie d’Oliva, est la fenêtre vers la liberté et le respect que l’on doit aux jeunes filles et jeunes femmes dont on doit, justement, respecter le choix.

Beaucoup d’émotion dans ces pages qui en disent long sur le chemin parcouru pour la cause des femmes. Un chemin montré avec fougue et intelligence.

Bravo !