Voici après La Jongleuse, Le Poulain, de Jessica Knossow qui confirme son talent et plonge lectrices et lecteurs à la suite d’Emmanuelle qui termine son internat en chirurgie gastrique. Elle aime Télémaque son cheval à qui elle se confie et rêve d’être choisie par le ponte le Pr Renavand que le milieu appelle R.
Elle va tout se faire pour se faire admettre à ses côtés, lui dont on dit : qu’il fait les réputations, la notoriété. Il n’est pas un homme facile. Mais Emmanuelle ne désarme pas, quitte à perdre Cédric, l’amoureux.
Après avoir obtenu gain de cause, Emmanuelle (dont la vocation remonte à un grave accident qu’a subi son père vétérinaire et qui a eu pour mère une professeure d’équitation) devient celle que R va élever et qui sera une universitaire internationale. Il faut publier, il faut lire.
Auprès de lui, elle découvre Madame Bovary et Voyage au bout de la nuit. C’est une période d’apprentissage riche, intense, mais épuisante.
C’est l’histoire d’une vocation dévorante. Emmanuelle perçoit-elle l’emprise du maître sur le poulain qu’elle est devenue ? Où est la liberté d’être ?
Un roman d’apprentissage, un regard sur la médecine, l’hôpital, les soins et sur le désir acharné de briller et de réussir. Mais tout cela a un prix…
Après la lecture de « Les Ravissements » de Jan Carson, je me suis longuement interrogée. Faut-il être née dans un pays qui a connu tant de déchirures (l’Irlande du Nord) pour que naisse une auteure sensible, au juste ton, et qui ose avec distance, d’une écriture sobre et moderne, évoquer l’enfance, les couples qui s’aiment (même s’ils sont restés, comme on dit aujourd’hui, un peu coincés et le regard d’une petite fille d’une dizaine d’années qui voit mourir autour d’elle les dix enfants de sa classe (ils étaient onze).
Quel est ce mal mystérieux ? La communauté de Protestants fondamentalistes dont elle est issue s’interroge. Hannah, plus que d’autres. Quand les parents sont en réunion pour les affaires de l’église, elle est chez ses grands-parents.
Comme on les aime. Ils sont le grain de fantaisie pour la gamine. Le grand-père promet de ne pas mentir. Il ne sait pas ce qu’est le paradis, ni ce que le Jésus demande. Le même Jésus que prient les Catholiques qui, pourtant avec les Protestants, sont auteurs des Troubles. On parle ainsi.
Comment sortir de ce piège des questions existentielles qui n’ont pas de réponses ? Il faut oser vivre, garder le sourire. Hannah a une qualité d’exception. Les enfants qui sont morts ne le sont pas. Ils reviennent discuter avec elle, lui transmettre des messages. Une manière d’affirmer, sans doute, que ceux qui ne sont plus, demeurent vivants tant que nous continuons de penser à eux. Ne sont-ce pas les vivants qui sont gages d’éternité ?
Jan Carson confie à la fin de son ouvrage avoir profité des confinements pour écrire et affirme, qu’il faut bien être givrée pour oser ce qu’elle a produit. Il me faut au contraire la détromper. Elle n’est pas givrée, elle est simplement une belle auteure qui change nos regards et nous fait grandir.
Comment naissent les ouvrages ? Philippe Torreton, comédien ancien sociétaire de la Comédie Française, amoureux de la poésie jusqu’au bout des ongles, est monté sur scène pour dire et faire vivre les grands textes depuis l’aube des jours jusqu’à maintenant, c’est-à-dire avec des participants à des ateliers d’écriture et qui se découvrent une passion pour l’assemblage des mots.
Au cours de ce repas avec la maison d’éditions Calmann-Lévy, une suggestion flotte entre la poire et le fromage, rassembler les grands textes en faire une anthologie.
Philippe Torreton relève le défi et rassemble des textes à aimer du douzième siècle à aujourd’hui. Des poèmes qui tissent la trame de ce merveilleux voyage en poésie. Il dit qu’on peut piocher dans l’ouvrage, le corner, le barbouiller pour souligner des beautés, des phrases à ne pas oublier. Ce ne sera pas une injure à l’ouvrage, car une anthologie, c’est fait pour cela, pour faire vivre, pour être la trace, un horizon.
Les mots se mangent et, ce faisant, rendent beaux et font grandir, créent l’attachement, déchirent les nuits trop obscures pour révéler les trésors qui demandent qu’à être saisis.
Pour moi, ce livre ne quittera pas ma table de chevet. Il est le moyen de dire l’ultime prière pour ourler mes rêves de merveilleux.
Avec Au revers de la nuit, Cécile Balavoine confirme son talent d’exploratrice de l’intime. Son intime, qu’elle transforme en roman qui interpelle, subjugue envoûte.
Voici Cécile, une jeune femme de retour à New York où elle a vécu d’inoubliables et peu ordinaires moments. À 23 ans, elle enseignait le français dans le Minnesota. Elle rêvait de New York. Certes, elle avait gardé quelques liens avec Massimo. Deux ans ont passé, dont un long laps de temps en Allemagne, mais sans réels projets d’avenir et de vie commune. Une déception ? Même pas. Beaucoup d’amitié avec la mère du jeune homme à qui elle peut se confier sur d’autres attirances.
Donc vingt ans auparavant, Cécile prend un train qui va la conduire le temps des fêtes à New York où elle a postulé pour son avenir. C’est un train hors du temps, très lent parmi neige et glace, plus de 36 heures et même au-delà et, dans ce wagon, vient s’asseoir Sasha, un jeune homme décalé, habillé comme dans les années trente.
Il se montre prévenant, attachant. Cécile se sent en confiance. À New York, ils se retrouvent chez le jeune homme qui vit avec sa mère, une femme, elle aussi accueillante, ouverte. Sasha a parlé de son goût pour le café. Ouvrir un bar, lieu de rencontres, lui trotte dans la tête.
Pourquoi Cécile qu’il appelait une jeune fille charmante et dont il parlait à sa mère et à sa sœur Alana, est-elle repartie malgré les liens tissés, les corps qui s’étaient rencontrés ?
Quand Cécile revient vingt ans plus tard, elle découvre un autre homme, tout aussi charmant, séduisant, mais il est ailleurs. Il est devenu un homme des nuits de New York.
Avec subtilité, intelligence, l’auteure nous emporte dans une histoire, douce et tendre, en dehors du temps et un questionnement sur l’attachement entre deux êtres. Qu’est-ce que l’amour, quelles traces peut-il laisser ? Ici, avec sensibilité et délicatesse peinte de pudeur, elle rend hommage à Sasha dans une attachante peinture de New York sombre et lumineuse à la fois.
Emmanuel Flesch l’auteur de Gazoline enseigne l’histoire et la géographie dans un collège d’Aulnay-sous-Bois. Dès lors, on comprend le sujet de son troisième roman.
Il nous transporte en 1988, dans une localité de la France profonde. Localité pourvue d’une église, d’une cabine téléphonique et d’une vue inouïe sur les vignes. En ces lieux, une jeunesse tue le temps et l’ennui en discutant assis sur les mobylettes. Il y a l’école, les parents, les voisins…
Rien n’a changé depuis si longtemps. Une vie rythmée sur la météo quand on s’occupe de la terre et des produits qu’elle offre. La terre est une source.
L’auteur choisit d’évoquer un temps précis, celui d’une rupture à partir d’un fait divers qui fait que rien ne sera plus pareil.
Une grange a brûlé, celle où se trouvait les biquettes d’une gamine fille unique aimée d’un couple qui s’était trouvé sur le tard. Les biquettes ont péri, brulées vives. Les premiers jours de l’accident ou du crime, le village fait bloc, on plaint la famille et peu à peu les vieilles rancœurs surgissent. Serait-ce ce Gildas aperçu sur les liens alors que les premières flammes s’emparaient de la bâtisse ? Un autre garçon a vu. Mais terrifié ou pas, il se tait. Ces gosses ont tous une histoire. Les parents aussi. Ils attrapent la vie à bras le corps. Un jour, ils seront à la place des aînés et continueront de s’interroger.
Une peinture sociale réussie avec un suspens maîtrisé. Un roman d’apprentissage dans un coin de terre témoin des émois d’une jeunesse en quête d’avenir et de devenir.
Guillaume Nail est un auteur aux multiples talents, de formation traducteur, il s’est jusque-là illustré dans des ouvrages destinés à la jeunesse. C’est aussi un scénariste, un journaliste et un comédien. On comprend l’attrait qui fut le sien (alors qu’il n’était pas né comme on dit aujourd’hui) pour un drame qui s’est joué à Juigné-sur-Loire en 1969. Dix-neuf enfants d’une colonie se sont noyés dans la Loire.
L’auteur s’empare du sujet et en fait une histoire, un roman sur l’enfance et l’adolescence, la fougue d’une époque, l’esprit de ces jeunes qui se croient immortels, ont toutes les audaces.
C’est la fin de la colo. Il fait chaud, un dernier pique-nique, l’ombre, les grands arbres qui bordent une propriété où s’élève un château au mystérieux propriétaire.
« On va se baigner ». Paysage parfait, joie tout autant, sauf qu’on ne doit pas se baigner dans la Loire. Les bans sablonneux sont parfois des pièges et masquent des trous où le courant sournois guette ses proies.
Et voici montrés ces ados infiniment sympathiques Gus, Totof, Pierre et Farid… Les monos qui veulent faire plaisir. Il y a Pauline qui tente de rappeler les règles : on ne doit pas se baigner… Quand même, quelle trouillarde ! Oui mais.
On aime la partie de crapette jouée par Farid et Pierre. La colo les a unis à jamais avec cette fin horrible. On n’a qu’une vie, on en profite et zou…
L’auteur, dans ce roman choral, aux courts chapitres, au style bref et coupé (une merveille) procède tel un cinéaste. Les scènes se succèdent, tendues et au-delà des premiers sourires de lecture, dessinent peu à peu le drame à venir.
Roman vrai, bouleversant, fougueux, impétueux sur une jeunesse qui voulait vivre, parce que vivre, c’est parfois prendre des risques, tester la vie au-delà des limites.
Une réussite, même si la lecture nous met les larmes au bord des yeux. Cruel ce fleuve tranquille qu’est la Loire !
Il suffit de traverser la route. La phrase a fait date. Est-ce qu’un président doit dire cela ? Ce n’est pas tout à fait le sujet du livre d’Éric Faye, ancien journaliste, auteur de romans, de nouvelles, de récits de voyages et essais, quoique… Auteur connu et reconnu, l’Académie française l’a couronné pour Nagasaki en 2010. Ici, il nous offre un roman d’aujourd’hui.
Dans les années 2010, un journaliste vit, ressent la grande agitation d’une entreprise de presse qui l’emploie depuis de nombreuses années. L’entreprise est internationale, MondoNews a des bureaux à Paris, Londres, en Espagne et au-delà. Qui est le patron ? Existe-t-il ? Est-ce un algorithme qui règle l’information qui décide de tout et sans état d’âme, puisque seul compte la rentabilité et le profit ? Ce grand chef se joue des personnes qui travaillent pour cette multinationale de l’information. Au passage, une réflexion sur la presse est posée. Qu’est-ce qu’être journaliste ?
Ce qu’évoque Éric Faye dans ce roman très précis, pointu, c’est le désarroi ambiant, la lassitude d’une époque où l’humain existe si peu.
À l’occasion d’un plan de restructuration, des départs volontaires sont proposés. Une porte vers un plus de vie, de liberté s’ouvre. Une certaine euphorie s’empare de quelques-uns. Pour l’un, la somme allouée pour ce départ sera l’achat d’une ferme quelque part. Une autre vie, plus vraie. Pour notre héros, épris de poésie, marié à Adèle, un changement de cap, une bouffée d’oxygène, il écrira, c’est sûr.
Or, rien ne va se passer comme prévu. La somme allouée va dépendre du plan de reconversion, va se noyer dans des plans de formation, dans les méandres d’une administration inhumaine. Personne n’y comprend rien. Alors, suffit-il de traverser la rue pour rebondir ?
L’auteur décrit notre société, montre l’humanité, nomme les êtres, dont certains ont l’esprit tellement mangé par ce besoin de réussite qu’ils ne voient rien venir. Le narrateur a compris et s’interroge : qu’avais-je donc fait aux dieux de la machine ? Il constate le double jeu de certains collaborateurs qui sauvent leur peau.
Un roman sans doute cruel qui montre où conduit cette technique qui mange, dévore et tue les âmes.
Un nouveau roman sous la plume de Nathalie Rheims est toujours un événement, tant elle a l’art de parler d’elle sans être auto centrée. Sa vie est un roman, parce qu’elle est enracinée dans les rencontres, le partage, l’art, la beauté des mots qu’elle happe et remanie.
Au long des jours est de cet ordre. Sans nommer la personne, elle évoque une rencontre bien peu ordinaire. On reconnaît l’homme sur la couverture et dans les textes écrits et chantés, dans les ouvrages publiés, dans les quelques confidences livrées, son bel oiseau, comme elle l’appelle, se hisse au firmament de la poésie.
À cette époque, Nathalie a dix-huit ans et lui trente-sept ans de plus. Choquant ? Non. L’amour n’a pas d’âge, il est au-delà.
Comment ce souvenir a-t-il resurgi ? Au fond d’une boîte, se trouvait une photo, un cliché polaroïd, pris par Bettina Rheims, la sœur aînée, célèbre photographe. Il s’agit ici d’une photo ordinaire, de famille. Et Nathalie de raconter sa jeunesse. La fille du célèbre commissaire-priseur, expert en œuvres d’art, romancier et académicien (Maurice Rheims) n’aime pas les études. Peu avant le bac, une envie de tout plaquer. Elle n’aime que le français et l’histoire. Elle aime le théâtre. Son père cède : « Si tu obtiens un prix à l’école de la rue Blanche, soit, tu peux quitter le lycée ». Ce sera le cas. Amoureuse des mots, comédienne dans l’âme, elle joue et rencontre les grands de la scène, dont Maria Casarès.
C’est dans sa loge qu’un jour le bel oiseau vient la saluer. Il chante à La Villa d’Este et il l’y invite. Un coup de foudre ? Elle ne se pose pas la question. Un certain magnétisme a opéré. Elle sait qu’il aime les femmes. Il l’appelle sa gamine. Se verront-ils souvent ? Pas vraiment, mais les textes les uniront sous le regard amusé de papa Rheims si souvent occupé par ses conquêtes.
J’ai aimé ce beau texte, roman vrai d’une rencontre hors du temps qui inscrit en tout cœur, le reflet d’un champ de blé au soleil, là où bat le cœur, comme un p’tit coqu’licot, mon âme, comme un p’tit coqu’licot.
Andréa Bescond est l’auteure de Les chatouilles, pièce de théâtre puis film qui connurent un immense succès. Ces chatouilles étaient la danse de la colère, puisque l’héroïne devenue danseuse ne se remet pas de ce que lui a fait subir un ami de la famille.
Andréa Bescond a cédé (avec un talent fou) à l’écriture d’un premier roman. Cette simple histoire de famille est née d’une découverte, d’un choc, quand elle a appris que son arrière-grand-mère avait commis un meurtre pour s’extraire d’un homme violent. Andréa confie son étonnement : elle, qui a toujours milité pour la défense des femmes, a compris le pourquoi de son combat.
Dans ce roman qui reste un roman et qui se passe entre la Bretagne et Paris, elle met en scène Louisette, Hervé, et Lio la fille d’Hervé. Ils ont en commun d’avoir reçu un héritage de violence et de secrets de famille qui pourrissent tant de vies.
Louisette c’est une belle fille dans les années soixante en Bretagne. Une éducation traditionnelle, catholique. Sauf, qu’elle aime être regardée, possédée, mais pas s’engager. Les marins, les hommes de passage lui conviennent parfaitement. Sa sœur aînée Suzanne s’est mariée très jeune pour réparer (à l’époque c’était ainsi) une rencontre qui a porté fruit. Lorsque Louisette, pour la troisième fois, se trouve enceinte, l’avorteuse ne termine pas le travail. Mais ce n’est pas grave, ce petit elle l’aime déjà. Il lui faut partir, quitter les siens pour éviter la honte. C’est Suzanne et son mari qui la recueillent. Une famille presque normale, jusqu’au jour où Louisette, alors que le bébé joue dans son parc, est témoin d’une scène de violence qu’elle ne peut supporter.
Hervé, lui, découvre que sa mère lui a caché la vérité de sa naissance. Suzanne l’a élevé avec son deuxième mari. Il n’a manqué de rien, sauf pour lui de l’essentiel, la vérité. Il a aimé Magnolia dont il a eu une fille Lio, une musicienne très douée. Clarinettiste dans un grand orchestre, père et fille qui s’adorent, s’adonnent au joint. On calme les angoisses comme on peut. Et pour Lio survient une révélation traumatisante. Sa mère a été le jouet d’un horrible peintre libidineux. Comment se venger, rendre justice ? Est-ce souhaitable ?
Ce roman montre les fêlures, les blessures et le poids des non-dits. Est-il bon de révéler tous les secrets de famille ? Mais ces pages sont aussi celles d’une renaissance. Il n’est jamais trop tard pour vivre libres et en paix.
Roman sur la liberté, roman sur la vérité, sur le désir qui ose les chemins de la transmission et de la possible réparation. Dans ces cas, une histoire de famille peut être simple et belle, heureusement, car l’amour ne demande qu’à éclore.
Je viens de lire les tous derniers mots du nouveau roman de Gérald Tenenbaum : « on ne distingue bientôt plus qu’un sourire énigmatique, accroché dans l’air du temps comme une étoile en plein jour ».
Et c’est bien là tout le sens de la quête de Samuel, savoir, comprendre, saisir le fil des vies, des destinées qu’on lui confie pour en faire des romans vrais, pétris de faux, mais que son talent va sublimer.
Samuel écrit. Il a tenté sa chance… L’éditrice l’a convoqué, lui dit qu’elle a aimé, vibré, mais que dans une maison d’éditions, il faut plusieurs coups de cœur pour que soit assuré le succès d’un ouvrage. Sinon, une maison peut en mourir. Déception, on l’imagine, pour Samuel. Or, le voici retenu : l’éditrice lui propose de mettre son talent au service de particuliers ou d’entreprises qui ont besoin qu’on garde la trace d’une personne disparue ou vivante. Pour certaines entreprises, c’est le plus ajouté à une histoire, à un C.V.
Samuel s’est fait un nom dans cet exercice. Une activité peu prisée par son père Baruch.
Peu après la disparition de celui-ci, une bibliothécaire de l’institut Rachi de Troyes l’appelle. Elle a une commande pour lui. Sujet difficile qui impose une enquête où la famille de Samuel est impliquée. Ce que, peut-être, Samuel a éludé, le saisit, il n’échappera pas à cette lumière qu’il n’a pas vue ou pas pu voir jusque-là.
Et l’on découvre l’histoire de Jacques son frère, le mal aimé de Baruch. L’histoire des deux femmes, sœurs ou pas. La marque de l’histoire du peuple juif odieusement massacré pendant la guerre. Mais aussi cette musique qui court de page en page. Musique indispensable à toute création. On découvre aussi les grands textes d’un peuple, le Talmud, les grands noms du Livre, les rites des funérailles, ce que signifie le fait de poser une pierre sur une tombe. On vit avec nos morts. Ne sont-ils pas là pour nous protéger ? Alors pourquoi Baruch a-t-il choisi la crémation ?
Il y a aussi ces rencontres extraordinaires avec le théâtre, la poésie. Lunéville est très présent dans cette quête-enquête. Qu’est-ce qu’être comédienne, comédien ? Le fait d’être autre sur scène n’est-il pas un chemin vers une meilleure connaissance et acceptation de soi ?
La rencontre de Samuel et Luce est très belle. Le voyage entre Lunéville, Dijon, Venise jusqu’à la Terre promise et la vie en kibboutz aussi… Trouver l’étoile et comprendre ce besoin de racines est essentiel.
L’auteur nous offre un roman-questionnement ourlé de poésie et beauté. À lire lentement, pour le mieux le savourer.