Le Soleil suivant, T.1 Les filles du choeur, par Éric Marchal, éditions Anne Carrière

Qui n’a pas lu « Le Soleil sous la soie » d’Éric Marchal qui le propulsa à la vitrine des libraires ? Un best-seller, plus de 250 000 exemplaires. L’auteur y racontait les aventures d’Azlan de Cornelli, d’un jeune médecin sous Léopold de Lorraine… Roman magistral après Influenza qui avait reçu le prix Carrefour Savoirs en 2009

L’auteur a ensuite poursuivi son chemin de romancier historique et a enchanté ses lectrices et lecteurs… Mais il confesse avoir gardé une grande tendresse pour Azlan, dont régulièrement ses fans, soit par courriel, soit au cours de rencontres, lui demandaient quelques nouvelles. Azlan restait dans son cœur. Avec ce proche été, Éric, infatigable travailleur, toujours épris par la médecine, revient à Azlan qui voyage au cœur de l’Europe des arts, des sciences et de la chirurgie, sa passion, sa quête aussi pour faire advenir un monde meilleur.

Ce roman, le premier tome de Le Soleil suivant, (qui devrait en compter trois) s’intéresse à des femmes musiciennes à Venise. L’histoire commence avec une catastrophe. Devant un parterre de notables, une tribune s’effondre sur le public. Azlan, toujours à la recherche du meilleur en médecine, procédait, à deux pas, à une autopsie lui permettant de comprendre la complexité cérébrale, accourt. Lui, le chirurgien est le premier sur les lieux à œuvrer pour soigner, sauver. C’est à cette occasion qu’il rencontre deux femmes de caractères, Sarah et Maria. L’une est juive dans le ghetto de la Sérénissime, l’autre a été placée dans une prison qui ne dit pas son nom, la Pietà. Sarah est l’héritière du Codex Quanum, un traité arabe du XIIème siècle qui contiendrait des secrets concernant la médecine. (Le traité existe). Toutes deux sont musiciennes… Vivaldi, le prêtre roux n’est pas loin.

Le sujet ne manque pas d’intérêt et on reconnaît l’essence d’Éric Marchal pour tout ce qui touche à la médecine. Il est lui-même biologiste, chercheur…

Il nous montre Azlan pris, malgré lui, dans cette énigme du Codex Quanum. Il lui faut faire face à de nombreux ennemis, notamment à l’Inquisition à quelques espions d’une sombre organisation prête à tout pour s’accaparer les secrets de cette médecine. Mais dans quel but ?

Le talent d’Éric, c’est de nous conduire dans une quête sans fin, de nous montrer des personnages tellement vrais, de décrire les lieux (on va tous avoir envie d’une virée à Venise) avec précision. On suit son héros qui a toujours en mains, scalpels, laudanum, onguents pour opérer, sauver, innover quitte à se mettre à dos les pontes de l’époque. On va le voir être arrêté par l’horrible Zeppo, prêt à lui couper les doigts de la main droite. La main qui œuvre et fait tant de miracles…

Je ne vous en dis pas davantage, mais comme moi, si vous plongez dans cet ouvrage, vous ne le quitterez pas et attendrez avec impatience le tome 2.

Bravo à l’auteur !

L’auteur sera au Centre des Écraignes à Villers-lès-Nancy (54), vendredi 28 mai, à 18.45 pour parler de son livre, puis dans d’autres librairies et salons.

Également présent au Livre sur la Place du 10 au 12 septembre 2021 à Nancy

Il sera à la médiathèque de Seichamps, Vendredi 10 septembre à 18 h 00

Le bonheur l’emportera, par Amélie Antoine, éditions XO

Combien il est difficile de réussir sa vie de couple, de parents ! Dans ce roman, Amélie Antoine met en scène Sophie et Joachim, parents de Maël qui, très tôt a montré quelques différences… Le couple est installé à Lille, mais Sophie fait chaque jour des Lille-Paris en TGV pour le travail. Sa carrière l’exige. Joachim travaille plus à la maison. Il voit ses collègues une fois par semaine. De plus, c’est un homme engagé dans une association proche de Greenpeace. Maël s’apprête à entrer en sixième quand commence l’histoire. Maël admire son père.

Maël raconte au Je comment est la vie de famille, comme il se perçoit… Il est des choses difficiles à traduire. C’est Joachim qui contrairement à ce qu’on pourrait imaginer va être le cœur accueillant, celui qui comprend et veut aider.

Sophie est plutôt peinte comme un bourreau de travail, qui ne veut pas entendre parler psy… Un fichu caractère ! Pour elle, ce monde psy n’est bon qu’à culpabiliser les mères. Votre enfant est anorexique, la faute à la mère ; il est obèse, la faute à la mère. Alors quand le pré-ado déclare ne pas se sentir bien dans un corps de garçon… À qui la faute ? Si faute, toutefois, il y a.

En reprenant le fil du temps, quelques indices ont été semés ici et là. Maël a toujours aimé se maquiller, dans les magasins les tissus brillants, pailletés, doux et soyeux l’ont toujours attiré. Il n’a pas de copains garçons. Il a une amie, Lina, depuis toujours. Il a toujours voulu coiffer les poupées, jouer à la dînette. 

Quelle issue trouver ? On veut bien être large d’esprit, comprendre le fils de la voisine qui se sent fille, mais quand cela arrive chez soi, c’est une autre histoire.

Amélie Antoine raconte cette histoire avec une grande justesse de ton, une écriture sensible qui ne laisse personne indifférent. Ces pages précieuses sont une aide. L’auteure prouve qu’un mieux est possible, malgré le précipice et le chaos qui ouvrent grande la gueule du malheur. Il existe toujours cette fulgurance, cette lumière qui passe et qu’il faut happer et étreindre jusqu’à faire basculer la nuit. Tout se répare. Le chemin du bonheur existe et il peut avoir le dernier mot. 

Bravo !

Un amour retrouvé, par Véronique de Bure, éditions Flammarion

Il m’arrive une drôle d’histoire… L’héroïne de cette histoire est la maman de l’auteure, veuve depuis près de trois ans et dont la vie semble quelque peu bouleversée par la réapparition d’un premier amour, après cinquante ans de silence, de chagrin, du moins dans les débuts…

Véronique de Bure nous avait déjà offert ce délicieux Clafoutis aux tomates cerises, roman dans lequel elle évoquait les relations mère-fille. Cette fois, Jeanne, la maman est devenue Monique. Véronique raconte sa mère installée dans le Bourbonnais, dans la grande maison familiale. Quand resurgit Xavier, ancien militaire passé par Saint-Cyr, il faut, et pour la mère, et pour la fille, apprendre à (re)vivre.

Avec tact, sensibilité, finesse et tendresse (la tendresse n’est pas un mièvre sentiment mais un solide rempart) l’auteure observe, découvre une femme inconnue, voit revivre sa mère qui va partager son temps entre le Morvan et le Sud-Ouest. À Montauban ou à Pey, la vie est autre, cet amour retrouvé a de quoi s’épanouir.

Véronique de Bure analyse les sentiments par lesquels elle passe. Elle a aimé son père. Dès lors comment accepter qu’un autre se glisse entre sa mère et elle ? Sa mère va-t-elle lui échapper ? Car elle la voit devenir ou redevenir autre. Il y a le sentiment et quelques confidences reçues, le corps aussi a besoin d’amour, même s’il ne suit plus. Elle voit sa mère confuse, pudique face à Xavier et face à ses enfants. Jusque-là, Véronique, seule fille de la famille, pouvait considérer avoir sa mère pour elle… C’est elle qui consolait, organisait certaines choses… 

On peut reconnaître bien des qualités au nouvel arrivé dans la maison (cependant ils ne vivront jamais vraiment ensemble, se partageront entre les différentes résidences) l’ombre de l’absent demeure…

Ce roman dit aussi que, si on ne remplace pas un amour par un autre, il n’est pas jamais trop tard pour aimer, pour cheminer sur la route, avoir les yeux qui pétillent, les étoiles qui s’allument et le rire qui cascade. 

À offrir, à lire, à relire.

La princesse au petit moi, par Jean-Christophe Rufin, éditions Flammarion

Jean-Christophe Rufin nous a habitués depuis quelque temps à retrouver chaque année, au printemps, les aventures d’Aurel Timescu, Consul, d’origine roumaine, que sa hiérarchie déteste et qui, la plupart du temps, se retrouve plongé dans des aventures qu’il n’a pas cherchées et dont il se sort bien, avec un certain brio. 

Il est maladroit, ne sait jamais comment se vêtir. Il raffole de Tokay, ce vin blanc, originaire des pays de l’Est à nul autre pareil. Il lui arrive même d’être ivre le soir et de se réveiller à la mi-journée. Il joue aussi du piano et plutôt bien, un des métiers exercés dans des bars, jadis.

Dans ces pages, on retrouve Aurel, invité par le prince de Starkenbach, un micro-état. Le prince cherche désespérément son épouse Hilda qui a disparu. Plus de trente ans de vie commune sans ombre, enfin presque. Le prince est prince Consort, Hilda est souveraine dans son état. Elle a bien appris son métier… Enfant illégitime du prince de la Principauté, elle a été légitimée et pour ce faire, a été enlevée à sa mère quelque part entre la Syrie et la Lybie à l’âge de sept ans. 

L’affaire n’est pas simple et l’enquête d’Aurel, qui demande peu, du Tokay, un piano et du matériel informatique, lui permettra d’aboutir grâce à Shayna, femme déterminée au grand cœur, réfugiée politique au Starkenbach et amie de la souveraine. Qu’ont-elles en commun ? Aurel en serait presque amoureux, il vibre, mais comme dans toutes ses aventures, il ne fait que passer… 

Jean-Christophe Rufin montre bien le monde actuel. Les grands de ce monde (il a été médecin dans l’humanitaire, mais aussi diplomate) le côté lisse, très moral des cours, mais c’est compter sans quelque débauche, voire crime et trafic sans oublier l’amour. Et l’amour… Au fait, qu’est-ce que l’amour, le vrai ? Le tout est raconté avec fraîcheur et humour. Justement ce que l’on recherche aussi, un peu beaucoup…

L’auteur sera présent au Livre sur la Place à Nancy du 10 au 12 septembre 2021

Samedi 11 septembre à 18 H il sera interviewé par Christophe Ono-dit-Biot du Point à l’Hôtel de Ville de Nancy

57 rue de Babylone, Paris 7ème, par Alix de Saint-André, éditions Gallimard

Alix de Saint André nous a toujours ravis avec ses romans et ses récits jusqu’à Saint Jacques de Compostelle. Fille d’un colonel qui dirigea le Cadre Noir de Saumur, son enfance fut bercée dans des institutions religieuses un peu ennuyeuses de l’Anjou. 

Elle arrive à Paris dans les années soixante-dix, l’œil vif et pétillant et va intégrer le lycée Victor Duruy, bien comme il faut. On dit qu’il accueille les jeunes filles de la très bonne société, bourgeoise et catho. 

Ses diplômes en poche, Alix devient journaliste pour quelques magazines et journaux, ElleLe Figaro et travaille à la télé à Canal plus aux côtés de Jérôme Bonaldi… Alix est une femme pétillante, bourrée d’humour, proche, et qui s’est aussi intéressée aux Anges. Elle nous a offert quelques bijoux sur le sujet. Personnellement, je n’ai jamais oublié l’ouvrage consacré à sa Nanie, sa nounou-grand-mère qui s’est beaucoup occupée d’elle. Elle en a parlé avec infiniment de tendresse.

Alix avait toujours dit qu’elle raconterait son arrivée à Paris et sa rencontre avec Pia qui la conduisit chez sa grand-mère qui tenait un lieu farfelu qui avait vu défiler l’histoire, mine de rien. Ce lieu, c’est le Home-Pasteur au 57 rue de Babylone. 

Pia est devenue l’amie d’Alix qui nous offre ce bijou où sont passés des personnages truculents, drôles parfois inquiétants pendant l’Occupation.

Nous faisons connaissance avec la mère de Pia, appelée Cocotte qui vous concocte une tarte au fromage en deux temps trois mouvements devant Alix qui n’en revient pas. Nanie gardait toujours ses secrets et interdisait la cuisine aux étrangers. Surprise, Alix l’est. Elle qui pensait se frotter à la bourgeoisie parisienne très coincée, sanglée dans des ça se fait ou ça ne se fait pas, doit réviser ses jugements. Les parents de Pia vivotent. Le père de Pia est très cultivé et dirige une maison d’éditions de musique pour l’élite qui ne produit pas une grande fortune. Son épouse, sa belle-famille viennent d’Italie et chez eux, rien de conventionnel. Mais tout est chaleureux, drôle. Là, vont passer quelques personnages plutôt extravagants que la plume d’Alix peint avec un humour teinté de gouaille.

On y verra quelques ombres dont le mari de Sagan, mais oui, ou celle d’un scénariste de Chabrol que sa femme trucida. 

On aime le regard de l’auteure qui s’ouvre. Le vernis se fissure, la bourgeoisie catholique craque. Viennent les années sexe, le rock. Reste surtout, cette extraordinaire cette vie bouillonnante de tendresse et d’humour.

Alix a bien du talent pour relater sa vie et nous la faire partager. 

Le passage de l’été, par Claire Léost, éditions J.C. Lattès

Claire Léost confirme son talent de romancière avec ce passage de l’été où elle mêle les secrets de famille à une enquête au cœur de la Bretagne.

Elle nous offre d’abord une vie tranquille au centre de la Bretagne, presque inconnu de tous. On y voit la vie inchangée des habitants, on entend les petites histoires qui deviennent des ragots dans l’épicerie. Dans ce village, se célèbrent encore des mariages celtes. La culture druide y est bien ancrée et pourrait presque bousculer le prêtre des lieux au cours de quelques cérémonies, notamment aux enterrements.

Le village paisible voir arriver des nouveaux. Sont-ils bien accueillis ? Comment le village regarde-t-il cet écrivain célèbre venu se ressourcer ? Marguerite, sa femme, professeure de Français qui enseignait à Paris a suivi… On regarde d’un œil étrange ces Parisiens, quand bien même, ils possèdent le savoir, la culture, les mots. De quel côté se tourner : rester breton ou ouvrir portes et fenêtres ?

Hélène, seize ans tombe presque sous le charme ce professeure qui a l’idée de lui faire préparer le concours général. Voici Hélène a abreuvée de cours particuliers, nourrie justement des mots et du savoir. Elle suit. D’ailleurs, elle avait prévu de devenir institutrice du village, comme sa maman.

Qu’est-ce que la vie d’Hélène auprès d’un père qui a tout sacrifié pour rester près de ses filles, veiller sur la vieille Alexandrine ? Il y a bien des mystères dans la vie des femmes de sa famille. À ses côtés se trouve Yannick, le fervent défenseur de la culture bretonne qui ne doit pas être souillée, ni rétrécie.

Marguerite est une force de la nature et de la culture. Elle est l’élément perturbateur et Hélène perçoit ce qu’elle peut recevoir de cette femme en même temps que son corps s’éveille. Mais il y a aussi de lourds secrets qui ombrent la vie des siens. Comment regarder l’avenir si on n’a pu tirer les leçons du passé ?

À la fois saga, ce roman est aussi un roman initiatique ou d’apprentissage. C’est l’adieu à l’enfance, à un lieu pour devenir soi, pour devenir autre sans se renier.

Une réussite !

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Les enfants sont rois, par Delphine de Vigan, éditions Gallimard

Ce roman n’y va pas par quatre chemins pour pointer les dérives et les drames qui peuvent découler des tristes et monstrueux réseaux sociaux. 

L’auteure choisit de montrer deux femmes que tout oppose. Mélanie est maman de deux enfants qu’elle met en scène sur sa chaîne que YouTube héberge. À elle les produits qu’elle vante, les vues nombreuses, les like et les cadeaux des firmes trop heureuses d’avoir ainsi une pub et de vendre. Face à elle, Clara, petite et menue, l’enquêtrice…

Car cette histoire, qui va du couronnement de Loana dans la première émission de télé-réalité à 2036, pointe l’évolution de la société où, pour exister, il faut être vu. C’est un monde sans filtre, tout s’expose, tout se vend, même l’intimité et le bonheur.

Mélanie était une jeune vierge de vingt-six ans qui avait été sélectionnée pour une émission de télé-réalité Rendez-vous dans le noir. Elle en avait été éjectée au bout d’une journée. Elle ne faisait pas le poids face à deux sublimes rivales qui, dans le noir, se laissaient tripoter. Meurtrie, voulant être sur le devant de la scène. Elle avait décidé qu’elle vivrait à Paris et prendrait sa revanche.

Sa revanche, elle la prendrait. Mère de deux enfants, elle allait les mettre en scène, s’afficher sur les réseaux et devenir très à la mode. Jusqu’à la disparition de Kimmy, sa fille, d’où l’enquête menée par Clara.

Delphine de Vigan explore ce monde rebutant et le fait sans concession. On a envie de baffer cette mère qui manipule pour exister. Elle filme Kimmy, sa fille trois ans en train de chanter. Quelques milliers de vues l’encouragent à poursuivre jusqu’au petit commerce qui rapporte gros avec les marques. Tout y est dans ce roman jusqu’au droit à l’image des enfants… Jusqu’à la disparition qui découle d’un jeu bien dangereux… Le couple y résistera-t-il ? J’écris : on a envie de la baffer Mélanie parce qu’elle ne se remet pas en question. Tout va toujours bien.

Ces enfants rois sont-ils heureux ? Que deviendront-ils ? Ce monde impitoyable, tel un ogre, les dévore et nous sommes complices, car nous laissons faire et participons à cette odieuse parade : on me voit, j’obtiens des like, on m’aime, j’existe… Mais qu’est-ce qu’exister vraiment ?

Un roman sidérant !

L’auteure sera au Livre sur la Place à Nancy du 10 au 12 septembre 2021. Le dimanche 12 septembre à l’Hôtel de Ville de Nancy à 14.00, elle sera interviewée par Élise Lépine

Les douces, par Judith Da Costa Rosa, éditions Grasset

Ce premier roman (j’aime les premiers romans, ils permettent de découvrir de jeunes pousses) nous offre la possibilité de faire connaissance avec quatre jeunes gens… 

L’histoire se passe dans le Sud. Ils étaient quatre, car lorsque débute l’histoire contée par Judith Da Costa Rosa, ils ne sont plus que trois. Donc, ils étaient quatre, trois filles et un garçon. Amis ou amants à l’adolescence ??? On les prenait parfois pour des frères et sœurs.

Il y a Dolorès, fille d’Hélène, une femme médecin, Zineb, Bianca et Hannibal ce beau jeune homme aux cheveux longs. Ils ont fait connaissance en primaire en prenant des cours chez Auguste Meyer, un artiste sculpteur renommé. Et puis, un jour, à l’adolescence, Hannibal a disparu… Le groupe s’est disloqué, mais parfois leur parvient un message courriel signé Hannibal qui supplie les filles, « ses douces » (d’où le titre du roman) de ne pas les oublier. Il est toujours là… 

Coup de théâtre, huit ans plus tard, dans la propriété du sculpteur, qui souhaitait qu’on ne changeât rien à sa demeure, la nature devait tout recouvrir, on découvre le corps d’Hannibal… 

Les douces vont se retrouver, on les voit à l’âge adulte, avec des souvenirs d’adolescence. Ce que fut leur vie après cette disparition… D’autres personnages entrent en scène, Hélène, la mère de Dolorès, qui a protégé Auguste Meyer atteint d’une grave maladie. L’officier de police judiciaire Casez qui tente de comprendre ce qui s’est passé.

L’héritière de la maison d’Auguste Meyer, sa petite-fille, devenue tatoueuse et qui vit en couple avec une autre femme, a fait fi du testament de l’artiste, en faisant construire une piscine. La maison sera louée… 

Ce n’est pas un roman facile, les destins s’entremêlent. S’il est une enquête policière bien compliquée pour Casez, il est aussi un roman initiatique, d’apprentissage. Comment surmonte-t-on un tel drame ? Comment devient-on adulte quand de si lourds secrets obstruent les âmes ? Mais nous avons dans ces pages des portraits d’aujourd’hui montrant une vie tout à fait actuelle, qui ne peut ignorer la cruauté des réseaux sociaux. Bianca, par exemple, est influenceuse, gagne sa vie en portant des vêtements des grandes marques, elle se photographie et s’offre ainsi à la vindicte des internautes impitoyables. 

La disparition d’Hannibal avait séparé Les douces. Chacune avait tenté de suivre son chemin. Si le corps retrouvé dans un jardin avec une perle, est à la fois un soulagement –enfin on sait– il est aussi un séisme, surtout pour celles qui l’espéraient encore vivant.

Une auteure à suivre.

Le Tourbillon de la vie, par Aurélie Valognes, éditions Fayard

Aucun ouvrage d’Aurélie Valognes ne déçoit. Elle sait parler de la vie avec tendresse et délicatesse, avec les rires et parfois les larmes. Toujours, elle nous prend par la main pour nous conduire sur les chemins de l’amour avec un grand A, celui qui guide toute vie.

Voici l’histoire d’Arthur, en froid avec Nina sa fille, mais qui a réussi à tenir bon, pour obtenir de voir de temps à autre Louis, son petit-fils. 

Arthur a été acteur. Un acteur connu, qui a joué Cyrano et que l’on reconnaît parfois dans la rue. 
Cet été-là, le bord de mer réunit Arthur et Louis. Un grand bonheur pour le vieil homme, comme pour l’enfant âgé de huit ans. Le dialogue s’installe aisément. On partage des promenades, le bord de mer. Arthur apprend à Louis la science des papillons et des champignons et peut livrer quelques confidences sur sa vie, sur le théâtre, la force des mots, mais il garde pour lui certaines choses, comme un secret, que l’on devine très vite. Mais ce qui importe, c’est que Louis ne s’aperçoive de rien. Or, Louis est fine mouche et comprend : À moi, tu peux dire, je ne trahirai pas. Et c’est Louis, l’enfant délicieux qui devient « le bâton de vieillesse d’Arthur ».

Dans ce beau récit, si riche d’humanité, on a le présent de cet été à nul autre pareil et les pensées d’Arthur, comme une sorte de journal dans lequel il se confie : « Raconter pour exister encore, pour laisser une trace de mes souvenirs et tout dire à ceux que j’ai aimés. »

C’est bien de cela qu’il est question dans ces pages, laisser une trace, s’adresser à ceux qu’on aime et qu’on a aimés.

Dans ce beau roman sur la transmission, Aurélie Valognes nous dit à la fin de son ouvrage que le confinement a été une interrogation pour elle. Les parents, comme les grands-parents ont manqué. Les petites attentions, les tartes au citron confectionnés pour les anniversaires… 

Les livres pour Aurélie, c’est une façon de dire aux siens « je t’aime », mais elle réussit le tour de force, de faire en sorte que, ce qu’elle écrit, soit aussi pour ses lectrices et ses lecteurs, cette même déclaration… Elle nous dit : « Je t’aime ». Et nous pouvons lui répondre : Nous aussi, Aurélie.

Ce tourbillon de la vie est pour tous, vraiment. Il faut se laisser emporter.

L’auteure sera présente au Livre sur la Place à Nancy du 10 au 12 septembre 2021 et interviewée le dimanche 12 septembre à 10.00 au Forum France Bleu Ville de Nancy.

Divine Jacqueline, par Dominique Bona, éditions Gallimard

Dominique Bona a souvent écrit des biographies dont l’art était le cœur battant… C’est ce qu’elle écrit en quatrième de couverture de « Divine Jacqueline ».

On se souvient des biographies de Berthe Morisot, Clara Malraux, Colette, celle aussi de Romain Gary… Ici, on peut être surpris, elle nous offre une enquête autour d’une personne que le grand public ne connaît pas ou si peu. Jacqueline de Ribes, figure de la haute société. Jacqueline de Ribes, madame la comtesse, aura passé sa vie à sculpter sa vie, à en faire une œuvre d’art… Elle a certes travaillé dans la couture. Elle a dirigé une maison dont les productions étaient des vêtements aux lignes très épurées. Un peu à l’image de sa personne au port altier, qui surveillait le moindre détail de la femme qu’elle était et qu’elle voulait parfaite. 

Les Américains ne s’y sont pas trompés. Dans les années soixante, son âge d’or, elle fut l’un des « cygnes » de Truman Capote et de Richard Avedon. Son image a été projetée sur l’Empire States Building. Elle fut l’amie d’Yves Saint-Laurent et de Luchino Visconti. Mais qui est-elle vraiment ?

Dominique Bona l’a rencontrée quelquefois, a tenté d’en savoir plus pour nourrir son ouvrage. Et il faut admirer la ténacité et le courage de l’auteure, car le personnage de Jacqueline de Ribes n’est pas facile à approcher, à interviewer. Tout est sous contrôle. Elle n’a vécu que pour parfaire son image. Elle a nourri une certaine rancœur à l’égard de sa mère qui ne l’a jamais aimée… 

Dominique Bona écrit bien, et cette vie qu’elle évoque, entre personnes d’un monde à part, les comtes, les comtesses, les de… quelque chose, est un monde auquel le commun des mortels n’aura jamais accès. Ce qu’elle en livre ne fait d’ailleurs pas envie. Elle-même porte un regard aiguisé, parfois sans concession afin de décoder cette énigme incarnée par cette femme demeurée très belle, malgré l’âge et toujours insaisissable. Qui a-t-elle réellement aimé ? Le grand-père peut-être dont la vie est retracée, comment il a fait fortune. Comment les titres de noblesse sont venus et comment la famille s’est drapée dans des vêtements protégeant de tout. Du moins, le croyait-elle…