La Ritournelle, par Aurélie Valognes, éditions Fayard

Lire Aurélie Valognes, c’est aller cueillir un bouquet de fleurs qui redonne le moral… Mais pas seulement. Fine mouche, elle sait observer les bons côtés et les travers de chacun. Surtout un soir de Noël, quand Anne, son héroïne apprend que le traditionnel repas de Noël aura lieu dans son foyer. Antoine, le chéri (qui adore les Mon Chéri) est plus que gentil, mais un peu maladroit, quand il faut apporter son aide, surtout pour faire les courses. Tom et Léo, leurs deux chenapans, bien sympathiques, vont ajouter un peu de piment à la soirée.

Il y a d’abord la préparation de ce réveillon. L’installation du sapin, les cadeaux à emballer et les courses liées au repas. Sans compter qu’il va falloir se colleter Nadine, la mère d’Anne, divorcée depuis un certain temps, qui pense à elle et à son petit confort et n’a pas la langue dans sa poche, surtout pour envoyer quelques méchancetés aux uns et autres. Dix convives doivent se retrouver autour de la table et l’invité surprise, Patrick, le père d’Antoine, veuf que les amis ont lâché. Décemment, Antoine ne pouvait le laisser un soir de Noël. Le seul problème, c’est que, Nadine ne va arrêter de l’asticoter, sur sa coupe de cheveux, sa tenue vestimentaire. Mais il y a Mémé, si gentille… Les frère et sœur d’Anne… Une tante si charmante. Dans le lot des invités, il y a une végétarienne qui précise qu’elle est plutôt flexitarienne, mais inflexible sur la qualité des produits qu’elle consomme. Anne, qui a fait des études de commerce, a préféré les fleurs… Et ce jour-là, elle s’active pour satisfaire tout le monde… Il ne faut pas oublier de mettre le champagne au frais et sortir à temps la bûche du congélateur…

Tout aurait pu bien se passer, mais Nadine n’arrête pas de bassiner les uns et les autres. Les remarques caustiques fusent. Les réponses aussi…

Bref, cette famille à nulle autre pareille, mais qui au fond ressemble tellement à celle de tout un chacun, fait rire et offre ce qu’il faut de soleil et de bonne humeur.

L’auteure a un talent fou pour nous emporter dans cette Ritournelle. Chacun s’y retrouve… Elle montre une famille joyeuse, fofolle, qui ressemble à tant d’autres et avec le talent qui est le sien, il y a une chute…

Un roman pour éclairer les jours sombres.

Soleil amer, par Lilia Hassaine, éditions Gallimard

Avec ce deuxième roman, Lilia Hassaine, par ailleurs journaliste, confirme son talent de romancière. 

Elle nous offre l’histoire d’une famille algérienne originaire des Aurès. Saïd, le mari est déjà à Paris dans les années soixante et travaille dans l’industrie automobile quand Naja et leurs trois filles le rejoignent… La déception est immense. Le logement offert dans ce beau pays qu’est la France est loin de correspondre aux espoirs de mieux être. Naja rencontre Ève, sa belle-sœur. Un tout autre milieu, puisque Kader, le frère de Saïd aide sa belle-famille dans l’entreprise de chocolats belges. Ève et Kader vivent dans un pavillon avec un jardin et des fleurs. Ève accueille la famille, offre des vêtements à tous et entreprend de leur trouver un appartement plus vaste, moderne, confortable dans une cité encore en construction. Naja la silencieuse, ne dit rien… La voici enceinte… Quel enfant naîtra ? Elle a perdu un fils… Et pour elle, comme pour tant d’autres, naître fille est une catastrophe. Une femme dans un milieu modeste sera que la bonne et la servante des hommes du foyer.

Ce n’est pas un enfant qui naît mais deux… Et les moyens sont limités… Comment faire ? Ève ne peut avoir des enfants…

Outre, la question d’intégration fort bien abordée dans ces pages, l’auteure montre les chemins du progrès et du bonheur dans ces cités. On passe de l’âge d’or à l’abandon de ces lieux. Dès que les familles ont un peu plus de moyens, elles fuient… Mais pendant cet âge d’or, nous voyons, de beaux élans de solidarité, l’amitié entre les femmes, leurs rires… Déjà, les enfants s’éloignent de leurs parents. Leur liberté d’abord, et pas celle proposée par les parents, surtout pour les filles qui ne peuvent s’accomplir que dans le mariage, un mariage organisé par les parents.

On voit aussi comment sont perçues ces familles arrachées aux terres ensoleillées et dont les enfants trouveront difficilement à s’élever dans société. 

Le ton est juste, les pages sont habitées de personnages hauts en couleur. L’émotion est là… Le poids du secret de famille n’y est pas étranger.

Oui, le soleil peut être amer… et l’on ne cesse de s’interroger, pourquoi, mais pourquoi fermons-nous si souvent les yeux et le cœur ?

Sa Majesté Clodomir, par Christian Casoni, éditions Le Mot et le Reste

C’est un polar contemporain que nous offre Christian Casoni qui a exercé différents métiers avant de signer ce premier roman. Un polar, dont on pense que, peut-être, il va nous emporter plus ou moins à l’époque médiévale… Certes, il y a quelques antiquités qui apparaissent, mais ce sont des voyous d’aujourd’hui. Deux clans (mais hors du commun) s’affrontent et de la plus belle façon qui soit… Les morts ne manquent pas. Dès le début, ils gisent dans un pavillon après un cambriolage qui n’a pas manqué de piquant et d’hémoglobine.

Qui sont ces voleurs prêts à tout ? Qui sont ceux qui enquêtent ? Les clans nous montrent des gens très comme il faut, issus de la noblesse (ça existe encore ?) face à la mafia calabraise. Et ceux qui enquêtent ? Maniabosco, qui rêvait de tranquillité, ne s’attendait pas à ce qu’une telle histoire lui tombe sur la tête. C’est un flic qui a tout vu ou presque. Il a l’expérience, mais à son âge, faut-il tout recommencer ? L’enquête à laquelle il ne peut échapper n’a rien de simple. Et comment se remonter le moral ? En se souvenant de quelques histoires d’amours, de trahisons, de réconciliations ? Il n’a pas eu vraiment de chance dans ce domaine, et malgré sa bonne volonté, a connu quelques filles plus ou moins enquiquineuses… qui reviennent des années après lui pourrir la vie en le gênant dans ses enquêtes.

L’histoire, très équilibrée et surprenante, est bien écrite, drôle, fait référence à Gainsbourg et à sa Jane qu’Adèle une copine du héros maquillait. Il faut aussi se méfier des écrivaines, certaines savent jouer de la gâchette ou de tout autre objet donnant la mort. Une ambiance à la fois chabrolienne avec les tournures drôles et fleuries d’Audiard. Jouissif !

Les volets bleus, par Jean-Jacques Erbstein – Tome 1 Les loups de la puszta (préface de Sylvie Hamel – Tome 2 Les chemins du désespoir (préface de Chantal Didier) – Éditions Les Passagères

L’histoire du jeune Misha-Michel, fils d’Élisabeth et Jozsef, des Juifs hongrois ayant fui les persécutions juives en Transylvanie pour s’installer, d’abord à Paris dans les années 20, avant de reprendre la route pour fuir la guerre et trouver refuge dans le Gard et le Cantal, est contée par Jean-Jacques Erbstein, médecin également auteur qui a toujours vu son père, devenu journaliste en train de faire des recherches sur cette famille courage. Le jeune Michel est devenu Roland Erbstein journaliste, très connu à l’Est Républicain et Jean-Jacques s’est fait la promesse de poursuivre le travail de son père et de relater cette épopée d’un enfant juif caché…

Il fallait bien deux tomes pour évoquer cette maison aux volets bleus dans la propriété de Cécile Marcillac installée dans un château. Cécile est la générosité même. Elle sera déclarée Juste et son nom sera inscrit au monument de Yad Vashem. Élisabeth et son fils âgé de huit ans ont quitté Paris, peu après l’arrestation de Rosza, la mère d’Élisabeth, pendant la rafle du Vel’ d’Hiv. Jozsef avait déjà abandonné Élisabeth pour retourner en Hongrie, laissant sa jeune épouse et son fils âgé de quelques mois. On apprend qu’il était ferronnier d’art et avait connu Jean Prouvé. En Hongrie, il a refait sa vie. Or, Buchenwald le mangera comme tant d’autres.

Dans ces pages, nous suivons Élisabeth, couturière de talent, qui ne se remet pas d’avoir vu partir sa mère encadrée des gendarmes français. Élisabeth est tendre et affectueuse et veille sur Misha-Michel, devenu scout et ami de Nanou, le fils du notaire. Il faut chanter dans la classe de Tatave, Maréchal nous voilà, ne jamais se faire remarquer, mais très vite on comprend que l’instituteur est un homme engagé contre le nazisme… Nous découvrons aussi Élisabeth, qui elle fut enfant, jeune fille. Nous mesurons ses tristesses, la nostalgie du pays quitté, les fêtes juives qui rassemblaient et qu’il faut oublier. En même temps, nous suivons l’enquête de l’auteur pour écrire ces deux volumes… On a l’impression de happer des morceaux d’un vaste puzzle qui se reconstitue pour offrir le tableau de la survie et de la dignité reconquise d’une vaste famille éclatée.

L’auteur offre dans chaque volume un cahier photos. Ce cahier est une offrande, car cette histoire vibrante ne peut laisser indifférent. Elle nous interpelle et nous rappelle qu’il faut demeurer vigilants. 

Ces pages sont tout simplement magnifiques. Un témoignage fort, émouvant autant que poignant.

À lire, à offrir !

À NOTER : Tous les droits de ce livre seront reversés à l’OSE (œuvre de secours aux enfants), association qui avait pour but de cacher les enfants juifs pendant la guerre (la maison d’Izieux en faisait partie) et qui aujourd’hui est toujours impliquée dans l’enfance malheureuse.

L’envers de l’été, par Hajar Azell, éditions Gallimard

Lorsque Gaïa meurt dans la grande maison familiale de Tephles de l’autre côté de la Méditerranée, comme il est de tradition, la famille se réunit. Elyo, son fils ingénieur agronome qui vit à Paris, vient pour les funérailles, et ses deux filles May et Sarah suivent. Sur place, il y a Nina, la fille adoptive de Gaïa, atteinte d’une légère surdité depuis sa naissance, Rita une autre fille, mère de deux fils et de Camélia sensiblement du même âge que May. Pauvre Rita, contrarié dans ses amours. 

Pendant leur enfance et adolescence, May et Camélia se sont souvent rencontrées, bien entendues. Beaucoup de secrets partagés, l’éveil à la vie, à la liberté, à l’amour aussi.

La mort de Gaïa est l’occasion de retrouvailles. Le temps a passé et, à peine le temps du deuil commencé, Rita qui s’estime le chef de famille, déclare qu’il faut vendre cette maison… 

Qui se soucie de Nina qui a toujours veillé et servi tout le monde ? Elle organisait les repas, le partage des figues…

Les souvenirs font l’assaut chez les jeunes femmes. Camélia avait remarqué que la maison qui contient une vaste bibliothèque, était peut-être un lieu où l’aïeule enfermait un secret…

Avant la mise en vente, May revient seule… Nina est toujours là. Pour May qui traverse un moment difficile, s’imprégner encore de cette maison de femmes, ce qu’elles y ont vécu est un chemin de guérison. Le passé de cette lignée de femme s’accroche au sien… Elle découvre Nina, mise à l’écart, privée d’héritage et ce que May a cru être un paradis fut un lieu de souffrances pour ces femmes. 

L’auteure peint cette maison, s’en approche comme d’un authentique personnage qui en fait tire les ficelles des rapports humains entre les uns et les autres sans effacer les traces de violence. C’est dur de vivre ensemble, d’aspirer à la liberté et d’être prisonnière des conventions d’une époque et d’une culture.

Ce premier roman est écrit à la fois avec délicatesse et sensualité. La douceur de la mer non loin peut rafraîchir… Les oliviers font de l’ombre et les citronnades posées à côté des figues peuvent adoucir les chaînes qui empêchent l’envol…

L’auteure sera reçue à la Librairie Hall du Livre à Nancy, rue Saint-Dizier le 16 mars à 18 h – Entretien et dédicaces autour du verre de l’amitié.

Minuit dans la ville des songes, par René Frégni, éditions Gallimard

C’est toujours un bonheur de lire René Frégni, le « vagabond des mots » tel qu’il se définit…

Ce roman en forme d’autobiographie emporte lectrices et lecteurs dans les paysages qui furent les siens depuis l’enfance jusqu’à sa vie d’adulte. 

Une enfance à Marseille bercée par sa mère qui lui lisait Le comte de Monte-Cristo, les Misérables et Sans famille… Le garnement en était ébloui et, autant que faire se peut, séchait l’école, planquait le cartable pas loin du baby-foot dans le café où, avec d’autres, il cultivait l’oisiveté et les petits larcins.

Il aimait sa douce maman, mais avait besoin d’un ailleurs… qu’il trouva en Angleterre et dans les geôles de l’Armée étant arrivé un mois trop tard pour son incorporation. Entre les murs gris et les couvertures rêches de Verdun, l’aumônier put lui fournir d’autres lectures…

Ce qui ressort de ces pages, c’est la lumineuse tendresse de l’auteur, son goût pour la beauté de la nature, son attrait pour les jolies filles et l’amitié reçue et offerte… Le même qui fut le charmant chenapan, devenu adulte, nourri de mots, les a dévorés, digérés et n’a pas manqué d’en faire profiter d’autres…  

Devenu auteur, toujours étonné d’avoir été publié, il anime des ateliers d’écriture en prison… Il a pu y retrouver des petites frappes du passé, et des personnes au passé effrayant, mais les mots peuvent tant de choses. Il a parfois aidé quelques-uns à goûter à davantage de liberté. Le sombre de la prison a besoin de soleil. René Frégni confesse rester un marcheur qui va, livre et carnet en main, afin de noter toujours, encore et encore, la beauté des paysages… Une façon de garder la trace du jardin de sa mère… et d’y voir Solex, la boule de poil soyeux, le chat recueilli et adopté. Quand on va de village en village, par ces premiers après-midi tièdes de l’année, tout est si calme, si vivante la lumière, on se dit que rien n’a changé depuis notre enfance. Quelle chance on a eue de naître, par hasard dans ce coin de l’univers.

Oui, quelle chance nous avons, nous, lectrices et lecteurs de pouvoir lire René Frégni et de le suivre jusque dans les collines qui bordent Manosque…

Peurs en eau profonde, par Olivier Descosse, éditions XO

Olivier Descosse, auteur de romans fantastiques, avocat, et passionné par la plongée sous-marine, réussit le tour de force, dans son récent thriller de nous entraîner dans les fonds sous-marins, aux côtés de Jean Sardi, patron d’une boîte située à Toulon, et qui va réparer l’irréparable dans les fonds sous-marins, quand des cargos, chalutiers ont subi quelques avaries ou gisent par plus de cent mètres de fond… En même temps, il rend service à quelques labos pharmaceutiques en récolant des échantillons de plancton indispensable à l’explication et à la protection de la vie. 

Le roman commence avec l’accident de Thomas aux côtés de Jean. Thomas n’a pas pu réparer une conduite. Du mazout jaillit tel un geyser et par cent mètres de fond, Thomas n’a pas pu survivre.

Dans le même temps, au large de Marseille, un chalutier trouve dans ses filets le corps affreusement mutilé d’une jeune femme nue… Un pied a été sectionné. Le dossier est confié à Chloé, jeune commandante qui flaire autre chose qu’une banale noyade… Elle pousse ses collaborateurs à la suivre dans une enquête peu aisée. La victime travaillait au Marineland et dressait des dauphins… Elle savait donc nager et connaissait les risques liés à l’eau…

Or, les analyses de son corps vont prouver le flair de Chloé… La victime avait des liens avec Jean Sardi… A-t-on affaire à un crime ou est-ce autre chose de plus démoniaque ? D’autres corps remontent à la surface.

Il faut tout le talent de l’auteur pour embarquer lectrices et lecteurs sur de nombreuses fausses pistes, et en même temps, nous expliquer différents scandales… Comment des entreprises ont pollué certains lieux… Personne n’a oublié l’affaire des boues rouges et tant d’autres. On découvre aussi l’univers de la plongée sous-marine, celle des touristes et celle de ceux dont c’est le métier. 

Le roman fait voyager, le long des côtes de la Méditerranée, mais aussi en Suisse et au Groenland.

On manque parfois de souffle, comme Chloé, l’enquêtrice de la Crim’ qui ne lâche rien, peut-être en souvenir d’un drame amoureux qu’elle a vécu auparavant…

L’auteur nous promet qu’elle reviendra dans d’autres romans, pour d’autres enquêtes… On va attendre avec impatience une suite. 

Ce roman, tel un huis-clos où le manque d’air peut se faire ressentir est en tout cas passionnant. Ne le manquez pas !

Le loup m’a dit, tome 1 et 2 par Jean-Claude Servais, éditions Dupuis

Dans le Tome 1, de cette BD somptueuse, Jean-Claude Servais, auteur et illustrateur nous a permis de découvrir Ambre, dite la Loba, une sorte de sorcière qui a rompu avec ses frères humains pour se réfugier en forêt. Elle veut retrouver les os de son loup bien-aimé et le ressusciter grâce à une formule magique qui n’appartient qu’à elle.

Or, le territoire d’Ambre est soudain « violé » par une jeune chercheuse qui trouble ses jours… Les nuits d’Ambre sont son refuge, le grenier de ses souvenirs. Pourquoi a-t-elle rompu avec les humains ? Au nom du progrès, ils ont davantage « tué » fait périr au lieu de sauver et de préserver. Et naturellement, le loup est là avec ses questions, ce que l’histoire a retenu de lui. Pourquoi est-il devenu ce que les légendes en ont fait ?

Dans ce volume 2, comme dans le premier, l’auteur capte notre attention, dénonce évidemment l’excessif lobby du bien-être et du progrès quelle que soit la forme adoptée. Au nom de l’écologie, voilà que les hommes inventeurs de l’éolien sans se soucier des conséquences sur la faune… L’auteur glisse ici et là ce qu’est la vraie biodiversité. Avec lui, on apprend, on réfléchit autrement. 

L’histoire offerte est attachante. On vibre avec les personnages. Et naît l’émotion qui nous incite à réagir. On ne peut rester les bras croisés, sans rien faire.

Il faut saluer la qualité des dessins des albums. 

Deux ouvrages très forts, superbement dessinés qui incitent à une vraie rencontre avec la nature, à ouvrir nos yeux pour voir autrement.

À NOTER : 

• Le 5 MARS 2022, l’auteur dédicacera ses ouvrages à partir de 14.30 à la LIBRAIRIE LE NEUF à Saint-Dié-des-Vosges – librairieleneuf.fr

• À 17 h, il sera interviewé par Frédéric BLANC coordinateur et responsable pédagogique de l’association TERRA à la CABANE DU DAROU, 10 rue de la Prairie à Saint-Dié-des-Vosges

L’après-midi s’achèvera par une dégustation de bières de la Brasserie de la ferme Husson, bière de Maxime Servais.

Les Liaisons périlleuses, par Frédérique-Sophie Braize, éditions Presses de la Cité

Frédérique-Sophie Braize est née à Évian et a passé son enfance en Haute-Savoie, elle connaît parfaitement l’esprit de la région, l’attrait pour les cimes. Déjà auteure de plusieurs romans, souvent primés, elle est à la vitrine des libraires pour décrire ce qu’a représenté l’alpinisme au dix-neuvième siècle. On voulait gravir le Mont-Blanc, exploit à la portée de tous, ou presque. Et si l’histoire a retenu le nom des hommes, l’auteure a bien cherché pour trouver la trace de femmes, mais oui, il y en eut qui osèrent.

En 1838, nous voici à la suite de Quitterie d’Arcy, comtesse, s’il vous plaît. Nous découvrons aussi la vie Pernette Croz, fille d’auberge à Chamonix…

La comtesse s’étourdit dans les bals et réceptions, sans doute pour oublier cette enfance psycho rigide dans laquelle elle fut élevée. Ce fut au couvent, en Bourgogne, pour apprendre les bonnes manières liées à son rang. Il fallait taire les démons qui assaillent les femmes… Pernette, de milieu modeste, doit taire les offenses et donner son salaire aux siens. Pour l’une, comme pour l’autre, peu de place est faite à la liberté d’être. Convenances et devoirs sont le lot de ces femmes.

Le mérite de cet ouvrage, c’est d’alterner le présent d’une expédition, le présent de la vie à Chamonix, et les souvenirs des deux jeunes femmes que tout sépare, quoique…

Le mérite de cet ouvrage, c’est de peindre cette condition féminine, les aspirations à la liberté, à l’amour et de montrer une époque… Ici, on a le souvenir de quelques célébrités passées par là et qui ont pu choquer. George Sand, Liszt et Marie d’Agoult… 

Le mérite de cet ouvrage, c’est de restituer par l’écriture et la sensualité le ressenti des héroïnes qu’on a failli oublier.

Le mérite de cet ouvrage, c’est d’éclairer nos lanternes et de nous donner le cœur battant.

À la fin de l’ouvrage, l’auteure donne quelques précisions sur les personnages qui l’ont inspirée.

À lire !

Bel Abîme, par Yamen Manai, éditions Elyzad

Yamen Manai est tunisien et vit à Paris où il est ingénieur et travaille sur les nouvelles technologies de l’information. Déjà auteur de trois romans, tous primés, il propose Bel Abîme, un roman qui ne peut laisser insensible.

C’est l’histoire d’un adolescent qui a trouvé un chiot nouveau-né dans un chantier et l’a sauvé. Il a d’abord fallu le cacher, car dans la religion musulmane, le chien est impur. Mais cet adolescent aime le monde animal. Il ne comprend ces horribles hadiths écrits trois cents après le Prophète et qui n’arrangent que ceux qui les ont écrits ou qui les appliquent. Il a toujours été révolté par la cruauté des gosses près de lui jouant à martyriser le monde animal. « Qui a un jour entendu le cri d’un caméléon qu’on a brûlé dans des cartons ? » Moi, se souvient ce jeune adolescent qui se trouve en prison, (je ne puis tout raconter) et a un avocat commis d’office et est visité par un psy… 

Il ne regrette rien. Si c’était à refaire, il agirait de même. Ce qui compte pour lui dans cet enfermement dans lequel l’a plongé l’histoire de Bella, le nom donné à la chienne, c’est son souvenir, elle seule savait essuyer ses larmes, apaiser sa souffrance. Or, dans ce pays, l’ordre vient du ministère, on abat les chiens pour éviter la rage. C’est si facile de s’en prendre à un chien. Pour lui, si Allah a créé le chien, ce n’est pas pour l’exclure.

Ce fougueux adolescent, épris de justice et de beauté raconte sa vie en Tunisie, son père préoccupé de réussite, avec une fabuleuse bibliothèque qu’il n’a jamais lue… Mais des rayonnages emplis de livres, ça pose un homme de son rang. Lui, le jeune garçon a lu. Les livres rendent moins sots. Qu’est-ce qu’un père qui n’a que le langage des baffes et le mépris pour les siens ? L’adolescent ne doit pas en vouloir à sa mère, mais jamais elle ne l’a défendu, pas plus que les autres membres de la famille. C’est une femme soumise… pas prête à se révolter, à conquérir sa liberté.

Comment imaginer la vie et le désespoir de cet adolescent ? L’auteur a trouvé le juste ton pour décrire sa peur, ses révoltes et ses espoirs. 

Un ouvrage d’une grande qualité à lire, à offrir.

Dans le cadre de Livres d’ailleurs festival qui se tiendra du 3 mars au 6 mars 2022 À Nancy, grâce à Diwan en Lorraine, contact@livresdailleurs.fr, j’aurai le plaisir d’animer la table ronde « Tunisie, onze ans de désirs de changement » où seront présents Yamen Manai pour Bel Abîme et Amine Alghozzi pour Danse Aléatoire (titre en Arabe Zindali) le jeudi 03 mars 2022 de 18.00 à 20.00 – Résidence universitaire Mon Plaisir rue Jacques Callot à Vandoeuvre.