Alice au pays des femmes, par Patricia Reznikov, éditions Flammarion

Quand Lewis Carroll écrit Alice au pays des merveilles, il ne s’adresse pas aux enfants. Il est, plus ou moins, irrité par la société dans laquelle il vit. Lui, le mathématicien aux prises avec les mathématiques modernes veut démontrer l’absurdité de la société qui attend la jeunesse.

Depuis, son ouvrage ‑et il faut le comprendre, ça n’a pas changé‑ est devenu une référence.

Pourquoi la petite fille grandit ou rétrécit –selon sa compréhension du monde et de l’organisation de celui-ci ? Il y a quelques personnages savoureux. La mère Lapine, l’horrible Duchesse, etc, etc…

Patricia Reznikov, l’auteure franco-américaine, a eu l’idée de revisiter cette grande histoire du comment et du pourquoi de nos vies et surtout de l’adapter à aujourd’hui, à travers des nouvelles vécues par son héroïne Alicia. C’est toujours aussi difficile de naître fille, de grandir dans un monde organisé par les hommes. Ce roman d’Alicia commence fort avec un affreux jojo dans le métro qui se masturbe devant la fillette qui fuit, qui fuit… Alice est dans le puits… Il y a d’autres nouvelles, quelquefois drôles et pétillantes et qui nous interpellent, comme celle décrivant Alicia allongée sur son lit face au miroir. Quelle promesse peut-il lui faire ? Il faudrait déjà comprendre le peuple des hommes, qui sont parfois de merveilleux amants tout en faisant preuve de cruauté…

Les mêmes choses s’observent dans les tribunaux et ceux qui jugent peuvent avoir revêtu quelques masques et déguisements et parfois ressembler à des animaux (pas gentils pour eux) …

Le ton du recueil est moderne et ponctué de chansons qui ravivent quelques souvenirs : où sont les femmes ? Comme un garçon, j’ai les cheveux longs

On peut lire, dans l’ordre, dans le désordre aussi pour suivre l’héroïne. On grandit avec elle, on peut aussi rapetisser… C’est selon. Parfois, drôle… En tout cas, une invitation à voir autrement. Un regard sans concession sur la place des femmes. N’en déplaise aux messieurs !

Merci, Grazie, Thank you, par Julien Sandrel, éditions Calmann-Lévy

Le premier roman de Julien Sandrel La Chambre des merveilles a connu un tel succès (et ceux qui ont suivi aussi), traductions, prix, adaptation au cinéma, en B.D. et un projet au théâtre, que l’auteur, de formation scientifique, a décidé de se consacrer entièrement à sa passion, l’écriture.

Voici Merci, Grazie, Thank you, un roman choral qui montre trois femmes, l’une, Gina, quatre-vingt-cinq ans, sa copine Olga, soixante-quinze ans et Chloé, la petite-fille de Gina qui a à peine terminé ses études. Le titre peut donner l’impression que ce roman sera à classer dans les feel good. Eh bien, non… Il aborde des sujets de société d’aujourd’hui, maternité, les amours hors cadres, mais si belles, les secrets de famille… L’accueil des réfugiés étrangers… Comment les Italiens venus chercher à mieux vivre ont-ils été accueillis dans le sud de la France au début du vingtième siècle. 

L’auteur nous raconte la bouleversante traque à mort à laquelle se livrèrent des Français travaillant dans les salines non loin d’Aigues-Mortes. Plus de quatre-vingts morts. On a traqué jusqu’à tuer et le procès pour apaiser les esprits a relaxé tout le monde… Gina est la descendante d’un enfant sauvé de la furie humaine. L’auteur nous raconte aussi ce qui s’est passé pendant la dernière guerre, une autre traque qui conduisait dans les camps de la mort… 

L’histoire commence avec la pétillante Gina, une habituée des cartomanciennes, celles qui peuvent prédire l’avenir, des jours heureux ou malheureux. L’année de ses soixante-cinq ans, madame Salomé annonce à Gina une grosse somme d’argent, mais aussi la mort peu après. Joueuse, Gina fréquente les casinos pourvus de machines à sous et, l’année de ses quatre-vingt-cinq ans, gagne un million d’euros… Cela est l’occasion pour elle de dire merci à celles et ceux qui l’ont aidée, ou à qui, estime-t-elle, elle doit quelque chose. Mais il faut faire vite, devancer la mort. Au lieu d’entamer un périple avec la chère Olga, Gina part seule, à Nice, puis aux États-Unis. L’affolement gagne Olga qui s’en ouvre à Chloé. 

Un périple extraordinaire les réunira, fera venir la lumière sur les zones d’ombre, projettera les uns et les autres sur les chemins du cœur. Tout cela, avec émotion et intelligence qui rendent plus fort et plus grand.

Une réussite, cher Julien Sandrel, à qui on peut dire Merci, Grazie, Thank you

Personne ne nous verra, de Conor O’Callaghan, roman traduit de l’anglais (Irlande) par Mona de Pracontal, éditions Sabine Wespieser

Conor O’Callaghan est un poète irlandais qui a déjà publié chez Sabine Wespieser un premier roman : Rien d’autre sur terre en 2018. Il nous revient avec un autre roman Personne ne nous verra, pour nous conter l’histoire de Paddy qui vient de vivre une histoire d’amour malheureuse et qui désire mettre de la distance, éloigner ce chagrin en se rendant le sud de la France à bord d’un camion… 

Que se passe-t-il dans sa tête et dans sa vie ? Il est encore dans le ferry se dirigeant vers Calais, quand il se met à converser avec une personne cachée derrière le rideau de la cabine. Il s’agit d’une jeune fille, Kitty, sa fille. 

Par intermittence, tous deux vont dialoguer. Quand elle dort ou se tait, la vie de Paddy lui revient. Qui est-il ? Qui a-t-il aimé ? Comment a-t-il aimé ? Qui est son épouse, la mère de Kitty, dont il est séparé ? Parfois, le camion s’arrête sur les aires de repos, dans un bistrot de routiers. Il ne s’intègre pas aux autres… Il les regarde, les entend. Un minimum d’échanges. 

La vraie conversation est avec sa fille, mais dans un langage particulier, compris d’eux seuls ou presque. Ce n’est pas toujours facile de les suivre… Mais on arrive peu à peu à comprendre l’histoire de Paddy et de Kitty. Le besoin de Paddy d’avoir Kitty à ses côtés. Le drame les ayant unis, malgré eux ?

Parfois, le téléphone s’allume et quelques messages encadrés apparaissent. Paddy a un jeune frère. Les liens existent même s’ils sont difficiles à garder. Paddy est en fuite. On perçoit sa douleur. Un événement s’est produit, « la chose est arrivée ».

Ce voyage, entre passé et présent, où l’avenir n’a pas sa place, puisque l’amour a déserté, bouleverse. Et quand je dis amour, c’est l’amour sous toutes ses formes, jusqu’à l’errance qui conduit Paddy jusqu’au bout de lui-même. Il y a la beauté des dialogues poétiques autant que hachés qui sont tels des coups de griffes, des blessures qui lacèrent le cœur et l’âme. 

Au cours de ce voyage vers le Sud, pour retrouver la terre de Grand-ma de Kitty, on mesure la tendresse de Paddy qui s’adresse à sa fille avec de si jolis mots, mon cœur… Elle veut entendre qu’elle est sa fille, celle qui demeure. Kitty s’en est allée… Il lui parle des légendes irlandaises tournées vers la vie… Mais qui peut encore les entendre ? Qui essuiera les larmes d’un chagrin qu’il faut oser affronter… Le camion et sa cabine, le manteau de vison blanc de la grand-mère sont des métaphores, tels des paravents, des instruments qui absorbent et dérobent une réalité douloureuse à affronter.

Ne pas se priver de ce grand texte !

Traversée, par Rivka Nadel, éditions Actes Sud

C’est le premier ouvrage de Rivka Nadel qui vit à Strasbourg… L’éditeur a écrit roman sur la couverture, mais c’est davantage le récit d’une vie, la quête de sens qui fleurissent dans ces pages fort bien écrites.

C’est l’histoire d’une lycéenne qui entre en première littéraire au lycée Henry IV. Une époque (les années 1970) où très peu de filles étaient admises à fréquenter ce « Lycée sur la montagne », montagne Sainte-Geneviève. L’adolescente est saisie par la beauté du lieu, l’architecture inscrit en elle quelque chose qu’elle ne mesure pas. Une ascension… (La marche sur les toits est fascinante).

La suite, c’est hypokhâgne et khâgne, des classes d’élite, de formatage, écrit l’auteure qui ne sort pas indemne de ce passage « obligé ». Pourtant, elle y rencontre un professeur exceptionnel qui vit la littérature et un jeune homme avec qui elle partage des origines juives polonaises. Un peu amoureuse de lui, mais il choisit quelqu’un d’autre.

Très vite, la jeune fille, en quête de sens, se sent attirée par l’étude de la Torah. Le Livre où tout est écrit, l’histoire des ancêtres et la sienne… Elle comprend que les études qu’elle suit ne combleront pas sa soif. Il faut chercher ailleurs, marcher vers soi, et vers « l’inconnu de soi »… C’est aussi l’époque à la fin des années soixante-dix où le féminisme bat son plein. Elle se sent une parenté avec les combats menés. La rencontre avec un étudiant talmudique va tout changer pour la narratrice. Comme dans le Livre, l’homme ouvre le passage. Il devient rabbin et l’épouse…

La cérémonie du mariage, le sens de ce qu’elle implique est racontée avec la lumineuse simplicité de la vraie beauté. Elle dit combien est importante la promesse d’aimer et de protéger qui se dit sous le dais. La maternité viendra combler la très jeune femme.

Ces pages redonnent du sens à toute vie. On voit la narratrice heureuse avec quatre enfants, même si elle doit se mettre en retrait d’une vie intellectuelle qu’elle aime. Cependant elle ne l’abandonne pas car l’époux, chercheur, auteur d’articles, montre son travail. Elle peut ainsi le suivre. Elle perçoit être « dans une création mouvante et qui recommence à chaque instant ».

On suit l’auteure avec bonheur dans les chemins de sagesse qui sont les siens. Ils nous disent quelque chose de nous que nous cherchons aussi. « Mon abécédaire sensoriel n’a pas de fin. Je parle la langue des images comme les savants le latin, comme les érudits l’hébreu, comme la baleine joue de la cornemuse des glaces, comme la main du cruel décape, comme les deux faces de l’être se neutralisent… »

La poésie est à fleur de page et de cœur. Cette traversée est une réussite.

Ainsi parlait Jules, par Sophie Daull, éditions Philippe Rey

Sophie Daull, comédienne, s’est fait connaître en 2015 avec un premier roman (plutôt un récit) Camille, mon envolée, meilleur premier roman de Lire. Elle y évoquait « l’envolée » de sa fille, Camille, vers ce pays d’où l’on ne revient pas. Elle pointait, sans haine, une médecine urgentiste défaillante qui prit pour une grippe ce qui était une grave méningite. La plume de Sophie Daull, belle, incisive, (sans pathos) mais au juste ton, ne pouvait laisser insensible. Sophie a poursuivi avec d’autres romans, La suture ; Au grand lavoir (couronné du prix de littérature de l’Union Européenne). 

En ce printemps, voici Ainsi parlait Jules… Un autoportrait sans concession, à deux voix… Les souvenirs d’enfance de la narratrice viennent contrebalancer la méchanceté –que j’interprète ainsi– de ce Jules, donneur de leçons et justicier… Cela étant, Sophie Daull ne pose pas son héroïne en victime… Elle lève le voile sur beaucoup d’errance qui furent les siennes… On la reconnaît dans son métier de comédienne (que comprend si mal le Jules) la douleur de la perte de sa fille… Son désir de plaire, même au Jules. Elle travaille et s’active à la maison, vaisselle, cuisine, rangement, alors qu’il ne lui en demande pas tant. Pourquoi faut-il que les femmes portent en elles cette éternelle culpabilité d’être née femme ?

Comme on aimerait que Jules ait la bienveillance et la douceur dont la jeune femme, puis la femme a besoin. 

Sophie Daull pose la grande question de l’amour vrai. Comment faire couple, comment ne pas blesser ? Comment accepter l’autre ? Et quel est ce besoin de blesser, si l’amour s’est éloigné ?

Il faut saluer le style de l’auteure, les trouvailles, l’originalité. La plume est coup de griffe, certes, mais au-delà de la griffe, se dessine cette soif de tendresse, cette absolue nécessité de vérité. Elle ne se fait pas de cadeau, ne se cherche pas d’excuses. C’est sans doute un livre à lire à deux, pour chercher cette part de vérité et d’inavouable en chacun, afin de dessiner des pages de beauté, où Jules ne parlerait plus ainsi, où, de part et d’autre, germeraient ces regards de compréhension qui permettraient que tombent les murs afin que l’on puisse danser vraiment.

À l’adresse du bonheur, par Lorraine Fouchet, éditions Héloïse d’Ormesson

Lorraine Fouchet a la plume enchanteresse, celle qui mène sur les chemins du bonheur… Fille aimée de son papa Christian Fouchet, ministre du général de Gaulle (elle a écrit sur le sujet J’ai rendez-vous avec toi), elle porte le prénom de Lorraine, car son papa était très attaché à la Lorraine) elle est aussi une romancière-conteuse fabuleuse. Elle aime parler des familles, des liens entre les uns et les autres, le pourquoi du comment, titiller ces familles bien sous tous rapports et qui ont (comme beaucoup) tant de secrets. Et quand elle nous emporte sur l’île de Groix dont elle est tombée amoureuse, au point de partager son temps entre ce caillou à nul autre pareil, la région parisienne et l’Italie aussi avec une belle approche de celles et ceux qui soignent (elle est médecin urgentiste)… ce n’est que du bonheur pour les lectrices et lecteurs.

Nous revoici à l’île de Groix, Pierre Saint-Jarme, médecin, découvre que Ker Joie, la maison de famille vendue il y a dix ans est de nouveau sur le marché de l’immobilier, Pierre se précipite. Clarisse son épouse qui n’aime guère l’océan –c’est trop mouillé– mais ne voulant que son bonheur, l’encourage. D’autant plus qu’Adeline, la mère de Pierre va fêter ses quatre-vingts ans… Si on fêtait ce grand anniversaire là-bas…

Pierre a pourtant réagi très vite, mais un Écossais était déjà sur les rangs et malgré l’offre au-dessus du prix qu’en fait Pierre, il ne peut parvenir à ses fins. Il peut cependant la louer, la remeubler le temps d’un week-end pour réunir la famille… Sa sœur Servane, les enfants de Paul, le frère qui a disparu au Tibet vingt ans auparavant, les enfants de Servane, la fille de Paul… Les siens… Cela devrait faire pas loin de neuf, dix couchages… D’autant plus qu’il y aura des rencontres… Un petit fils est tombé amoureux pendant la pandémie, d’une artiste qui chantait sur un balcon. Lui jouait du saxo…

Comme dans toutes les familles, on s’aime et parfois on se désaime un peu. Quelques griefs peuvent resurgir… Et cet homme qui rode et veut se venger de cette famille… Qui est-il, et quel est son but réel ? 

C’est un roman ancré dans le présent… Est-ce que la pandémie a changé tant de choses ? A-t-elle rebattu les cartes d’un monde bien huilé ?

Joli portrait d’Adeline qui transmet ses recettes, mais à la belle-fille et pas à sa fille… Quelque chose ne tourne plus rond. Mais en matière d’amour, humour, de regards tout est là… Ajoutons à cette lecture, quelques recettes et la play liste du roman et on a bien l’adresse du bonheur.

Merci, chère Lorraine, à l’année prochaine pour d’autres gourmandises littéraires.

Lisa Neumann, par Michèle Kahn, éditions Lepassage

Les lectrices et lecteurs qui avaient apprécié Shanghaï-la-juive vont être ravis de retrouver la famille Neumann. C’est Lisa surtout que l’on suit, d’abord à Hong-Kong en 1997, au cours de la fête à l’occasion de la rétrocession de l’ancienne colonie britannique à la Chine avant de se retrouver en Suisse. 

Lisa, la fille de Walter Neumann, patron d’un empire de presse a disparu. (Le roman Shanghaï-la-Juive a été publié en poche et est réédité en même temps que Lisa Neumann, mais il est tout à fait possible de lire Lisa Neumann sans avoir lu le précédent ouvrage). Pour rappel, Walter Neumann, en 1938 est à Shanghaï, totalement démuni et va trouver le moyen de survivre… Ce n’est pas un personnage glamour, pas toujours sympathique, les scrupules ne l’étouffent guère, mais il survit et vit… Et cet épisode, montrant une communauté juive à Shanghaï, est peu connu. Ce roman fort bien documenté, est traversé de personnages attachants.

Mais voici Lisa Neumann. La jeune femme mène l’enquête, quand elle s’aperçoit que le commissaire Chu piétine. Pour elle, Walter, son père est vivant, mais où ? Elle a en sa possession les carnets intimes de son père. Des carnets qui révèlent son passé. Est-ce que sa disparition a à voir avec son passé juif ? Pour garder le lien avec lui, elle porte la copie d’un collier inspiré d’un tableau de Klimt et se rend à Zurich sur les traces d’Arnold Schuler : « Le Guillaume Tell d’un camp ». Mais bien loin du mythe suisse fondateur d’un pays. Percevant les difficultés, Lisa fait appel à un avocat, Stefan Meier qui fut un amour de jeunesse.

L’enquête de Lisa la fait remonter à la guerre de 39/45, la Shoah, les Juifs dans les camps de concentration et d’extermination. Quel rôle fut celui de la Suisse, pays neutre et qui se disait accueillant (à condition d’avoir des fonds) et la communauté internationale ? Combien de dirigeants dans le monde, y compris des alliés, ont su ? Ont livré les comptes bancaires, ont transformé l’or, se sont emparés des tableaux ?

Le talent de l’auteure, c’est de révéler les dessous de l’innommable, d’être au plus près de l’histoire, tout en gardant l’esprit d’un roman où l’amour (qui sauve) est présent grâce à des personnages attachants qui se heurtent à la vilenie. Lisa a du courage, Stefan aussi. 

J’avoue, je suis pourtant informée, que je verrai la Suisse avec un autre regard. C’est le pays du fric, le pays qui peut accueillir si les comptes sont bien approvisionnés, le pays qui a tant de mal à reconnaître ses mauvaises actions. Mais ailleurs, ce ne fut pas mieux. L’être humain est bien misérable quand devant lui passe l’attrait des richesses. 

Pourtant, on prend plaisir à suivre les bergers, à entrer dans une fromagerie, à se retrouver dans des lieux conviviaux. 

Ne pas passer à côté de cette enquête !

La nuit des anges, d’Anna Tommasi, éditions Préludes

Alice ne se doutait pas, en se rendant, en Bretagne aux funérailles d’un copain d’autrefois, qu’elle allait plonger dans l’angoisse… 

De vieux souvenirs resurgissent. Jeune divorcée, et mère d’un enfant souffrant de troubles autistiques, Alice redécouvre cette terre et celles et ceux qu’elle a quittés. Elle retrouve une époque presque oubliée. De longues études de médecine ont élevé quelques murs et imposé des distances. Mais il est bon de renouer avec l’amitié. Et si l’amour se réinventait.

Chez ses parents, elle se réinstalle dans sa chambre de jeune fille et découvre un étrange poème qu’elle classe vite dans un tiroir. Et pourtant, il a son importance.

Au cimetière, alors qu’elle vient converser avec Victoire, disparue à l’âge de dix ans, (on n’a jamais retrouvé son corps) Teddy, son premier amour, le frère de Victoire, se dresse devant elle. Il a d’abord fait partie de la PJ, dans l’espoir de savoir la vérité sur la disparition de sa sœur.

Les parents d’Alice sont heureux de renouer avec leur fille. Mais, croiser Teddy déplaît au père, retraité de la médecine. Il fut même légiste. Sa mère est fatiguée, heureuse cependant de revoir sa fille qu’elle entend câliner…

Et voici que Paloma, une petite fille disparaît. Alice se trouve, malgré elle, lancée dans cette enquête.

L’auteure distille peu à peu le poison de secrets enfouis. Elle sait emporter lectrices et lecteurs sur de fausses pistes. Les coupables ne sont pas ceux que l’on croit. Et vient le moment où les masques doivent tomber après beaucoup d’émotion et de frisson.

Les portraits des uns et des autres sont parfaitement réussis. 

L’auteure a reçu le prix du roman Kobo/Fnac, Préludes et Babelio… C’est son premier roman et nul doute, que d’autres suivront.

L’odyssée de Clarence, par Corinne Javelaud, éditions Calmann-Lévy

Clarence Desprez, ornithologue, a été élevé par Nelly… Il n’a pas connu sa mère biologique. Lorsque Nelly meurt, il choisit de revenir en terre corrézienne à Saint-Geniez-ô-Merle, non loin de Tulle. La verdure est là, il pourra observer les oiseaux et les rapaces. Le milan-royal est une espèce qu’il veut faire protéger.

Il arrive en automne. Pour faire son travail, il va en forêt et se heurte aux chasseurs que l’auteure nous présente sous un jour peu flatteur. Ils sont les maîtres des lieux et malheur à qui ose marcher dans leurs plates-bandes !

Il fait aussi la connaissance de Philippa Beaulieu, jolie cavalière qui s’entraîne car elle veut devenir jockey. La première rencontre est houleuse tout autant que sa visite au bal musette animé par un accordéoniste de talent. 

Pourquoi tant d’inimitié ? Peu à peu, Clarence apprivoise les lieux et les êtres. Survient une rencontre avec Emma, une femme aussi séduisante qu’étrange. Elle s’intéresse au monde hippique et pourrait donner à Clarence quelques précieux renseignements sur Isadora, sa mère biologique, la danseuse gitane qui vivait dans une verdine (roulotte des gens du voyage). 

L’auteure décrit bien la Corrèze, les lieux denses, parfois oppressants et les habitants à l’image de cette nature… Comment démêler la bonté des sombres pièges tendus par quelques-uns ? Que s’est-il passé autrefois ? La guerre est passée par là. Les arrestations aussi… Clarence est-il de nature à affronter un passé aussi entaché ? Comment comprendre les vilenies de quelques-uns ? Seuls les oiseaux savent une part de cette vérité dérangeante que trop souvent les bassesses humaines ont masquée par manque de courage.

Un récit bien mené.

Pitié pour l’Ukraine et les Ukrainiens

Immense tristesse

Guerre en Ukraine, aux portes de l’Europe. Guerre due à la folie d’un dictateur.

Poutine veut laisser son nom dans l’histoire pour être celui qui aura reconstitué l’empire russe.

Il laissera certes son nom dans l’histoire, mais sans gloire. Il sera, comme d’autres dictateurs sanguinaires avant lui, l’un de ceux ayant semé l’horreur, les larmes et le sang.

Le président ukrainien et son peuple font notre admiration. Nous sommes bien impuissants, hélas, face aux bombardements qui écrasent, enflamment et pulvérisent tout. Nous ne pouvons que dire, nous, personnes qui regardons avec des larmes dans les yeux : courage, nous sommes avec vous… Les politiques sont aux commandes… Il faut isoler cet homme du reste du monde. Soit. Mais après… 

Les soldats des forces de l’Otan sont aux frontières de l’Ukraine… Ils veillent sur le monde encore libre, mais sur celles et ceux que meurtrissent les bombes et la douleur, que font-ils ? Il paraît que c’est impossible d’oser davantage. 

Je pense au peuple russe. Lui aussi subit. Certains Russes, à leurs risques et périls, manifestent contre la guerre… L’Europe s’est faite, un miracle, oui… et après, après. La paix, c’est maintenant. 

Je pense aux hommes et femmes de bonne volonté qui ouvrent leurs bras, leur cœur, leur maison. Bravo à la Pologne, à la Roumanie, à la Hongrie, à la Moldavie…

Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Osons porter les couleurs de l’Ukraine : le bleu du ciel pour la liberté, le jaune des champs de blé… et que Dieu, s’il est, il est si souvent sourd à nos appels, ait pitié de l’Ukraine et des Ukrainiens !

Élise Fischer