

Je me demandais où l’auteure voulait nous entraîner avec ces corps flottants. Elle nous parle de ces minuscules débris qui se déplacent dans le vitré et projettent d’étranges formes sur la rétine. Elle fait le rapprochement comparant cette « vision » à un cosmos où ces corps se déplacent. Que signifient-ils ? Qui sont-ils ? Que véhiculent-ils ? Sont-ils une mémoire de traumatismes ou de jours heureux ?
Jane Sautière a passé une grande partie de son adolescence au Cambodge, un pays au passé douloureux. Comment ne pas faire référence au cinéaste, Rithy Panh que j’avais dans le passé interviewé ou au très beau roman de Guillaume Sire : Avant la longue flamme rouge ?
Le roman de Jane nous émeut. Nous ne sommes pas loin des lieux de Marguerite Duras. On aime l’idée de la mémoire du cœur et de celle des yeux. Les visions fixées par l’œil qui s’endorment et resurgissent, pas tout à fait éteintes, ni plus tout à fait présentes. L’auteure remonte aux origines, à sa mère, à sa grand-mère. Un mariage consenti et approuvé sur un lit de mort. Mais qu’est-ce que la mort ?
C’est bien là le romanesque de la vie, le romanesque de la vie de la mère de l’auteure qui lisait si peu, sauf Guy des Cars (Le château de la Juive) et écoutait Pia « Je ne regrette rien ». Pourtant, un jour, dans un silence religieux, assise près de la bibliothèque, la romancière trouva sa mère en train de lire Marguerite Duras d’une traite.
On ne peut résumer cet ouvrage, sauf dire : il est à lire et donner un petit conseil à celles et ceux qui voient dans leur vitré ces corps flottants. Ne fermez pas les yeux, au contraire, ouvrez-les, suivez ces corps flottants traces du passé pour oser regarder le présent et esquisser le pas de danse vers l’avenir.
















