Paula Becker, la peinture faite femme, par Maïa Brami, éditions d’Avallon

Maïa Brami a tous les talents. Auteure jeunesse, dramaturge, poétesse, son travail la conduit souvent sur les chemins de l’enfance et des femmes. Les femmes qui, de tout temps, ont dû ferrailler pour s’imposer dans le domaine artistique. 

Voici qu’elle nous offre, aux éditions d’Avallon, le travail de Paula Becker l’histoire d’une peintre, Paula Modersohn-Becker qui, bien qu’amie de Rainer Maria Rilke et de la sculptrice Clara Westhoff, a eu beaucoup de peine à émerger, à se faire connaître.

Cette artiste est l’une des représentantes précoces du mouvement expressionniste en Allemagne. Elle a osé réaliser des autoportraits nus. On ne peut qu’être attristé en découvrant qu’elle est morte dans l’anonymat, alors que ses proches admiraient son travail. Peindre était tout pour elle. Mais elle s’attachait surtout aux portraits. C’était pour elle tellement plus vivant et mystérieux qu’un paysage. 

Elle écrivait aussi son journal. Dans les années 80 des universités américaines publient ses lettres et son journal et l’on découvre ainsi cette femme éprise de liberté qui voulait tout, la gloire et pouvoir jouir de son corps. 

Elle a tout juste trente ans quand elle décide de partir à Paris. C’est là qu’elle pourra être et se révéler. Paris l’éblouit. Elle ira à quatre reprises et quand la maternité s’inscrira en elle, bien sûr, elle en sera ravie. 

À ses côtés, à Brême, est Otto Modersohn, un peintre, son mari. Malheureusement, si elle donne la vie, c’est au détriment de la sienne, puisqu’elle meurt peu après. Elle n’a pas trente et un ans.

On comprend le bouleversement de Maïa Brami en découvrant la vie de cette femme en quête d’elle-même et dont le chemin s’est inscrit au plus profond de l’auteure.

Cet ouvrage, un petit bijou, avec en couverture une peinture de l’artiste toute en rondeurs, interpelle et révèle que le chemin du féminisme au bon sens du terme n’a pas fini de se peindre, de s’écrire. 

Bravo à Maïa Brami ! 

Les Enfants de la discorde, par Jonathan Werber, éditions Robert Laffont

C’est le deuxième roman de Jonathan Werber. Un très jeune auteur au talent prometteur. Il plonge dans une époque plus que bouleversée, celle de la Terreur en Vendée, où les combats furent féroces.

Voici Simon Delmotte, jeune soldat républicain de retour au pays. Presque naïvement, il pense retrouver ses parents, sa famille et poursuivre le travail d’horlogerie aux côtés de son père. Mais quand il frappe à la porte de la demeure familiale… La porte est close et des voisins lui apprennent que son père a été assassiné d’une bien odieuse façon et que sa mère a été arrêtée. Où est-elle ? L’horlogerie a été saisie. Pour Simon, aucun doute. Le coupable, c’est le sinistre consul Jean-Baptiste Carrier qui tient la région. Une poigne de fer. Une cruauté sans nom.

Simon a de l’honneur. Mais pas seulement. La rancœur, la vengeance vont lui dicter sa conduite. Il parvient à trouver des personnages qui vont l’aider dans sa tâche, dans sa traque pour que justice soit rendue. Le juge Phelippes et l’intrigante Charlotte, une courtisane seront à ses côtés. Mais il faut du temps, beaucoup de temps pour mettre au point une vengeance terrible en cette époque brutale, meurtrière, ombrée de grands troubles. Il faut prendre garde à ne pas se laisser prendre dans les filets de la Terreur, dévorante d’âmes pures. Le remède pourrait être pire que le mal. Il faut un procès, montrer les coupables, dénoncer les maux au peuple. Mais est-on certain des faits reprochés ?

Une bien longue quête. Une peinture qui veut avoir trouvé le ton et la couleur pour que brille le soleil après une longue nuit éclairée de trop de sang.

1909, La fabrication des chiens (T.3) par Agnès Michaux, éditions Belfond

Agnès Michaux est l’auteure de quatorze ouvrages dans des genres bien différents, romans, essais, biographies. Elle est également traductrice et on lui doit la traduction du roman de Tatiana de Rosnay, (écrit en anglais) Elle s’appelait Sarah. (Tatiana parfaitement bilingue pouvait s’en charger. Il y a des détails commerciaux qui échappent au commun des mortels, dont je suis…).

Agnès Michaux est aussi une passionnée de cinéma et a réalisé deux documentaires.

Avec 1909, La fabrication des chiens, elle clôt un cycle de trois romans consacrés à la Belle Époque. 

Dommage qu’Agnès Michaux s’arrête à 1909. La Belle Époque, il me semble, cesse en 1914, à la déclaration de la Grande Guerre. Ainsi, elle aurait pu évoquer l’affaire Caillaux, qui vit justement M. Calmette, directeur du Figaro, être assassiné dans les locaux de son journal par la femme d’un ministre… Madame Caillaux avait été une demi-mondaine et entendait qu’on ne fouille pas dans son passé.

Nous retrouvons donc dans cet ouvrage (point besoin d’avoir lu les deux précédents) Louis Daumale, fils de paysan en Touraine, à qui le comte V. a payé ses études et lui a trouvé un poste de journaliste au Figaro.

Louis se raconte et observe avec finesse et intelligence le monde autour de lui. Et il a de quoi faire au cœur de ce Paris entre Montparnasse et les quartiers branchés où les intellectuels flânent de terrasses en cafés à la mode. Louis Daumale est devenu photographe. À lui les clichés des artistes et intellectuels à la mode. Il s’est aussi marié à Claire, une archéologue passionnée par l’Égypte. Le couple a deux filles attachantes et Junior, un chien qui a du flair.

À cette époque, chaque personne appartenant à la bonne société a un toutou, dont on peut se débarrasser aisément le moment venu en abandonnant le cadavre au pied de son immeuble ou en le jetant à la Seine. Des équipes d’équarrisseurs se chargent du travail. Les chiens sont aussi, hélas utilisés dans les laboratoires…

Le titre du roman, 1909, La fabrication des chiens, montre une société éprise de progrès, de vie facile (dans un certain milieu) mais qui, au fond, se soucie bien peu du vivant, animal comme humain. Les êtres humains ont parfois des comportements abjects que n’auraient pas des animaux, les chiens en particulier dont la fidélité est à toute épreuve.

1909 est-elle une année importante ? Pour Louis, le héros, oui. C’est l’année des vingt ans de l’irruption de la tour Eiffel, qui fut construite à l’occasion de la l’Exposition Universelle. Elle devait être démontée et elle est restée au grand dam de quelques voix tonitruantes. 

1909 fait peu à peu entendre des bruits de bottes et l’on se remet tout juste de la grande querelle école publique, école privée et de l’affaire Dreyfus…

Louis fréquente le beau monde et défilent Cocteau, Proust, Apollinaire, Bernanos qui fait le coup de poing et fend une arcade sourcilière à notre héros, mais aussi Péguy, Romain Rolland et des musiciens et artistes dont Debussy, Satie et Picasso. L’auteure montre aussi les grands débats qui surgissent à propos des femmes qui seraient mieux à broder, cuisiner, suivre la mode que vouloir égaler la mâle organisation du pays. Les féministes ne sont que des enquiquineuses de tourner en rond. On s’interroge aussi beaucoup sur le progrès, tout va trop vite… Est-ce le chemin du bonheur ?

Au fond, les grandes questions, évoquées par Louis Daumale sous la plume d’Agnès Michaux, sont celles d’aujourd’hui… Avons-nous su évoluer et œuvrer au bien-être ?

Cher Jean Teulé,

Ainsi votre cœur a lâché… Ainsi nous n’aurons plus d’autres nouvelles de vous qu’en relisant et approfondissant vos écrits.

Vous, le doué en dessin, qui ne voulait pas mettre ses mains dans le cambouis quand l’Éducation nationale avait voulu vous orienter vers la mécanique, avez prouvé vos dons et vos qualités. D’abord le dessin, la BD où vous avez donné un sacré coup de jeune au genre, puis les écrits… D’abord des approches de poètes, Rimbaud, Baudelaire, Villon… Vous avez fait aimer ces poètes à bien des jeunes qui, jamais, n’auraient osé ou pu les aborder. Et puis, il y a eu les bio, mais à votre façon… Vous avez fait naître le style Jean Teulé en parlant de la Montespan, d’Héloïse (l’amante d’Abélard, pas rien Ouille, ouille !) puis vous êtes entré dans l’histoire…

J’ai le souvenir de quelques interviews et notamment d’une rencontre que je modérais au Hall du Livre à Nancy. Vous avez conquis le public… Vous nous avez fait rire en nous contant votre côté hypocondriaque. J’avais le souvenir de l’homme qui était au côté de Bernard Rapp, merveilleux journaliste à France 2 avec son Assiette anglaise.

Vos derniers écrits fut cette extraordinaire bataille d’Azincourt, évoquée à votre façon, sous la pluie et qui vit les Français prendre une fameuse raclée alors qu’ils avaient en leurs mains de quoi gagner. 

Chez vous, tout était spectacle, joie, rires, excentricités pour décrire les événements. Que disait Miou-Miou votre compagne depuis si longtemps ? Nous pensons à elle, votre Miou, c’est ainsi que vous l’appeliez. Miou et son chagrin pour gommer le nôtre. Sans doute avez-vous rejoint l’étoile de Bernard Rapp. Allez-vous rire tous les deux, et vous raconter de fabuleuses histoires, celles que vous n’avez pas eu le temps de nous offrir ?

On vous espère heureux, cher Jean Teulé. On se console comme on peut, mais, ici-bas, vous nous manquerez longtemps. 

Élise

Le Manoir des sacrifiées, par Olivier Merle, éditions XO

Voici le nouveau thriller d’Olivier Merle, le douzième ouvrage de l’auteur, géologue, passionné aussi par les romans historiques dans lesquels il a su installer le suspense. Mais le thriller lui a pris la tête, le cœur et il y a plongé pour le bonheur des amateurs du genre.

Il a créé le commandant Grimm, un enquêteur déjà apparu dans un précédent ouvrage et cette fois, voici Grimm, confronté à d’horribles crimes mêlant notre époque, forcément, à des passionnés de l’homme de Neandertal (un sujet qu’aime l’auteur, relire Au crépuscule de Neandertal édit. de Fallois). Si l’histoire passionne Olivier Merle, il confie que le genre thriller lui donne beaucoup plus de liberté. Il peut laisser courir son imagination. 

L’enquête qu’il nous propose avec Le Manoir des sacrifiées provoque bien plus que des frissons, on atteint les rives de la folie. Baptiste et Solène finissent de dîner et s’apprêtent sans doute à regarder un bon film sur Arte, peut-être un Chabrol quand…

Personne n’entendra les cris glaçants de Solène qui disparaîtra… Grimm verra un homme agenouillé, le crâne fracturé, devant un crâne de Neandertal posé sur un meuble. La mise en scène est soignée et le commandant Grimm et son équipe s’interrogent… Mais l’enquête ne donne rien… Et plus glaçant, d’autres crimes sont commis… Des hommes sont assassinés et leur épouse ont disparu. Ont-elles été tuées ? Où a-t-on déposé les corps ?Ou bien sont-elles détenues quelque part ? Mais où ?

L’auteur nous trimballe de la Bretagne (il est né à Rennes) qu’il aime à Montpellier, lieu d’une partie de sa belle-famille… D’autres personnages rejoignent Grimm, un homme attachant empêtré dans son affaire personnelle, hésitant, mais si humain.

On aime qu’il tombe amoureux. On apprécie les notes d’humour de ceux qui sont à ses côtés. On découvre une société secrète… Une vieille famille noble bretonne remontant loin dans le passé. Et un fil presque conducteur avec une ancienne voiture Panhard Dina Z.

Comme toujours, il est difficile d’en dire davantage sans déflorer l’histoire et la fin. 

L’écriture d’Olivier Merle est efficace, les personnages bien campés, certains très attachants et les êtres abjects parfaitement décrits.

J’aime l’idée, que Grimm reviendra enquêter dans une autre région avec laquelle il a des liens… Dans l’Est, en Alsace, terre d’histoire et de mystère.

Ce manoir glaçant abritant les délires de ses occupants va capter lectrices et lecteurs et tenir en haleine. Bravo !

Un futur presque parfait, par Élisabeth Segard, éditions Calmann-Lévy

Élisabeth Segard, journaliste à La Nouvelle République, avait mis en scène dans Une certaine idée du paradisViolette Laguille, ex-patineuse artistique dans sa jeunesse. Retirée à Mouy-sur-Loire en Touraine, la vieille dame a ses secrets, et a conservé belle allure et esprit vif. Quand dans la petite ville quelque chose ne tourne pas rond, elle ose s’en mêler avec succès. La plume de l’auteure est vive, riche d’humour, un rien sarcastique. Elle sait peindre ces petites localités où apparemment, il ne se passe rien, et pourtant…

Violette Laguille nous revient dans une nouvelle comédie policière. Les élections municipales se profilent et Claudine Imbert, qui a déjà rempli avec succès deux mandats, veut rempiler. Cette fois, des opposants se dressent, y compris dans son propre camp. Un chef d’entreprise et propriétaire d’un hôtel de luxe et un jeune notaire aux dents longues.

Dans le même temps, non loin, une exposition de bijoux, dont certains ont appartenu à Wallis Simpson, le grand amour d’un roi qui renonça au trône du Royaume-Uni pour ses beaux yeux, vont être vendus aux enchères.

Pourquoi Violette s’agite-t-elle ? C’est que sa vie ne fut point simple… Un presque fiancé, Jean-Bedel Bokassa, mais oui, lui avait offert une magnifique parure ayant appartenu à Wallis Simpson… Or, la même parure va être vendue ? C’est possible cela ?

Pour compliquer le tout, voici qu’au village, un meurtre est commis. Un candidat aux élections. Et les gendarmes du lieu ont toujours les mêmes difficultés. Violette va-t-elle accourir sans se mettre en danger ? Quel lien avec les faussaires en matière de bijoux ? Violette n’est guère raisonnable. L’a-t-elle jamais été ? Qu’est-ce qui est le plus important ? Les bijoux ? Ou la rose qui doit être créée et qui portera le nom de Mouy-sur-Loire ?

Cette comédie enjouée est truffée de proverbes ou citations, vraies ou inventées par l’auteure. Une lecture récréative, c’est utile en ce moment de grisaille. On admire le lien entre Une certaine idée du Paradis et Un futur presque parfait. Les couvertures sont réussies.

L’écharpe oubliée par Laure de Pierrefeu, éditions City

Claire est graphothérapeute. Elle aide des enfants qui ont des difficultés scolaires ou éprouvent un certain mal-être dans leur vie familiale. Elle travaille avec une psychologue. Beaucoup d’amitié entre les deux femmes. Mais Claire est aussi une femme généreuse, veuve depuis deux ans, avec deux grandes filles Maud et Charlotte. Elle est bénévole dans une unité de soins palliatifs à la Maison Saint-André, chaque vendredi.

Nous la suivons de chambre en chambre. Il y a ceux qui ne veulent pas de présence, celles et ceux qui, au contraire, sont heureux de la visite et se livrent.

Vient Henri, un patient un peu hors du commun qui a besoin de se mettre au clair avec son passé. Il a 90 ans, est seul. Plus rien ne le rattache à la vie, mais en même temps, il ne lâche rien et s’accroche douloureusement. 

La patience de Claire force le respect. En elle, est l’empathie. Les confidences d’Henri la bouleversent et la remettent sur les rails de la vie. Il est important de garder en soi cet esprit de conquête, de garder sa féminité, quand bien même l’être aimé n’est plus. 

Claire apprend beaucoup de ces malades aux portes de la mort. La mort n’est pas une fin, mais un passage, qui laisse les vivants parfois désemparés, mais riches de ces vies qui ont comporté sagesse et combat. Il y a certes Henri,mais tant d’autres patients et les rencontres avec le personnel soignant.

C’est un roman, mais nourri de vrai, de secrets, comme en toute vie. C’est un roman d’apprentissage. C’est le comment regarder la mort, l’apprivoiser pour mieux vivre en quelque sorte, à condition de garder ce regard de paix et de bienveillance qui est une libération et qui pourrait se traduire par : je puis partir en paix, j’ai donné, souffert, aimé. La porte vers la Liberté peut s’ouvrir…

Ce n’est pas un ouvrage donneur de leçons. C’est un livre où est la vie vraie qu’on ne soupçonnait même pas. Les fleurs sont là. La beauté, tel un parfum, jusqu’au moment ultime.

Le Jardin de Cendres, par Françoise Chandernagor, éditions Albin Michel

Avec ce quatrième volume consacré à la reine Séléné, fille de Cléopâtre et Marc-Antoine, l’auteure rétablit une injustice. Séléné, c’est la reine oubliée de l’Histoire, dont on savait peu de choses. Le talent de l’auteure, c’est de fouiller les textes, de rétablir les faits, même s’il faut prendre quelques libertés pour construire une histoire crédible et fondée.

Séléné a vieilli et les deuils ne l’ont pas épargnée. En elle, bien évidemment, un immense chagrin et une colère qu’elle ne peut réfréner. Auguste est à Rome… Auguste, l’ennemi.

Comment donner un héritier mâle capable d’assouvir ce qu’elle estime être une juste vengeance ? Elle ne veut pas que s’éteigne la lignée de pharaons dont elle est issue. Elle ne cesse de caresser le rêve un peu fou de revoir Alexandrie et surtout d’anéantir Rome.

Il faut bien suivre l’auteure racontant Séléné toujours liée à Marc-Antoine. Elle sait capter notre attention, car c’est l’époque de luttes pas vraiment jolies. Tibère opposé à Caligula. Tibère qui devient le tyran que l’on sait et Caligula étreint par la folie.

Ces cours peuvent révolter, unions consanguines, enfants jouets sexuels. Sexualité débridée, incestes, aucune retenue. J’avoue avoir été bien malmenée. Le vertige n’était pas loin. Mais on suit la quête de cette reine qui parvient à ses fins. Ptolémée, l’héritier a vu le jour. Elle veille sur lui, d’abord en tremblant. Il sera couronné, mais il est le cousin de Caïus et ce Caïus n’est-il pas Caligula ?

L’auteure retient notre attention sur cette époque qu’on ne peut ignorer et qui devrait être une mise en garde pour notre époque. Elle dresse une peinture crédible d’une époque et le portrait d’une oubliée de l’Histoire.

Aux quatre vents, par Amélie Antoine, éditions XO

L’histoire que nous offre Amélie Antoine se passe dans le Nord. Léa est revenue vivre au pays de son enfance. Elle travaillait à Lille, mais son fils Baptiste, souffrant d’asthme, avait besoin d’air un peu plus pur.

À Safran-sur-la-Lys est un château que vient d’acquérir un homme sans doute fortuné, mais qu’on ne voit jamais. De même que beaucoup de demeures vont être acquises par ce même nouveau châtelain, mais ne seront jamais louées ou rénovées. Portes et fenêtres seront aussitôt systématiquement ôtées, offrant ainsi la possibilité aux SDF de squatter les lieux. Un curieux climat s’installe. Le village, maire en tête, s’inquiète. Léa aussi.

Le roman d’Amélie oscille entre deux périodes, celle de Léa entre 1985 parfois 1982 et les années d’Occupation.

Bien évidemment, on va découvrir le passé de Léa, rescapée des rafles, mais aussi la tragique histoire de Charlotte et Tobias (un ennemi) et la naissance dans la rue d’un enfant, dont personne n’a voulu… 

Léa veut savoir, veut comprendre et découvre qu’il est bien difficile d’oser l’avenir si on ignore d’où l’on vient, qui l’on est. L’enquête est difficile pour elle, troublée, bouleversante, car, par le passé, des actes peu glorieux ont été commis et les portes se ferment (à mesure que les maisons rachetées par le châtelain, représenté par sa secrétaire, sont ouvertes à tous vents).

Amélie Antoine sait ausculter les âmes, tricoter des histoires émouvantes qui vrillent le cœur. Elle montre la complexité des êtres, leurs motivations, les amours qui dérangent et se moquent des frontières. Les périodes troubles de l’histoire hantent longtemps les familles qui se ferment, alors qu’il aurait si facile d’être au moins bienveillant à défaut de savoir aimer.

Une histoire qu’il est impossible de lâcher !

Habiller le ciel, par Eugène Ébodé, collection Continents noirs, dirigée par Jean-Noël Schifano, Éditions Gallimard

Eugène Ébodé est écrivain, connu et reconnu, il est administrateur de la nouvelle chaire des littératures et des arts africains à l’Académie du royaume du Maroc. Dans cet ouvrage, il évoque sa mère, femme bien peu ordinaire, une Mama Africa, danseuse hors pair et qui tout en courbant la tête devant le mari plus grand qu’elle de vingt-cinq centimètres savait résister au mari et imposer sa loi.

Eugène Ébodé rend hommage à cette femme disparue depuis un certain nombre d’années. Une façon (peut-être) de se dédouaner de n’être pas allé à ses funérailles. Les funérailles au Cameroun, où se passe cette histoire, font partie des grands moments de la vie locale. L’auteur raconte comment elles se déroulent, les repas offerts à qui franchit la barrière menant à la demeure du défunt. Mais il évoque aussi bien évidemment son enfance, sa scolarité, le rouge dans la marge du cahier, les chiffres entourés. Les maladresses étaient soulignées, mais elles permettaient l’apprentissage, de grandir. Sa mère aimait le rouge, elle qui n’était jamais allée à l’école, mais tenait à ce que ses enfants y aillent, il fallait en faire des êtres accomplis. 

Il raconte sa tante Arsène discrète, mais bien présente. Il se souvient comment sa mère l’a sauvé alors qu’il se mourait sur un lit d’hôpital. Comment oublier cette mère si belle et danseuse qui charma un Français venu avec une entreprise de travaux publics ? Tous deux évoluaient sur la piste et faisaient l’admiration de tous. Mais les chantiers appelèrent le Français ailleurs et il oublia Vilaria et l’enfant qui poussait dans son ventre.

L’auteur ne manque pas d’évoquer son amour du sport et les études entreprises au Tchad après un bac raté. Mais les guerres, ici et là en Afrique, le ramenèrent au berceau familial où il retrouva sa mère. On ne peut oublier les caresses d’une mère.

Un hommage plus qu’attachant, émouvant à Vilaria qui dansa sa vie jusque dans le cœur des siens. « Elle m’invitait à habiller le ciel de prières pour détourner de mon chemin de furieux orages ». Tout est dit, surtout ne pas se priver de cet ouvrage.