Les neuf dragons, par Michael Connelly, éditions Calmann-Lévy (Noir) traduction de l’anglais (États-Unis) par Robert Pépin – Préface et Postface inédites

Michael Connelly, ancien chroniqueur judiciaire pour le Los Angeles Times, est un auteur plutôt prolifique, reconnu dans plus de 40 pays et très souvent adapté pour petits et grands écrans. Il a créé Bosch un enquêteur talentueux que l’on aime retrouver dans ses romans. 

Voici donc Bosch, dans les années 2000, appelé sur les lieux d’un meurtre. Un marchand de spiritueux a été assassiné par un membre de la mafia locale… L’enquête ne devrait pas être difficile pour Bosch qui a quelques souvenirs du lieu… où un de ses collègues a péri. Mais, au moment d’arrêter le coupable, Bosch apprend que Maddie, sa fille, qui compte beaucoup pour lui, a disparu à Hongkong où elle vit avec sa mère…

Que faire ? Lâcher l’enquête en cours et mettre le tout entre parenthèses ou n’écouter que son cœur et tenter de sauver sa fille ?

L’ouvrage pose la question de l’être humain, du métier exercé et du choix entre devoir et amour ? 

Ce qui est aussi fort intéressant, c’est la préface inédite de Michael Connelly et la postface, car Neuf Dragons a été publié il y a plus de dix ans et nombreux furent les lecteurs ou journalistes à le questionner sur le pourquoi de la mort de la mère de Maddie. Le savait-il ?

S’il fut agacé, il a vite compris que cette mort était presque nécessaire pour donner une autre impulsion à son héros. Les qualités d’enquêteur n’ont pas changé, mais l’auteur a pu ajouter un plus d’humanité et évoquer les relations père fille avec une autre dimension, c’est-à-dire plus forte, plus vraie. 

C’est bien de relire ce roman sous cet angle. Des pages qui ne manquent pas de souffle et permettront d’attendre une prochaine histoire, inédite, cette fois.

Les exportés, par Sonia Devillers, éditions Flammarion

Je viens de lire Les exportés de Sonia Devillers. Un récit qui fait froid dans le dos, mais que tout un chacun se doit de lire et de faire connaître. 

C’est une page de l’histoire méconnue de la Roumanie, c’est un ouvrage sur l’histoire de ce pays sous la botte communiste, l’histoire d’une dictature, du comment on a éradiqué, nié des identités en mettant en place une honteuse traite d’êtres humains contre des cochons. Un pays brutal, qui trouva le moyen d’éradiquer plus de 700 000 juifs. 

Sonia Devillers, journaliste à France-Inter, sait que ses grands-parents juifs (mais qui s’en souciaient comme d’une guigne, écrit-elle) roumains sont arrivés en France en 1961 avec leurs deux filles. Ils étaient des notables et des bourgeois, des lettrés issus d’une famille cultivée et artiste. Mais ils parlaient peu ou pas. Ils avaient fait avec le régime, pris les cartes au parti communiste, mais leur liberté intérieure demeurait. 

Comment cette Roumanie de l’après-guerre est-elle devenue ce pays qui contrôlait tout, voulait en découdre avec le passé, organisa-t-elle, ce que l’auteure nous révèle ? 

Un homme, Henry Jacober, lui-même juif, et qui n’avait rien d’un Schindler, fut l’intermédiaire dans cette traite des derniers juifs de Roumanie, vendus contre des bestiaux. Il y eut des poules, des dindons, des taureaux, et des porcs, de race nordique, race pure (!!!). « Ma famille, écrit Sonia, fut échangée en 1961. Mais le troc, juifs contre cochons, débuta en Roumanie dès la fin des années 1950. (…) Or voilà que les juifs, race dite par les antisémites « inférieure et impure » servaient en Roumanie de monnaie d’échange contre le porc qui leur était interdit, ce dans l’idée d’implanter dans le pays une race de port jugée, elle, « supérieure et pure ». L’effet de miroir est édifiant.

Que savait-on des pogroms qui avaient déjà eu lieu, des confiscations de papiers et de biens, des privations de liberté ? Jamais les grands-parents n’en ont parlé et s’ils le faisaient, c’était avec distance, un demi-sourire, un haussement d’épaules. « Les souvenirs de mes grands-parents restèrent leurs souvenirs, mais furent racontés comme s’ils avaient été vécus par des étrangers… » 

L’auteure a voulu comprendre et a mené une enquête rigoureuse qu’elle nous livre avec un rare talent. Elle a fait le chemin inverse de cette douloureuse route de l’exil. Il a mis ses pas dans ceux de sa famille qui n’ont pas eu le choix. « Les communistes ont, dans les faits, écrit encore l’auteure, achevé l’œuvre des fascistes ».Le pays a donc pu savourer ce moment attendu de la délivrance ethnique. Qui a su ?

Une lecture indispensable. 

Les heures étincelantes, par Iona Grey, traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Alice Delarbre, éditions Les Escales

Les Années Folles ne sont pas déroulées uniquement en France. Ce roman, Les heures étincelantes, nous transportant à Londres en est la preuve

Nous voyons vivre Selina Lennox issue de la très bonne société fortunée et qui veut en finir, comme d’autres de son milieu, avec le traumatisme de la Grande Guerre. On a trouvé un terme pour cette jeunesse qui s’enivre, se drogue même, et veut faire la fête. Ce sont les Bright Young People… 

Selina, un jour, rencontre un artiste bohème, sans le sou, Lawrence à la suite d’un accident. Un chat a été écrasé et tous deux vont l’enterrer. Ce faisant, c’est une folle rencontre pour les jeunes gens. Une passion interdite, voire impossible. Selina devra, la mort dans l’âme, rentrer dans le rang de son milieu et épouser un riche monsieur possédant des mines de rubis en Birmanie. Le couple a une fille Alice… 

L’histoire alterne entre la jeunesse de Selina et celle d’Alice, neuf ans, qui va devoir vivre dans la maison glaciale des grands-parents quand ses parents vont se rendre pour affaires en Birmanie. Des grands-parents qui, visiblement, ne l’aiment pas. Heureusement, il y a une domestique chaleureuse, aimante, Polly qui, autrefois, protégea Selina. 

Le roman bien structuré révèle une époque et ses traumatismes. Un milieu et la place des femmes qui vont peu à peu se libérer de certains carcans pour oser être elles. Le féminisme est là qui aide et agace d’autres.

Alice est follement attachante. Sa quête de découverte interpelle. Elle a besoin de sa mère, de la connaître en vérité et grâce à des lettres, une sorte de jeu de pistes, les secrets seront révélés et un mieux-être pacifié pourra advenir. Mère et fille pourront s’aimer dès lors qu’Alice aura éclairci les zones d’ombres.

Les rives de l’espoir, par Maria Nikolai, traduit de l’anglais par Jocelyne Barsse, éditions City

Voici l’histoire de trois sœurs. Du moins, elles ont le même père. Helena était orpheline de mère. Gustav s’est remarié avec Elisabeth dont il a eu deux autres filles. Les trois filles grandissent au Lindenhof, qui est un hôtel restaurant qui a une âme, mais tombe un peu en ruine. 

Gustav est parti à la guerre de 14/18 et va revenir en 1917, mutilé. Son épouse qui n’aime pas son mari, est furieuse… Elle avait plus ou moins détourné de l’argent de l’affaire, pensant que l’époux était mort dans la terrible bataille d’Ypres. 

Helena veut donner une nouvelle vie au domaine et le propose contre rétribution comme annexe du proche hôpital surchargé de blessés.

Les chapitres montrent cette vie sur les rives du lac de Constance et la vie de Maxim, un jeune noble russe qui a perdu épouse et enfants du fait de la Révolution d’Octobre. Par quel miracle arrive-t-il au Lindenhof ? Ce lieu qui porte bien des secrets.

L’auteure, spécialiste des romans historiques, s’est bien documentée sur la Grande Guerre et Saint-Pétersbourg, devenue Petrograd. Elle tente de nous tenir en haleine. Cette histoire se laisse lire. L’auteure y ajoute quelques recettes de gâteaux aux pommes, une génoise. Elle évoque la grippe espagnole qui surgit, et fera tant de victimes.

On peut apprécier les liens des filles avec leur père. La renaissance amoureuse de Maxim. L’évolution des femmes. Cette Grande Guerre les a révélées. Elles ont pris conscience du rôle qu’elles pouvaient jouer en l’absence des hommes et ne sont pas décidées du tout, la paix revenue, d’être uniquement des fées du logis ou celles qui tirent l’aiguille.

Monsieur Romain Gary, écrivain-réalisateur, par Kerwin Spire, éditions Gallimard

Kerwin Spire s’est déjà intéressé à Romain Gary, quand il était Consul général de France en Californie. Il ne pouvait en rester là… 

En 1960, Romain Gary revient en France et dans ses bagages, le diplomate qui est aussi auteur a La promesse de l’aube. Un succès qui le mettra au premier plan à Saint-Germain-des-Prés.

Le temps est venu pour lui d’en finir avec la diplomatie pour se consacrer à la littérature, mais pas seulement. Le cinéma, les scénarii, l’amour avec Jean Seberg sont un puissant moteur chez Romain Gary. Jean Seberg est comédienne, elle est très amoureuse de lui et lui d’elle. Il la suit sur les plateaux de tournage. Et s’il devenait réalisateur lui-même…

Il ne rompt pas tout à fait avec le grand monde. On le verra à la table de De Gaulle à l’Élysée, aux côtés d’André Malraux…

Son divorce avec sa première épouse, Lesley n’est pas facile, mais il parviendra à épouser Jean Seberg en grand secret en Corse alors que Diego, leur fils est déjà né. 

L’auteur nous montre un homme parfois en proie au doute, submergé d’incertitude et qui a besoin de protéger sa jeune épouse, mais aussi et surtout, de se trouver, d’être. 

Kerwin Spire fait de Romain Gary un personnage de roman. Le roman vrai d’un artiste venu de Russie… Il fouillé les archives, les correspondances, réécouté bon nombre d’entretiens pour peindre un homme qui n’atteindrait pas la vieillesse. Il nous dépeint parfois un auteur ayant la dent dure pour d’autres écrivains. Il n’a pas ménagé Camus. Pourquoi ? 

L’écriture était le moteur de Romain Gary, son essence, mais sans le satisfaire pleinement. L’angoisse restait toujours présente. Besoin de se rassurer au point de changer de nom d’écrivain, de devenir, on le sait, Émile Ajar avec la complicité de son petit-neveu et d’offrir le magnifique La vie devant soi… que le Goncourt auréolera… 

Un bel ouvrage à ne pas manquer. 

L’autre nom du bonheur était français, par Shumona Sinha, éditions Gallimard

C’est un ouvrage étonnant que celui de Shumona Sinha, née à Calcutta qui a appris le français à l’âge de vingt-deux ans et qui considère cette langue comme sa « langue vitale ». Une langue libératrice.

Elle est arrivée en France à l’âge de vingt-huit ans et a déjà écrit cinq ouvrages, directement en Français. Ici, elle raconte son itinéraire, ses joies, comme ses déceptions et il y en eut.

Elle vient d’un milieu bourgeois, d’une famille lettrée où ses parents enseignaient. Sa mère était sujette aux dépressions. Elle évoque son attrait pour le Français et se défend d’écrire dans la langue de Molière. On n’écrit jamais dans la langue de quelqu’un. On écrit dans une langue qui vous choisit. Shumona Sinha a choisi d’habiter notre langue. Chaque mot lui a permis de faire un voyage.

Un livre puissant qui fait suite aux précédents, pour lesquels elle a déjà récompensée de bien belles façons (Prix Valery Larbaud, Prix Rayonnement de la langue et de la littérature françaises et Grand Prix du roman de la SGDL). Ses livres sont traduits. La France l’a accueillie, lui a ouvert ses portes, mais elle confie se sentir toujours plus ou moins exilée. La langue française a permis d’être un porte-parole. Elle a pu dénoncer dans Libération et sur France Inter la politique ultra nationaliste, hindouiste pratiquée par le premier ministre indien Narendra Modi. Bien trop discriminatoire à l’égard des musulmans sans oublier la violence policière exercée contre les opposants au gouvernement nationaliste. 

Elle évoque l’apport de la poésie, son travail de traductrice aussi en langue Bengalie. Ses rencontres et ses amours avec ceux qui osent les mots pour peindre la vie. Elle parle des relations entre les femmes et les hommes avec une grande lucidité. Elle ose, et c’est bien.

Un livre très fort, percutant quand elle n’est pas d’accord avec des recteurs ou rectrices ou des politiques qui ont pu la laisser en marge. Un itinéraire bouleversant autant que bouleversé qui ne peut que faire notre admiration.

La traversée des temps – T.3 Soleil sombre, par Éric-Emmanuel Schmitt, éditions Albin Michel

Éric-Emmanuel Schmitt aurait-il tous les talents, et le temps imparti pour les faire fructifier lui aurait-il été offert dès la naissance ? Les fées se seraient-elles penchées sur son berceau ? Musicien-mélomane, cinéaste, homme de théâtre et de lettres, il touche à tout avec joie et un plaisir qu’il partage.

Le voici lancé dans une entreprise quasi démesurée, pimentée d’audace, presque de folie avec le cycle La traversée des temps qui comptera huit volumes d’un peu plus de 500 pages chacun. Paradis perdu, (fin du néolithique et Déluge), Babel et la civilisation mésopotamienneSoleil sombre, qui vient de paraître, évoque l’Égypte des pharaons et Moïse. Suivront La Grèce avant J.C., Les deux Royaumes (Rome et le christianisme), l’Europe médiévale et Jeanne d’ArcLe temps des conquêtes (Renaissance et la découverte des Amériques et enfin Révolutions (Politiques, industrielles, techniques). 

Autant dire que les recherches, les quêtes et enquêtes sont nécessaires. Mais le romancier est là. On le dirait sous l’emprise des héros dont il compte l’histoire. Une histoire enracinée dans les Grands Livres des civilisations, l’Antiquité, la Bible, ou ceux évoquant l’Inde ou Gilgamesh… Tout parle des humains… Ceux qui ne sont plus réapparaissent (comme le Juif errant) car l’homme est l’homme à travers les siècles et porte en lui quelque chose d’invisible et d’immortel. On dit aussi que le temps n’existe pas. Si l’histoire ne repasse pas les plats, elle garde le souvenir des aventures passées, pour que celles et ceux à venir puissent en tirer quelques leçons.

Voici donc ce Soleil sombre qui nous transporte de l’Égypte des pharaons avec des incursions en notre monde avec justement une très jeune nordique préoccupée par le climat et qui dérange quelques noyaux terroristes. Noam, le héros du passé, en quête d’immortalité pour pouvoir enfin aimer Noura, sa splendeur de toujours, est ému par la destinée de cette jeune fille qui interroge : vous les hommes, les adultes qu’avez-vous de la terre ? Vous avez volé notre enfance… etc. On reconnaît la petite Greta.

Mais il y a les siècles passés, les errances de Noam, ce besoin d’en finir avec Derek, son rival. Son regard sur l’Égypte, des pharaons, leurs mœurs… Il n’y avait pas d’inceste. Le sang sacré de Pharaon pouvait se mélanger à ses filles, aux sœurs. 

Il y avait un peuple, tout proche, le peuple élu si différent. Comment se comportaient Abraham et Sarah, Agar la servante ? Comment Abraham fut-il père ? Comment une fille de pharaon, un peu étrange, est devenue mère ? A-t-elle vraiment recueilli Moïse ? L’enfant tiré des eaux et que le peuple élu se serait approprié ?

L’auteur nous (re)tricote l’histoire et l’on se laisse happer, tant la plume coure avec talent, humour et se roule dans l’histoire jusqu’à la démesure et l’éblouissement.

On attend le 4ème volume…

L’auteur sera l’invité de Sarah Polacci pour une Rencontre du Livre sur la Place dimanche 6 novembre 2022 à 15.30 à l’Hôtel de Ville de Nancy avec la complicité de la librairie Didier.

Le Soleil suivant – T.2 La Belle de Haarlem, par Éric Marchal, éditions Anne Carrière

Le soleil sous la soie fut un immense succès pour Éric Marchal qui relatait l’histoire Azlan de Cornelli, chirurgien lorrain, proche de Léopold de Lorraine, un Habsbourg revenu sur ses terres après le traité de Ryswick signé en septembre 1697. D’autres livres ont suivi et l’idée de donner une suite à la vie d’Azlan de Cornelli était là. Un homme exceptionnel, toujours en quête du meilleur, des arts, comme des traités de médecine permettant à l’humain de vivre mieux, de guérir. 

Avec Les filles du chœur, le tome 1, du Soleil suivant, l’auteur nous a emporté à Venise où il a dû œuvrer, sauver après un accident dramatique au cours d’un concert. Il a pu se faire des ennemis. 

Nous le retrouvons en 1713 qui s’enfuit de Venise et va traverser l’Europe jusqu’aux Provinces Unies, parce qu’il lui faut trouver la seconde partie du Codex Quanum. Il possède la première partie. Le traité date du XIIè siècle et contient des secrets bouleversant le dogme médical. 

Il a rencontré la belle Sarah Koppio, fille d’un rabbin, elle aussi experte en médecine, elle aura à le soigner après une agression, sans pouvoir se faire reconnaître comme chirurgienne talentueuse, car elle risque sa vie. Aux côtés d’Azlan et Sarah, Marie Génin, la violoniste, Simon l’aide de camp de Léopold de Lorraine…

Azlan va passer par Innsbruck, lieu de naissance de Léopold avant de gagner Amsterdam. Des rencontres parfois risquées, d’où le pseudo utilisé Charles Le Pois, marié à une femme qui n’est autre que Sarah… des documents signés par la cour de Lunéville, lieu de Léopold. 

On voit par le menu détail la médecine, dont l’une de la cornée permettant de sauver les yeux d’Azlan. À Amsterdam beaucoup de choses se jouent, les arts, l’achat des esclaves, les luttes de pouvoir…

L’auteur nous montre la place des femmes, à l’époque, leur combat pour se faire reconnaître. Azlan suit, homme intelligent et de cœur, animé de fidélité à son duc, épris sans oser y croire vraiment. L’amour prend des chemins que la géographie ignore.

Un roman historique, solidement documenté, captivant, les dialogues sonnent juste. Une réussite. On va attendre le tome 3, non sans impatience, qui nous fera encore voyager dans cette Europe ébranlée par les guerres mais en quête de vie meilleure.

Châteaux forts d’Alsace et drones, par Nicolas Mengus, Étienne Fritsch et Piotr Klimczyk, I.D. l’Édition

Étienne Fritsch, Piotr Klimczyk et Nicolas Mengus (de gauche à droite)

Nicolas Mengus est docteur en Histoire médiévale. Il est membre titulaire de l’Académie des Sciences, Lettres et Arts d’Alsace. Il travaille sur l’Antiquité en Alsace Lorraine. Il est aussi spécialiste de l’histoire de l’Alsace, notamment celle des Malgré-Nous.

L’architecture, l’histoire des pierres dit beaucoup des êtres qui ont habité les lieux bien avant nous. L’histoire des châteaux forts en est la preuve. Ce furent des lieux de vie, d’accueil et de protection des populations qui y trouvaient refuge. Ces châteaux racontent nos ancêtres.

Avec ce nouvel ouvrage réalisé avec Étienne Fritsch (Géomètre) et Piotr Klimczyk , ingénieur en informatique spécialiste en 3D computer graphics, Nicolas Mengus s’est intéressé aux châteaux forts et fortifications de l’Alsace médiévale et nous révèle leur histoire. 

Pour certains, il ne reste que quelques ruines. D’autres ont été reconstruits avec plus ou moins de bonheur. Les plus anciens vestiges d’Alsace remontent aux Xème siècle. Certains sont nés sur les vestiges d’une enceinte remontant à l’Antiquité. Tout cela, l’ouvrage nous le précise avec une approche totale inédite, grâce aux drones qui permettent un angle de vue inédit doublé d’une grande précision. Le drone va où les pieds des humains ne peuvent s’aventurer quand le sol est trop incertain et la pierre trop fragile. Le drone montre ce que l’œil ne peut apercevoir. De Wissembourg à Sélestat, 48 sites sont ainsi auscultés. Un voyage exceptionnel au plus près de l’histoire. Des histoires rassemblées dans un ouvrage luxueux, abondamment illustré grâce à Sylvie Mengus. 

Cet ouvrage aborde l’histoire des ruines sous un angle inédit. Beaucoup d’inédits et de secrets nous sont révélés. Ce bel album, élégant et soigné comporte l’application gratuite de réalité augmentée permettant de circuler à 360° autour des châteaux grâce à un smartphone ou une tablette…

Belle initiative qui mérite l’admiration !

Le professeur d’anglais, par Mathieu Pieyre, éditions Arléa, collection La rencontre dirigée par Anne Bourguignon

C’est un premier roman qui ne manque pas d’intérêt et qui parle à tous. Nous avons tous connu et apprécié (je le souhaite) dans nos vies, un ou une enseignante qui a compté au point de marquer notre vie.

C’est le cas de Mathieu Pieyre, qui ne peut oublier un professeur d’anglais, Monsieur Wilder, si différent des autres professeurs. Il venait de passer deux ans en Californie comme lecteur dans une université et c’était son premier poste d’enseignant. 

D’emblée, ce jeune professeur, fort bien décrit, yeux clairs, barbe légère et bouclée dans les années 1970 séduit. Il écrit son nom à la craie sur le tableau Patrick Wilder. L’auteur joue avec le nom Wild, sauvage, Wilde, (Oscar Wilde) et s’accroche à cette personnalité hors du commun. Une légèreté et une liberté encore jamais rencontrées et qui seront sans doute déterminantes pour le futur de l’auteur.

Le ton est à la fois un hommage au professeur mais aussi une sorte de déclaration d’amour à langue anglaise et l’esquisse du devenir de l’auteur qui, bien plus tard, découvrira le destin de Patrick Wilder. 

L’auteur fait ici œuvre de mémoire. Mais les souvenirs sont parfois plus forts, plus réels que la réalité. Le temps n’efface rien des choses de la vie et des sentiments.

Un auteur à suivre. Une très belle écriture, comme un tableau… L’auteur procède par petites touches qui interpellent et invitent à la vie.