Je viens de lire Les exportés de Sonia Devillers. Un récit qui fait froid dans le dos, mais que tout un chacun se doit de lire et de faire connaître. 

C’est une page de l’histoire méconnue de la Roumanie, c’est un ouvrage sur l’histoire de ce pays sous la botte communiste, l’histoire d’une dictature, du comment on a éradiqué, nié des identités en mettant en place une honteuse traite d’êtres humains contre des cochons. Un pays brutal, qui trouva le moyen d’éradiquer plus de 700 000 juifs. 

Sonia Devillers, journaliste à France-Inter, sait que ses grands-parents juifs (mais qui s’en souciaient comme d’une guigne, écrit-elle) roumains sont arrivés en France en 1961 avec leurs deux filles. Ils étaient des notables et des bourgeois, des lettrés issus d’une famille cultivée et artiste. Mais ils parlaient peu ou pas. Ils avaient fait avec le régime, pris les cartes au parti communiste, mais leur liberté intérieure demeurait. 

Comment cette Roumanie de l’après-guerre est-elle devenue ce pays qui contrôlait tout, voulait en découdre avec le passé, organisa-t-elle, ce que l’auteure nous révèle ? 

Un homme, Henry Jacober, lui-même juif, et qui n’avait rien d’un Schindler, fut l’intermédiaire dans cette traite des derniers juifs de Roumanie, vendus contre des bestiaux. Il y eut des poules, des dindons, des taureaux, et des porcs, de race nordique, race pure (!!!). « Ma famille, écrit Sonia, fut échangée en 1961. Mais le troc, juifs contre cochons, débuta en Roumanie dès la fin des années 1950. (…) Or voilà que les juifs, race dite par les antisémites « inférieure et impure » servaient en Roumanie de monnaie d’échange contre le porc qui leur était interdit, ce dans l’idée d’implanter dans le pays une race de port jugée, elle, « supérieure et pure ». L’effet de miroir est édifiant.

Que savait-on des pogroms qui avaient déjà eu lieu, des confiscations de papiers et de biens, des privations de liberté ? Jamais les grands-parents n’en ont parlé et s’ils le faisaient, c’était avec distance, un demi-sourire, un haussement d’épaules. « Les souvenirs de mes grands-parents restèrent leurs souvenirs, mais furent racontés comme s’ils avaient été vécus par des étrangers… » 

L’auteure a voulu comprendre et a mené une enquête rigoureuse qu’elle nous livre avec un rare talent. Elle a fait le chemin inverse de cette douloureuse route de l’exil. Il a mis ses pas dans ceux de sa famille qui n’ont pas eu le choix. « Les communistes ont, dans les faits, écrit encore l’auteure, achevé l’œuvre des fascistes ».Le pays a donc pu savourer ce moment attendu de la délivrance ethnique. Qui a su ?

Une lecture indispensable. 

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