

Terrible histoire, arrachée aux tripes que raconte Émilie, l’héroïne de ce roman qui commence par un prologue. Une femme se rend dans une maison de famille avec ses deux enfants… Pour un fait précis, voir le corps qu’on enterrera bientôt. Celui de sa mère… Il n’est pas dans une chambre, pas dans le salon, mais tout en haut, sous les toits où sont les livres, là où avait été exposé celui de la grand-mère bretonne… Aucun chagrin face à cette vision nécessaire sans doute pour cette jeune femme qui peut ainsi tourner la page, s’autoriser à vivre enfin…
Et l’auteure raconte l’enfance, l’abandon de deux enfants par un couple qui va vivre en Inde, mais promet de venir les chercher bientôt. Ce qu’ils ne feront pas, ou alors beaucoup plus tard quand le goût de l’ailleurs s’en sera allé, pour se révéler autres, odieux, méchants.
Émilie grandit auprès d’une grand-mère qu’elle n’aime pas, d’une tante pas davantage. On dirait que dans cette famille, le mot amour est un gros mot.
Or, tout enfant a besoin d’une mère douce et tendre. Petite fille, Émilie s’invente une mère extraordinaire. Elle parle d’elle avec de la lumière dans les yeux. Elle ne veut pas être moins que ses copines de classe.
La suite est proche du sordide. Quand les parents reviennent, les lectrices et lecteurs découvrent la folie au quotidien. Un massacre des aspirations artistiques chez Émilie, que ce soit en musique, (j’ai encore le bruit du couvercle de piano rabattu sur les doigts de l’enfant) ou dans le dessin. Que dire de l’avenir du petit frère déficient ?
Il faut une sacrée force de caractère pour survivre à une telle cruauté infligée à l’innocence. Longtemps la bouée d’Émilie sera ses rêves. « Ils me permettaient de ne pas sombrer. J’y retrouver les héros de mes livres, mes amitiés passées, Kervie, Anthony, mes camarades de classe de Saint-Goustan, et même les Louvettes. Le passé ainsi auréolé prenait une saveur exquise, car j’avais oublié toutes mes souffrances, toutes les brimades de ma grand-mère et de tante Micheline ».
Si Émilie s’en sort, ce sera plus difficile pour Jean-Baptiste. Bazin avait écrit Vipères au poing, en 1948… Claire Blanchard a choisi la tarentule pour traduire une enfance saccagée.

















