La Danse de la tarentule, par Claire Blanchard, éditions Presses de la Cité

Terrible histoire, arrachée aux tripes que raconte Émilie, l’héroïne de ce roman qui commence par un prologue. Une femme se rend dans une maison de famille avec ses deux enfants… Pour un fait précis, voir le corps qu’on enterrera bientôt. Celui de sa mère… Il n’est pas dans une chambre, pas dans le salon, mais tout en haut, sous les toits où sont les livres, là où avait été exposé celui de la grand-mère bretonne… Aucun chagrin face à cette vision nécessaire sans doute pour cette jeune femme qui peut ainsi tourner la page, s’autoriser à vivre enfin…

Et l’auteure raconte l’enfance, l’abandon de deux enfants par un couple qui va vivre en Inde, mais promet de venir les chercher bientôt. Ce qu’ils ne feront pas, ou alors beaucoup plus tard quand le goût de l’ailleurs s’en sera allé, pour se révéler autres, odieux, méchants. 

Émilie grandit auprès d’une grand-mère qu’elle n’aime pas, d’une tante pas davantage. On dirait que dans cette famille, le mot amour est un gros mot. 

Or, tout enfant a besoin d’une mère douce et tendre. Petite fille, Émilie s’invente une mère extraordinaire. Elle parle d’elle avec de la lumière dans les yeux. Elle ne veut pas être moins que ses copines de classe.

La suite est proche du sordide. Quand les parents reviennent, les lectrices et lecteurs découvrent la folie au quotidien. Un massacre des aspirations artistiques chez Émilie, que ce soit en musique, (j’ai encore le bruit du couvercle de piano rabattu sur les doigts de l’enfant) ou dans le dessin. Que dire de l’avenir du petit frère déficient ? 

Il faut une sacrée force de caractère pour survivre à une telle cruauté infligée à l’innocence. Longtemps la bouée d’Émilie sera ses rêves. « Ils me permettaient de ne pas sombrer. J’y retrouver les héros de mes livres, mes amitiés passées, Kervie, Anthony, mes camarades de classe de Saint-Goustan, et même les Louvettes. Le passé ainsi auréolé prenait une saveur exquise, car j’avais oublié toutes mes souffrances, toutes les brimades de ma grand-mère et de tante Micheline ».

Si Émilie s’en sort, ce sera plus difficile pour Jean-Baptiste. Bazin avait écrit Vipères au poing, en 1948… Claire Blanchard a choisi la tarentule pour traduire une enfance saccagée.

Le Dit du Vivant, par Denis Drummond, éditions Cherche-Midi

Cet ouvrage est une autre façon de regarder le monde. 

Personne n’aurait imaginé lancer une équipe de scientifiques très particulière, telle l’héroïne Sandra, paléo-généticienne sur les conséquences d’un tremblement de terre au Japon. Il y en a souvent dans cette partie du monde, mais ce qui intéresse la communauté scientifique, c’est ce que va révéler cette catastrophe. Elle met au jour une zone qui ressemble à une sépulture très ancienne et qui, au bout de sept ans de fouilles et de recherches, va remettre en question les connaissances que le monde des hommes et les experts ont eu tant de peine à organiser … Ce roman est une enquête qui va de rebondissement en rebondissement.

Deux siècles de connaissances sont à plat. Et renaissent de vieilles querelles. Les grandes questions se réécrivent : qu’est-ce que la civilisation, qui sommes-nous ? d’où venons-nous ? 

On croyait tout savoir ou presque et patatras. De plus, Sandra veille sur Tom, son fils autiste, un autre bouleversement dans sa vie. Chaque jour est différent. Un jour chasse l’autre. Comment l’aider à prendre ses marques ? Et si c’était lui qui détenait certaines clés.

Denis Drummond est franco-écossais, c’est aussi un poète. Il manie le verbe d’une plume éblouissante et mine de rien, donne quelques leçons, ici et là, à celles et ceux qui pensent détenir quelques vérités. Il nous incite à ne pas nous asseoir sur nos acquits. Darwin, êtes-vous là ? Encore à la mode ?

Beaucoup d’originalité et de beauté dans ces pages. Il faut se laisser bouleverser. Un ouvrage admirablement construit, telle la serrure d’un ailleurs dont personne encore n’a la clé.

La révérence de l’éléphant, par Laura Trompette, éditions Charleston

Le récent roman de Laura Trompette met en scène trois personnages. Marguerite, vieille dame dans un EHPAD à Cannes, Emmanuel, son petit-fils, qu’elle a élevé et qui est photographe animalier installé en Tanzanie, préoccupé par le sort des éléphants, et Roxanne, ex-joueuse de poker qui cherche un sens à sa vie, s’interroge beaucoup sur elle-même, sur son avenir. Elle échoue dans cet EHPAD de Cannes pour aider, soigner, après y être venue pour visiter sa grand-mère. Une grand-mère qu’a connue Marguerite.

Ces trois personnages ont chacun leur histoire, mais est-ce qu’à partir de leur histoire, quelque chose peut se produire ?

Marguerite, 93 ans, vient d’apprendre qu’elle est atteinte d’un cancer. Peut-être est-il dû au choc de la perte de Suzanne, sa sœur qui l’avait invitée à venir vivre près d’elle dans cet EHPAD ? Or, Marguerite a fait un choix. Le grand âge aidant, elle ne veut pas être soignée. La seule chose qu’elle désire, c’est choisir son lieu pour mourir et savoir qu’Emmanuel, le petit-fils quinquagénaire, s’il continue de préserver la faune en Tanzanie, pourra un jour appuyer sa joue sur une autre joue… Emmanuel, jusque-là, ne s’est jamais plaint. Il a certes vécu une grande histoire d’amour pendant dix ans… Quant à Roxanne, elle pense apporter un peu de soleil et de sérénité dans cet EHPAD, distraire avec des tours de magie et offrir des instants de méditation.

C’est bien l’arrivée de Roxanne qui va changer le cours des choses et bousculer les destinées. Lectrices et lecteurs vont suivre ces héros du quotidien jusqu’en Tanzanie, découvrir les Masaïs, partager leur mode de vie et le combat de celles et ceux qui veulent préserver les lions et les derniers éléphants, quitte à se mettre à dos les paysans des lieux.

On découvre Marguerite combattive, capable de s’émerveiller jusqu’au bout. Emmanuel, malgré son credo « le photographe est quelqu’un qui écrit avec la lumière » ne s’est-il pas un peu trop endurci ? Tout pour la nature et les éléphants, certes, mais dans son grand corps, bat un cœur, qu’en a-t-il fait ? Quant à Roxanne, elle est celle par qui tout peut renaître.

Il ne faut pas rater cet ouvrage, éloge et chant de la vie. Le ton est juste. L’écriture est belle et murmure à notre oreille que rien n’est impossible à qui ose…

Lunch-box, par Émilie de Turckheim, éditions Gallimard

Qu’est-ce qu’une lunch-box ? Selon Émilie de Turckheim, l’auteure de ce roman qui porte ce titre, « c’est une bête pleine d’appétit. Elle grogne et n’en a jamais assez… »

L’histoire narrée dans ce roman qui ne peut pas laisser insensible, se passe aux États-Unis, à Zion Heights, sur la baie du détroit de Long Island. 

L’idée de l’auteure est de nous montrer quelques familles des lieux autour d’une école bilingue. Il y a quelques Français installés là qui ont épousé un ou une Américaine en adoptant le mode de vie des lieux. À savoir, chaque jour, les mères remplissent la lunch-box de chaque élève pour le déjeuner. La lunch-box ouvre, la gueule en veut toujours plus. Les bonnes mères qui veillent à l’équilibre et au bien-être de leurs enfants, les remplissent. 

Nous voyons vivre Sarah que personne n’a jamais appelée ainsi, mais Jézu, une rousse qui, enfant a joué le rôle de Jésus dans la crèche. Sarah est une artiste, parfois maladroite. Elle a raté tous les grands concours de piano, mais dans cette école où elle travaille comme professeur de chant, elle monte avec les élèves les comédies musicales un peu extravagantes. Ça plaît, c’est pour le spectacle de fin d’année. C’est un vrai boulot, un investissement pour l’école. Et chaque jour, grâce à son van, elle véhicule six élèves, dont Laëtitia, dite Roussette par David, son père marié à Solène, une Française…

Sarah-Jézu entend les enfants se chamailler dans le van, mais elle sait s’extraire de cette ambiance où les caractères se frottent. S’en amuse-t-elle ? Elle vit dans sa musique et donne quelques cours de piano. 

Dans ces pages, peinture d’un bout d’Amérique, peinture qui s’oppose à la France, les horizons sont différents, mais l’avenir est à l’Ouest. Somme toute, ces vies se déroulent, et le talent de l’auteure les restitue avec un sens de la formule qui n’appartient qu’à elle, jusqu’au jour où se produit un accident qui va tout changer, bouleverser des vies qui s’échappent des partitions écrites…

Quand Sarah-Jézu donnait un cours à David et qu’il évoquait le métronome, le rythme, aucun ne pressentait ce qui allait se produire… Pourtant, songe Sarah : « Un accident est un problème de tempo. Un décalage. Il aurait suffi d’un battement supplémentaire de métronome pour que nos vies soient sauvées… »

Je ne puis en dire plus, sauf que ces pages abordent le comment survivre quand passe la mort et qu’elle rafle la beauté et l’innocence et ronge les survivants. Les notes s’envolent, telles nos âmes qui laissent un vide immense.

Ne ratez pas ce roman, ce chant magnifique, cette quête de sens et de résilience. Des pages bouleversantes.

Cimetière d’étoiles, par Richard Morgiève, éditions Joëlle Losfeld

Si vous aviez lu Le Cherokee de Richard Morgiève, vous allez adorer Cimetière d’Étoiles car vous allez retrouver le Dindon, cet horrible et affreux tueur en série. Et si vous ne l’aviez pas lu, vous vous précipiterez chez votre libraire, car dès sa lecture vous serez accro, dépendant quoi. Mais vous pouvez commencer par ce cimetière d’étoiles.

L’auteur nous emporte au Texas en 1963 à El Paso, Rollie Fletcher et Will Drake enquêtent sur la mort étrange, bizarre, d’un Marine. Mais qui était cet homme et où s’était-il fourré ?

Ces deux lieutenants sont loin d’être des modèles de la bonne morale. Mais on leur demande seulement de résoudre une affaire qui est loin d’être facile. Plus on croit être parvenu au but ou de s’en approcher, plus on a coupé quelques têtes, plus il en repousse. L’histoire de l’hydre. 

Il faut l’humour tranquille ou intranquille de l’auteur pour narrer une histoire à nulle autre pareille. Richard Morgiève s’amuse, et nous avec. Il glisse bien des références dans l’histoire (actualité, culture), il ne manque pas de verve et surprend. Pas un moment d’ennui dans cette histoire dont on se demande, où et dans quoi nous a-t-il embarqués, dans un polar ou un western ? C’est très américain, mais avec un talent sans égal. C’est un auteur dont l’écriture est cinématographique, avec des dialogues qui ne manquent pas de punch. Bien des séries, pourtant réussies, pourraient prendre exemple sur ces pages qui brossent la peinture d’un lieu où les gens s’enquiquinent à cent sous de l’heure et cancanent comme pas possible, rien que pour passer le temps. Mais il y de ces lieutenants, hors cadre, qui n’hésitent pas à faire peur pour arracher la vérité. De vrais dentistes d’autrefois : « raconte dans l’ordre, sinon je t’arrache une dent, souris, que je choisisse laquelle… » (ce n’est qu’un petit exemple, à chaque page sa réplique drôle). Les personnages qui habitent l’ouvrage font frémir, rire aussi. Que seraient ces romans noirs, si le sourire ne s’invitait pas ? Les cadavres pleuvent, d’où le titre. 

Si on remplit les cimetières à un rythme effréné, on passe un bon moment de lecture et de dépaysement. et ça…

Que Dieu lui pardonne, par Laurent Malot, éditions XO

Quand on connaît l’itinéraire de Laurent Malot, ses lectures, ses goûts, sa filiation, on comprend ce roman coup de poing, indispensable et nécessaire.

L’auteur se penche sur les plus petits, les fragiles, victimes de l’enfer. L’enfance maltraitée, bafouée à notre porte et sur laquelle tant de regards se ferment, tant d’oreilles se bouchent. Même Dieu fait silence.

Maya, son héroïne, dix-sept ans, a fui la région parisienne où son père est maire d’une commune de 30 000 habitants. La voici à Fécamp où elle tente de se reconstruire. Elle sera architecte. On la voit vivre « normalement » ou presque avec ses amies, faire du baby-sitting pour arrondir les fins de mois. Une étudiante comme tant d’autres. De sa vie, personne ne sait rien. Elle a si peur d’être retrouvée. Comment effacer ces années de viol ? Le père qui doit protéger était le bourreau. La mère savait et a laissé agir le monstre ?

À Fécamp, elle croise quatre gamins, les voisins de palier. Très vite, elle comprend ce qui se déroule de l’autre côté des cloisons aux murs fins comme des feuilles de papier. Elle ne peut pas rester insensible. Leur blessure, c’est la sienne. Il y a urgence. Il ne faut jamais se taire. Elle va agir, sauver ces innocents de l’immonde.

Le roman est court, incisif. Laurent Malot n’a pas voulu verser dans le sordide, l’abject, mais il interpelle et parle au cœur de chacun. Et surtout, il aborde un point très fort, d’où le titre, la question du pardon. Le pardon n’est pas que dans un sens, de la victime au bourreau… Il y a celui qui doit être formulé du bourreau à la victime… Sans quoi, aucune résilience n’est possible.

Ce roman nous invite à réfléchir sur nos silences coupables. Les violences familiales ne sont pas uniquement le fait de familles déshéritées, misérables, miséreuses. Chez des gens très bien, dans le feutré de la respectabilité, l’horreur a lieu. L’actualité nous le montre chaque jour ou presque.

Que Dieu lui pardonne ! On voudrait y croire… Dieu a prévenu ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait… Alors…

Lisez ce livre pudique, fort et sensible. Savoir, c’est le début de sauver. 

Piqûres de rappel, par Agathe Portail, éditions Calmann-Lévy

Agathe Portail m’avait déjà bluffée avec L’année du Gel. Un polar régional, mais pas que.

J’avais bien apprécié Dambérailh, son major de gendarmerie et surtout Daphné, la vieille dame comme il faut, pas du tout au cerveau ramolli… Pétillante et lumineuse.

L’auteure récidive et lance ses héros au coeur d’une curieuse affaire en Dordogne où rien ne devrait se passer. 

Il y a une miellerie, fort bien. Hugo et Pascal ont monté une start-up de vente de miel par abonnement. Il faudrait s’agrandir pour rembourser quelques dettes. Il y a une opportunité, un terrain à vendre qui appartenait à un monastère. Sauf que cette parcelle est convoitée par un homme désireux d’agrandir un parc photovoltaïque. Les chasseurs, eux, voudraient bien que tout s’arrange. Le parc écolo, ils n’en ont rien à faire et agrandir la miellerie pour se faire piquer… Très peu pour eux.

Justement, les abeilles vont jouer un rôle essentiel, piquer jusqu’à la mort. Il paraît qu’elles perçoivent ceux qui ne les aiment pas ou sont sensibles à des odeurs, alors, hop et vite, on sort des ruches et sus à l’ennemi. Est-ce bien ainsi que les choses se sont passées pour la victime ?

Dambérailh enquête… Daphné, la tante du major, n’est pas loin. Nous entrons dans l’intime des couples de Hugo et Pascal. Apollonia, la grande et belle blonde un peu froide, la femme d’Hugo et leur charmant gamin, Ozan qui rêve de Paris. Isabelle, la femme de Pascal, un peu revêche au grand cœur qui bosse et aide les paumés de la terre. Surtout que Pascal ne se lance pas des investissements risqués, voire impossibles avec cette histoire de miellerie. Ne pas oublier les frères du monastère, lancés dans la vente de petits livres éducatifs sur la sexualité sous le regard du Très-Haut !!! … Sans oublier la question des origines pour la femme de Hugo venue du Nord avec un prénom de l’Est.

On ne lâche pas ce roman… Je l’ai lu d’une traite. Agathe Portail sait piquer la curiosité sans oublier d’égarer le lecteur avec les petits cancans des locaux. Un rythme haletant. C’est bien écrit. Un grand talent. J’imagine que Dambérailh nous reviendra pour d’autres enquêtes.

Derrière les grilles de Summerhill, par Nikola Scott, traduction de l’anglais (Royaume-Uni) d’Hélène Tordo, éditions City

Que faut-il pour écrire un roman ? Un bon et beau sujet avec de l’amour, de la psychologie, des secrets, de l’imagination et du talent, cela va de soi, sans oublier un lieu capable de faire battre les cœurs car y vivent des personnages… Il n’y a pas de recette. Il a surtout le génie de l’histoire et du travail.

Nikola Scott a imaginé une histoire à Summerhill, magnifique domaine fermé par des grilles, non loin de la mer. Ça sent le secret… Elle voulait parler d’amour, des difficultés à le vivre en famille ou au sein d’un jeune couple qui s’installe. L’amour parfois jette le trouble, emporte, déporte, ai-je envie d’écrire. 

Chloe vient de se marier. Elle est photographe, une artiste qui saisit les êtres, mais au-delà du cliché se cache une âme, forcément. Son mari est médecin. Dès les premières pages, on perçoit qu’il va tenter d’en faire une femme comblée, mais soumise. Il est celui qui protège, elle n’a besoin de rien d’autre que lui. Elle a tout pour être heureuse. Le plus dramatique dans ce genre de situation, c’est d’assister à la pression exercée par le mâle dominateur sur la personne encore éperdue d’amour. Donc, pour réussir son couple, même si c’est difficile, douloureux, Chloe doit redoubler d’efforts et oublier ses blessures.

Chloe regarde autour d’elle, et le hasard va conduire ses pas jusqu’à cette belle demeure de Summerhill qui l’attire…

Maddy y vit et Maddy a une histoire qui remonte à 70 ans. Les années trente, la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne à l’Allemagne.

La différence d’âge n’existe pas entre les deux femmes qui ont chacune une histoire parfois compliquée et vont s’apprécier. Maddy a le bénéfice de l’âge, elle a appris à vivre avec son passé et ses mystères. L’une a la photographie, l’autre le dessin pour s’exprimer. Que recèlent ceux-ci ? 

Je ne puis vous en dire plus, si ce n’est que l’histoire de Maddy et de sa sœur Giorgiana est bouleversante tout comme la quête de Chloé dans ce lieu enchanteur et pourtant… L’auteure nous dit : Summerhill n’existe pas, ni la crique, ni les rochers, mais elle glisse que peut-être, ce pourrait être en Cornouailles.

Ne ratez pas ce beau et grand roman qui retient et captive. C’est le troisième de Nikola Scott et c’est un bijou.

Fugue à deux voix, par Alixe Sylvestre, ETT/Éditions Territoires, Témoins

Cet après-midi, mon ciel s’est coloré en suivant « les aventures » de Nine… relatées dans le récent roman d’Alixe Sylvestre. Et pourtant, dehors il pleuvait…

Cet après-midi, j’ai souri, j’ai aimé cette grand-mère que les jumelles, les jum, appellent volontiers la vioque, pour de rire… Les jumelles, Camélia et Jasmin, (il faut dire Cam et Jasm) les petites-filles de Nine sont très proches d’elle. Et comment ne le seraient-elles pas ? C’est une grand-mère qui a encore la ligne, les cheveux longs, porte la casquette et qui assume sa solitude, aime boire une bière en terrasse l’été. Elle a été journaliste de la PQR et a aimé traiter des faits divers. En elle, est cette et âme d’enquêteuse, (ou trice) ? qui ne lâche rien.

Alixe, on le sent, s’amuse en décrivant notre société. Mais Cam disparaît… Qu’est-il donc arrivé ? Barbara, leur mère infirmière, est seule pour les élever. Bon, c’est vrai, Nine est là quand il faut et accourt, sans doute parce qu’elle culpabilise. C’est bien Bob (Robert) son fils qui a abandonné femme et enfants pour se refaire une autre vie de l’autre côté de l’Atlantique. Nine a tout compris. Le fils a été un enfant sans père… Foutue révolution sexuelle de 1968 dans laquelle la jeunesse s’est engouffrée, non sans déplaisir. Cela étant dit, elle assume aussi.

Une histoire de famille, avec quelques secrets, un humour parfois décapant et féroce mais dont on a besoin. Les personnages sont notre miroir. L’auteure fait défiler les chapitres courts, tient les lectrices et lecteurs en apnée, tiens donc, les jum ont découvert ce sport… Alixe a un style incisif, imagé, drôle et nous conduit à une fin que je ne vous révèlerai pas. Je vous laisse le soin de découvrir. 

Lire ces pages, c’est voyager avec légèreté, même si le sujet peut être grave. Quand même, une disparition, ce n’est pas rien… Il y a un inspecteur, plutôt pas mal. Un beau cinquantenaire… Quel cœur fera-t-il battre ?

Ne vous privez pas de ce bijou. Une petite fugue à deux ? Non ? Si, bien sûr. Vous ne le regretterez pas. Je vous le promets.

L’auteure sera au Livre sur la Place à Nancy du 10 au 12 septembre 2021

Solitudes, par Niko Tackian, éditions Calmann-Lévy

Niko Tackian est scénariste et réalisateur. Avec Franck Thilliez, il a créé le personnage d’Hugo Alex (série qui cartonne sur France 2). Mais en lui est un auteur, un romancier qui a besoin de s’exprimer. Il y a déjà eu Avalanche Hôtel, un phénomène, un best-seller et voici Solitudes

Ce roman n’a que peu à voir avec le précédent. Preuve que l’auteur sait se renouveler.

C’est l’histoire d’Élie Martins, garde nature dans le Vercors… La montagne, les forêts, les arbres aux profondes racines, c’est le lieu de l’auteur qui s’y réfugie souvent, tout l’univers cher à Hugo Alex… La nature a une influence sur les êtres. Nul ne dira le contraire. 

Élie Martins est un rescapé. Douze ans auparavant, une balle l’a laissé amnésique et il a dû apprendre ou réapprendre à vivre. Devenir autre. La nature, l’y a aidé.

Et voici qu’une tempête le conduit en des lieux glacés et glaçants après avoir suivi des traces étranges, Élie découvre « l’arbre taillé » qui abrite… Je n’ose vous dire l’histoire, voulant vous la laisser découvrir. D’autant plus, que cette vision aurait le pouvoir de ranimer des souvenirs avec lesquels il faut faire ou ne pas faire, mais ça, ce sera le travail de Nina. Je puis tout de même vous dire que, cette jeune lieutenante de Grenoble, qui enquête sur cette découverte, aura fort à faire. Elle pressent que la vision de « l’arbre taillé » a quelque chose à voir avec le passé d’Élie englué dans le froid et les brouillards des lieux. C’est par elle, grâce à elle que la vérité libératrice surgira pour Élie. Un choc, une bataille à livrer.

Peut-être que quelques frissons vous saisiront après cette lecture si l’envie vous vient d’aller dans le Vercors qui happe et ensorcelle.

L’auteur sait magistralement camper le décor. Il sait où il va et il saisit le lecteur. Il écrit tel le cinéaste qu’il est. Les scènes défilent. Visions de loin, de près… Gros plans, fondus enchaînés. Séquences qui se succèdent. Un rythme soutenu. On ne peut lâcher ces pages.

Bonne lecture !