Le bûcher des certitudes, par Bernadette Pécassou, éditions Albin-Michel

Depuis plusieurs années, Bernadette Pécassou, réalisatrice pour la télévision, se consacre à l’écriture et souvent au sort des femmes. Originaire du Pays Basque, ses romans nous ont souvent transportés sur ses terres. Elle y parle des femmes, sans jamais oublier l’histoire.

Dans ce roman qui se déroule en 1609 et se poursuit jusqu’en 1620 environ, elle nous montre un pays où les mythes païens ont laissé quelques traces. 

Henri IV veut unifier le royaume par la langue et par la religion. C’est l’époque où il est de bon ton d’éradiquer la sorcellerie. La sorcellerie, où les femmes qui soignent, excellent. Le roi de France envoie Pierre de Lancre, fin lettré. Il vient de Bordeaux et est dévoré par l’ambition. Pour lui, le seul moyen de sauver ces âmes perdues que dirige Satan, c’est de faire brûler les corps sur les bûchers. 

Le talent de l’auteure, c’est de nous montrer en ces lieux, des hommes et des femmes tentant de vivre et de s’aimer. On y voit la jolie Graciane, éprise de Peyo qui s’embarque à Saint-Jean-de-Luz pour une terre lointaine. Il va chasser la baleine. Ce n’est pas de gaîté de cœur, mais il faut bien vivre. Graciane s’occupe des ornements à l’église et accepte la cape du bien-aimé qui la sauvera de tout, du mal de vivre et de l’éloignement de Peyo. On voit aussi Aimée d’Artix. C’est son fils qui a eu l’idée de venir purifier le pays et a soufflé au roi que Pierre de Lancre était l’homme idéal. 

Il y a Lina, l’horrible Lina, par certains côtés, capable du pire, mais qui aime un monstre. L’amour n’est pas ici rédempteur ou si peu.

On aime Amalia, la guérisseuse au cœur pur. Tout comme Murgui la fougueuse adolescente.

Sous la plume de l’auteure, une galerie de portraits est peinte, mais pas seulement, c’est un pan de l’histoire de France. Pierre de Lancre a existé et, en cent-vingt jours, il a allumé quatre-vingts bûchers et brûlé quatre-vingts femmes. Quel rôle a joué Marie de Médicis qui le nommera ensuite « conseiller d’État » ? 

C’est hélas souvent ainsi que s’écrit l’histoire, dans le sang, les larmes, et les flammes et si miracle il y a, c’est que des plumes racontent, nous permettent de garder la trace de l’innommable. Là-haut, dans les cieux, dans l’Invisible, si Dieu est, il n’a pas dû que se réjouir.

Il faut saluer la plume de Bernadette Pécassou. On ne lâche pas cette histoire.

Vieux criminels, par Nicolas de Crécy, éditions Gallimard, collection Sygne

Nicolas de Crécy, auteur de bandes dessinées, reconnu à Angoulême, se lance dans le roman noir en imaginant une nouvelle vie aux célèbres Bonnie Parker et Clyde Barrow qui semèrent la mort le long des routes du Texas…

Les voici installés et bien planqués dans les Cévennes dans les années soixante-dix, enfin celles de Giscard d’Estaing qui va devenir président de la République et qui s’invitera à manger à la table de ses compatriotes, sans oublier de présenter ses vœux près de la cheminée en compagnie d’Anne-Aymone. 

Dans cette histoire, nos héros qui ne touchent plus les flingues, s’appellent Éva et Claude et tiennent un lavomatique… Une bonne reconversion, sauf que la poudre blanche du lavomatique n’est pas forcément celle qui lave plus blanc. Ben oui, il faut se ménager quelques plaisirs et rentrées d’argent supplémentaires pour oser vivre. Les grands-mères des lieux aiment bien venir faire tourner leur linge en ce lieu. C’est l’occasion de se rencontrer et de tailler une jolie bavette.

Mais les sourcils se froncent. On s’interroge sur les patrons. Ne seraient-ils pas un peu bizarres ? La boutique périclite et l’argent vient à manquer. Comment faire, malgré le petit commerce annexe pour que les comptes soient à l’équilibre ? Et si on se refaisait un hold-up, comme au bon vieux temps ? OK, mais les armes ont quelque peu pris la rouille. Alors hop, petite remise en état. On astique le tout et on se lance.

Oui, mais, l’âge aidant, on ne court plus aussi vite. Ces deux-là ont l’air un peu barjo. Le comble c’est lorsque Claude prend presque peur et se sauve. Un désastre pour Éva qui lance à son compagnon qu’elle a connu plus audacieux : « Mais tu me fais honte ! ».

Une lecture qui fait du bien. Nicolas de Crécy ne manque pas d’humour… Il sait le mâtiner de noir et ça fait un bien fou.

Un voisin trop discret, par Iain Levison, traduction de l’anglais par Franchita Gonzalez Batler, éditions Liana Lévi

De talent, Iain Levison n’en manque pas quand il s’agit de conter la vie des petites gens, la vie de celles et ceux qui ne feront la jamais la une des médias. 

Voici la vie de Jim, chauffeur Uber. Il a plus de soixante ans. Est-il malheureux, aurait-il besoin d’aide, d’argent, voire d’antidépresseurs pour voir la vie du bon côté ? Rien de tout cela. Il a cependant des désirs dont le premier : qu’on lui fiche la paix.

Bien sûr qu’il sort et regarde autour de lui. Est-il donc si égoïste et pourquoi ? Aurait-il quelque chose à cacher ? Dans ce registre, on chemine et sa rencontre avec Corina, épouse d’un soldat engagé en Afghanistan pourrait bien bousculer sa petite vie, jusque-là bien rangée, du moins, celle qu’il avait réussi à préserver.

Corina trimballe quelques secrets. Elle vit avec son jeune fils. Mais il y a tant d’autres choses.

Pourquoi Jim l’a-t-il croisée ? Des questions sans réponses, mais qui surtout viennent bousculer ce qu’il avait si soigneusement caché. De quoi voulait-il se préserver ? N’est-il pas au cœur d’un règlement de comptes ?

L’auteur peint l’Amérique qui ne cesse d’éternuer. Qu’est-ce que l’engagement ? Qu’est-ce que l’Armée ? Pourquoi le pays a-t-il besoin de se poser en gendarme du monde alors que le ménage doit être fait sur son propre sol ? 

L’auteur ne ménage pas ses critiques. Mais il part toujours des petites gens. Il nous parle de la couverture sociale et médicale. Il nous parle de la morale, des jugements de valeurs sur les mœurs des uns et des autres, sans jamais se départir de son humour.

C’est le huitième roman publié en France par cet auteur né en Écosse et qui est venu aux USA à l’âge de huit ans. 

D’ouvrage en ouvrage, il s’affirme avec un grand talent sans jamais décevoir.

Puisque le soleil brille encore, par Sarah Barukh, éditions Calmann-Lévy

Sarah Barukh nous offre un roman bouleversant avec l’histoire de Sophie, brillante avocate, comme le fut son père, son modèle. Mais n’a-t-elle pas privilégié sa carrière d’avocat à sa vie de famille, à son couple, à sa fille Lisa, âgée de neuf ans ? N’a-t-elle pas réussi à effriter les liens l’unissant à sa sœur Aurélie et à leur mère Paula qui, depuis un AVC, vit au ralenti dans un EHPAD et ne peut plus parler ?

La mort de brutale de son père, Thiago est un séisme chez Sophie… Ce qu’elle n’a jamais voulu voir, comprendre, l’empoigne et la terrasse. Son corps se couvre de plaques rouges qui démangent jusqu’au sang. Le Lexomil et autres comprimés sont-ils le remède ou bien est-il temps de se regarder ? Baptiste, son ex-mari qui veille sur Lisa voudrait la sauver, malgré elle…

Le temps n’est-il pas venu de se mettre au clair ? Elle connaît ses origines espagnoles, la fuite de ses parents, face au franquisme, les efforts fous qu’a fait son père pour gommer toute trace d’accent… Tandis que Paula n’y est jamais parvenue.

Dans le même temps, l’auteure nous décrit la vie de Nahuel qui accompagne Sol, sa mère devenue alcoolique à Buenos-Aires. Lui traque les militaires argentins qui ont sévi pendant la dictature. Il œuvre avec les Grands-mères de la Place de Mai qui recherchent les enfants disparus que les militaires ont parfois adoptés pour en faire des Argentins, comme il faut, selon les normes édictées par le sinistre Videla.

Sophie va se rendre en Espagne dans le village de ses parents. Après l’incendie de la ferme, ils sont partis à la hâte… Une tragédie… Plus grande encore que ce qu’a imaginé Sophie, car d’incendie, il n’y a pas eu. Du moins, au village, personne ne se souvient de cela. Et quand s’ajoute, la découverte de passeports argentins au nom de ses parents, Sophie perd pied. Il faut la patience et la délicatesse de Dimitri rencontré en Espagne pour permettre à Sophie de ne pas sombrer.

Ce roman tendu coupe parfois le souffle. L’histoire de la dictature argentine, celle des enfants disparus est parfaitement relatée et juste. Comment oublier l’EMSA, (École Mécanique de la Marine argentine où l’on torturait jusqu’à la mort) ? 

C’est l’histoire d’un secret, c’est la grande Histoire qui a mangé tant d’êtres humains. 

La reconquête de soi est possible. Tant que luit le soleil, car il peut réchauffer les cœurs et redonner vie et amour.

À lire, à offrir !

Et si on pouvait tout recommencer, par Robert Webb, traduction de l’anglais par Samuel Sfez, éditions XO

C’est l’histoire d’un amour fou qui unit Kate et Luke… Malheureusement, Luke meurt tragiquement, subitement, alors que Kate a tout juste cinquante ans. Ils s’étaient connus à l’université… Comment oublier ce coup de foudre merveilleux qui les avait unis en 1992 ?

Kate a beaucoup de mal à survivre. Elle sombre dans la dépression…

Et il y a ce matin où elle se réveille à la demande de Luke qui l’oblige à se lever. Elle lui répond : « Mais tu es mort… » 

Très vite on apprend que Luke a été malade. Kate lui a demandé d’aller chez le médecin…  Pouvait-il être soigné ? Dans ce rêve qui l’éveille, elle entend la réponse de Luke : C’est trop tard.

Cet ouvrage pose une question essentielle. Celle de la réparation. Et si on donnait aux êtres meurtris par la vie, une seconde chance… Et si on pouvait tout recommencer, c’est le titre de ce premier roman de Robert Webb. La vie serait-elle plus belle, plus sage, plus douce ?

On navigue dans le passé de Luke et Kate, et bien sûr, dans ce présent douloureux pour Kate qui culpabilise et est rongée par le chagrin. 

Une nouvelle vie peut-elle rattraper ce qui a été perdu ? Kate revit son histoire avec Luke, se pose beaucoup de questions… Elle pressent que si elle pouvait remonter le temps, elle pourrait le sauver.  « Je vais tout faire pareil. Exactement pareil. Sauf que cette fois, je vais sauver Luke. »

C’est un ouvrage qui permet de réfléchir sur le deuil… Un véritable travail… Ne dit-on pas : Faire son deuil ? Mais comment le fait-on ? En replongeant dans le passé, en tirant les leçons du passé, ou en osant la vie à tout prix ?

Avec un sujet grave, l’auteur réussit à écrire une histoire qui déchire, mais fait sourire et même rire. Il sait être drôle. Il permet aussi de repousser la culpabilité de ceux qui restent sur la rive. 

Surtout, ne l’oublions jamais, il parle d’amour et de danse, et sans amour dansé, que serait une vie ?

Face à la mer immense, par Lorraine Fouchet, éditions Héloïse d’Ormesson

C’est toujours un réel plaisir que celui d’ouvrir un livre de Lorraine Fouchet. Et un autre de la lire. Elle happe lectrices et lecteurs et on veut retenir le temps à mesure que se déroule l’histoire. On ne veut pas quitter les histoires qu’elle nous offre. C’est la magie de Lorraine…

Face à la mer immense, son récent ouvrage, n’échappe pas à la règle. L’essentiel de l’histoire se passe sur cette île, l’île de Groix devenue sienne

Pourtant, tout commence à Rouen, la Seine coule pas loin de l’appartement de Fleur qui vit avec Éric, son fils depuis que Charlie les a quittés pour se refaire dans le milieu de la fiction. Le métier d’acteur lui a brûlé les ailes qui n’avaient peut-être jamais vraiment poussé… Fleur travaille dans une médiathèque…

Merlin est ophtalmologue, jeune veuf avec une fille Coline qui s’essaie au violon, une sorte de devoir, sa mère aimait le violon… Fleur et Merlin habitent donc le même immeuble… Et c’est Newton, le chat birman loucheur qui va les réunir. Newton passe par les balcons pour échouer régulièrement chez Fleur… À force de rapporter le chat à Merlin, on sort une bouteille de vin et on papote…

Mais il faut un zest de plus pour que Cupidon prépare ses flèches… Ce sera grâce aux livres que Merlin ne lit plus… Fleur a l’idée de lui en offrir un, un de Prune, une romancière à succès…

La suite… Un mariage en bonne et due forme à l’île de Groix… et l’idée des amoureux d’offrir le livre de Prune dédicacé aux invités et d’inviter Prune…

Familles et amis se retrouvent au milieu des Groisillons… La joie est au menu… Sauf qu’une tempête oblige les invités à prolonger leur séjour. Les langues se délient… Si les rires fusent, les engueulades aussi…  et les surprises qui vont avec. 

On aime Bon-Papa en fauteuil roulant qui roule tout le monde dans la farine… On aime Éric et Coline devenus frères et sœurs, enfin, par moitié.

On aime Prune qui revisite sa vie…

On aime tous les personnages que Lorraine peint avec talent, montrant l’humanité sous tous ses aspects et qui précise : le bonheur est la politesse des vivants…

Il doit y avoir beaucoup de magie sur cette île à nulle autre pareille… Si la mer polit, se mêle aux vents qui tourbillonnent et transforment, elle un pouvoir extraordinaire qui fait qu’un grain de sable peut devenir graine d’amour.

Un roman à ne pas manquer !

PS – L’histoire du livre dédicacé offert aux invités à un mariage est arrivée à Lorraine… Parfois la vie est un roman plus vrai que nature.

L’auteure sera présente au Livre sur la Place à Nancy du 10 au 12 septembre 2021

Bricoler, peindre et dessiner au fil des saisons, à réaliser avec les enfants (avec du matériel de récupération !), par Valérie Meyer, Éditions du Signe

Valérie Meyer a déjà publié plusieurs ouvrages dans lesquels son talent de photographe s’est révélé. Elle a donné l’envie de revisiter La nature au fil des saisonsLes arbres remarquables du Bas-Rhin. Elle a invité lectrices et lecteurs à sa suite pour de Petites promenades dans le Bas-Rhin. Elle a aussi mis en avant les Parcs et jardins d’Alsace

Maman de deux enfants, elle passe beaucoup de temps auprès d’eux, les initie au bricolage, à l’expression artistique qu’il est possible de réaliser rien qu’avec des matériaux de récupération. Chez elle, trouver et faire naître la beauté est quasiment un devoir.

Ainsi vient de naître : Bricoler, peindre et dessiner (avec du matériel de récup !).

Qui a pensé qu’une chouette pouvait apparaître à partir d’une boîte de conserve ? Un hibou viendra la rejoindre à partir de ronds de bois bien sciés, des coquilles de noix et des feuilles de chêne. Quant aux feuilles de hêtres, elles peuvent servir de couronne à un soleil original et plutôt beau. 

Un peu plus loin, on plonge au cœur de la forêt et Valérie nous apprend à faire un masque végétal à partir de feuilles de fougère et hop presqu’en route vers Venise pour un prochain carnaval, si madame Covid décide de nous laisser en paix.

Je ne voudrais pas oublier les marionnettes, d’authentiques personnages, qu’on peut faire naître à partir d’une boule, de chaussettes et d’un peu de créativité. Même sans castelet, on peut inventer des histoires. Du moins les marionnettes raconteront…

Enfin, si les poupées sont un peu nues… Pas de désespoir, une chaussette et quelques coups de ciseaux en feront une robe.

Impossible de tout raconter… Chaque famille devrait posséder cet ouvrage qui fourmille d’idées. Fabienne Doigny, Directrice du Musée des Enfants de Bruxelles, ne tarit pas d’éloges dans sa préface. Elle invite parents, grands-parents à se lancer dans l’aventure de la récolte des productions de saison… Une aventure qui peut se continuer en classe…

Oui, oui, lui répond Nathalie Berthon, Déléguée académique aux arts et à la culture, Conseillère du Recteur de Paris qui poursuit cette préface. Elle suggère même que Valérie se rende en classe avec le livre pour créer avec les classes « car faire venir une artiste au sein d’une classe, c’est y introduire le point de vue créatif et l’inventivité dont Valérie Meyer ne manque pas… ». La bouteille à la mer est jetée… Formons le voeu qu’elle soit trouvée pour le bonheur de tous.

Un ouvrage à s’offrir et à offrir sans modération. Bravo à Valérie !

Une toute petite minute, par Laurence Peyrin, éditions Calmann-Lévy

L’histoire que nous conte Laurence Peyrin se passe entre 1995 et 2015/2016. 

Une nuit de réveillon, à New-York, juste avant les festivités pour enterrer l’an 1995, deux vies ont basculé. Celle d’Estrella et celle de Madeline. Estrella a été tuée par Madeline, sa meilleure amie. Toutes deux avaient dix-sept ans. 

Madeline est bien sûr arrêtée et son père, un ponte de la chirurgie esthétique, malgré un avocat hors de prix, ne peut rien pour elle. Pas de caution lui rendant sa liberté, pas de sortie avant la fin de sa peine. Elle ne nie rien, ne se cherche pas d’excuse et fera ses vingt ans de prison. 

On ne saura qu’à toute la fin ce qui s’est passé… 

L’auteure montre la vie en prison et la vie, vingt ans plus tard pour Madeline quand elle recouvre la. liberté. Comment se réadapter ?

En prison, elle a repris ses études. Elle est diplômée en Littérature anglaise et s’est payé le luxe de devenir horticultrice, ce qu’elle aime beaucoup. Semer la beauté, la faire éclore. 

En 2016, elle se retrouve libre dans une Amérique qui s’apprête à voter. Hillary ou Trump ? Personne ne croit que cette « baudruche » va gagner et pourtant. 

La peinture de l’Amérique, des lieux, de New-York, du Bronx est plus vraie que nature. 

Les liens mère fille sont bien montrés, joies (peu) et hésitations. Ceux de la famille de Madeline aussi. Qui pourra aider Madeline à trouver son chemin de rédemption ? Car c’est bien de cela qu’il est question.

On aime Ezra, d’origine cubaine et qui prépare mieux que personne des sandwiches à l’espadon et qui ose un regard de compassion sur Madeline. On regarde de près la mère de Madeline dont l’époux disait : « Elle n’est pas très douée pour le bonheur ». Quel secret avait-elle enfoui ?

Tout est juste, bien à propos. Le récit est tenu, fin, riche d’humanité.

À lire, vraiment.

La Forêt des disparus, par Olivier Bal, éditions XO

Olivier Bal nous avait fait découvrir Paul Green qui avait résolu L’affaire Clara Miller. Plusieurs années après, en 2011, lectrices et lecteurs retrouvent cet enquêteur-journaliste qui, presque malgré lui, se retrouve au cœur d’un lieu, la forêt de Redwoods au bord du Pacifique dans l’Oregon où poussent des séquoias géants qui ajoutent à nos angoisses. Dans cette région –la forêt est un vrai personnage– on ne connaît Paul que sous le nom de l’Étranger.

Il ne demande rien à personne, il vit dans ces lieux de sinistre réputation. Tant de personnes ont disparu. Jamais retrouvées. Comme si la forêt les avait mangées, digérées ou presque. Pourquoi ?

Et voici Paul dérangé dans sa solitude quand Charlie, une jeune adolescente vient frapper à sa porte. Elle est blessée, profondément choquée, mais sûre que Paul peut l’aider. Elle a connu l’inimaginable en matière d’horreur, justement au cœur de cette forêt. Les arbres ont vu, mais se sont tus.

Près d’eux, ou dans leur entourage, on découvre Lauren, femme flic qui justement s’intéresse à ce lieu à l’infâme réputation. Elle ne pourra qu’assister à la mort d’Owen, son adjoint. L’ambulance est arrivée trop tard…

Ce roman est construit tel un roman choral et c’est réussi. Les voix de Paul, Charlie, Lauren, Alvin et Alex, racontent… Chaque personnage a son ressenti et c’est aux lecteurs de décrypter l’histoire. L’auteur sait parfaitement aménager le suspense, décrire les lieux, nous arracher des cris d’effroi. Tout est parfaitement maîtrisé.

J’ai aimé que l’auteur plante cette histoire dans cette terre, où vécurent les Amérindiens qui en furent chassés pour aller vivre sur des terres pauvres. Il y a seulement vingt ans, que la belle Amérique, avec Dieu à ses côtés, a pris conscience de cette monstruosité.

Ne manquez pas la lecture de ce thriller d’Olivier Bal qui nous plonge au cœur d’un si noir et si terrifiant secret. On aime Paul, son héros. L’histoire est parfaitement indépendante de L’affaire Clara Miller

On se prend simplement à espérer que l’auteur fasse revenir Paul, l’Étranger, dans une autre affaire. On le suivra.

Le premier amour est-il éternel ? par Geneviève Senger, éditions Presses de la Cité

Jusqu’à présent, Geneviève Senger, alsacienne, à la fois auteure jeunesse et qui s’est risquée avec talent dans le registre adulte, nous a souvent offert des romans où les personnages sont originaires d’une terre, et dont l’action peut porter sur plusieurs générations. Souvent, les secrets de famille sont le cœur, voire le nœud d’histoires où des femmes fortes et puissantes ont pu avoir quelques clés mais les auraient perdues, d’où un mal être évident. Et subsistait la question : comment renaître et se reconstruire ?

Son récent ouvrage Le premier amour est-il éternel est quelque peu différent, car il est actuel, et surtout, faussement léger. 

Ariana, Parisienne pur jus ainsi qu’elle l’affirme, n’aime que le macadam et les gaz de voiture au quotidien. Paris est le lieu de cette jolie quadra à qui tout réussit. Mariée à un cardiologue, mère de deux enfants dont peuvent rêver tous les parents, Héloïse et Georges, très en lien avec sa sœur Sophia, elle peut chanter la vie est belle… Si elle a perdu sa mère assez jeune, le père est resté, un homme droit, un rien autoritaire qui n’a pas failli à sa tâche de père. 

Ariana est jolie et s’est imposée dans les réseaux sociaux avec talent et succès. C’est une blogueuse-influenceuse dont les affaires marchent très bien, même si ça fait sourire Édouard, Ed dans l’intimité, le mari cardiologue de vingt ans son aîné. L’homme sécurité, protecteur.

La vie d’Ariana bascule le jour où elle apprend qu’elle hérite de l’Orée, la belle maison de sa grand-tante Adèle à Cahors. Quelques souvenirs d’enfance et d’adolescence resurgissent. Non, la Parisienne n’ira pas s’enterrer si loin de Paris, même si l’Orée baigne parmi les roses. Et pourtant…

Faut-il cet accident de santé d’Ed pour changer la donner et mettre au grand jour ce que le cœur avait enfoui pour ne plus souffrir ?

C’est l’histoire d’une reconquête de soi qui passe par l’abandon des futilités qui est narrée ici avec talent.

Ne vous privez pas de ce premier amour, il est l’une des portes d’un ciel sans nuage, ou presque.