

La littérature a souvent brossé le portrait des mères qui disent que la maternité les a rendues fortes, puissantes. Mais la littérature s’est aussi nourrie de portraits de femmes qui ont commis des infanticides. Il y a les grands infanticides, les meurtres (Médée), il y a aussi ces mères qui pour une raison qu’elles ne connaissent pas elles-mêmes, commettent l’irréparable, masquent la vérité et, découvertes, sont incapables d’expliquer le pourquoi du comment ou tout simplement qui délaissent, abandonnent…
Katixa Agirre nous raconte l’histoire d’une romancière dont la notoriété est en pente ascendante. Au même moment, elle apprend qu’une ancienne connaissance, mère de jumeaux a noyé ses enfants. Pourquoi ? Ce fait divers ébranle l’Espagne et la romancière qui vient d’accoucher de son premier enfant s’empare de ce fait divers et décide de raconter, de creuser l’histoire.
Pourquoi Jade-Alice a-t-elle agi ainsi ? En même temps, l’auteure parle du bonheur ou du non-bonheur d’être mère, c’est parfois confus. Elle en appelle aux œuvres littéraires, évoque Doris Lessing qui abandonna ses enfants nés d’un premier mariage en Rhodésie pour s’installer au Royaume-Uni en disant : « Je vais vous préparer un bel avenir. » Or cette auteure parlait aussi de la maternité en la définissant comme l’Himalaya de l’Ennui.
Au passage, l’auteure s’attache aux peintures mettant à l’honneur des maternités, et fait le rapprochement avec ce que son héroïne ressent face à Erik dont elle doit aussi s’occuper tout en étant écrivaine… D’ailleurs, qu’est-ce qu’une bonne écrivaine ? L’ouvrage donne quelques clés.
Est-ce que la maternité est si belle, si joyeuse ? La romancière parle de ses espoirs et avec franchise, livre ses craintes. Un malheur, un accident (qui délivre) est si vite arrivé.
Être mère, le devenir n’est pas chose aisée. Ce roman n’est pas un réquisitoire, mais une enquête vérité pour traverser la nuit et dire quelque chose de la lumière qui est si difficile à cueillir.

















