C’est un journal de deuil que nous offre Catherine Mavrikakis qui évoque la première femme aimée, sa mère. Et elle le fait en cultivant le jardin, d’abord la petite bande de terre au pied de la tombe. Les mains dans la terre, creusant, à quatre pattes comme elle dit, elle se souvient de cette mère qui elle n’a jamais cultivé de jardin, mais la nostalgie et le repli depuis son arrivée au Québec en 1957 quand elle a épousé un Grec complètement en dehors du monde et qui lui donnera des enfants. 

Cette femme n’a pas été heureuse. Plutôt possessive, avare de compliments, repliée sur elle-même, ne pensant qu’à la France, son pays d’origine qu’elle n’a jamais revu. Elle n’a pas forcément rendu heureux ses proches, mais fait extraordinaire, le lien amour de l’auteure pour elle ne s’en est pas trouvé pas altéré. On s’interroge : comment Catherine a-t-elle pu l’aimer, oser s’élancer dans la vie et ne récolter que les reproches ? « Tu ne croyais pas à l’amour, maman. Tu trouvais que c’étaient des histoires que les gens se racontent, trop faibles pour ne pas faire tout un cinéma. » 

L’auteure précise le sens de l’amour entre les êtres. On peut aimer, vivre, écrit-elle, un « amour queer », comme celui de Derek Jarman, amoureux des plantes, cinéaste et qui cultivait un jardin, il en fit un livre qui sert un peu de fil rouge dans l’ouvrage de Catherine. 

Derek était homosexuel, malade du sida, il vivait avec Keith, son compagnon et pourtant entre eux pas de relations physiques… Elle compare cet amour à celui que vécut Duras avec Yann Andréa… Ainsi peut-elle déclarer : « J’ai pris ma conception de la passion amoureuse dans les livresdans ceux de Duras (que sa mère détestait). Je l’avoue : j’aime l’amour sacrifice (…) En moi persiste une croyance dans l’absolu. Et cette foi que j’avais, tu étais bien contente que je la cultive, puisque je t’aimais.

Ce livre est un chant mystérieux et sublime à l’égard d’une mère que d’autres auraient fuie. « Elle a laissé des traces dérisoires. Elle continue à vivre morte, même si j’ai fermé ses comptes de banque… (…) et s’adressant directement à elle, Catherine lui chante : 

« Mais tu n’es pas vraiment morte, toi, ma rose, ma mignonne.

Tu as disparu comme un arbre ou une fleur qui a fait son temps. 

Tu n’es pas morte… »

L’auteure n’élude rien et parle de cette mère qui a toujours voulu être la préférée, la plus belle, celle qui défiait le temps et voulait garder un visage regardable dans le miroir. 

Catherine l’a accompagnée sur le chemin qui conduit en un pays inconnu. Et si elle manque trop à Catherine, il lui sera possible de la recréer. « Tu restes mon invention ». Seul l’amour vrai a cette capacité. Une sacrée leçon. Un ouvrage à lire et à relire pour oser sourire apaisée.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s