

Bien souvent un auteur peut utiliser le roman consciemment ou inconsciemment pour faire passer des idées, se libérer, se mettre au clair, aller à la rencontre de lectrices et lecteurs. S’il est sincère, il atteindra son but. Cela étant, quand vient le désir d’écrire à une personne, il faut bien reconnaître, qu’elle est rarement maître des mots qui vont jaillir de sa plume ou du clavier.
Mémona Hintermann, journaliste, grand reporter de guerre, qui fut membre du Conseil de l’Audiovisuel, a des attaches très fortes avec La Réunion. Sa mère, Créole d’ascendance bretonne catholique, a eu pour compagnon un Indien musulman. Onze enfants sont nés de cette belle histoire d’amour… Et Mémona aime toujours rappeler qu’elle a grandi dans une famille où les livres étaient absents. Mais elle souligne son amour pour les mots qui sont un extraordinaire véhicule pour échanger, panser, restaurer les indispensables liens entre les êtres. Elle dit combien ses parents furent attachés au fait que les études ouvraient bien des portes.
Mémona qui a sillonné le monde est aussi auteure d’ouvrages et elle vient de publier un roman Les Vulnérables qui conduit au berceau des origines à travers le silence d’Amélie qui a fait d’une douleur, un secret, malgré tout transmis à Momiche, sa fille. Momiche a fait sa vie, s’est éloignée de son époux Oskar, alors qu’entre eux, existe une authentique histoire d’amour.
Momiche dont les nuits sont troublées de rêves, qui sont plutôt des cauchemars, échange avec Oskar et voici qu’un secret en rejoint un autre, comme si les inconscients communiquaient (les psy le reconnaissent souvent). Celui d’Oskar lui a été révélé dans une lettre-testament, en fait, un journal intime tenu par sa mère qu’il n’a pu lire qu’à la mort de celle-ci. C’était la débâcle allemande à la fin de la guerre. La mère d’Oskar n’avait pas assez de jambes pour fuir la Silésie, les troupes russes arrivaient. Pas plus tendres que les troupes nazies, du reste.
Ce dialogue entre Momiche et Oskar n’est rien d’autre que la traversée de la nuit du silence, où les mots sont des balles… Mais ce qui compte, c’est la lumière au-delà de l’épais rideau plus tenace qu’une porte blindée. L’histoire de ces femmes, pendant ces temps troublés et troublant, est universelle. Nous en sommes, nous les femmes, qui transmettons la vie, les héritières. C’est par nous qu’adviendront paix et justice. Il nous faut y croire.

















