L’écriture aide à mieux vivre quand elle soigne des blessures, quand elle guérit, quand elle répare. Réparer, c’est le mot qui convient au récit de Grégoire Delacourt qui va être à la vitrine et sur les tables des libraires dans peu de jours.

Je suis cet auteur depuis ses débuts… Et je m’interrogeais : que voulait nous dire Grégoire dont il n’était pas tout à fait conscient ? En retraçant son parcours, un fort bel itinéraire, homme brillant, bosseur, père de famille, très respectueux de la gent féminine, la défendant, je poursuivais mon questionnement. La publication de Mon père, a été pour moi un coup de tonnerre. C’est vrai que l’on parlait beaucoup des abus sexuels dont sont, ou ont été, victimes des jeunes pendant des colonies, en classe, par des laïcs et des religieux qu’on appelait justement « père ». Mais qu’est-ce qu’un père ? Que voulait révéler Grégoire qu’il avait enfoui dans l’inconscient et qu’il cachait derrière ses mots qui sans doute commençaient à creuser, allaient à la source de la fontaine de vérité ? La victime se croit si souvent coupable, qu’elle oublie… L’oubli, un des maîtres mots de ce récit dont Grégoire dit : « Écrire c’était vivre et oublier- ce sont ceux qui n’écrivent pas qui se souviennent ».

Avec la publication de ce récit « L’enfant réparé » Grégoire raconte comment il a osé, pu, fendre l’armure du silence, comprendre une mère qui dès l’âge de cinq ans faisait tout pour l’éloigner de son père. Ce n’est pas parce que sa mère ne l’aimait pas. C’était justement parce qu’elle l’aimait et voulait le protéger.

Dans ce récit bouleversant et pudique, l’auteur peint sa vie, enfant, adolescent, sa vie familiale, la publicité qui lui a permis de faire vivre les siens. Ses amours si difficiles. Quand on n’est pas au clair avec soi-même, comment l’être avec les proches ? Il parle de son analyse, toujours avec infiniment de délicatesse. Les mots justement, ceux qui aident à panser, à réparer. Oui, disait le psy, et alors, je vous écoute… Mais il était encore si loin de ce bord de l’abîme où se jouait une étrange et funeste danse.

À petits pas, parfois dans un frôlement, à la faveur d’un éclat de lumière, il perçoit ce qu’il a tu. Est-ce le déni ? Dérisoire protection qui risque d’avoir blessé les proches et dont il se sent coupable.« J’ai accepté la honte d’avoir failli. Celle de ne pas avoir tenu la promesse de notre couple parfait –jolie petite famille de magazine.  (…)  J’ai concédé à nos amis qu’ils choisissent celui de nous deux qui saignaient le plus. (…) Ceux qui m’aimaient ont disparu, la famille s’est tue (…) La bouche de ma mère s’est mise à trembler et son regard sur moi s’est assombri. Elle m’avait préservé et je n’avais pas sauvé les miens. »

Si Grégoire Delacourt a dressé La liste de ses envies, a dansé au bord de l’abîmeaimé La femme qui ne vieillissait pas, il a trouvé les mots pour réparer l’enfant qu’il fut et qui dort encore en son cœur.

Dehors la souffrance qui s’incruste à même la peau tel un tatouage… Les mots sont jetés dans les pages, semés. Le blé pourra lever, onduler sous les vents et le soleil.

Merci et bravo à l’auteur !

6 commentaires sur « L’Enfant réparé, par Grégoire Delacourt, éditions Grasset »

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