Mado : Agent secret, par Anne-Marie Wimmer, éditions Ponte Vecchio

Laure Diebold-Mutschler, « compagnon de la Libération » aux côtés de Jean Moulin, Daniel Cordier et d’autres, était complètement tombée dans l’oubli. Elle est la grande cause d’Anne-Marie Wimmer, normalienne, peintre, photographe, auteure et femme de communication.

Anne-Marie a déjà révélé à son public la naissance de Laure à Ernstein pas très loin de Strasbourg, puis sa vie à Sainte-Marie-aux-Mines avant son engagement dans la Résistance où elle joua un rôle non négligeable avant d’être arrêtée, détenue à Fresnes puis expédiée dans les camps où, par deux fois, elle eût dû périr, mais fut sauvée. Les miracles existent…

Sauf celui de la reconnaissance. 

Après deux ouvrages sur cette femme extraordinaire, l’auteure s’adresse à la jeunesse et raconte Mado : agent secret. Mado étant le nom de code de Laure. En même temps, elle leur offre l’histoire de l’Alsace, tantôt allemande depuis 1871, tantôt française, puis allemande et enfin, cette terrible seconde guerre mondiale et le rôle de quelques héroïnes et héros, dont Jean Moulin qui fut proche de Mado. Mado fut sa secrétaire.

Si cet ouvrage est destiné à la jeunesse, les adultes qui n’auraient pas encore entendu parler de cette héroïne peuvent la découvrir.

On salue au passage l’obstination et la ténacité d’Anne-Marie Wimmer qui a fait sortir de l’oubli Mado. Un timbre a même été publié en son honneur… Si Anne-Marie s’est réjouie de l’entrée au Panthéon de Joséphine Baker, elle eût aimé que Mado (qui eut des funérailles nationales) puisse, elle aussi, y entrer.

Les amours de Marie Curie, par Claude Huriet, préface du Pr Jacques Battin, éditions Glyphe

Il y a quatre ans, on a commémoré le cent cinquantième anniversaire de la naissance de Marie Curie. Beaucoup de manifestations ont eu lieu, dont une exposition  » Marie Curie, une femme » au Panthéon le 8 novembre 2017.

Claude Huriet, professeur de néphrologie à Nancy qui réalisa les premières transplantations rénales à Nancy en 1970, mais également homme engagé en politique (conseiller général, puis sénateur) a consacré ses travaux parlementaires à la bioéthique et à la sécurité sanitaire. Il a aussi présidé pendant douze ans l’Institut Curie. 

Le temps est venu pour lui de se pencher sur la vie de cette extraordinaire femme venue de Pologne et qui a reçu deux fois le prix Nobel pour ses recherches. La première fois, ce fut presque à bouche cousue, puisque ce fut d’abord son mari qui reçut le prix. Elle n’eut pas le droit de monter sur scène alors qu’elle travaillait avec lui.

Cet ouvrage de Claude Huriet nous raconte l’histoire d’une femme éprise de recherches scientifiques, mais éprise tout court…

Il nous dit ce que fut sa vie en Pologne au sein d’une famille bien née. Elle aima un jeune homme de toute son âme, mais la famille du garçon s’opposa à leur union. Elle trouva refuge chez sa sœur à Paris, y fit de brillantes études. Sa rencontre avec Pierre Curie fut une grande histoire. Ils étaient en harmonie parfaite et regardaient les lueurs danser dans les éprouvettes de ce laboratoire plus proche d’un modeste garage ou d’une étable. Ils œuvraient.

La mort accidentelle de Pierre laissa Marie blessée. Mais courageuse et vaillante elle poursuivit ses recherches. Paul Langevin, ami de la famille et chercheur lui aussi, l’accompagna et les cœurs se trouvèrent… 

À cette époque, il n’était pas de bon ton d’avoir un amant et qui plus est, un homme marié.

Claude raconte quelques humiliations dans ces pages avant une vraie reconnaissance. Pour écrire cet ouvrage, il a puisé au plus près dans les écrits de Marie et de ses enfants et proches.

Un bel ouvrage qui fait justice à une femme à qui la science et l’humanité doivent beaucoup.

La divine comédie de nos vies par Gavin’s Ruiz, éditions Albin Michel

C’est l’histoire d’une bande de copains. Une sorte de club des trois mousquetaires des temps modernes où l’amitié prévaut sur tout. Jérôme, Marc, Sacha ont leur devise « Un pour tous, et tous copains ».

Dans ce roman choral bien ficelé, on voit le mal-être de Jérôme qui, à force de vivre pour les autres, n’a pas vécu pour lui. Il est devenu quelconque, fade… C’est ce qu’il ressent et l’amitié de Sacha qui l’écoute en prenant un verre avec lui ne peut rien. Sacha ne parvient pas à le détourner de son idée pour s’en sortir. Bien que pas d’accord, Sacha, en vertu de leur devise et amitié, est obligé de suivre et participer à la fuite, à la métamorphose de Jérôme. 

On voit ces jeunes hommes vivre, s’interroger de Honfleur à Paris. On les entend se raconter, on suit leur vie, ligne après ligne dans les pages de ce roman pêchu… Ils sont ce que nous sommes, consomment et boivent comme nous. Ils aiment aussi, chabadabada, comme dans les films de Lelouch dont on ne se lasse pas (n’en déplaise à certains intellos). La vie, c’est cela aussi.

Au fond, le courage de Jérôme est là, celui de Sacha aussi. Un projet audacieux, fou, mais nécessaire pour retrouver le goût de la vie et la délicieuse odeur d’un pain au chocolat ou d’une tartine de confiture « Bonne maman ». L’auteur sait nous entraîner dans cette folle danse de la vie pour entrer dans La divine comédie de nos vies. Car c’est bien cela. Nos vies sont des comédies, mais du rire ou du sourire se dessinent des chemins vrais. S’il y a un maître mot, une devise à retenir c’est : « ne jamais s’habituer ».

Oui, nous devons rester attentifs et prêts à sauter le mur qui cache le vrai bonheur et oser, bien sûr s’interroger sur soi, le fameux MOI des psys.

 Alors seront chassés les nuages qui ornent le ciel, du moins un peu, car il en faut en conserver quelques-uns pour rompre la monotonie des jours.

Un ouvrage qui fait du bien !

Tombé du ciel, par Sébastien Paci, éditions La Valette

Le chemin de Sébastien Paci, auteur de ce polar, dont c’est le premier roman publié, est atypique. Il est à l’écoute, aime mille choses. Ce fut un problème quand il était lycéen. Il n’avait pas de préférence pour les lettres ou les matières scientifiques. Que faire après le bac ? 

Il opte pour la biologie, mais les éprouvettes ne le réjouissent pas vraiment… Le voici en lettres modernes, un choix qui lui permet de rencontrer Aurélie Filipetti qu’on ne présente plus. Cette fois, son choix est le bon, il sera professeur de français avant de devenir inspecteur à l’Éducation nationale, puis conseiller auprès du recteur de la délégation académique à l’éducation artistique avant de poursuivre une carrière à la Drac. Et comme il n’aime pas le ronron quotidien, il lui faut s’émerveiller, avoir le cœur qui bat.

Écrire ? Il l’a toujours fait pour lui, bien sûr… Et s’il osait… D’autant plus que Mozart trotte et chante dans sa tête. Non, pas de biographie sur ce génie. Tout a été dit ou écrit. Il faut un mystère. Il lui semble que Mozart frappe à sa porte : « Je ne suis pas mort, on m’a exfiltré… Allez, raconte… »

Il parvient à créer une histoire grâce à une compositrice américaine qu’il découvre en Espagne et qui a vécu au milieu du XXe siècle. On la connaît comme pianiste et médium. Un don qui lui permet d’avoir de grandes conversations avec d’autres musiciens qui continueraient de vivre en lui dictant ses musiques.

L’auteur trouve son chant. Le directeur de la Fondation Mozart, dans le roman de Sébastien Paci, découvre une partition inédite de Mozart dans un piano-forte amoché à la suite d’une livraison chahutée. Vraie ou fausse ? Quel sens donner à ce document ? Existerait-il un message codé voulu par des amis francs-maçons ?

Sébastien Paci a trouvé le ton au fil des pages écrites. Il use du rythme, des sonorités. 

Je ne puis vous en dire davantage. Les romans tatoués de mystère et d’étrange, doivent garder leur zone de nuit jusqu’à la dernière page.

On lit Sébastien Paci avec un réel plaisir.

Accompagné de son éditeur, il sera l’invité de la Librairie Le Neuf à Saint-Dié des Vosges le 4 décembre 2021 à 10.30 au premier étage de la librairie5, Quai Maréchal Leclerc 88100 Saint-Dié des Vosges      

Tél 03.29.56.16.71 / Fax 03.29.56.04.56

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Malraux et le Bangladesh, par Michaël de Saint Cheron, éditions Gallimard

L’histoire du Bangladesh s’est écrite dans la douleur. Il y a maintenant cinquante ans, sollicité, interpellé par des intellectuels victimes de la répression au Pakistan, André Malraux allait s’engager. Ultime combat ?

On le sait, André Malraux avait pris part à la guerre d’Espagne, fut un grand résistant pendant la Seconde Guerre mondiale aux côtés du Père Bockel dans la Brigade indépendante Alsace-Lorraine qu’il avait créée, puis fait ministre des Affaires culturelles par le Général de Gaulle.

Il fallait créer une brigade de volontaires internationaux, c’est ce qu’il disait dans son « Appel pour le Bangladesh ».

Le temps passe vite et on a tendance à oublier les millions de victimes et réfugiés que ce conflit fit. Il y eut un gouvernement provisoire installé à Calcutta qui tentait de se faire entendre et d’appeler le monde entier. Le gouvernement indien les soutenait. Fasciné par l’Inde et la personnalité de Gandhi, André Malraux entendit l’appel. Son engagement eut des effets positifs sur la jeune génération d’intellectuels, dont celui de Bernard-Henri Lévy rejoint ensuite par d’autres.

L’intervention de l’Inde fut décisive et le Bangladesh devint indépendant en avril 1973. André Malraux fut célébré, accueilli tel un chef d’État.

Mais rien ne fut simple comme l’a révélé le documentaire réalisé par Philippe Halphen en juillet 1973. De nombreux documents sont restés longtemps en sommeil. Michaël de Saint-Cheron, fasciné par André Malraux, tente dans ce livre d’ouvrir les dossiers restés enfouis. Ce livre permet de découvrir un autre aspect d’André Malraux dont on célèbrera en 2026 le cinquantième anniversaire de sa mort. Pour ce faire, Michaël de Saint-Cheron a créé le Centre international de recherches André Malraux, et il a bien fait.

Les infréquentables frères Goncourt, par Pierre Ménard, Préface de Michel Winock, éditions Texto

L’ouvrage de Pierre Ménard, publié chez Tallandier avait reçu le prix de la biographie décernée par Le Point. 

Il reparaît dans la collection poche Texto et reste tout aussi piquant.

Des frères Goncourt, un seul est né à Nancy. La ville s’enorgueillit d’en faire des Lorrains qui ont fondé le prix Goncourt, mais pour eux, Nancy et la province étaient des lieux bien trop petits. Seul Paris les attirait. Edmond, assez grand, brun, mélancolique le plus sensible, nous dit le biographe des deux frères, Pierre Menard, tandis que Jules, son cadet de huit ans, plutôt blondinet, longtemps de santé fragile, est un esprit vif, joyeux, enclin aux farces, mais d’une férocité rare.

Ils n’ont pas la réputation d’aimer grand monde. Misanthropes, misogynes, vaniteux, ils détestent les pédérastes, les femmes, les religieux et grenouilles de bénitiers. Bref, ils n’aiment pas la modernité, Napoléon III, sont paranos, antisémites (c’est l’époque)… Qui aiment-ils à part eux ? Personne n’a grâce à leurs yeux. Ce qu’ils veulent, c’est passer à la postérité. Ce ne sera pas pour leurs œuvres, même si le volumineux journal écrit à quatre mains nous renseigne sur l’époque et reste une référence.

Ils ont le goût des belles choses, attirés par l’art japonais. Malgré leur fichu caractère, ils sont admirés. Zola dira leur devoir tout. Flaubert les appellera « mes bichons » et pourtant ils ne l’épargneront pas.

Quand l’Académie Goncourt est créée, elle l’est surtout pour apporter un peu d’aide à de jeunes littérateurs (grâce leur soit rendue). Mais l’esprit n’a pas toujours été respecté. Marguerite Duras, couronnée à un âge tardif pour l’Amant s’est posé la question de savoir si elle allait ou non accepter ce prix. Un détail…

Pierre Ménard nous offre un double portrait, celui de ces deux hommes jumeaux dans leur façon de regarder le monde avec une quasi méchanceté et celui d’une époque.

Flaubert et Louise Colet, l’amour en poste restante, par Joseph Vebret, éditions Écriture

Joseph Vebret, l’auteur de cet ouvrage, raconte une très grande histoire liant Flaubert tout juste âgé de 24 ans à Louise Colet, son aînée de dix ans et déjà maman, qu’il a rencontrée dans l’atelier du sculpteur Pradier.

Elle est poétesse et a déjà publié plusieurs ouvrages qui lui ont valu une certaine reconnaissance. 

Flaubert n’a encore rien publié, mais est attiré par la littérature. Il se cherche à cette époque. A-t-il déjà en tête Emma, cette jolie femme qui s’ennuie auprès de son époux médecin ? 

Entre Louise et Flaubert, c’est un véritable coup de foudre. Mais comme dans tout coup de foudre, il y a violence et dévastation. Pourquoi Flaubert quitte-t-il Louise au bout de trois jours ? Ce n’est pas qu’il soit déçu par elle, mais il nourrit des craintes… Non, il se sent écrasé par cette puissante. « Tu as un pouvoir d’attraction à faire se dresser les pierres » lui écrit-il. Elle répond et l’on va, de lettres enflammées, à des lettres de colère, semées de larmes, de reproches injustes de la part de Louise. Parfois les deux amants se retrouvent, mais si brièvement. Ce sont les lettres qui donnent le ton et montrent les caractères. Louise est exclusive, jalouse. Flaubert est encore une sorte de petit garçon à maman. Il n’ose pas lui parler d’elle… Que redoute-t-il ? Un cordon n’a pas vraiment été coupé.

Reste cette correspondance extraordinaire donnant un éclairage à l’auteur en devenir. Et s’il avait emprunté à Louise quelques traits pour peindre Emma ? Flaubert dont on célèbre le bicentenaire de la naissance est en devenir. Emma Bovary, son chef-d’œuvre mettra quelques années à naître. La mise au monde est laborieuse, toujours l’auteur corrige. Il peut passer des jours sur une phrase, mais le résultat est celui que l’on sait. Bovary, c’est moi, a-t-il déclaré.

Joseph Vebret signe ici un ouvrage complet sur l’une des plus belles correspondances de la littérature du dix-neuvième siècle.

Ne pleure plus, Marie, par Janine Boissard, éditions Fayard

À l’heure d’Internet, des réseaux sociaux, Janine Boissard, auteure d’une bonne cinquantaine de romans, choisit de parler d’amour, de faire se rencontrer deux personnes par le moyen épistolaire classique. 

Jean ouvre le bal en écrivant à Marie qu’il a aperçue sur scène au cours d’une conférence sur la jeunesse et l’amour aujourd’hui… Les précédents intervenants avaient lassé la salle, Marie, instit’, capte l’auditoire. Elle ne juge pas, elle comprend, elle a foi en l’amour…

Jean, un peu plus âgé, mais pas tellement, lui écrit et elle va répondre. Les lettres bleues sur un joli papier vélin vont tomber dans la boîte et émouvoir… 

Vient le temps des confidences. Ces missives deviennent indispensables à l’un comme à l’autre. Chacun y pense, pose sa main sur l’enveloppe contenant ces mots qui font du bien…

Et quand Aude, la fille de Marie, et Lucas, le fils de Jean s’en mêlent avec les adresses courriel qu’ils ont obtenues, les choses se précipitent et seront sans doute cette épée de justice, bienfaitrice, capable de fendre l’armure trop lourde des secrets enfouis. 

L’auteure va plus loin que l’histoire des amours contrariées. Elle suit le parcours de chacun… On peut devenir enseignante, pédopsychiatre et se retrouver mêlé à l’histoire d’un petit Léo, enfant, mal ou si peu aimé au sein d’une famille plus qu’honorable. Les parents sont des personnes engagées, tournées vers autrui, mais incapables de donner l’amour… L’amour, le grand mot, celui qui étend son voile sur un lac jurassien, puisque l’auteure nous conduit de Lyon à Dôle pourrait-il couvrir de bienfaits nos personnages ?

Ne pleure plus, Marie, un bien joli titre pour un roman très court, fort bien écrit, tendre et délicat et qu’on ne peut oublier.

S’adapter, par Clara Dupont-Monod, éditions Stock – Prix Femina 2021 et Prix Goncourt des lycéens

Il faut un immense talent pour traiter, dans un roman, de l’arrivée d’un enfant différent, sans verser dans le pathos. 

Clara Dupont-Monod a choisi de faire parler les pierres en terre cévenole où elle campe son histoire, aux allures de conte initiatique. Ce sont les pierres qui racontent l’histoire de cette famille quand naît un enfant différent. 

Un garçon et une fille ont déjà précédé cette naissance. Lorsque le petit frère atteint trois mois, les parents comprennent qu’il se passe des choses pas normales, ou plutôt, il ne se passe rien dans le développement du nourrisson. Le regard est vague, il ne babille pas et la tête semble ne pas tenir sur son corps… Les examens révèlent qu’il ne voit pas, ne marchera ni ne parlera jamais. Son espérance de vie est limitée à trois ans. 

Les pierres témoignent : « Nous avons vu, nous pouvons dire ». Elles décrivent la réaction des enfants. 

Comme dans les contes, les enfants sont la force de l’histoire. L’aîné se sent protecteur de l’enfant qu’il emporte et porte au cœur de la nature cévenole, jusqu’au bord de la rivière. Il entreprend de lui faire sentir les résines, la menthe, de lui faire entendre le bruit de la rivière et le chant des oiseaux. Il lui parle très doucement, pose sa peau contre la sienne. Une relation fusionnelle intense qui lui fait dire quand on l’interroge sur sa profession future : « Aîné ».

La réaction de la cadette est autre. Colère et dégoût pour cet être qui détruit l’équilibre familial. Qu’est-ce donc que ce petit-frère fantôme venu bouleverser leur vie et dont il faut prendre soin ? Un bébé ou un vieillard toujours allongé ? Les pierres l’affirment : « nous avons vu, elle a donné un coup de pied dans les coussins sur lesquels l’enfant était allongé ». Elles peuvent ajouter : « c’était un être à mi-chemin, une erreur coincée quelque part entre la naissance et le grand âge. »

On voit aussi la vie des parents, d’une grand-mère que la cadette aime beaucoup et qui déclare : « dans la vie, il y a des bas mais ça remonte toujours ».

Ce qui est fort dans ce court texte de cent soixante pages, ce sont les réactions et les sentiments des uns et des autres et le chemin pour s’adapter. Et même si la cadette traverse une adolescence tumultueuse, se bagarre avec les autres et la vie, il n’y pas de leçon de morale ou de pourquoi. L’histoire montre une attitude d’accueil bienveillant. On s’adapte.

Le frère aîné est exceptionnel, ses gestes face à ce petit-frère handicapé, sont le lien qui répare, restaure jusqu’à en perdre le sourire quand l’enfant se trouve placé chez des religieuses parce qu’on ne peut pas faire autrement. L’éloignement le brise.

Ce merveilleux texte, tout en délicatesse a été couronné du prix Femina. Ces dames ont été bien inspirées de le saluer et de le retenir. 

À lire, à offrir sans aucune hésitation.

La princesse de Lamballe, l’amie sacrifiée de Marie-Antoinette, par Emmanuel de Valicourt, éditions Tallandier

Beaucoup a déjà été écrit sur la princesse de Lamballe, amie de la reine Marie-Antoinette qui en fit sa surintendante…  Mais jusqu’ici, aucune des biographies n’a peint la princesse avec une telle justesse de ton. 

Marie-Thérèse Savoie-Carignan, née dans la Maison royale du Piémont en 1749 est mariée très jeune au prince de Lamballe, jeune lui aussi, mais très occupé à courir les jupons. Le mariage semble ravir la jeune princesse qui écrit à sa mère qu’elle pourra être très heureuse. Les joies du mariage la comblent. Ils sont hélas de courte durée. Le prince la délaisse. Très vite, il est atteint par un mal lié à ses débauches Bien que révulsée, la princesse l’accompagne jusqu’au dernier souffle. Elle n’a que dix-huit quand elle se retrouve veuve. Elle trouve beaucoup de réconfort et d’amitié auprès du duc de Penthièvre, son beau-père, petit-fils de Louis XIV. Lui, est désireux de garder ses influences à la Cour et va œuvrer pour la princesse approche Marie-Antoinette. Il y réussit et la princesse devient la favorite de Marie-Antoinette. Beaucoup d’amitié les lie. La princesse de Lamballe est heureuse d’être aimée et de servir. Elle ne sait pas qu’elle a posé le pied sur un chemin qui la conduira à une mort atroce.

Cette biographie de la princesse de Lamballe nous montre les comportements des courtisans, assoiffés de pouvoirs. Comment Philippe Égalité que la reine déteste, manigancera pour faire chuter Louis XVI, tout en jouant le rôle d’ami auprès de la princesse. Un sinistre personnage qui délaisse Adelaïde, son épouse et lui prend ses enfants pour les faire élever par sa maîtresse. On voit aussi les agissements des dames de la Cour, dont la comtesse Jules de Polignac, qui s’efforce d’éliminer la princesse de Lamballe. 

Or, la princesse de Lamballe qui eût se sauver lorsque les troubles ont commencé, malgré une santé fragile, d’incessants maux de tête, reste fidèle à Marie-Antoinette.

J’ai aimé le portrait de Saffrais, le médecin de la princesse, qui tente de la sauver. Mais ce que nous révèle l’auteur, c’est que sa fin tragique et honteuse ne furent pas le fait d’une foule devenue incontrôlable. Marat, Danton avaient signé, comme d’autres, sa mise à mort. Il fallait frapper fort dans l’entourage du couple royal. En finir avec la monarchie dont le sang devait couler en abondance dans les caniveaux de Paris. 

L’auteur a décrit la vie d’une femme fragile. Rien ne prédestinait cette femme-enfant à devenir l’héroïne qu’elle fut par amitié et fidélité.