Des noces en or, par Sylvie Baron, éditions Calmann-Lévy

De livre en livre Sylvie Baron, installée dans le Cantal, donne l’envie à ses lectrices et lecteurs de mieux connaître ces terres riches de magie, de merveille et de mystère. Quand on commence les romans qu’elle nous offre, elle sait nous happer, nous forcer à la suivre. C’est un don chez elle, de peindre les personnages installés dans une région, de montrer leur chemin et finalement de nous égarer. Car au-delà d’une ferme, d’une auberge, d’un joli village, des drames ont eu lieu, si souvent enfouis pour n’avoir pas à se regarder dans le miroir. Comme un besoin de taire l’inacceptable.

Nous voici à Chantelauze… Oui, les pierres des lieux pourraient chanter. Les lauzes qui couvrent les toits pourraient tressaillir. Dans ce village, Pujol, le maire ne voulait pas que son village soit victime de la désertification comme tant d’autres. D’où l’idée de Simone, qui tient les registres d’État civil, de glisser, qu’en ce village, même si les mariages se raréfient, on ne divorce pas… On meurt, mais on ne divorce pas. D’où cette autre idée de faire de Chantelauze le village du bonheur. Et quand une star américaine vient s’y marier, c’est la consécration. 

Bien sûr, les ambitions font naître l’école du mariage, des boutiques, des restaurants enfin tout ce qui est nécessaire pour célébrer les jours heureux. Les journalistes ont envie d’articles pour les belles revues papier glacé, d’autres peuvent être plus soupçonneux. C’est le cas de Mehdi venu enquêter avec Jean-Cyril, un copain sociologue et deux copines Charlotte et Fanny. La tâche doit être facilitée par Fanny, originaire des lieux… Un joli quatuor bientôt réduit à un trio, à la suite de l’accident de Mehdi dans le clocher. Accident ou agression ?

Et c’est la découverte de quelques morts survenues précocement, surtout quand les veuves ou veufs se sont remariés très vite. Notre trio bien sympathique, et on en redemande, ne sait pas qu’il a mis les pieds dans un bourbier inextricable et dangereux.

On suit l’enquête des jeunes gens, émaillée de réflexions du cru, de comparaisons drôles. Sylvie Baron est une enquêteuse-fouineuse hors pair, mais c’est compter sans l’humour nécessaire toujours prompte à jaillir de sa plume.

Le genre policier lui va très bien et on attend le prochain roman avec impatience. 

Le premier rêve du monde, par Anne Sibran, collection Haute Enfance éditions Gallimard

Avec Le premier rêve du monde, Anne Sibran nous propose d’approcher Paul Cezanne, peintre, l’un des chefs de file de l’Impressionnisme avec un regard nouveau… Il est bien question de regard dans ces pages belles à couper le souffle. 

Paul Cezanne fut diagnostiqué diabétique à l’âge de cinquante et un ans. Une pathologie qui provoqua chez lui des maladies de peau et des problèmes de vue… L’œil est essentiel pour un artiste peintre. 

L’auteure nous montre le peintre face à la célèbre et magnifique montagne Sainte-Victoire. Paul Cezanne est originaire d’Aix-en-Provence et s’il a vécu quelque temps à Auvers-sur-Oise, c’est bien le Sud et ses lumières, le Sud et ses plantes, le Sud et ses vents qui le subjuguent. Un matin, en plus des migraines qui le harcèlent, un voile reste sur ses yeux. Comme une nuit qui ne se lève pas… L’oculiste local l’envoie à Paris rencontrer un spécialiste… La cataracte semble s’être installée. C’est une époque où l’ophtalmologie fait de grands progrès. On sait retirer ce voile installé sur le cristallin. On l’aspire. L’opération est presque devenue bénigne. 

Ces pages nous montrent le cabinet du docteur Barthélemy Racine, marié à Kitsidano, jeune Indienne, aveugle de naissance et dont les pieds voient ce que le regard ne verra jamais. 

Entre la quête de Paul Cezanne et le désir de Barthélemy Racine de rendre à ses patients la possibilité de voir les beautés du monde, l’auteure nous offre le regard intérieur de tout un chacun, et la quête vers le mystère et ses insondables beautés qui fait vibrer le peintre.

L’auteure glisse, ici et là, les belles rencontres de Paul Cezanne, son amitié avec Zola qui remonte à l’enfance, sa passion pour Baudelaire et l’admiration que portait le poète Rainer Maria Rilke à Cezanne. Bien évidemment, vient la question essentielle, pourquoi l’ophtalmologiste génial qu’est Barthélemy Racine n’a-t-il pas offert à sa bien-aimée, la possibilité de voir ? L’histoire d’amour entre ces deux êtres que tout sépare est magnifique… Une chose est de retrouver la vue. Une autre est, à l’âge adulte, d’ouvrir le regard sur la réalité… Elle peut s’avérer pauvre face au rêve que l’on a nourri… 

Un ouvrage d’une grande beauté, superbement écrit, comme les précédents. 

Ma Belle, par Camille Anseaume, éditions Calmann-Lévy

Louise est la narratrice de ce roman. Elle raconte comment de femme amoureuse d’un homme déjà papa de Blanche, au teint de neige, aux cheveux d’ébène et brillants et à la bouche telle une cerise rouge vif, elle est devenue peu à peu la marâtre de l’enfant. Blanche partage sa vie, comme tant d’autres enfants, une semaine chez maman, une semaine chez papa.

L’histoire contée par Louise s’adresse à Blanche. Elle lui raconte sa vie. L’histoire d’amour entre Erwann, son père et Irène, sa mère. Leur rencontre. Une mère pas seulement belle, mais sublime. Une mère image, papier glacé, presque glaçante aussi. Tout doit être impeccable, la hauteur des talons, la coiffure, la peau, les vêtements. Le couple rencontre peu de monde et, si c’est le cas, les fêtes sont écourtées. Madame s’ennuie. Mais monsieur est tellement heureux d’avoir à son bras la plus belle qui soit qu’il se range à son avis.

Or, le couple se sépare à la demande d’Irène. Il faut fuir le bonheur avant qu’il s’émiette. En gros, c’est cela.

Quand arrive Louise, « plus normale », c’est à dire moins jolie, mais avec un cœur merveilleux, ouvert et qui ne désire que la vie et le rire et le bonheur de la fillette et de son père, c’est bien compliqué. L’apprivoisement est loin d’être gagné. Louise a l’impression de passer l’examen de belle-mère et d’y parvenir difficilement.

Le ton du livre est souvent drôle, subtil et bourré d’humour… C’est un peu le conte de Blanche-Neige (l’auteur y fait référence) aujourd’hui… Au-delà du constat qu’il est difficile d’être belle, de le rester, l’auteure interroge la société d’aujourd’hui sur la place des femmes, des hommes, le rôle du père présent-absent et la place des enfants dans un couple. 

Ce roman qui se lit d’une traite a fait mon admiration. L’auteure est très jeune et fait preuve d’une réelle maturité quant au sujet évoqué. Ce livre peut faire du bien au plus grand nombre et surtout aider les familles recomposées. Si rien n’est jamais acquis, rien n’est jamais perdu.

Raser les murs, par Marc Villard, éditions Joelle Losfeld

Les amateurs de romans et d’univers noirs vont se régaler avec le recueil de nouvelles de Marc Villard. Certaines nouvelles ont déjà été publiées dans des revues, mais il est bon que ces neuf bijoux du genre soient rassemblés dans ce recueil…

L’auteur s’intéresse aux SDF, aux prostituées, aux migrants, à Cécile, une femme qui caresse un peu trop la dive bouteille. Elle vit d’abord à Strasbourg avec Lulu, sa fille à l’époque trop jeune pour travailler chez Leroy Merlin et qui joue de la clarinette avec talent… Le jazz c’est son truc… C’est aussi celui de l’auteur qui en glisse ici et là dans ses écrits. Puis, on retrouve Cécile et Lulu à Paris, il valait mieux ne pas rester en Alsace avec la mort d’un flic enquêteur et père de famille. Cécile sert la soupe populaire… et rencontre des migrants, on parle de la situation en Syrie. Pays qu’il vaut mieux fuir. Auparavant, on a fait un petit tour chez les Indiens Navajo. Les voyous, là-bas, ne jouent pas dans la tendresse, mais il existe des sauveurs et protecteurs d’une jeune ado dont les grands-parents sont punis dans le désert. On va aussi au Nouveau Mexique avec un regard sur les pays de l’Est qui n’envoient pas que le meilleur en Europe de l’Ouest…  

Tous les héros de Marc Villard fuient quelque chose jusqu’à ce que l’on comprenne qu’ils se fuient eux. Mais le talent de l’auteur, c’est de les peindre sans jugement. Il les regarde avec tendresse et leur offre leur part d’humanité qu’ils n’ont jamais perdue, mais le savent-ils ? 

Il faut beaucoup de talent pour rendre compte de ces ambiances, des espoirs déçus sans cesse renouvelés sans jamais sombrer dans le misérabilisme.

Nos mains dans la nuit, par Juliette Adam, éditions Fayard

Suivre de jeunes auteures bourrées de talent, ce n’est que du bonheur.

Après Tout va me manquer, salué par beaucoup de lectrices et lecteurs et critiques, Juliette Adam poursuit son auscultation d’une jeunesse au sortir de l’adolescence et qui aborde l’âge adulte. C’est le comment devenir grand quand l’enfance n’a pas été un long chemin paisible bordées fleurs ?

Zoé, la narratrice, évoque son enfance aux côtés d’Émilie, l’amie étrange… Les deux gamines sont nées à la même clinique, à quelques jours près. Les deux mères furent des amies fusionnelles au point d’avoir acheté des maisons dans la même rue, l’une en face de l’autre. Morgane, la mère d’Émilie est joyeuse plutôt extravertie et n’a pas d’homme dans sa vie. Elle a vécu de petits boulots jusqu’à cette boutique de fleurs qu’elle tient avec sourire et talent. La mère de Zoé a fait ses armes dans le journalisme féminin. Elle a un époux et un autre fils Raphaël… Zoé raconte ce père fantôme, souvent absent pour le travail et si silencieux. Raphaël, le frère ne se trouve pas, un état dépressif quasi permanent. Zoé regarde sa mère peu communicante, égarée un ailleurs embarrassant pour la gamine qui se réfugie chez Morgane. Si Zoé avait pu avoir une mère comme Morgane…

Zoé voit les années défiler et survient la brusque séparation des deux femmes… Zoé n’a pas compris. Pourquoi Morgane et Émilie sont-elles parties vers le Sud, sans prévenir ?

Dans le même temps, Raphaël va de plus en plus mal et c’est Zoé qui tente de l’aider… 

Émilie réapparaît à l’occasion d’un boulot d’été dans le même salon de thé où officie Zoé… Que s’est-il passé ? Pourquoi cette déchirure ?

Zoé est celle qui tient debout, comme si elle avait un secret : s’inquiéter pour quelqu’un au lieu de penser à elle. Lorsque Tristan, proche d’elle, veut resserrer les relations, elle fait d’abord passer, le bonheur d’Émilie, les retrouvailles avec Morgane…

L’auteure nous entraîne à la suite de Zoé et des siens sur des chemins de vie parfois douloureux, avec infiniment de poésie et de délicatesse. Qu’est-ce que grandir ? Comment et pourquoi ? Si c’est le roman des rencontres, c’est aussi celui de la transmission et de la réparation.

On ne lâche pas cette histoire. On cherche avec Zoé un ciel débarrassé de nuages, on guette le chant des oiseaux… Zoé trouve-t-elle les réponses dans la présence de Tristan aux jours difficiles, qui affirme : je serai ton homme et qui rappelle :  entraînons-nous à mourir à l’ombre des fleurs ?

Raconter la nuit par François Emmanuel, éditions du Seuil

Pierre, un écrivain (le narrateur de l’histoire) est invité par Vera dans une maison en Bretagne où elle vit avec sa jumelle, Jelena. Dans cette maison sont les oeuvres du père, Jero Mitsié, artiste peintre serbe qui vient de mourir… Jelena a vécu une histoire d’amour avec Pierre, vingt ans auparavant. Au début, le narrateur s’interroge. Que veut Vera ? Elle se dit encombrée par les tableaux exécutés par son père. Pierre doit-il l’aider à s’en défaire à les classer, à rédiger une sorte de catalogue ? S’il ne voit pas Jelena, il perçoit sa présence.

L’œuvre du peintre est étrange autant que trouble. Qui fut cet artiste ? De quel côté était-il du temps du conflit ? Pour la liberté ou l’ordre ancien ?

Ce qui trouble encore davantage le narrateur, c’est qu’il sent la présence de Jelena au coeur de l’opacité. Une sorte de nuit (d’où le titre). La nuit est double. C’est celle de Jelena et tout autant celle du père… Un drame a eu lieu (que je ne puis raconter).

L’auteur utilise la gémellité et l’histoire pour traduire ce mal être, ce drame qui conduit jusqu’à l’effroi. Et vient la rencontre de Jelena et du narrateur, est-ce un retour, ou le début d’une autre histoire ? Jelena est étrange et pose question à Pierre. Ces jumelles sont-elles la traduction de ce qu’a été le père ? 

Le roman se compose de trois parties, deux parties se passent en Bretagne au milieu des tableaux où le narrateur verra les peintures de l’artiste, notamment celles mettant en scène les jumelles. Comme un jeu de miroir. Jelena avait choisi de devenir photographe de guerre, pourquoi ?

La troisième partie est le voyage, le retour à Sarajevo… Cette guerre dramatique… Est-ce là que Jelena peut révéler son secret et ce qui est arrivé à Slava, autre personnage de ce roman ? Pierre, l’homme qu’elle a aimé, peut-il venir en elle, la comprendre ? De quoi Jelena veut-elle se purifier ? De quelle possession veut-elle se délivrer ? Quel regard veut-elle dessiller ?

Raconter la nuit, c’est le travail de Pierre, le narrateur. C’est à lui de trouver les mots pour briser en fait ce siège de Sarajevo, au propre comme au figuré.

Très beau roman, complexe, aux limites de la déraison…

Philosophia, ma vie avec Elle, par Catherine Borella, éditions Kaïros

Catherine Borella est professeure de philosophie. D’abord enseignante pendant 17 ans dans un lycée avant de rompre, réfléchir. Elle trouve un autre lieu où enseigner, où apporter la grâce. Le milieu du soin l’attire. Le besoin et le goût de transmettre grâce aux soignants, avant dit-elle, une lumineuse rencontre avec des jeunes touchés par le handicap ou la maladie.

Elle revient donc à l’enseignement sans quitter le domaine des soins. La philosophie, son domaine, lui est indispensable pour aller plus loin, non seulement avec une jeunesse qui n’a pas été épargnée, mais pour elle-même. On ne peut transmettre que si l’on est au clair avec soi-même. Une des leçons reçues de son père…(L’auteure vient d’une famille d’enseignants). Et lorsqu’un inspecteur visite sa classe, quand elle enseigne Épictète… Quelques tensions naissent. C’est le père de Catherine qui vient à la rescousse. Peu importe qu’Épictète soit transmis comme ceci ou cela. Pour les élèves, ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel sera ce qu’ils retiendront de ce moment vécu avec la professeure…

Ces pages ne sont pas des cours de philosophie destinés à des érudits, mais une approche simple du comment être dans la vie. À quoi sert d’avancer, et comment, et pourquoi ?

Sous la plume de l’auteure, philosopher, c’est renaître, chanter pour mieux aimer la vie. Elle réussit à jeter des passerelles entre le comité d’Éthique du Chu, les spécialistes du monde médical, le Rectorat, les élèves de la Faculté de médecine, les juristes. 

Avec beaucoup d’honnêteté et de rigueur, l’auteure parle de sa vie, des bienfaits de la philosophie, qui permet de regarder et d’analyser autrement les échecs, il y en a toujours, mais aussi, les joies… Comme celle d’enseigner cette discipline aux jeunes. 

Au fond, si la médecine peut réparer les corps, la philosophie trace des routes nouvelles, et répare aussi l’âme, à condition d’accepter de se laisser guider.

Une belle leçon de vie.

Oublier l’étoile, par Brigitte Hemmerlin, éditions Calmann-Lévy

C’est un récit que nous livre Brigitte Hemmerlin, un récit comme un roman. Il met en scène Hélène, au cœur d’une maison spécialisée parce qu’il était impossible pour ses filles de faire autrement. Hélène est très âgée, quatre-vingt-dix ans, et est très malade. Sa mémoire se dérobe. 

Or, dans cette histoire, c’est Hélène qui se raconte. Sa mémoire lui revient, celle d’avant et celle d’avant avant, mais personne ne peut l’entendre.

Elle reconnaît encore ses deux filles près d’elle et un mot entendu au présent la renvoie à autrefois. Le passé heureux et parfois chaotique resurgit. Des racines trop menaçantes qu’il a fallu couper pour devenir autre, afin de préserver sa vie. 

Hélène est née juive. La famille fut montrée du doigt, comme tant d’autres. Les youpins n’avaient-ils pas crucifié Jésus ? Ils méritaient donc d’être éradiqués. Il ne fallait jamais parler de ces choses-là. Pourtant, sa mémoire lui rappelle certaines fêtes. La nappe blanche, le chandelier à sept branches, les chants, la kipa portée par les hommes. Le grand père était rabbin…

La guerre venue, la famille a été dispersée, deux petites filles dont Hélène sont parties dans un orphelinat tenu par des religieuses et sont devenues catholiques… Sa sœur voulait même être religieuse… Difficile pour une enfant de se cacher, de se renier pour une faute qui n’a jamais eu lieu. Hélène a rencontré Charles, son grand amour… Se souvient de l’Alsace.

Aujourd’hui, alors qu’un grave œdème la conduit aux urgences, elle se débat face au corps médical… Violence de l’instant, face à ce qui encombre sa tête. Sa vie fut un combat trop souvent silencieux, mais bien réel pour taire son essence. Mais Hélène lutte jusqu’à la réconciliation, jusqu’à la délivrance.

J’ai lu ces pages les larmes dans les yeux. J’ai lu ces pages jusqu’au bouleversement. Pourquoi, mais pourquoi l’enfer est-il descendu sur terre ? Les flammes ne sont, hélas, pas éteintes. Les prés n’ont pas tous reverdi et souvent le chant des oiseaux a bien des peines à s’élever.

Un père à soi, par Armel Job, éditions Robert-Laffont

Commencer un roman d’Armel Job n’est jamais anodin. Impossible de s’arrêter. L’intrigue, l’écriture entraînent lectrices et lecteurs dans les tréfonds de l’âme humaine. Sa plume est un scalpel qui ouvre, décortique pour révéler ce qui a été enfoui et qui ne rendait pas fier.

L’histoire d’Un père à soi est de cet ordre.

Que peut-il arriver à Alban Jessel, marié à Lydie dont il a deux enfants déjà en faculté ? Une vie lisse et réussie. Une entreprise paysagiste qui fonctionne bien grâce aux talents de tous. Côté cœur pour Alban, tout va bien. Le couple s’aime comme au premier jour.

Pourquoi faut-il qu’une jeune femme téléphone et désire le rencontrer pour lui remettre un pli et lui transmettre un message ? La curiosité l’emporte et Alban, sans rien dire à Lydie, un dimanche matin, se rend au marché pour rencontrer l’inconnue. 

Le pli contient quelques photos où il se reconnaît en compagnie d’une jeune fille. Le message de Virginie est simple. Elle a accompagné cette femme qui vient de mourir à l’hôpital Saint-Joseph… : « elle n’a aimé que lui ».

Alban n’y croit pas. Ce n’est pas possible… Ce n’est pas vrai… Il vacille. Peu à peu, les souvenirs oubliés, enterrés sont là… Il avait une vingtaine d’années. C’était avant Lydie. Un emploi d’étudiant dans une entreprise où l’on veillait sur les chicons… Cette jeune femme, bien sûr… Une aventure passagère ?

Cette révélation faite pourrait suffire aux interrogations que tout un chacun peut se poser quand resurgit le passé et qu’il risque de déranger une vie trop bien organisée. Armel Job va plus loin, décrypte, incise, montre le mal-être, pose les questions essentielles, qu’est-ce que l’amour ? La vérité exige-t-elle de tout dire ? À ce fait, s’en s’ajoutent d’autres, tout aussi déstabilisants, car ils forcent Alban à se regarder. Sans oublier, Virginie, la jeune messagère qui a aussi une histoire, un passé… Qui est-elle, que lui est-il arrivé ? Quant à la femme décédée à quarante ans et qui n’a aimé qu’Alban, ses désirs pouvaient-ils s’exprimer librement dans une Belgique marquée par la vilaine affaire Dutroux ? Le climat dans lequel on grandit peut marquer à tout jamais…

Je ne puis vous en dire davantage, sauf vous conseiller de ne pas passer à côté de ce roman exceptionnel qui happe dès qu’on l’a commencé.

Au cœur des noirs tourments est une source… Comme toujours, l’immense talent d’Armel Job la révèle. Rien n’est inéluctable. 

La fille qui voulait voir l’ours, par Katia Astafieff, éditions Arthaud

Katia Astafieff ne manque pas de courage. Elle a déjà publié plusieurs ouvrages, dont Mauvaises graines, puisqu’elle est botaniste, (directrice adjointe des Jardins botaniques du Grand Nancy) une passion chez elle. Mais c’est aussi une randonneuse qui exerce cette autre passion avec humour, d’où le succès de Comment voyager seule quand on est petite, blonde et aventureuse, Comment voyager dans le Grand Nord quand on est petite blonde et aventureuse. 

Il n’y a pas si longtemps, un jour de 1er janvier, alors que souvent, on prend de bonnes résolutions qu’on ne tient jamais, elle décide de se lancer dans une nouvelle aventure… Faire au Québec, le Siat dans les Appalaches, soit, pour elle, sac au dos adapté, s’offrir en solitaire, cinq cents kilomètres. Un défi consistant à traverser une nature belle mais souvent hostile avec des dénivelés épuisants. Une randonnée où il faut, prendre garde, au brouillard qui rend le paysage effrayant et aux nuages de moustiques qui dévorent le moindre centimètre de peau, sans oublier l’essentiel : trouver la source pour boire… Bref, l’aventure mêlée de la frousse qui peut survenir certains soirs. La nuit est propice à bien des angoisses. Mais cette aventure doit lui permettre de voir l’Ours. Le grand ours noir qui n’hésite pas à tuer et à dévorer ses proies… C’est pour lui qu’elle entreprend cette randonnée.

Ce sentier a une réputation… Le souvenir de quelques morts est là. Mais, en Lorraine aguerrie, Katia se lance, a bien tout préparé… D’où ces pages, ce carnet de voyages écrit avec talent, faisant référence à d’autres pages de grands voyageurs, à des penseurs et à des poètes canadiens puisque nous sommes sur leurs terres… Elle nous livre quelques rencontres, dont celle d’un Français plutôt « casse-bonbons » qui croit tout savoir. Il y a aussi une Québécoise et sa fille, bien sympathiques… Un vieux monsieur qui l’a prise en stop.

Un récit vivant où l’on apprend beaucoup. Peut-être aurez-vous l’envie d’une randonnée quelque part… Les parfums de la nature sont communicatifs.