

Si Stéphane Emond vit aujourd’hui à La Rochelle, il n’a jamais oublié qu’il est né en Argonne. Libraire, écrivain talentueux, fin et délicat, dans ce bel ouvrage, il a décidé de refaire le voyage que firent ses aïeux. Il y a quatre-vingts ans, comme tant d’autres familles, la sienne a fui l’avancée des troupes allemandes. Il fallait quitter les lieux. Ils ont échoué dans l’Aube où sa grand-mère fut tuée par le mitraillage d’un avion allemand alors qu’elle tenait son bébé dans les bras. L’enfant ne lui survivra pas.
Pourquoi, s’interroge l’auteur, ai-je mis tant de temps à revenir à marcher sur leurs routes, à frapper aux portes où vécurent les miens. Il se présente cependant : « Je suis le petit-fils de Marie-Thérèse Pirrus, morte dans le bombardement du 15 juin 1940 ». Le visage de la dame s’illumine. Elle s’efface pour le laisser entrer : « Monsieur, cela fait plus de cinquante ans qu’on vous attend ». Comme si le désir de comprendre abolissait le temps passé.
Il se souvient de son père paysan et menuisier, c’est lui qui faisait les cercueils. Il fit celui de son père, comme l’avait fait le grand-père pour le sien. Ce ne sera pas le cas du narrateur de cet ouvrage.
Stéphane Émond décrit avec tendresse et beauté la forêt, les villages, les vieux restés au pays et qui l’attendaient. Son histoire bouleverse, rejoint tant d’autres faits connus qui s’inscrivent dans la grande Histoire qui nous a faits, construits, irrigués.
Un bel hommage à ceux qui furent. L’auteur ouvre le grand livre de sa vie, nous l’offre. Il devient nôtre par la magie d’une très belle écriture qui fouaille, griffe, panse et émeut.
Un récit à ne pas manquer.

















