Le sourire de l’aube, par Blanche de Richemont, éditions Fayard

Il est fréquent de trouver des livres à la vitrine des libraires sur le mieux vivre. C’est même une mode. Ce sont des livres de recettes : comment surmonter une épreuve douloureuse ? Faire face à la mort, l’horrible dame qui s’approche ? Mais il est rare, voire exceptionnel de lire un roman riche de beauté, où l’on avance à pas en cueillant de-ci, de-là, la fleur rare au parfum, certes éphémère, mais capable de changer le regard.

Le sourire de l’aube, joli titre, est cet ouvrage qui met en scène Camille, sa fille Perle, et un court moment dans le roman, Victor toujours aimant mais pas suffisamment fort pour envisager une vie avec la même personne. Aucun drame, Victor reste attaché à Camille et à sa fille. D’ailleurs ce n’est pas le sujet principal de ce roman.

Le sujet c’est Camille que Roberto vient « d’attaquer ». Camille nomme ainsi sa maladie. C’est plus facile pour en parler avec Perle, sa fille. On comprend vite de quoi il s’agit, puisqu’elle emploie le mot métastase. Le combat va exister.

On peut craindre, être désespéré, mais il faut aussi compter sur des rencontres.

Pour gagner son le quatrième étage où elle vit, Camille passe par le troisième où vit un vieux monsieur, dont on apprend qu’il s’appelle Melchior… Perle l’appelle le papou, un papou de Papouasie. L’univers lointain regorge toujours de mystère. C’est un homme à l’écoute et qui sait ce qu’est le temps, ce qu’est la souffrance, mais utilise chaque instant, chaque minute, chaque seconde pour en faire un rituel d’apaisement. Rien n’est jamais fini. Quand tout s’achève quand le point zéro est atteint, s’installe le silence, le début d’autre chose, vient alors le temps d’autres découvertes. En plus du thé, il offre une bouteille, un sirop… Connaît-il le secret des plantes ? 

Dans le même temps, il y a ces belles rencontres près de Notre-Dame au marché aux fleurs avec Gabriel, un professeur médiéviste…

L’auteure utilise avec délicatesse et subtilité les symboles, les mots qui peuvent être décortiqués pour leur trouver un autre sens qui sera un nouvel élan. Méchante devient « mais chante ». Guérir, c’est « gai rire »… 

On découvre que rien n’est petit quand on aime… Que tout est important pour réinventer la joie. Qu’il est des odeurs à débusquer, telle celle du pissenlit qui sent l’air… La preuve, quand on souffle dessus, il s’envole.

Si ces pages disent que la vie est tremblée, ce tremblement peut être généreux s’il est habité d’un sourire. Celui de l’aube ?

À lire, à offrir.

Je ne vous ai pas oubliés, les livres s’offrent à nous avec le sourire des libraires, c’est dire…

Quel de bonheur !

Voici venue la réouverture des librairies ! Vite courons-y, prenons de grands sacs, remplissons les de ce qui est essentiel pour nos vies, pour notre esprit, pour notre coeur et nous oserons regarder plus loin. Oui, nous respirerons l’air magique de la beauté et de l’amour.

Les libraires nous attendent, ce sont des rencontres dont il ne faut pas se priver, en respectant les gestes forts, capables de bouter l’ennemi hors de notre vue et de nos corps.

Madame Covid, nous vous terrasserons parce que nous pouvons, nous osons lire. Les ouvrages sont notre armure. Vous ne toucherez jamais nos esprits et nos coeurs.

Vivent les livres, vivent les libraires qui seuls savent nous conseiller et distribuer cet essentiel !

Un été sous les tilleuls, par Jean-Paul Malaval, éditions Calmann-Lévy

Un été sous les tilleuls, le roman de Jean-Paul Malaval, pourrait être celui qui fait du bien, qui rassemble, qui unit une famille pendant les vacances d’été à Puy-de-Grâce en Corrèze.

Albin Dumontel, quatre-vingt-sept ans, deux fois veuf, coule des jours tranquilles dans son vaste manoir au milieu de ses souvenirs, aidé par Amélie qui lui est dévouée. Il a eu deux enfants, Xavier et Virginie et a déjà de grands petits-enfants. Xavier a bien réussi dans les affaires en épousant Armande, seule héritière d’une fabrique de meubles. La corbeille de noces était bien garnie et c’est elle qui dirige… Virginie ne se plaint pas, elle est chercheuse en cancérologie et donne des cours… Son époux Albert est à ses ordres et doit tout accepter, y compris quelques aventures extra-conjugales. Les petits-enfants ont déjà choisi leur vie. 

On aime Manu et Eliott, le poète, Eliott qu’aime beaucoup Albin… Souvent, il comble les trous à la banque.

Cette année-là, sans doute du fait de son grand-âge, le patriarche va parler héritage et quelques confessions risquent de surprendre cette famille bien campée dans l’héritage bourgeois… Les masques vont tomber… La parade est sur le point de s’achever.

Si le patriarche a plus ou moins vécu 1968, « un merdier qui n’a rien apporté » il a bien vite réintégré sa condition, comme tant d’autres. Pour les petits-enfants, dont Manu, « il est ce grand-père Albin, comme une bouée jetée à quelqu’un qui se noie ».

Albin s’amuse des réactions des uns et des autres. Ce n’est pas qu’il veuille jeter le trouble, mais pour lui, le temps est venu de dire, de réparer : « Chaque fois qu’on répare une injustice, on se grandit, pensa-t-il. Comment aurais-pu m’acheminer vers la mort avec cette tache dans l’âme ? ».

Superbe roman où les personnages sont autant le reflet de nos grandeurs comme de nos petitesses… L’auteur cite un lieu-dit « Les Mureaux » qui est aussi une localité en région parisienne (dans les Yvelines, entre les deux guerres une petite bourgade rurale) qui figure dans « Les Grandes Familles » de Maurice Druon qui évoquait en trois tomes commencés entre les deux guerres et jusqu’au-delà des histoires de familles comme il faut, pétries de conventions et que la modernité allait bousculer.

Il y a cet esprit-là chez Jean-Paul Malaval. On aime ce patriarche, si humain, pétri de culture et qui a une bibliothèque fabuleuse dans laquelle on aimerait se perdre et on lui pardonne quelques excès. Du reste, qui sommes-nous pour juger ?

En attendant, n’hésitez pas à prendre ce bain d’été sous les tilleuls avec une famille qui se cherche douloureusement.

La Terre originelle, par Geneviève Senger, éditions Calmann-Lévy

L’histoire commence en 1850 à Cahors, belle région viticole. Les premières pages décrivent Léonie, la toute jeune bonne de M. et Mme Gaillard possédant des vignobles aux portes de la ville. Les étés sont chauds, mais personne ne s’en plaint puisque la chaleur de la saison est caresse sur les raisins qui donneront naissance au nectar de velours dont tant de gens raffolent. 

C’est un matin, et après la nuit étouffante sous les toits de sa chambre, Léonie décide d’une promenade matinale jusqu’au hangar du maître. En chemin, elle cueillera quelques pêches dont raffole sa maîtresse. Léonie est sensible à la nature, aux oiseaux et l’un d’eux semble lui indiquer un lieu d’où provient une sorte de miaulement… Quoi ? Un chaton abandonné ? Elle va s’en occuper. 

Or, ce qu’elle découvre dans un tissu, c’est un nouveau-né… Qu’en faire ? Le donner au curé qui l’enverra dans un orphelinat, au couvent le plus proche ? Tout s’agite en elle. Elle l’a trouvé sur les terres de ses maîtres, elle rapporte l’enfant à madame Gaillarde, heureuse… Quel cadeau ! C’est le ciel qui la comble. Depuis des mois, elle tente de donner un héritier à son époux, en vain. Elle va de fausse couche, en fausse couche. Aucun fœtus ne reste en elle jusqu’au terme. Ce bébé arrive à point. Pour le mari aussi, même s’il eût préféré un garçon. L’héritage de la terre, des vignes, c’est pour les garçons. 

De sa belle écriture, l’auteure avance dans cette histoire, mettant en avant Léonie, une très jeune femme, forte, malgré les apparences. Elle va s’occuper de l’enfant trouvée que les Gaillard vont appeler Nina… Le maître s’attache à l’enfant au point de lui faire promettre que, plus grande, elle veillera sur la terre et les vignobles… 

Jusqu’au coup de théâtre dans une histoire au destin tout tracé… La maîtresse se retrouve enceinte et cette fois, le bébé est bien décidé à aller au terme. Adrien voit le jour. 

Et l’on s’interroge… Que se passe-t-il dans la tête de ce couple pour que Nina soit rejetée et envoyée dans la famille où elle sera servante… Il n’y aura qu’un héritier, Adrien, le vrai fils…

L’histoire ne s’arrête pas là… On voit passer des Russes, déjà très amateurs des vins de Cahors… On voit grandir Nina, loin de la vigne où elle est née… La petite fille prometteuse devient une jeune femme épatante. Et Adrien, jeune homme parfois perdu qui se cherche ? Et Léonie ? 

Un beau roman riche de psychologie, d’élans du cœur, d’amour et de désamour capables de fouailler les âmes pour en révéler les beautés au-delà des apparences.

Ce qui unit ces personnages, c’est la terre… Une terre féconde et fécondée qui elle, connaît les secrets des humains. Elle sait accueillir, se faire chaude sans jamais se renier.

(À Noter : en même temps que la parution de ce roman, la saga Les Bellanger est publiée en poche chez J’ai lu)

La désobéissance d’Andreas Kuppler, par Michel Goujon, éditions Héloïse d’Ormesson, préface Franz-Olivier Giesbert, postface Edmonde Permingeat

Comment un peuple pétri d’humanisme, celui de Goethe, de Rilke, de Thomas Mann, a-t-il pu devenir ce peuple « de chiens enragés, voilà un sujet inépuisable de perplexité et de stupéfaction ? » avait écrit Vladimir Jankélévitch, à propos de l’Allemagne dans les griffes du nazisme. 

Michel Goujon, agent littéraire, éditeur, auteur a toujours été interpellé par cette époque et les questions qui en ont découlé. Il offre un roman qu’on ne lâche pas.

C’est l’histoire d’Andreas Kuppler, un journaliste sportif à la veille des Jeux Olympiques de 1936 qui vont se dérouler à Garmisch-Partenkirchen. Pour le IIIème Reich, cette manifestation n’est rien d’autre qu’un gros coup de communication, une vitrine de ce Reich triomphant. 

Cette année-là, le peuple allemand marche au pas, acclame son chef tel un dieu. Il faut avoir pris sa carte au parti et faire du zèle, c’est-à-dire dénoncer les mauvais Allemands, les Juifs. On les moleste au besoin et l’on est applaudi. L’Allemagne veut une race pure, des aryens aux cheveux blonds et aux yeux bleus, des aryens qui oeuvrent distribuent les tracs. Même les femmes ont un rôle, elles ne sont pas seulement occupées à veiller au repos du guerrier, à cuisiner, à veiller sur les enfants et occupées à l’église (les trois K), elles agissent. On les vénère, elles ont pour tâche de donner des enfants au Reich.

Andreas est marié à Magdalena, fière d’être active au parti. Elle a une admiration sans limite pour Hitler et son mari se moque d’elle quand elle installe une photo de lui sur une desserte, « Il manque les bougies », elle s’exécute. Pour un peu, elle prierait devant lui… Mais non, le signe de croix et le reste, c’est pour l’église. Elle est aussi une catholique fervente. Andreas est mal à l’aise avec ce régime bien installé, pesant qui diffuse une ambiance lourde. Il a vu comment les SS s’en sont pris à la fille de l’épicier juif du quartier. Il est intervenu, mais un peu tard. Les parents de son épouse sont actifs, zélés et trouvent ce gendre bien mou… Il a pourtant pris sa carte au parti, parce que son rédacteur en chef l’y a obligé. Le journal a des comptes à rendre et régulièrement, on lui reproche ses idées qui ne vont pas dans le bon sens de l’Allemagne nazie. Les pressions s’accentuent.

Le couple est arrivé à un moment de rupture. Magdalena voudrait être une Allemande capable de donner des enfants au Reich, or, son ventre reste plat. Andreas n’y attache guère d’importance. Lui écrit et voudrait être le biographe de ce coureur noir, le champion américain… Lui, il aime le jazz et le blues, symboles de la liberté. Lui, il aime l’art moderne… 

L’écriture de Michel Goujon, au ton juste, nous pousse à réfléchir sur le pourquoi du comment naît une dictature qui fait marcher au pas sans état d’âme. Comment refuser le fascisme ? Ce fut une époque où le silence jetait ses filets et nourrissait la terreur. Une époque où la propagande faisait des ravages et étouffait le discernement, pétrissait et ramollissait les esprits incapables de comprendre ce qui était le bien ou le mal. 

Un livre pour tous les âges. Les éditions Héloïse d’Ormesson republient cet ouvrage en même temps que sort chez Delcourt l’adaptation BD de ce texte qui prend aux tripes. (Scénario d’Éric Crobeyran et illustrations de Manuel Garcia).

Mes souvenirs sur Hugo et Flaubert, par Gertrude Tennant, éditions de Fallois (édition d’Yvan Leclerc et Florence Naugrette – textes anglais traduits par Florence Naugrette et Danielle Wargny, Postface de Jean-Marc Hovasse)

C’est une femme étonnante de l’ère Victorienne qu’il nous est donné de découvrir dans cet ouvrage. Une femme à nulle autre pareille, Gertrude Tennant, très bien née, qui vécut en France dès l’âge de cinq ans avec sa famille pendant une bonne vingtaine d’années. 

La famille échoua d’abord à Honfleur avant de s’installer à Paris. Elle y reçut une excellente éducation et la langue française n’eut aucun secret pour elle. 

Elle tint salon, comme c’était le cas dans son milieu, et vit passer les grands de cette époque, dont Oscar Wilde, Henry James qui étaient ses familiers… Elle aimait l’émulation des idées et écrivit, presqu’en secret, mais en anglais, ses souvenirs. 

En 2005 sa petite fille découvrit un document inédit de Gertrude Tennant et ô surprise la correspondance en français échangée avec Flaubert jusqu’à la mort de ce dernier. Gertrude avait lu Madame Bovary offert par l’auteur. Elle lui avait confié n’avoir pas apprécié. Flaubert ne lui en avait pas tenu rigueur. 

Sa rencontre avec l’écrivain, quand il est très jeune, l’émeut et la bouleverse, la suite sera surtout une relation épistolaire…

Mais Flaubert ne sera pas le seul homme de lettres qui émerveillera Gertrude. Elle est encore presqu’écolière quand elle rencontre Victor Hugo, Place des Vosges en 1837. Elle apprenait par cœur des extraits des Misérables… Elle le retrouvera à Guernesey et « cette passion », ces « flirtations » agaceront Juliette Drouet, la compagne de longue date de Victor Hugo.

Ce sont des documents précieux qu’il nous est donné de lire dans cet ouvrage. Une peinture tout à fait inédite. Des photos illustrent l’ouvrage… Victor Hugo, ici et là, avec les siens, avec Adèle, sa fille. Dans ces pages, se trouve un portrait de Flaubert très jeune, de quoi faire se pâmer les midinettes. 

Yvan Leclerc, professeur émérite de Lettres modernes à l’Université de Rouen Normandie, déjà spécialiste des manuscrits de Flaubert et de sa correspondance, a fait un excellent travail. Tout comme Florence Naugrette, professeur de Littérature française à La Sorbonne et qui est aussi directrice du site Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, où elle édite avec son équipe les lettres de ce journal épistolaire. Danielle Wargny a traduit tout ce qui concernait les souvenirs écrits en anglais et Jean Marc Hovasse, professeur émérite de littérature française à l’Université de la Sorbonne, offre une postface intéressante nous montrant une Gertrude à un âge avancé, bien consciente que la fin était proche et qui évoque les beautés de l’inachèvement : « Il y a un grand charme dans les choses à moitié dites, et dans les significations entraperçues. »

Ces pages sont un trésor littéraire tel un château édifié pour deux géants des lettres et que l’on découvre autrement… 

Un chemin à découvrir dont il ne faut pas se priver.

Agatha Christie, cent ans après – Hercule Poirot, cent ans après sa naissance littéraire, par Anne-Marie Wimmer, éditions Ponte Vecchio

Anne-Marie Wimmer, journaliste, critique, est une artiste accomplie. Peintre, auteure de nouvelles, biographe (féministe) elle aime tirer de l’oubli des femmes d’exception pour qu’on leur rende enfin justice. Ce fut le cas avec Laure Diebold-Mutschler, une Alsacienne résistante, native d’Erstein qu’elle remit sur le devant de la scène.

Mais Anne-Marie Wimmer aime s’amuser, jusqu’à déconcerter son éditeur à qui, elle avait promis, depuis des lustres, un ouvrage sur une femme mystérieuse, auteure de romans policiers, la plus lue, la plus traduite, la plus adaptée au cinéma… Vous avez compris de qui je veux parler : Agatha Christie, auteure de génie qui fit naître deux enquêteurs hors du commun : Hercule Poirot et Miss Marple. L’un belge, l’autre sujette de sa Majesté en Grande-Bretagne…

Donc Anne-Marie Wimmer avait envie de parler d’Agatha qui emprunta à son époux Archibald, son patronyme pour en faire son nom de plume. Agatha, une femme ordinaire au départ, mais bien de son époque. Elle est née en 1890 et la guerre de 14/18 fit d’elle une femme engagée. Des revers de fortune l’incitèrent à publier pour aider l’époux… C’est ainsi, qu’il y a cent ans, le premier Agatha Christie fut publié. Bel anniversaire ! 65 autres romans allaient suivre. Elle avait déjà écrit, sans grand succès, quelques histoires sentimentales, (sous un autre nom)…

Les dates anniversaires, Anne-Marie Wimmer aime… Donc, elle ferait un livre…

L’éditeur attendait et quand il reçut le paquet bien soigneusement ficelé, saisi par la secrétaire amie d’Anne-Marie (Anne-Marie écrit à la plume), il ne put joindre l’auteure qui jouait peut-être les Agatha Christie et se cachait, ici et là dans son Alsace ou ailleurs… Restait le téléphone, mais là, autre difficulté pour l’éditeur, elle n’y répond jamais. C’est elle qui appelle. Que faire ? Tout cela l’éditeur le raconte avec humour dans la préface de cet ouvrage qui se lit de deux façons, Agatha Christie 100 ans après, et Hercule Poirot, cent après sa naissance littéraire. Car notre chère Anne-Marie entreprend, (un, une, auteur-e a tous les droits) d’écrire à Agatha mais aussi à Hercule dont elle serait tombée amoureuse, elle évoque des souvenirs communs… Mais oui, elle l’a connu au Negresco sur la Côte d’Azur et il l’a même photographiée…

Je ne peux vous en dire plus, seulement vous recommander cet ouvrage face A et face B qui, j’en suis certaine, vous donnera l’envie de tout relire d’Agatha Christie… Cependant, elle gardera son mystère… Elle en eut besoin pour se livrer à son grand œuvre.  

Bravo Anne-Marie Wimmer !

Kourrage Antoine, par Fabienne Legrand, éditions Le Cherche-Midi (Illustrations Fabienne Legrand)

Fabienne Legrand est illustratrice, auteure et mère de famille. Un jour d’août en 2014, Antoine 17 ans est pris de fièvre et de vomissements « Il n’est pas frais … » raconte sa mère obligée de quitter Kevin Costner, beau et bien coiffé pour s’occuper de son « p’tit con, son saucisson, son bouchon, son couillon à elle. Son fils… »

Les médecins en août, ceux de garde ou ceux des urgences, il n’y faut guère compter. Après un diagnostic de gastro… au bout deux jours, elle le conduit, faute de mieux dans une clinique très chic. Le responsable tout sourire s’entête. Gastro… ça va passer. Fabienne se rassure. Il faut croire le docteur souriant de cette clinique à plusieurs étoiles, si Antoine ne passe pas ou ne trépasse pas avant. Les étoiles s’évanouissent. Antoine ne va pas mieux.

Il va se retrouver à l’hôpital militaire de Percy à Clamart. Et là, les choses changent. Les militaires sont attentifs, rodés et on diagnostique une méningite foudroyante…

Au jour le jour, Fabienne Legrand raconte cette plongée dans le monde de la réanimation, « le peuple de Stroumpfs dévoués », écrit-elle. De très mauvais pronostics… Mais elle, telle une forcenée, décrète que « ça n’est pas possible ».

L’histoire semble lui donner raison, car Antoine se bat, de coma artificiel en intubation, une fois, deux fois, trois fois et plus, il survit… Les séquelles ? On verra plus tard. Ce sera une autre bataille avec l’audition perdue, la voix aussi… le larynx qui ne fonctionne plus… 

Fabienne parvient à émerger grâce à une féroce envie de vivre pour lui, pour elle. Rude bataille pour cette mère courage qui peut tout. Même l’impossible.

Une sacrée leçon d’espoir est donnée dans ces pages qu’il faut lire et faire lire. Rien de larmoyant ici. Et si on accompagne une maladie dont on ne sait pas l’issue, voici les pousses d’humour et de joie que l’on cueille pour en faire des bouquets de vie… « Kourrage Antoine » c’est le nom du lien de celles et ceux qui se mobilisent autour de l’ado, les soignants, les copains connus et inconnus… Un courage affiché grâce à la pâte à fixe sur les murs de la chambre d’Antoine… Il n’entend pas encore, ne peut parler, mais il voit et écrit de sa main droite sur l’ardoise (alors qu’il est gaucher).

Un ouvrage indispensable pour croire en l’impossible. 

Mille fois bravo !

La parole est dans les livres… Les livres sont indispensables

Madame Covid se frotte les mains, elle a vu les insouciants chanter cet été. Tous se croyaient débarrassés… Fini le méchant virus, terrassé ! On soufflait… Ouf !

Elle connaissait la fable de Jean de la Fontaine et, d’une manière détournée, savait qu’elle pourrait dire l’automne venu, « vous chantiez cet été… eh bien dansez maintenant »

Sauf que danser… n’est même pas possible… Les grandes instances, mesures de protection sanitaire obligent, nous ont, vite fait, bien fait, remis à la niche, comme au printemps. Enfin, pas tout à fait. On peut (on doit) bosser (heureusement) aller à l’école (bien sûr)… Promis, on ne confine pas les fragiles et les vieux… Ce serait contraire à nos valeurs. On peut rendre visite aux anciens en EHPAD (sur rendez-vous). Mais quand on est vieux, déjà retraité, pas d’enfants à conduire à l’école, pas de, pas de… Rien ! Sauf une heure par jour, dans un rayon d’un kilomètre… C’est peu… pour se rendre en forêt etc… On est bien surveillé, et la laisse n’est pas très longue. 

Il y a les courses qu’on peut faire (ne pas oublier les attestations, ah les attestations !), sinon, bing, bang, il faut ouvrir son porte-monnaie ou tendre sa carte bancaire… Eh oui, on fait feu de tout bois, surtout en période de crise.

Donc, il y a les courses de première nécessité, alimentation, soins. Ça c’est très bien…

Mais peu de réflexion en amont… Les grandes surfaces vendent tout… Et rien n’a été précisé. (Une aubaine pour ces géants du tout et rien avec Noël tout proche, les jouets se montrent, les fringues aussi et tant de choses (pas de première nécessité). Tant pis pour le petit commerce qu’on écrase si aisément. Pareil dans les FNAC qui ont l’autorisation d’ouvrir pour vendre le matériel informatique (quand on travaille depuis la maison, c’est nécessaire de pouvoir s’approvisionner), ces enseignes en ont profité pour étaler la culture. Les rayons librairies sont restés ouverts (jusqu’à hier soir). 

Madame Covid rigole bien. Dans un petit magasin qui voit 4 à 5 clients par jour, elle sait n’être pas très efficace… Mais dans les grandes surfaces où l’on se presse aux caisses… Elle rode la sournoise… Qui harponner ? Qui piquer ? Elle, lui, le vieux, l’obèse, le malade qui s’ignore ? Elle veille au grain, offre du boulot à n’en plus pouvoir aux soignants qui n’en demandent pas autant. Il ne faut pas s’étonner, qu’ici et là, des maires signes des arrêtés et s’opposent (tout en sachant qu’ils seront déboutés, ça on sait faire dans les hautes instances).

Je reviens aux produits de premières nécessités… (alimentation, soin), je croyais notre président féru de culture… Il lit beaucoup, se nourrit de théâtre… J’avais bien écouté son discours annonçant le confinement… Le mot culture n’y était pas… Un oubli ?

Je veux bien que le pain et le paracétamol (et autres) soient indispensables, mais on ne vit pas que de pain… pour tenir le choc… La pensée est à nourrir… Nous ne sommes pas que des machines, une agglomération de cellules où circulent sang et oxygène.

Luc et Matthieu le rappellent dans les grands textes : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais se nourrit de parole… ». Or, la parole n’est pas que sur les lèvres, elle vient de loin et est souvent inscrite dans les livres.

Alors de grâce, qu’on nous laisse ce droit, contre lequel cette garce de Covid ne pourra rien, laissez-nous LIRE en gardant les librairies ouvertes… Laissez-nous lire, nous serons plus forts face à la maladie et les libraires vivront. Rien ne peut les remplacer. Le géant A est aux aguets, de mèche avec Mme Covid. Sinistre alliance…

NB – Beaucoup de librairies indépendantes (Liste dans Livre Hebdo) pratiquent le Click & Collect. Ainsi on peut continuer à manger les livres, à ne pas être anémiés. Ainsi on aidera l’édition, les auteurs et les libraires qu’aucune enseigne ne pourra jamais remplacer.

J’ajoute que circule une pétition pour que l’on reconsidère la culture et les livres… comme étant de première nécessité. Merci de la faire circuler et de la signer.

http://chng.it/Y9kPSXQn9C

Aujourd’hui, grâce au rayon Presse, on peut encore faire provision au Hall du Livre à Nancy de 9h à 19h pour le retrait des commandes. Les expéditions sont maintenues. Même chose à Saint-Dié-des-Vosges chez Le Neuf et dans d’autres librairies qui se mettent en quatre pour notre plus grand bonheur.

Élise Fischer

Les coeurs pleins, par Lauriane Bordenave, éditions JC Lattès

Lauriane Bordenave est médecin anesthésiste-réanimateur dans un centre de lutte contre le cancer… Elle aime transmettre, apaiser… Elle a déjà publié sur l’hypnose et voici qu’elle offre un premier roman passionnant.

C’est l’histoire de Lila, vingt-cinq ans, interne en neurochirurgie. Son stage se déroule à l’hôpital Lariboisière, le meilleur sur le sujet. 

Comment en est-elle arrivé à choisir cette voie ? Une famille qui est d’ailleurs aux prises avec la médecine… La mère était chirurgienne. Un frère est également chirurgien en urologie. Leur mère est décédée tragiquement alors que Lila était bien jeune, mais fort heureusement, Yves, le beau-père a su être le père qui avait pris la poudre d’escampette. Jusqu’à ce stage, Lila n’a pas eu l’occasion de se poser beaucoup de questions, elle a foncé… 

Comment analyser les sentiments qui soudain l’assaillent, le trouble qui l’agite en arpentant les couloirs de ce grand hôpital parisien ? C’est le souvenir de Marianne qui s’impose à elle… Il lui faut comprendre ce qui est arrivé à sa mère. 

Toute son enfance se dessine et les questions qui jamais ne l’avaient effleurées finissent par l’écorcher… 

Lila entreprend donc un voyage personnel, intime, gratter les scories des ans, retrouver les témoins de l’époque… Au passage, son stage lui permet de s’interroger sur le don d’organes et les traumatismes qui peuvent en découler. La chance pour Lila est la présence discrète mais efficace d’Esteban, un jeune chirurgien confirmé, venu du Chili qui, sans jamais poser de questions reste à l’écoute. Il l’accompagne dans ce long voyage personnel qui la conduira, le temps de quelques jours de vacances en différents lieux de France. 

Ainsi le deuil pourra s’accomplir. Lila retrouvera peut-être Marianne et pourra refermer un livre pour écrire la page de cette vie qui s’offre à elle.

C’est fin, délicat, émouvant, sensible. À lire absolument.