MISS ATOMIC, par Laure Coromines, éditions Gallimard, collection l’Arpenteur

Les années 50 ont été celles dans le Nevada de quantité d’essais nucléaires. Le public, les touristes étaient fascinés par ces feux d’artifices géants qui coloriaient l’horizon, allumaient le ciel de mille couleurs.

Il fallait que durent ces fêtes inouïes. C’est ainsi que la ville de Saint George dans l’Utah tout proche a l’idée d’organiser un concours de beauté, celui de Miss Atomic qui gagnera 100 dollars.

Et voici trois adolescents intéressés. Tom et Phil incitent Maxine (la sœur de Tom) à se présenter.

L’auteure les décrit joyeux, enthousiastes. Une belle adolescence décrite avec fraîcheur, innocence et poésie, sans omettre la fougue et bien des bouquets d’espérance. Ces jeunes vont découvrir la violence et l’âpreté d’une vie façonnée par des adultes peu scrupuleux, si peu soucieux du devenir de la planète et des conséquences de tels essais sur la santé de tous. 

Un sujet rarement abordé. C’est une grave question qui surgit : que doit être un homme d’État ? Quel est son devoir premier ? Son prestige ou la vie préservée de celles et ceux qui ont cru en lui et l’ont élu ?

Superbe premier roman !

LE JARDIN SOUS LA NEIGE, par Jean-Michel Maulpoix, éditions Mercure de France

Le Goncourt de la poésie a été décerné à Jean-Michel Maulpoix pour « Rue des Fleurs » en 2022. L’auteur et essayiste a mis toute sa vie et son œuvre dans ce registre et en profite pour ausculter le temps qui passe, s’étire et inscrit en chacun les marques de vieillesse. Si elles existent, c’st le signe qu’il y a eu vie, ce qui n’empêche pas l’angoisse et les grandes interrogations qui nous étreignent, nous figent.

Le jardin sous la neige en est la métaphore. Tout se fige et annonce la fin, vers où ? Vers quoi et pourquoi ?

En 81 textes répartis en 9 chapitres qui sont des tableaux à l’insaisissable beauté reflétée dans le miroir du temps, l’auteur dessine un futur si proche : 

« Est-ce la mort qui creuse et va son chemin ?

  • La lumière du soir est si belle !

(…)

Mais à la saison froide les bras restent fermés et le corps immobile. Alors on se demande si on tiendra jusqu’au printemps. On guette un chant d’oiseau ! On pourrait pleurer de l’entendre tricoter au matin son fil de lumière dans un arbre ! »

Ces pages sont belles à couper le souffle. Osons espérer le cœur qui bat sous la neige.

Sublime !

LES DISPARUS DE BLACKMORE, par Henri Loevenbruck

Nous avions suivi les aventures de Gabriel Joly pendant la Révolution, et Henri Loevenbruck nous offre un autre univers, les années 1920 à Blackmore, une île anglo-normande, près Guernesey (mais il paraît que Gabriel Joly n’a pas jeté son chapeau et son flair).

Dans cette nouvelle série, deux enquêteurs aussi différents que le jour et la nuit. Lorraine Chapelle, Parisienne pur jus, tout juste sortie de l’école de criminologie, élève de Belin et très en phase avec les nouvelles techniques d’enquête qui font appel à la science. Ce sont les débuts de la police scientifique. Elle est appelée par le richissime sir Ronald Waldon dont la petite-fille a disparu. Avant elle, ce fut l’institutrice et un journaliste. Pour la police des lieux, rien d’anormal.

L’autre enquêteur, au parapluie bleu, c’est Edward Pierce qui déclare être enquêteur de l’étrange. Il vient retrouver son vieil ami, le prêtre des lieux. Tous deux s’intéressent aux légendes celtiques, aux cultes et écritures qu’on croyait oubliés. Ce sont des érudits.

Or le prêtre lui aussi disparaît. Des documents sont volés, des lettres anonymes bizarrement codées tombent dans les boîtes à lettres des disparus.

Le tandem Lorraine (qui n’a pas la langue dans sa poche) et Edward, l’excentrique fait merveille. 

La spirale de l’étrange et de l’angoisse s’emballe.

On pense à Agata Christie, à Lovecraft.

L’auteur captive, il a soigneusement campé le décor et on ne peut pas lâcher cette histoire.

Bravo !

DES LENDEMAINS QUI CHANTENT, par Alexia Stresi, Éditions Flammarion

C’est un ouvrage qui va me hanter longtemps grâce à la plume talentueuse d’Alexia Stresi. Elle évoque la vie et le destin (il faut de la force !!!) d’Elio Leone, ténor italien né au début du vingtième siècle sur une île proche de Naples. Sa mère meurt à la naissance et il ne doit de vivre qu’au réflexe de la matrone dans l’étable où il naît. Elle le met au sein de cette mère morte.

Le mérite de cet ouvrage, c’est de montrer l’Italie pauvre, la montée du fascisme avec Mussolini, les gosses des rues, les orphelinats laissés aux bons ou mauvais vouloirs de religieuses acariâtres.

Elio ne sait rien de la tendresse et sans la rencontre avec un pédiatre scandalisé par le sort des gamins des rues, puis celle avec un prêtre qui l’entend chanter, serait-il devenu celui qui volera la vedette au ténor chantant Rigoletto de Verdi à l’opéra-comique à Paris ? 

Certes, mademoiselle Renoult, la professeure de chant, qui connaît le répertoire sur le bout des ongles, explique l’histoire et se dresse face aux faiseurs de vedettes, Elio n’aurait pas réussi.

L’auteure nous montre les réserves de la bonne société face à l’étranger venu voler le pain des bons Français. Elle imagine une rencontre avec Jacques Canetti… Si l’homme a ses failles, il captive, retient l’attention. Fut-il heureux ? Cherchait-il le succès ou à se guérir des manques liés à l’abandon ?

Un roman bien construit, une belle écriture, moderne, enjouée, enchanteresse…

LA FURIEUSE, Rives et dérives, par Michèle Lesbre, Éditions Sabine Wespieser

Avec ce beau récit, signé Michèle Lesbre, nous voici invités au voyage et pas n’importe lequel.

Elle découvre les lieux de Gustave Courbet qui a grandi à Ornans dans le Jura, sur les bords de La Furieuse, rivière capricieuse, parfois tumultueuse et affluent de La Loue.

Le nom lui plaît tant qu’elle nous emporte d’une rivière à un fleuve. Là où coule l’eau, là est la vie, au fil de l’eau et des mots qu’ont fait naître les auteurs et les tableaux des artistes.

Ce voyage est double sous la belle plume de l’auteur qui plonge dans les tourbillons des eaux qui ont marqué et dont se sont servis des auteurs qu’elle cite, tressant ainsi des couronnes de beauté sans lesquelles on ne peut vivre. L’autre voyage est personnel intime autant que géographique. C’est sur les bords de la Furieuse que l’auteure se livre, appelle au secours, évoque l’enfance parfois chahutée.

Mais la paix peut et doit revenir, les flots comme les mots consolent et ouvrent les portes de ce qu’il ne faut ni perdre ni égarer : la liberté.

C’est le récit d’une reconquête de soi, belle, lumineuse, indispensable et offerte en partage.

LA LISIÈRE, par Niko Tackian, éditions Calmann-Lévy, collection noire

L’un des grands auteurs du polar et du thriller, Niko Tackian, complice de Franck Thilliez pour la série Alex Hugo sur France 2, est à la vitrine des libraires avec un roman particulièrement réussi. Niko Tackian est aussi réalisateur et scénariste. Il y a du savoir-faire chez lui.

Je campe le décor. Nous sommes en Bretagne. Vivian est en voiture avec Hadrien, le mari et Tom, leur enfant occupé à l’arrière avec un jeu vidéo. Une forme traverse la route. Touché ou pas ? Hadrien veut comprendre. Il descend, suivi de Tom. Vivian attend, s’impatiente et comme ils ne reviennent pas, elle sort de l’habitacle, appelle. Rien ! Ils se sont volatilisés. L’angoisse monte car surgit un homme armé d’une hache. Elle lui échappe et court sur la route, affolée. Elle est recueillie par un chauffeur de camion qui la conduit à la gendarmerie dirigée par la lieutenante Maeliss Mons. On retourne sur les lieux, mais pas de voiture.

Commence l’enquête et un véritable cauchemar où passe un chien au pelage couvert de sang…

Niko Tackian sait utiliser les lieux de l’histoire, ici les légendes bretonnes des Monts d’Arrée, il sait aussi montrer comment un deuil perturbe et fausse le raisonnement. Une psy intervient dans cette histoire. Vivian rêve d’Hadrien et de Tom, toujours vivants. La voiture a été retrouvée dans un marécage, mais vide…

Les personnages sont très attachants. La lieutenante est sympa. On ne peut que l’aimer. On se prend au jeu, on tremble à la lecture de cette histoire bien rythmée, haletante. Il y a de vrais méchants, de vrais gentils et d’autres qui interpellent dans ce récit onirique, impossible à lâcher. Nuit blanche assurée si on aborde cette lecture un soir.

MATHILDE MÉLODIE, par Laurent Malot, éditions XO

La couverture du nouveau roman de Laurent Malot, le titre font que la main se tend au rayon des libraires. C’est presque l’assurance de pages réconfortantes.

J’ai beaucoup aimé cette histoire contant la vie de Mathilde et de sa fille Nina.

Mathilde est dynamique, du moins s’astreint à l’être pour sa fille Nina. Mathilde a eu une autre vie avant de travailler comme matelassière chez Delattre qui emploie une trentaine de personnes.

Nina, 13 ans, est la fille dont rêve toute mère. Le mari de Mathilde et père de Nina a pris la poudre d’escampette. Mathilde conduisait et un accident a fait de Nina une gamine amputée d’une jambe au-dessus du genou quand elle avait 5 ans.

Un drame qu’il faut surmonter. Heureusement Nina est épatante. Elle n’a aucun complexe et sort en jupe. Elle aime sa jambe en titane. Sa mère, c’est autre chose, elle est vive et est capable d’allonger une droite à qui critique sans raison. Et comme au travail la situation économique n’est pas terrible, l’entreprise va participer au concours de la meilleure PME. Imaginons, si DELATTRE gagne les emplois seront sauvés. Alors on répète, danse, fait des claquettes, propose des numéros de magie. Pour Mathilde, ce sera sans elle, le monde du spectacle, c’est fini.

Mais Nina vend la mèche, parole et musique et Mathilde va renouer grâce à Jorge, musicien mexicain, migrant, en attente de papiers.

Sans tout révéler, on peut dire que les cabossés de la vie ont aussi droit au bonheur.

Bravo !

L’ENVERS DES OMBRES, par Céline Navarre, éditions Gallimard

Voici l’histoire de Lily née dans les Vosges et qui a œuvré dans l’édition, a arpenté le quartier latin et a croisé un homme à Saint Germain des Prés. Rien ne s’est passé de vraiment heureux pour elle. Ce retour sur les terres d’enfance lui permet de faire le point. De se comprendre. Il y a un monde entre la vie rurale dans les Vosges et le monde germanopratin. 

On aime comme elle évoque certains souvenirs, une mère qui fut belle, fascinante quand avec une épingle à cheveux, elle retirait les noyaux de cerises. Pourquoi s’est-elle enfuie de l’hôpital ? Que s’est-il passé dans cette famille ?

Ce qui est intéressant dans ce premier roman, c’est la structure utilisée, les allers et retours entre le présent et le passé, c’est tel un jeu de miroirs, mais des miroirs révélateurs des blessures du passé, des fêlures de l’enfance. Et si c’étaient elles qui avaient piégé Lily à Paris. Elle a manqué d’assurance.

On a l’impression que ce retour aux sources est telle une analyse. Elle peut éclairer sa lanterne. Comprendre ce père disparu, parfois violent avec Aladin le chat ou des assureurs. L’auteure ose un jugement sur la personne qui écrit. Même non publié, un écrivain demeure un écrivain. Et puis, on aime les lieux décrits dans ces Vosges, les odeurs de tartes aux mirabelles, la vision d’un renard sur une route. 

C’est un ouvrage intimiste, écrit avec délicatesse et lumière qui montre des vies parfois chahutées, avec des ombres qu’il faut oser affronter pour que la lumière filtre.

Un premier roman abouti.

DÉCOUVRIR, APPRENDRE ET S’AMUSER DANS LA FORÊT, par Valérie Meyer, Éditions du Signe

Valérie Meyer est une passionnée de nature, de la forêt, des arbres remarquables. Elle ne se promène jamais sans ses appareils photos et a souvent exposé ici et là. Elle voit, ce qu’on ne remarquerait pas, saisit l’instant et le restitue dans ses ouvrages.

Ce nouvel ouvrage est une approche intelligente de la nature faite avec. Ses enfants qu’elle initie aux beautés de la nature, selon les saisons. Elle aiguise nos regards. La forêt devient un lieu de jeu et de création. La forêt, c’est un réservoir de biodiversité, c’est là que tout prend racine. Des feuilles tressées en couronne, des cailloux assemblés en forme de cœur, d’autres disposées en personnages, le chant de ruisseau donne soudain vie. La forêt est vivante.

Ce livre fourmille d’idées, éducateurs et enseignants peuvent y recourir. C’est le livre du corps à corps qui fait vivre, anime, enchante et s’ouvre aux ombres chinoises. C’est le livre des merveille grâce à une foultitude d’idées pour aimer préserver cette nature sans laquelle nous ne sommes rien.

J’ajoute cette superbe préface signée d’Anne Bentaieb, Cheffe du département événement et campagnes de l’Office national des forêts, elle écrit : « Valérie Meyer nous livre un formidable patchwork d’activités dans la nature héritées des temps anciens ou créées de toutes pièces (…) tout est mis en œuvre pour aiguiser notre sens de l’observation, stimuler notre imaginaire réveiller notre petit Tom Sawyer intérieur. »

Ne pas se priver de ce magnifique ouvrage !

VERS LA MÈRE, par Lorena Salazar, traduction de l’espagnol (Colombie) par Isabelle Gugnon, éditions Grasset

Nous voici à bord d’une pirogue sur le fleuve Atrato, direction Bellavista en compagnie d’une femme blanche avec un enfant noir. L’enfant pose la question à sa mère adoptive : pourquoi je suis noir et toi blanche ? L’enfant ne sait pas que sa mère le conduit vers sa mère biologique. La femme blanche a recueilli l’enfant d’une femme en difficulté. Elle n’a qu’une crainte c’est que cette mère biologique récupère son enfant. 

C’est un premier roman d’une très jeune auteure dont on devrait parler à l’avenir. Une belle écriture, une grande maturité, une fine observation de la Colombie aux prises avec ses démons, les FARCS au mépris des populations sans cesse déplacées.

La narratrice, c’est la mère adoptive qui angoisse. Le voyage est long, s’il pouvait ne jamais s’achever. Elle voudrait revenir au point de départ. Le voyage dure, s’étire, les paysages sont bien décrits, forêts denses et humides, des escales et la rencontres des oubliés que les FARCS disent défendre, mais qui voient d’abord leur intérêt politique en menant une révolution insensée.

La lenteur nécessaire de ce voyage que l’écriture traduit bien, ajoute à l’oppression. La narratrice se fond dans les difficultés du pays. La réalité et le ressenti des populations indigènes pauvres qui survivent et gardent le sourire. C’est tragique. Et demeure la réflexion sur la maternité, être mère en Colombie comme y vivre, c’est douloureux.