Après l’océan par Laurence Peyrin, éditions Calmann-Lévy

Laurence Peyrin a été journaliste… Mais écrire et traquer l’histoire autant que l’émotion ont eu un jour raison de son métier qu’elle ne renie pas et a aimé… Depuis quelques années, elle produit des romans qui, tous, ont connu le succès. La drôle de vie de Zelda Zonk l’a mise à sur le devant de la scène, le Prix des Maisons de la presse a couronné ce roman. 

En 2021, elle nous a offert Une toute petite minute que j’ai beaucoup aimé et voici un roman magistral Après l’océan où elle propose le destin de deux sœurs rescapées du naufrage du Titanic. Letta et P’tit Chou, sa sœur Molly, ont tout perdu dans cette catastrophe, leurs parents, leur frère, et Letta est désormais veuve… La famille avait vendu maison et commerce… Le père était le roi de la tourte et un Américain lui avait dit qu’il ferait fortune aux USA. La grande décision fut prise. L’aventure tentait Charles Alistair. Les avoirs furent retirés des banques, les malles furent remplies. À eux ce nouveau monde avec un billet sans retour à bord du prestigieux paquebot jamais lancé sur les mers… On connaît la suite dramatique. Plus de mille quatre cents passagers périrent. Il n’y avait pas assez de canots de sauvetage. Un bateau, qui eût pu porter secours, crut à une fête grandiose et ignora les fusées de détresse. Quant aux assurances, elles furent aux abonnés absents.

Letta et Molly furent recueillies par une femme charitable œuvrant au sein d’une association caritative. L’Armée du Salut et d’autres se donnèrent sans compter. Letta dut faire face seule dans un premier temps. Molly, sa jeune sœur, en état choc la privant du réel et de la parole, avec parfois des crises de violence fut le grand souci de Letta, d’où le recours au laudanum lui permettant de retrouver un semblant de calme. Potion magique dans un premier temps, avec les limites à ne jamais franchir. Letta n’aura guère le choix. Il lui fallait pouvoir gagner un peu d’argent pour survivre. Mais ce médicament peut aussi être un terrible poison quand l’accoutumance s’installe.

L’ouvrage de Laurence Peyrin montre le combat de Letta, la rencontre avec de belles personnes qui déchirent la nuit des chagrins. Letta veut sauver Molly et l’époque n’est pas facile pour celles et ceux étiqués fous…

Beau roman, fort bien documenté, et qui est aussi un regard sur un pays en devenir, sur l’adieu aux origines, sur l’avenir à reconstruire…

À lire !

Les liens sacrés du mariage, par Franck Courtès, Éditions Gallimard

Franck Courtès est photographe (de talent, créatif, très beau regard) mais aussi un nouvelliste qui, à plusieurs reprises, a publié et a été salué par la critique (à juste titre). 

Dans ce recueil comprenant quatorze nouvelles ayant un lien très fort avec l’amour, sa plume fouaille les âmes et tente de comprendre, pourquoi et comment, alors que tout était promis à ceux qui pensaient s’aimer, les rouages se sont grippés.

Le recueil commence par une lettre, écrite à un homme qui veut faire sa demande en mariage. La femme lui répond qu’elle ne pense pas l’idée bonne, judicieuse… Et pourtant, elle l’aime beaucoup. À la fin de la missive, quelle chute ! Après une page d’explications, la lettre est signée Maman. Comme si les tentatives de se lier, vu le milieu d’où l’on vient, étaient vouées à l’échec… Comme si, une ombre devait se lever et briser tout espoir.

Le recueil va dans ce sens, et offre des paysages de vie de couples, encore unis (ou désunis) mais entre eux, demeure ce lien (sacré ?), quand un enfant est né par exemple. C’est la très belle (et nostalgique) histoire de ce père qui a veillé sur Louis et qu’il faut reconduire à sa mère à l’heure, sinon ça va barder… L’enfant a fait un merveilleux château de sable que la marée va emporter. Comme l’amour du couple soumis à la météo… 

Il y a cette histoire, cruelle à plus d’un titre, d’un journaliste sur le déclin qui s’en va interviewer un auteur qui fut à la vitrine des libraires, mais dont les ventes baissent inexorablement. Un jeu de dupes entre ces deux hommes pour ce grand entretien, comme entre les deux femmes… Le passé rattrapant les uns et les autres, malgré quelques bouteilles vidées… 

On peut apprécier l’histoire d’une perle trouvée dans les draps conjugaux… D’où vient-elle ? D’une autre femme que l’épouse que le mari aurait glissée dans les draps, quand elle était absente ? Voici l’irruption de la jalousie au sein du couple, somme toute ordinaire.

Ces vies racontées en quelques pages sont relatées avec force et beauté et pointent le désir de tout un chacun de croire en l’amour capable du meilleur. Pourquoi, pauvres êtres humains que nous sommes, nous laissons-nous conduire vers des rives où surgissent faiblesses et impossibilités briseuses de futur ? L’amour ne serait-il qu’un rêve ?

Mes révoltes, par Jean-Marie Rouart, (de l’Académie française) Éditions Gallimard

Il n’est sans doute pas facile de sortir de nulle part, de n’avoir pas lignée où s’inscrire, mais est-il plus aisé de s’appeler Jean-Marie Rouart, famille d’illustres artistes où la peinture a dressé la beauté et a permis des rencontres, qui font rêver celles et ceux qui n’approcheront les chefs d’œuvres offerts que dans les musées ?

Dans ces pages, Jean-Marie Rouart ne se fait aucun cadeau. Il sait qu’il fut un enfant gâté à qui, tout a réussi, ou presque. S’il n’a pas tenu les pinceaux comme papa Augustin et grand-papa et d’autres membres de la famille, le crayon fut entre ses doigts… Son œuvre en témoigne, il est aujourd’hui membre de l’Académie française. Il a longtemps travaillé au Figaro et, à ce titre, a rencontré quelques plumes et noué de grandes amitiés. Il parle de François Mauriac mais aussi de Jean d’O (d’Ormesson) de Raymond Aron, Michel Déon et d’autres, avant d’être aux côtés de Philippe Tesson et de passer par Paris Match.

J’ai aimé les pages concernant son enfance, son passage à l’école Montessori, le regard de sa tante, (la sœur de sa mère) qui le préférait à son fils… On les aurait cru jumeaux, mais quelles bagarres cela pouvait entraîner. 

L’auteur n’élude rien, évoque ses engagements, ses combats notamment dans la défense d’Omar Raddad et si, quelques errances, ici et là, sont relatées, il évoque la chance d’être celui qu’il est devenu. L’essentiel étant d’éviter la déchéance.

L’écriture est belle, posée et même en s’appelant Jean-Marie Rouart, son premier roman soumis aux éditeurs fut refusé plus de quinze fois. Celui qui sera à la vitrine des libraires sera La Fuite en Pologne. 

Le livre n’est pas qu’une suite d’événements d’une vie personnelle révélée au public, il est aussi celui qui pose des questions sur notre monde, sur le sens du journalisme. Qu’est-ce que cette discipline a de si précieux sur le comment informer et bien le faire ? Pourquoi plaît-on pendant un certain temps et qu’on peut se trouver mis à l’écart ensuite ?

L’auteur évoque les grands maux de notre époque dont le terrorisme ? Pourquoi ? Au nom de quoi ?

Un ouvrage passionnant qui montre que toute vie est un roman.

Gustave Flaubert et Michel Lévy, un couple explosif, par Yvan Leclerc et Jean-Yves Mollier, éditions Calmann-Lévy

Jean-Yves Mollier
Yvan Leclerc

La maison d’éditions Calmann-Lévy existe depuis 1836, c’est la plus ancienne maison d’éditions parisienne, fondée par Simon Lévy, un colporteur, originaire de Lorraine… La lecture était tout pour lui et son fils Michel. Il ouvre un cabinet de lectures et va publier des auteurs. Le catalogue sera prestigieux de Théophile Gautier à Dumas, Baudelaire, Hugo, Sand et tant d’autres.

Michel Lévy, comme son père, a la passion des textes, des mots sur le papier et quand il meurt à un peu plus de cinquante ans, en 1875, son frère Calmann poursuit l’œuvre familiale. En 1891, les trois fils de Calmann continuent le travail familial, et on verra de grands noms figurer au catalogue (Proust, Anatole France, je ne puis les citer tous).

Fin 2021, pour célébrer l’un des anniversaires de la maison Calmann-Lévy, Yvan Leclerc, professeur émérite de lettres modernes de l’université de Rouen, spécialiste de Flaubert et Jean-Yves Mollier, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Paris-Saclay/Versailles Saint-Quentin, ont publié Gustave Flaubert et Michel Lévy, un couple explosif… Ces deux-là, se sont appréciés, aimés, fâchés, réconciliés jusqu’à se séparer définitivement. Tous deux, nés en 1821, passionnés de théâtre, avaient bien des points communs. Si Michel Lévy recherchait la qualité artistique, il voyait plus loin, il pensait aussi à la valeur commerciale de l’ouvrage. Point de divergence avec Flaubert qui méprisait le côté épicier de l’après écriture…

Cet ouvrage, doté d’un cahier iconographique regroupant des photos, portraits de l’auteur et de son éditeur, de couvertures originales de L’éducation sentimentale, de Madame Bovary, de Salammbô, d’extraits du contrat de ce dernier, ne manque pas d’intérêt et éclaire l’aujourd’hui de la littérature. Un éditeur doit pouvoir accueillir un texte pour sa qualité, mais il faut aussi savoir le vendre. L’un ne peut aller sans l’autre.

Bretzel & beurre salé, L’habit ne fait pas le moine, par Margot et Jean Le Moal, éditions Calmann-Lévy

Lire le troisième opus des aventures de Cathie, Alsacienne installée à Locmaria en Bretagne et qui a ouvert son restaurant Bretzel & Beurre salé, est toujours aussi savoureux qu’une forêt noire ou une vraie crêpe bretonne.

Cathie, une jolie cinquantaine, volontaire, drôle, a fait son trou à Locmaria. Certes, il a fallu prendre parfois un peu de hauteur face à quelques pimbêches autour du supermarché l’Aven, rien que des langues bien pendues. Dans le registre ragot, certaines sont expertes, mais Cathie ne se démonte jamais.

Dans cette nouvelle aventure, Locmaria est en ébullition… Les ruines de l’abbaye bénédictine sont en vente… On pourrait en faire une résidence pour milliardaires. S’il y a les pour, il y a forcément les contre. Faire aboutir le projet ne devrait pas être difficile, le lieu n’est pas classé et plutôt qu’un tas de pierres branlantes, même si la chapelle est encore jolie, autant dynamiser le village… À la tête de ce projet, Patrick Kaiser, l’ex-mari de Cathie qu’elle n’a pas revu depuis quatre ans, depuis leur divorce. Qu’est-il venu faire à Locmaria ? Quel projet secret (douteux ?) nourrit-il ? Si Cathie flaire une affaire louche, un dessein peu avouable, elle n’en dit rien. Comme toujours, elle fait preuve de maîtrise et d’humour. L’humour n’étant pas sa moindre qualité.

Quand on retrouve le cadavre de Jacques Salomon, principal opposant au projet de résidence pour milliardaires, l’affaire se complique sérieusement. Pas vraiment pour les enquêteurs, le suspect est vite trouvé Patrick Kaiser. Et l’enquête risque bien d’éclabousser notre chère Cathie… Elle connaît son ex un peu mieux que d’autres. Si elle l’a quitté, c’est davantage pour un orgueil démesuré et une muflerie qui s’est affirmée au cours des ans. Mais sont-ce ces défauts qui font d’une personne un meurtrier ? Cathie a le sens de la justice. Elle n’a d’autres ressources, dans cette affaire, que de prendre l’affaire en mains, comme dans d’autres aventures. Elle a ses amis, dont Yann, un journaliste dévoué et amoureux d’elle et la fin de l’histoire risque bien de surprendre Locmaria, et les lectrices et lecteurs tout autant.

Le mystère, il y en a un, bien évidemment au cœur de cette « superbe » ruine convoitée, pourrait bien surprendre et révéler pourquoi, soudainement, ce tas de pierres branlantes a pu intéresser quelques-uns… Les vieilles légendes, vraies ou fausses ne manquent pas de sel, surtout en terre bretonne.

Une enquête qui se savoure. À lire !

Notre otage à Acapulco, par Jean-Christophe Rufin, (de l’Académie française) éditions Flammarion

Chaque printemps nous permet de découvrir une nouvelle aventure du Consul le plus calamiteux, sévissant dans les ambassades. Aurel Timescu, né en Roumanie et Consul pour la France, n’est pas l’homme que l’on peut s’imaginer, bien sapé, nœud-pap, même s’il doit se soumettre, de temps à autre, au protocole, qui voudrait que…

Aurel est un paresseux, qui joue du piano (plutôt bien) aime le tokay de Hongrie, rêve des femmes… Pour les mettre dans son lit, c’est autre chose… S’il s’est endormi près d’une jolie femme, comme il a vidé pas mal de bouteilles, il se réveille seul… Aurait-il rêvé ?

Cette fois, il est envoyé à Acapulco, lieu très prisé des stars hollywoodiennes à une certaine époque. Très vite, il découvre qu’il n’aura rien à faire, ce qui l’arrange bien. Martha Laborne, la fille d’un ministre très en vue, a disparu… A-t-elle vraiment disparu ou a-t-elle éprouvé le besoin, à vingt-cinq ans, d’échapper à l’œil de papa ? Elle est bien partie avec Damien, l’homme du moment… Mais il est de retour en France, seul, et on ne sait plus rien d’elle.

Acapulco est devenu un lieu très dangereux du fait des cartels mexicains de la drogue qui y ont élu domicile. On peut disparaître… On peut être assassiné. Les règlements de compte ont lieu partout, y compris sur les plages, où les familles se retrouvent le temps d’un pique-nique.

Le flegme d’Aurel sera-t-il bousculé ? Il semble heureux de séjourner au Los Flamingos (l’hôtel existe) et de contempler les photos des stars qui l’ont ému dans sa jeunesse. Il y a Johnny Weissmuller, le corps baraqué qui sauve sa tarzane. Mon Dieu que le torse nu est beau et le bas vêtu d’un slip léopard, encore plus… Et que dire d’Ava Gardner ou de Frank Sinatra ?

Notre Aurel voulait se la couler douce… Ce sera un peu plus compliqué avec les narco-trafiquants. Et si l’enquête aboutit, Martha n’est sans doute celle que l’on croit, ce ne sera même pas de sa faute. Avoir Dalloz ou Guillermo à ses côtés, peut aider, éventuellement. Reste qu’Aurel va tout de même devoir s’habituer à la téquila, qui n’égale, certes pas le tokay, mais se laisse boire. Il s’achètera des fringues toujours bizarres, ira prendre l’apéro en bermuda et tongs chez le Consul honoraire et nous le suivrons avec amusement et plaisir. 

Braves d’après, par Anton Beraber, Éditions Gallimard

Anton Beraber a déjà publié La Grande Idée, un roman remarqué en 2018. Il a obtenu le prix Transfuge et le prix Valery Larbaud. Les critiques ont souligné la qualité et l’originalité de son écriture. Il revient à la vitrine des libraires avec Braves d’après. En 120 pages, il raconte l’histoire d’un jeune homme qui s’attarde dans les Yvelines, pas loin de Mantes-la-Jolie, Bouafle… dans la maison du grand-père qui vient de décéder.  C’est un lieu de lumière, une lumière qui caresse autant qu’elle écorche et il trouve, dans le tiroir d’un établi, un étrange petit carnet qui fait remonter des souvenirs, qui ont plus que troublé la famille soixante ans auparavant. 

Un matin de décembre dans la brume un ouvrier polonais a perdu un œil dans un accident de chasse.

Le mérite de ces pages, c’est d’avoir pu fixer l’histoire et ces territoires convoités par les promoteurs. Qui était cet homme, comment a-t-il été soigné ? On voit le trafic sur l’autoroute A 13… Les bouchons, ce que sont les services médicaux, comme on voit les hectares de terre qui risquent de disparaître. Des vies, des errances semblables à tant d’autres, mais que la plume a fixées avec une acuité tendre et presque cruelle d’ironie. Une toile de fond où des vies se sont écrites, les nôtres, bien sûr, que nous aurions pu oublier, si la plume d’Anton Beraber n’était venue les consigner avec talent.

Défendre les enfants, par Édouard Durand, éditions Seuil (entretiens avec Delphine Saubaber)

Édouard Durand a été juge des enfants. Sa fonction fait qu’il a vu des enfants grandir, d’autres mourir…. On le surnomme parfois « l’ange gardien des petits ». Magistrat depuis 2004, après avoir exercé à Marseille et à Bobigny, il copréside depuis janvier 2021 la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise).

Dans ce livre d’entretiens réalisés avec Delphine Saubaber, il évoque, ce que bien trop souvent nous préférons ignorer, et chassons d’un revers de main.

Il explique que la maison doit être ce lieu de sécurité et nous sommes collectivement responsables de ce qui s’y passe. Ne jamais se boucher les oreilles, ne jamais fermer les yeux quand des cris, des attitudes interpellent. Ce n’est pas l’affaire d’une famille voisine, c’est notre affaire à tous. 

Cet ouvrage prise de conscience va plus loin, Édouard Durand pointe les failles de la législation, les affaires expédiées (par manque de temps), le peu de temps d’écoute donné à l’enfant qu’on croit si peu. Il affabule. Ce n’est pas ainsi que cela s’est passé. Si souvent, tout commence quand un couple se déchire. Qu’un père violent crie, tape. La peur naît… Le silence face à l’outrage. Trop souvent, l’enfant devient « le protecteur » de l’adulte violent, se sent coupable… N’est-ce pas lui qui a favorisé cette violence ? Des réformes doivent voir le jour. Pourquoi un père violent, jugé comme tel, a-t-il encore l’autorité parentale ? Mais que dire du droit de visite, si peu, ou pas encadré ?

Si Édouard Durand rend hommage à des personnes œuvrant dans les services sociaux avec intelligence et cœur, il pointe les disfonctionnements et ouvre des pistes quant à l’écoute à apporter aux enfants. « Ta parole est importante, alors je t’écoute, mais il n’est pas dit que je pourrai faire ce que tu me demandes… » Il s’agit de restaurer la confiance et le dialogue.

Il dit aussi combien il est difficile, dans l’intérêt de l’enfant qui doit être premier, de prendre la bonne décision : un placement pour l’enfant ou le maintien dans la famille ? Sa sécurité est première. Il faut avoir en mains tous les éléments, prendre le temps avant de décider.  Un enfant c’est sacré. 

Un ouvrage pour le grand public que tout un chacun œuvrant de près ou de loin auprès des enfants se devrait de lire.

Le bal des cendres, par Gilles Paris, éditions Plon

Le bal des cendres de Gilles Paris est son dixième ouvrage.

Un roman choral qui a pour lieu une île éolienne proche de la Sicile, âpre, rude aux plages noires du fait des cendres du Stromboli, le volcan imprévisible, toujours prêt à gronder, à cracher ses pierres incandescentes et que les habitants du cru appellent Iddu (lui). 

Dans ce roman au chœur ample et multiple, les personnages défilent, se racontent. Certains sont liés les uns aux autres. D’autres se rencontrent dans l’hôtel de Guillaume, père de Giulia, adolescente de quinze ans, plus mature que bien des adultes autour d’elle. Des adultes égoïstes, menteurs, préoccupés d’eux-mêmes qui n’ont pas toujours su voir la lumière dont ils se sont détournés, semant chagrin et regrets… 

Ils sont près du volcan, le même que celui qui servi à Roberto Rossellini, le cinéaste de Stromboli. Voici quelques personnages de Gilles Paris : 

Lior va aimer Thomas qui avait aimé Émilio et qui a disparu. Sans tout révéler, Émilio a connu une fin terrible du fait de son appartenance à la mafia.

Abigale, la belle américaine en vacances dans l’hôtel de Guillaume, pourrait se laisser séduire par le patron, sauf qu’il boit beaucoup. Guillaume se console du chagrin d’avoir perdu sa femme Giulia, quand elle a mis au monde cette gamine qui s’appelle comme sa mère… Mais l’histoire est plus compliquée que cela. Abigale est en vacances avec Eytan, son amant, qui finit par la fatiguer. Il ne cesse, depuis le balcon de la chambre, de téléphoner à sa femme. Si Abigale a les idées larges, elle pourrait se risquer à regarder un autre homme.

Anton, médecin qui aime les femmes, mais ne crache pas sur quelques hommes est là. Séduisant, mais pas forcément sympathique. Pour lui, l’amour est un vaste champ à défricher.

Il y a tant de personnages, dont le petit Tom, dix ans, la perle de pureté…

Et surtout, il y a le volcan, véritable personnage qui sait tout, attire et repousse et, tel un dieu, peut corriger les travers des humains en les attirant sur des chemins troubles. Giulia découvrira-t-elle sa véritable histoire ? Les hommes seront-ils une main secourable pour elle ? Mais qui, de Gaetano ou Finn, saura la troubler ?

On ne ressort pas indemne de cette lecture où l’âme humaine est passée au crible et laisse tout un chacun à une réflexion d’où l’on peut espérer d’authentiques chemins de lumière. Celle qui est à l’auteur, justement.

Ce roman sera à la vitrine des libraires le 7 avril prochain

Ce que l’on sait de Max Toppard, par Nicolas d’Estienne d’Orves, éditions Albin-Michel

Nicolas d’Estienne d’Orves est un écrivain talentueux, un peu touche à tout, ce qui n’est pas un mal, car aucun de ses livres, ne va, de ce fait, ressembler au précédent… Il peut se faire biographe, nouvelliste, romancier.

Pour l’histoire de Max Toppard, grand nom du cinéma, dès le début du vingtième siècle, et oublié, ou presque, au point que l’on est en droit de se demander s’il a véritablement existé, Nicolas d’Estienne d’Orves a d’abord eu l’envie de se lancer dans une biographie, mais à part une ou deux lignes, attrapées ici et là, il n’avait que peu de matière, alors, au risque de s’égarer et de décevoir lectrices et lecteurs, il s’est lancé dans le roman. Genre qui permet la création en grande liberté.

Voici l’histoire d’un jeune garçon du Nord qui naît au moment où sa mère perd la vie. Le père, ingénieur, grand maître de la lumière, l’élève seul dans un phare breton qu’il électrifie. Ce travail qui doit durer quelques mois, tiendra le père et le fils éloignés de la famille pendant plus de dix ans. Dix années merveilleuses, se souvient Max (Maurice Taupard à l’époque) mais dix années éclairées. C’est le début du cinéma et, le père et le fils vont créer, enchanter le village où ils vivent. Max est le « petit prince ». À la mort accidentelle du père –le phare prend feu– rien ne reste de ce qu’ils ont créé. Et Max doit rejoindre son parrain Jules à Arras, avant de prendre son envol à quatorze ans, de se rendre à Paris, de rencontrer Méliès, puis Pathé, puis Max Linder, grand acteur du muet, dont il est une sorte d’ombre, avant de devenir lui-même…

Le récit de l’auteur est astucieux. Il alterne les chapitres avec l’histoire de Caroline, jeune et jolie journaliste dans les années soixante, et gourmande des choses du cinéma. Elle navigue près du Belphégor, cinéma proche des Halles… Sont ainsi évoqués les grands noms du cinéma, les films qui ont marqué… L’auteur s’amuse on le suit dans une narration parfaitement réussie, maîtrisée. Peu importe ce qui est vrai, ou ce qui est faux. L’essentiel est bien d’être au cinéma et de se laisser enchanter, de se laisser bercer d’illusions. Par les temps qui courent, l’être humain n’a jamais eu autant besoin de rêver.