Poèmes qui jappent au nez, (Haïkoulipismes) de Sophie Cattanéo, éditions Kaïros

Elle a l’écriture chevillée au cœur comme au corps. Les nouvelles, les poèmes, parfois très courts au lyrisme débridé lui vont bien. Née en Lorraine, Sophie Cattanéo participe à la revue nancéienne Les Refusés. Quand elle s’inscrit à quelques concours de nouvelles, elle est souvent finaliste. Auprès de Dominique Chipot, elle s’essaye pendant plus de dix ans au haïku et cela donnera un collectif publié chez Pippa : Le goût des bergamotes.

C’est chez Kaïros que vient de paraître ce recueil si justement nommés Poèmes qui jappent au nez. En une trentaine de pages, elle brosse le portrait d’une société apparemment installée, de tant qu’à… où viennent se mêler des aïe. Tout y passe, les arts, le coiffeur, le cinéma, les fringues, les cocktails coupe de champagne, les colères, la drague, les attentats : 

Aïe, Kouachi

en guise de gomme

la kalachnikov

Aïe Koulibaly

valeur de la vie humaine

hyper pas chère.

Il faut un sacré talent pour dire en six courts vers, ce qu’est notre monde, ou l’intime de l’intime. Les mots claquent, les lignes giflent. Le lecteur assoiffé prend une sacrée cuite au point de tomber. Tout est vrai, juste et ajusté. Tranchant et tranché. 

Un talent qui ne s’en laisse pas conter. Le conte est asséné au plus juste. Osons, le compte est bon. Mais cela, seule Sophie peut l’écrire et bien mieux que moi.

Elle jette les mots sur le papier mais se garde d’offrir ses portraits.

La fin de tous les tocsins, par Claude Vautrin, éditons Kaïros

Claude Vautrin, et il a l’a prouvé tant de fois, ne manque pas de talent et d’esprit d’ouverture. Écrivain, grand-reporter, y compris dans les pays en guerre, témoin de son époque, animateur à Vosges Télévision, il a le don d’observer la marche du monde sans bien oublier les êtres qui y vivent. Qu’il s’agisse d’un pays en guerre, de problèmes liés aux comportements fous des êtres humains, ou de populations opprimées, il est là, écrit et dit. Quand on le suit, grâce à ses écrits ou conférences, on se demande quel pays lui a échappé. Il traque, comme il dit, « les trous noirs de l’information » et œuvre pour mettre sur le devant de la scène « les oubliés du système médiatique ». Cela va des Mapuche aux populations de Gaza comme à celles de Corée du Nord et tant d’autres. Il ne revient jamais accablé, du moins il ne le montre pas, mais il a sur les lèvres une sorte de devise : « ne jamais désespérer », garder une dose suffisante d’humour et se laisser conduire par le chant poétique. 

C’est ce qu’il a fait avec La fin de tous les tocsins, un recueil d’une dizaine de nouvelles publiées chez Kaïros, un éditeur attentif du Grand-Est. Claude Vautrin a vécu, comme tout un chacun, le confinement dû, comme il dit, à ce satané virus. Lui, le grand bourlingueur entendait bien mettre à profit de temps du retrait. Il s’est souvenu, comme il l’explique, que de grands textes sont nés d’auteurs apparemment empêchés, en prison parfois (Cervantès auteur du fabuleux Don Quichotte) et que cette part de vie, à l’écart, a pu prendre des accents de liberté extraordinaires, car rien n’est venu polluer l’esprit de l’auteur qui a ainsi pu se projeter dans un ailleurs aussi généreux, audacieux que fou…

Claude Vautrin commence avec un facteur lévitant. Le facteur sait tant de choses grâce aux lettres délivrées, mais évidemment, on va s’éloigner d’un espace rétréci et se souvenir de voyages, de vues, de personnages hors du temps. Il y a une chamane, un astrologue, une marchande de légumes, une autre qui tisse et fait apparaître des animaux peu communs, mais enchanteurs. Il y a La dame du 113, étonnante femme s’étant occupée d’animaux qui ont émerveillé les voisins. La dame du 113 n’a eu que faire des confinements. Elle a fait voyager ses voisins, comme l’auteur qui, grâce à ses écrits continue d’œuvrer à la connaissance et à nous apprendre l’existence de sirops ou d’animaux inconnus. Que de saveurs, que de couleurs sous sa plume ! Les aurions-nous découverts sans ces confinements qui ne furent pas la fin de tous les tocsins, mais au contraire, d’autres sons qui ne se sont jamais tus, d’autres lumières pour nos ténèbres, d’autres couleurs, celle de la vie qui est, et dont il témoigne, en nous offrant ses photos, celles extraites de grands-reportages dans les nouvelles de cet ouvrage.

La petite fille aux doigts tachés d’encre, par Jeanne Cressanges, préface de Georges Zaragoza professeur émérite de l’Université de Bourgogne, éditions Pré-Textes

Quand Jeanne Cressanges a montré son manuscrit La petite fille aux doigts tachés d’encre à Françoise Verny, grande papesse dans l’édition, elle l’a refusé… Jeanne Cressanges a de ce fait, à l’époque dans les années 1980, quitté les Éditions Grasset. C’est Flammarion qui lui ouvert ses portes et cette maison a été bien inspirée de publier en 1985 ce qu’elle a appelé un roman d’amour. Un roman d’amour au sens large du terme, amour de la famille, amour du Bourdonnais, mais pas seulement, amour de la nature et de ses odeurs, de la beauté, du tremblement des herbes sous le souffle du vent…

Si ce récit est autobiographique, il ne s’est pas vraiment écrit de façon chronologique et je dirais, c’est heureux. On se laisse porter par la plume de l’auteure, la plume d’autrefois qu’on trempait dans l’encrier, d’où les taches sur le papier et sur les doigts.

L’association Pré-Texte, créée en 2009 pour promouvoir l’écriture et la lecture dans l’Allier a eu la bonne idée de faire de Jeanne Cressanges, sa présidente d’honneur et de rééditer cet ouvrage qui est un délicieux bonbon qui fait remonter tant de souvenirs chez les lectrices et lecteurs de l’auteure. 

Qui mieux que Jeanne peut nous parler de la maison familiale et son âme ? Du grand-père aux parents, à la parentèle élargie, à la cousine Simone si délicate, voici que défilent tant de fêtes, des communions ou mariages, quelques tristesses aussi inhérentes à toute vie, des deuils, la guerre, Jeanne se raconte et nous émerveille. Elle évoque sa découverte de Paris quand le papa y fut muté, mais aussi ses premiers pas dans le milieu littéraire, le cinéma où elle a travaillé pour revenir à cette enfance chérie, à son plaisir d’écrire, à la découverte des auteurs qui l’ont aidée à grandir. Écrire encore et toujours, tout en regardant la grand-mère préparer de délicieux plats, normalement faciles à réaliser, nous dit Jeanne, mais qu’elle n’a jamais réussi. Elle ne savait qu’écrire, au point de se tacher les doigts.

Pas grave, on ne voit pas les taches, mais ses écrits, douce musique, nous enchantent. 

L’Homme fatigué, par Jean-Jacques Erbstein, éditions Saint-Léger/Les Passagères

 J’avais présenté, il n’y a pas si longtemps, les deux ouvrages Les Volets Bleus (tome1 & 2) de Jean-Jacques Erbstein, médecin et auteur de talent et il m’a offert L’homme fatigué, publié par Saint-Léger Éditions, en 2017. Un ouvrage couronné par le prix Littré. Naturellement, je l’ai lu. Ce fut avec beaucoup d’émotion.

Qui est cet homme fatigué ? Un jeune rescapé des camps et que Simone, d’origine bretonne, recueille et élève comme son fils. On découvre très vite que Simone a perdu son mari au cours de la tuerie de 14/18 et son fils Marcel au cours de celle qui a suivi. Quand Simone recueille André, c’est parce qu’elle reconnaît le jeune enfant des patrons chez qui elle travaillait. Elle, la catholique, va élever ce jeune juif, comme le sien. Il travaille bien en classe, obtient ses baccalauréats et se destine à la médecine… Sauf, qu’en allant s’inscrire pour faire médecine, il rencontre un journaliste grand reporter avec qui il prend un verre… Et quand il retrouve Simone, il lui annonce qu’il va se tourner vers le journalisme. Déception pour cette femme, mais qui accepte et fait confiance…

L’ouvrage raconte cet homme fatigué qui a besoin, à travers ses enquêtes, de faire le point sur ses origines. Il n’a jamais revu ses parents disparus dans ces camps qui furent trop souvent ceux de la mort. Le jeune homme va suivre les événements du siècle, les espoirs déçus de la Hongrie qui voudrait se libérer du joug soviétique, ce qui se passe à Paris au moment des événements d’Algérie. On s’interdisait de prononcer le mot guerre. Il se rendra dans ce nouvel état d’Israël créé par l’ONU en 1948. L’homme fatigué va couvrir bien des événements et remonter le temps pour nous offrir une page d’histoire bouleversée à maintes reprises et au final, riche d’émotion.

Comment ne pas aimer Marcel le fils de Simone qui va s’efforcer avant d’être arrêté d’agir avec l’OSE (Organisation de Secours des Enfants) qui faisait passer des enfants juifs en zone libre ? Car, qui sauve un enfant, sauve l’humanité. Comment ne pas aimer Antonia qui est le grand amour de l’homme fatigué ? Comment ne pas suivre les belles rencontres de ce journaliste engagé ? On voit Simone Veil, la Dame d’Izieu, le couple Klarsfeld, Malraux et tant d’autres. Le tout est porté par la musique et l’art… Que serait notre monde sans la beauté qui embellit les âmes ? Il y a Bach, Chagall, Rachmaninov, Barbara, comme il y a ces modèles de politiques comme Kennedy qui ont fait rêver la jeunesse espérant un plus de liberté et de justice.

Comme on doit avoir à l’esprit les grands textes : Si je t’oublie Jérusalem, Jérusalem d’or pur, Que ton nom brûle mes lèvres… On ne doit pas oublier l’histoire dont nous sommes les héritiers à condition que notre mémoire ait l’audace de la lire et la relire sans cesse afin d’oser transmettre ces faits pour croire qu’un jour nous serons meilleurs. L’auteur a puisé dans son histoire et il a bien fait. Écrire, c’est survivre pour que triomphe la vraie vie.

Jean-Jacques Erbstein sera présent au Livre sur la Place à Nancy du 9 au 11 septembre 2022

Ce sera pour la prochaine fois, par Cléa Favre (écrit) & Kalina Anguelova (illustration) éditions Favre

Cléa Favre et Kalina Anguelova sont toutes deux de jeunes journalistes et abordent le problème de la fausse couche… L’une, Cléa par l’écrit, l’autre, Kalina par le dessin et cela donne un ouvrage que l’on appelle roman graphique au juste ton et qui pose les bonnes questions du désir d’enfant et de l’après quand survient ce drame (c’en est toujours un pour les futurs parents, et bien davantage pour celle qui mettait en forme, se préparait à donner la vie). 

Ces pages se sont écrites et illustrées chronologiquement à la manière d’un journal intime. La première question qui survient chez la jeune trentenaire, c’est le terme « fausse couche »… Mais qu’est-ce qui est faux là-dedans ? Ce bébé, le sien ? C’était une vie, pas du faux. Elle évoque très bien les relations de la patiente avec le corps médical, si technique, trop souvent et cette terrible phrase de consolation, d’où le titre : « ce sera pour la prochaine fois ». Mais on n’est pas dans un jeu, dans une partie cartes où l’on vient de perdre… Se pose aussi la question essentielle d’un rite à propos de ce que le corps rejette quand cet embryon n’a pas réussi à poursuivre son développement. Le rite n’existe pas, ou si rarement… Cette vie, cette possibilité de bébé qui finit dans une poubelle ou dans les toilettes. 

Pourquoi ne s’intéresse-t-on au pourquoi de ces grossesses qui ne sont pas menées à terme ? En Suisse, on commence les investigations après le troisième échec… 

Les auteures évoquent la solitude de la femme, un peu aussi celle du compagnon, trop absent, impuissant à consoler. L’homme, s’il a donné la graine qui en rencontre une autre, ne portera jamais la vie. Il est à côté… Comme nous avec cet ouvrage que l’on lit et qui interpelle.

La femme qui vit ou survit à cette « aventure » d’une vie qui s’arrête avant le terme, grâce à la réflexion de l’auteure qui donne la parole à des spécialistes : gynécologue, thérapeute, sociologue et personne membre d’une association s’intéressant à ce phénomène dont on ne sait pas parler, ouvre des chemins d’apaisement.

AU BOUT, LA NUIT, par Pierre Hanot, éditions Konfident Noir

Quand Pierre Hanot prend la plume, ce n’est jamais anodin. Il a eu connaissance, de la vie d’un salaud, c’est ainsi qu’il qualifie Paul, qu’on va juger à Toulouse en 1945. Paul a fait le mauvais choix, en s’engageant dans la Milice, et dans la Waffen-SS. Il s’est même trouvé au sein de la tristement célèbre division Charlemagne. L’ordre nouveau, la chasse aux Juifs et aux Francs-Maçons, ça lui convenait très bien. Traquer le résistant, l’abattre froidement c’était une jouissance, comme le sort réservé à certaines femmes.

Qui fut Paul ? Il a grandi entre une mère silencieuse et un père alcoolique, violent, brutal. Il fallait marcher à coups de ceinturon. L’enfant était bon élève, mais on ne s’explique pourquoi il a fait de tels choix. Pourquoi, a-t-il pris le parti de son père ? Rustre, violent, haineux ? Pourquoi, cet homme abject est-il devenu son modèle ?

Quand Paul est arrêté en 1945, on lui attribue un avocat… qui ne voit comment défendre un monstre qui a tué, torturé et qui sur un carnet se raconte et sans honte aucune, donne à lire sa vie. Il n’a aucun remords… Il aime évoquer ses sinistres exploits. De conscience, il est dépourvu.

Il n’échappera pas à la peine de mort. Son attitude, les faits reprochés, tout parle contre lui.

L’auteur alterne la lecture des carnets et les rencontres avec l’avocat… L’horreur à chaque page. L’auteur sait changer de style. Il sait prendre la place du monstre qui crache ses horreurs et se mettre à la place de l’avocat révulsé par tant de haine.

Et comme dans un roman, la fin n’est pas celle attendue…

C’est bien une nuit qui est dépeinte, celle qui revient à toute époque se faufiler chez les êtres humains si nous n’y prenons garde. Puissions-nous demeurer vigilants !

Pierre Hanot sera au Livre sur la Place à Nancy du 9 au 11 septembre 2022

La Voleuse à l’oeil mort, (Les Chroniques de Rougeterre) par Denis-Christian Gérard, éditions Encre Rouge

Grand amateur de Fantasy, le virus a piqué l’auteur en découvrant Le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien, Denis-Christian Gérard s’est lancé dans l’écriture avec Les Chroniques de Rougeterre lui permettant de laisser libre court à son imagination et de jouer avec un monde qu’il a imaginé. Les jeux de rôles l’ont nourri, jusqu’à ce qu’il ose les interpréter.

Le monde dans lequel il évolue aisément a séduit ses fans. Il y a eu La Dernière Garde, tome 1 et 2 et voici l’histoire D’Acamas, cette Voleuse à l’œil mort qui règne depuis cinq ans sur la cour des Déshérités, dans les bas-fonds de Castelrol, la capitale de Rougeterre.

Cette Acamas fait peur aux bourgeois et aux nantis. Elle dérange l’ordre établi, bouscule celles et ceux qui ont installé leurs petites combines, et s’insurge contre les injustices. Mais elle est adorée du petit peuple. Elle peut paraître dure, mais c’est surtout une justicière qui ne recule devant rien, pour ce qu’elle estime être le bon droit. Elle a surtout la rancune tenace.

Elle ne craint pas ses ennemis et ils existent, notamment un capitaine et un moine mi-sorcier, mi-diable, bien décidé à en découdre avec elle. 

Dans ce royaume sombre où les mauvais instincts sont plus qu’en germe, Acamas va rencontrer un enfant en détresse. Une fort belle histoire, riche de sens. Acamas se révèle et n’est, peut-être pas, pas celle que l’on croit. Mais sera-ce suffisant pour échapper à la haine et prouver qu’elle n’est pas cette boule de haine, mais que, au contraire, elle cherche à faire triompher la justice ?

L’auteur sera en dédicace au Hall du Livre à Nancy, rue Saint-Dizier, le 02 juillet de 15 h à 18 h…  

Il sera bien sûr présent au Livre sur la Place à Nancy les 9, 10, 11 septembre 2022

Mahmoud ou la montée des eaux, par Antoine Wauters, éditions Verdier

Le jury du prix Livre Inter a été bien inspiré en couronnant Antoine Wauters, un jeune auteur belge. Mahmoud ou la montée des eaux, suit trois autres romans publiés chez Verdier. 

Je trouve admirable la démarche de l’auteur qui, en 130 pages écrites en vers libres, d’une beauté à couper le souffle, nous offre un regard sur l’histoire de la Syrie. La Syrie de son enfance, celle d’aujourd’hui, aux prises avec un monstre, un dictateur et celle de toujours berceau de la culture, de l’écriture.

Mahmoud est un vieil homme qui rame à bord d’une barque, au milieu d’une étendue d’eau. En dessous de lui, sa maison d’enfance engloutie par le lac el-Assad, né de la construction du barrage de Tabqa en 1973. Il fallait irriguer, rendre ces terres fertiles et, tant pis pour les êtres, leur histoire, la petite et la grande.

Au moment où Mahmoud s’exprime, à notre époque, la révolution est là. La guerre gronde… Mahmoud est équipé d’un tuba et plonge. Il revoit sa maison, le cimetière, les poissons vont et viennent et il se souvient des siens, l’époque où ses enfants n’étaient pas encore partis se battre.

Mahmoud s’adresse à son aimée, à Sarah, l’amoureuse des mots, comme lui… On perçoit qu’il a connu la prison, les tortures aussi. Il ne fait pas bon résister en Syrie.

Mahmoud évoque les siens, ses fils Salim et Brahim et leur fille Nazafé. Qu’est-ce qui peut sauver l’être humain qui rêve du meilleur, de paix et de beauté ? Les lettres qui s’accrochent, forment des mots et des phrases qui portent et emportent ? L’écriture est cette plage de paix, ce rêve parfois inaccessible.

Il a connu, avant Sarah, Léïla et demande presque pardon à Sarah. Mais Léïla n’est plus comme leur premier enfant trop vite emporté par la mort.

Ces pages sont aussi une interrogation sur les destinées humaines. Qu’est-ce qui fait que Bachar el-Assad, le timide ophtalmologue est devenu le monstre que l’on sait après son accession au pouvoir ?

Sa vue s’est-elle brouillée et pourquoi ?

Merveilleux texte qui nous ramène à l’essentiel et confirme un immense talent pour révéler une histoire universelle. 

Mille fois bravo !!!

GENEVIÈVE, par Laurence Gantois-Domange, éditions L’Harmattan, collection Graveurs de Mémoire.

 Laurence Gantois-Domange a été professeure agrégée d’allemand à Calais avant de retrouver Verdun, sa ville natale. La retraite n’a pas été pour elle l’occasion de se reposer. Si elle aime les voyages, les travaux universitaires ont continué de l’occuper. 

Viennent pour tout un chacun, au fil du temps, les séparations, les déchirures et les chagrins. Ce fut le cas avec Geneviève, sa maman. Femme merveilleuse, douée dans l’art de l’accueil chez elle et qui l’a conduite en des jardins extraordinaires. 

Comment dire ce que l’on ressent, comment garder la trace des personnes aimées et qui ont été un guide sur les chemins de vie ?

Geneviève, sa mère apparaît sous sa plume, douce, désireuse de faire plaisir. Femme capable de s’émerveiller des beautés qu’offre la vie. Jeune femme enthousiaste quand revient le printemps et que mésanges, rouges-gorges, rouges-queues, merles sautillent devant elle. Qui dira cette capacité à ordonner les fleurs dans le jardin qu’elle aimait tant ? Ou celui de préparer une belle table les jours de fête, même si, elle prenait sans doute plus de plaisir à manger une tartine de bon beurre. Elle aimait rassembler dans sa maison. Elle a su de ses mains couper, surfiler, coudre. Des doigts de fée, disait-on. Geneviève s’épanouissait dans la beauté. Rêvait-elle du milieu bourgeois ? De maisons où l’art était présent. On économisait pour s’acheter des toiles de peintres qui commençaient à être cotés. 

L’auteure nous montre cette femme en parfaite harmonie avec la vie et qui, a su garder longtemps pour elle, la maladie qui allait l’emporter.  

Un portrait pudique, réalisé à la manière des impressionnistes. Ici, on touche à l’universel. On se dit qu’avec un tel modèle, on est forcément obligé de réussir, au moins de rendre hommage, de célébrer et de dire merci. C’est ce qu’a fait Laurence Gantois-Domange.

Le mariage parfait, par Jeneva Rose, traduit de l’anglais (États-Unis) par Michèle Yap, éditions XO

J’aime bien découvrir de nouvelles plumes. Jeneva Rose est l’une d’elles. Elle se lance dans une histoire où rien ne laisse présager ce qui va arriver.

Sarah et Adam sont mariés et fort amoureux l’un de l’autre. Lui est un écrivain en quête de succès. Disons de grands succès… On dirait même qu’il rêve un peu. Tandis que la jeune et belle épouse est une avocate pénaliste très connue, reconnue, absorbée par son travail. Une solution a été trouvée pour que l’auteur puisse se réaliser. Une maison est achetée près d’un lac. Lieu idyllique, belle nature, la plume doit pouvoir s’exprimer et le lieu doit permettre au couple de se retrouver. Sarah pourra ainsi mettre parfois un peu de distance avec la ville et ses activités. C’est ainsi qu’Adam a présenté les choses. Mais n’avait-il une autre idée en tête ? Tout doit bien aller, mais Sarah, mangée par son travail ne vient jamais dans la maison du lac.

L’auteure donne la parole alternativement à Sarah et Adam et c’est ce qui est intéressant, on plonge ainsi dans les pensées et l’âme de chacun. Le talent de l’auteure fait qu’on a envie de savoir… Et elle sait retenir l’essentiel, parfois nous égarer. Il se produit un séisme au sein de couple. N’a-t-on pas retrouvé Kelly, poignardée dans le lit de la maison au bord du lac ? Qui est Kelly ? Une serveuse qui donnait un peu de réconfort à Adam. Alors, finie la belle histoire entre Sarah et Adam ?

Eh bien, non ! Sarah est l’épouse, elle est aussi avocate. Jusqu’où peut aller le serment fait le jour du mariage : s’entraider ?

Sarah est de celles qui osent l’impossible. Bien sûr, il y a la trahison d’Adam… Bien sûr, il y a eu un crime. Mais qui est le coupable ? Beaucoup d’autres personnages gravitent autour de Sarah et d’Adam. Adam s’est comporté tel un petit garçon, jeune chien fou. Cette épreuve doit lui permettre enfin de grandir… Mais ce procès qui se profile, sera-t-il l’occasion de mettre toutes les cartes sur tables, de découvrir la vérité, les raisons d’un tel acte ? Qui a fait quoi et pourquoi ?

J’ai détesté l’horrible belle-mère… Il y a des pièges tendus aussi meurtriers que des coups de couteau.

Oui, ce mariage est parfait, ou presque. À lire, bien évidemment.