SOS MÉDITERRANÉE, Des écrivains s’engagent, éditions Folio

Ils sont dix-sept auteur(e)s à se mobiliser et à s’engager pour venir en aide aux sauveteurs qui viennent au secours de personnes fuyant leur pays en guerre et où les libertés essentielles sont bafouées. 

3000 personnes périssent chaque année en tentant la traversée sur des embarcations de fortune, une place payée très cher par des passeurs peu scrupuleux. Le navire Océan Viking, parfois de simples marins pêcheurs tentent de les sauver… En vain, hélas, si souvent.

Pourquoi ce silence, ces haussements d’épaules d’impuissance, face à une immense détresse ? Pourquoi ces accusions de la part de politiques osant insinuer que les sauveteurs sont de mèche avec les passeurs et que sauver, c’est encourager ces fuites ? Pourquoi ces stupides craintes de voir l’occident blanc se parer de couleurs ? Un être humain est ce qu’il y a de plus précieux ? Jean-Marie Laclavetine éditeur et auteur pousse un gros coup de gueule dans la préface de cet ouvrage dont l’intégralité des ventes sera reversée aux sauveteurs. Nous avons un devoir d’humanité qui fait que des artistes et écrivains dont Muriel Barbery, Juliette Binoche Jean-Baptiste Del Amo, Erri De Luca, Éric Fottorino, Carole Martinez, Léïla Slimani, François Morel et bien d’autres se sont engagés. 

Ils seront LUNDI 19 DÉCEMBRE À 19 H 30 AU THÉÂTRE DU ROND-POINT À PARIS pour des lectures de textes avec des moments musicaux. Soutenons-les.

Amina Damerdji relate, dans ce recueil, la réaction d’Arnaud après le Bataclan comme après les drames se déroulant en mer : « J’ai pris conscience du caractère inutile de mon existence en tant que citoyen, pas en tant qu’être humain ».

Osons inscrire une démarche positive et engagée à sa suite en répondant à l’appel SOS en Méditerranée.

L’aventure de vieillir, par Marie de Hennezel, éditions Robert Laffont/Versilio

Marie de Hennezelle, psychologue clinicienne questionne le rapport au temps et à l’âge. À ce titre, cette spécialiste qui s’intéresse à la fin de vie et a accompagné le président Mitterrand au cours de sa maladie, explore dans cet ouvrage l’expérience du vieillissement dont elle écrit et dit haut et fort que vieillir n’est pas honteux, mais est une chance (si l’on est en bonne santé). Vieillir, c’est l’un des derniers chapitres de la vie et il reste riche de promesses. 

S’aidant de ses rencontres, de ses lectures (Annick de Souzenelle, Sœur Emmanuelle, Roger Pol-Droit, des grands textes des grandes philosophies du monde, elle entend redonner à notre époque, aux vieux, (elle ose le terme qui n’est pas une insulte, mais un constat) ce qui lui manque d’essentiel. 

Avons-nous été préparés à vieillir, à voir nos gestes s’effectuer plus lentement ? Avons-nous transmis aux plus jeunes les parfums de la vie ? Et qu’attend-on, quand on est devenu âgé ? Elle s’indigne d’une loi âprement demandée sur la fin de vie, une loi prévoyant une évolution de celle existant : « pour libérer les vieux qui attendent la mort ». Elle trouve « grave qu’il faille espérer une loi qui libère de la vie, alors que souvent une parole peut le faire : une parole d’amour, une permission de mourir, un dernier au revoir ».

Vieillir, c’est une aventure, une grande aventure : « C’est une occasion de développer cœur et esprit, comme jamais dans une vie (…)  Vieillir libère aussi une forme d’humour… » Elle ajoute aussi que la lenteur est un autre aspect de la sagesse : « en faisant les choses lentement, on les apprécie différemment ». C’est l’apprentissage de la patience.

Un livre utile, voire indispensable dans une société trop encombrée de la réussite, qui ferme les yeux sur les anciens qui ne sont plus assez compétitifs, et qui s’arroge le droit de penser et légiférer pour eux.

Il n’y a pas de Ajar, par Delphine Horvilleur, éditions Grasset

Delphine Horvilleur, femme rabbin, née à Nancy est une femme exceptionnelle. Auteure de plusieurs essais évoquant la place de la femme dans le judaïsme et dans ce monde confronté au besoin (parfois stupide selon moi) d’identité quand il conduit à la non-écoute de l’autre et au non-accueil. Elle, l’auteure nous offre un ouvrage qui ne peut laisser indifférent.

Ce monologue contre l’identité démarre avec « l’affaire Gary-Ajar » Au départ Romain Gary, diplomate écrivain, amoureux et époux de Jean Seberg par la suite, a obtenu le prix Goncourt… Vingt ans plus tard un mystérieux auteur, Émile Ajar écrit « La vie devant soi » et obtient le Goncourt. C’est après la mort de Romain Gary (juif originaire des pays de l’Est) que l’on découvrira que Gary et Ajar étaient le même homme.

Delphine Horvilleur analyse ce fait avec intelligence en inventant un fils à Ajar, qui va questionner les écritures et poser la question à un « inconnu qui l’écoute » : es-tu le fils de ta lignée ou celui des livres que tu as lus ?

Tout est là, en moins de cent pages. On revisite l’univers de l’écrivain, de la Kabbale de la Bible, le pourquoi d’un Dieu dont on ne peut prononcer le nom. Quelle est donc son existence ? On passe par les camps, la Shoah et l’absence de ce Dieu qui fait silence, mais avec un humour juif drôle, presque féroce. La politique n’échappe pas au regard de l’auteure qui nous happe et nous subjugue.  

Il n’y a pas de Ajar, comme il n’y a pas de réponse unique à nos quêtes. La seule sans doute qui vaille est cette quête de l’Autre, fut-il Dieu ou humain ou les deux, cette main qui se tend et nous réunit.

Bravo à Delphine Horvilleur ! Ce livre doit être sur toutes les tables de chevet, un rappel, une prière pour vivre mieux.

Le gars de la combe, par Alixe Sylvestre, éditions ETT/Territoires, Témoins

Ce qu’on aime, quand on suit Alixe Sylvestre dans ses écrits, c’est son renouvellement de sujets évoqués. Certes, la vie des femmes est là, présente, mais elle ose avec succès sortir des sentiers battus et rebattus et captiver lectrices et lecteurs.

Avec Le gars de la combe, elle nous entraîne sur les chemins hasardeux autant que douloureux, ceux d’un jeune homme à la rue et qui n’a pour compagne que Soie, une chienne recueillie et à laquelle il tient comme à la prunelle de ses yeux. 

Comment en est-il arrivé là ? À se refugier dans une bâtisse où le toit est clairsemé ? De temps à autre, il va vers le monde, acheter un bout de saucisson et trouver de quoi nourrir Soie. Une survie difficile, surtout en hiver. Alerter les services sociaux ? Non, trop compliqué, humiliant aussi. Parfois, une vieille dame offre un café, des biscuits et des croquettes à Soie. S’il a le bref désir de rendre quelques services, ne serait-ce qu’en rentrant le bois de la vieille dame. Il perçoit l’impossibilité du geste et cela est pis que tout : n’être utile à personne, déjà un effacement du monde.

Dans ce récit, l’auteure fait alterner les chapitres de la vie du gars de la combe avec l’histoire d’un néo-libraire, ex-enseignant qui écrit un roman sur sa vie, un amour perdu. Quels liens entre les deux histoires ? Que peuvent les livres pour les humains en déshérence ? Quelles leçons offrent-ils ? Quels chemins montrent-ils ? Rimbaud a écrit très jeune, puis à sa façon, est devenu un homme en quête de liberté trouvée sans doute dans un autre monde.

Alixe Sylvestre nous offre la vie de Gau, Gauthier qui hésite et se remet en chemin, suivi par Soie. Rien n’est jamais perdu, quand bien même rien n’est jamais acquis. 

J’ai aimé ces pages, la belle écriture sensuelle et délicate de l’auteure. Elle montre le vrai, l’essentiel et pointe l’espérance, même si les chemins sont ardus.

Pleine Lumière par Hélène Veyssier, éditions Sinope, collection Temps du récit

Il y a des romans qui sont des peintures. Celui d’Hélène  Veyssier en est l’illustration parfaite. Son titre Pleine Lumière illustre parfaitement le tableau d’Edward Harper représenté sur la couverture.

L’auteure nous raconte avec infiniment de délicatesse l’histoire d’Agnès, professeure à Jussieu et qui a grandi, enfant unique, chez des parents peu conventionnels, du moins aux yeux du monde, car le père était artiste peintre, talentueux sans doute, mais ne fut jamais reconnu. Il y avait aussi les vacances et les visites chez les grands-parents à Orsay.

Mais l’histoire d’Agnès commence au cours d’une soirée entre jeunes professeurs. On fête la fin du premier semestre et Agnès retrouve Antoine, un ami d’enfance. Tant de jeux partagés à Orsay. Ils sont comme frères et sœurs. Pourquoi faut-il une soirée plus arrosée que d’autres pour que tout bascule… Antoine semble attiré par elle. Mais cet attrait, malgré la main dans les cheveux, la tasse de café au petit matin, gêne Agnès. Le désir est absent. Elle préfère ne pas poursuivre. Qu’il est difficile d’être en vérité sans blesser ! Pour Agnès, seuls les mots écrits diront l’impossibilité de poursuivre et la blessure aura des conséquences irrémédiables qui mangeront sa vie… 

Le roman s’étale sur plus de vingt ans avec des incursions dans l’enfance. Un regard sur ce père qui prit la fuite et dont elle se demande si elle n’est pas coupable d’avoir dit à ce père après une réprimande :  je ne t’aime plus, tu es moche quand tu es en colère. Entre le père absent et le possible amour refusé, le rejet, rode le « plus possible, trop tard », ainsi les gens croisés qu’on aurait voulu mieux connaître s’enfoncent définitivement dans la nuit.

Agnès a eu du mal à se trouver. La réconciliation se fera dans une galerie d’art, un jour, elle voit ce qu’aimait produire Antoine et qu’un neveu vend en hommage. Ce jour-là, elle saura enfin.

J’ai été bouleversée par ce roman des âmes mises en lumière, ces beautés mises à l’ombre trop longtemps et qui attendent le plein soleil.

Une lecture qu’il ne faut pas rater.

Nous, Filles de Sparte, de Claire Heywood, traduit de l’anglais par Stéphanie Alglave, éditions City

Claire Heywood est diplômée en civilisations antiques et à ce titre elle s’est prise de passion pour la mythologie grecque et l’histoire des femmes. Comment montrer en ce 21ème siècle ce que fut la guerre de Troie ? Quel rôle ont joué les femmes ? Pour l’auteure, le plus simple fut de remonter à la source de cette histoire, d’observer, de comprendre et c’est une réussite.

Voici Hélène et Klytemnestre (écrit à la grecque). Les deux princesses ne passent pas inaperçues. Princesses de Sparte au sein d’un foyer aimant, elles ne devinent pas au cœur de l’existence dorée qui est la leur ce que sera leur destin.

Nous les observons dans une vie rythmée par les décisions des parents qu’il ne faut surtout pas contrarier. Elles vont être mariées très jeunes à deux frères. L’aînée au roi Agamemnon et la cadette à Ménélas qui sera roi de Sparte, alors que Sparte revenait à Klytemnestre. Sont-elles aimées de leurs époux ? L’amour peut venir au fil des jours. Si Klytemnestre dans un premier temps peut s’estimer « heureuse », ce ne sera pas le cas d’Hélène dont la naissance est un mystère. Sa mère l’a si peu regardée. Pourquoi ? La grande peine de ces deux très jeunes filles est que le mariage va les séparer à jamais. Elles ne se reverront jamais. Très vite, elles comprennent, surtout Hélène, qu’elles ont été épousées pour donner une descendance mâle à l’époux. Elles constatent aussi que l’homme a tous les droits, y compris celui de s’offrir quelques fredaines avec des esclaves ou des jeunes filles au service des dieux. Un roi est tout puissant. On comprend mieux la fuite d’Hélène avec un prince Troyen et, de ce fait, l’histoire de la guerre de Troie.

L’auteure donne la parole aux deux sœurs dans ce roman choral qui ne peut que plaire, interpeller et éveiller les curiosités, d’où bien des indignations, la révolte face aux injustices subies par les femmes qui auront mis des siècles pour être entendues.

Un roman historique parfaitement maîtrisé qu’on ne peut lâcher.

Le Livre Noir de Vladimir Poutine, sous la direction de Galia Ackerman et Stéphane Courtois, éditions Perrin/Robert Laffont

Mais qui est cet homme pur produit de l’URSS, un homo-sovieticus, mauvais agent du KGB et qui, par des tours de passe-passe, s’est hissé au sommet de la Russie sans avoir véritablement eu l’intelligence de tirer les leçons du passé, et de l’effondrement en 1991 de l’URSS ?

Pour Vladimir Poutine, né dans un milieu modeste, le plus grand drame de l’URSS est son éclatement. Alors, il se fait une promesse, revenir aux frontières de l’empire, laisser, coûte que coûte, son nom dans l’histoire et s’enrichir…

Pour y parvenir, tous les moyens sont bons. Meurtres déguisés, empoisonnements sont monnaie courante pour lui qui n’hésite pas à se refaire une sorte de virginité en paradant un grand cierge à la main, dans les processions religieuses.

Galia Ackerman et Stéphane Courtois, historiens de la Russie ont fait appel à quelques grands spécialistes dont Françoise Thom, Cécile Vaissié, André Kozovoï…, des plumes pour cerner le personnage qui, comme Staline qu’il a réhabilité, n’hésite pas à massacrer qui ose lui résister. Avec lui, la démocratie est un gros mot. Seul le chef a le droit d’avoir des idées et de s’exprimer. Il met à l’écart (tactique de Staline) qui n’est pas de son avis. Il a pris la Géorgie, la Crimée, la Tchétchénie, a fait appel aux mercenaires Wagner et a confisqué une partie des biens des oligarques qu’il a soutenus… Et ce, à son profit. La cruauté est son maître mot.

Qu’adviendra-t-il de l’Ukraine ? Comment sortir de ce piège ? Selon les auteurs, l’agresseur doit être sévèrement puni pour que s’écrive une page de paix dont le monde a besoin.

Un ouvrage indispensable pour comprendre ce conflit qui nous concerne tous.

Les enfants de la Garde blanche, par Hélène Blanc et Cie, éditions Ginkgo

Hélène Blanc est d’origine russe et chercheur au CNRS. Politologue, criminologue, elle est aussi docteure en études slaves des langues orientales. La Russie n’a pas de secret pour elle, et la guerre que mène Poutine contre l’Ukraine la révolte. Elle a beaucoup travaillé avec Renata Lesnik, (aujourd’hui décédée) une Moldave russophone qui s’est réfugiée en France en 1981. 

Pour Hélène Blanc, le temps est venu de s’intéresser aux « Enfants de la Garde blanche ». Garde blanche qui souvent quitta la Russie après la révolution d’Octobre 1917, avec peu, voire rien, mais garda droiture et noblesse. Question de dignité.

Que s’est-il donc passé dans ce vaste pays de plus de 130 millions d’habitants, un empire allant d’Europe au Caucase en 1918 quand le monde apprit l’assassinat des Romanov ? 

La Révolution qui allait changer un empire en pays soi-disant moderne et qui, pour y parvenir, fit couler le sang grâce à Lénine qui reçut de l’or allemand et à Staline, l’homme d’acier. Il fallait tuer, massacrer les opposants qui ne l’étaient que dans la tête de ces sanguinaires qui venaient d’excellentes familles nobles, parfois ou bourgeoises. On n’hésitait pas à entrer dans les monastères… Plus de 300 000 religieux périrent.

La famille impériale ne trouva aucun secours. Ni en France, où Poincaré ne supportait pas la boche (l’impératrice) ni en Angleterre où l’empereur avait des origines. Femmes et enfants furent massacrés.

Le mérite de cet ouvrage de la part d’Hélène Blanc est d’avoir rassemblé plusieurs auteurs venus d’horizons différents, mais tous attachés à l’histoire. Leur regard en dit long sur une histoire qui hélas n’en finit pas de se poursuivre. Ces Russes blancs ont parfois pu s’intégrer en France, d’autres furent poursuivis par cette révolution d’octobre 1917 qui fut davantage un coup d’état à ses débuts, et disparurent à jamais, parfois empoisonnés à la tuberculine. Comme c’est encore le cas aujourd’hui. Il ne fait pas bon résister à cet agent du KGB, appelé Poutine qui s’arroge le droit de vie et de mort sur ses semblables. L’ouvrage est illustré de photos issues de collections particulières ou familiales.

Les pages de cet ouvrage sont un hommage à la Russie éternelle qui n’a rien à voir avec cet homo-sovieticus qui n’est fort qu’en massacrant.

Bravo à Hélène Blanc !

L’Alchimiste de Sant Vicens, par Hélène Legrais, éditions Calmann-Lévy

Hélène Legrais sait se renouveler de roman en roman et captiver lectrices et lecteurs. Après des romans évoquant la guerre d’Espagne, la place des femmes dans le sport (elle fut l’une des premières femmes journalistes commentant le sport) ou des romans nous ramenant en enfance ou sur des terres d’amitié. Ici, elle nous offre une terre, à Perpignan, non loin de Céret et de Collioure qui, dans les années 1950/1960, a connu une effervescence à nulle autre pareil. 

Tout avait commencé avec Firmin Bauby, décorateur qui avait acquis un mas viticole dans les années 1930 pour en faire un centre de céramique. Plus tard, Denys Bauby, frère de Firmin poursuivra le projet où viendront dès 1951 Jean Lurçat, Eugène Fabrégas, Picasso, Braque et même Dali. Même le cinéma s’y invitera.

Le talent d’Hélène, c’est de mélanger la fiction avec le réel. Ici, elle campe un couple un peu hors du temps, Les Escande, André et Suzanne-Sibylle qui ne sont jamais passés au TU et se lancent des : mon cher, mon ami… 

Monsieur est professeur de mathématiques et madame est au foyer, coud, aime chanter Trenet, Mouloudji… Ah Le jardin extraordinaire ou Comme un petit coquelicot ! Monsieur n’aime que la musique classique. Pas d’enfants dans ce foyer, mais des voisins, dont le frère de Firmin Bauby qui marche sur la terre de création. 

Et l’on voit souvent de bien belles voitures qu’André Escande regarde avec dédain. Du bruit pour rien. Mais Suzanne en s’occupant du jardin et de ses roses, voit le voisin qui lui parle de la céramique et un jour, ô joie, sans rien dire, elle visite le lieu… Une autre joie, la rencontre avec Trenet (qui fut un élève d’André qu’on appelait Pile-à-l’heure). Trenet plus occupé à dessiner, à jeter des mots sur le papier qu’à résoudre des équations.

En retraite, André s’intéresse à la Bible, non par bigoterie, mais pour comprendre la marche du monde, les métaphores utilisées, le sens de la vie. Il a un problème avec L’échelle de Jacob.

Et voici que, tout près, surgit une nouvelle famille, avec deux jeunes enfants, dont Vivi, enfant différente qui n’aime pas être touchée, qui ne regarde personne et se balance d’avant en arrière. Elle est autiste, mais à l’époque, on sait que le corps médical rendait la mère responsable.

Le miracle, il en faut, viendra d’André qui va savoir intégrer le monde en observant la petite fille et comprendre ces années où il n’a pas été bon mari… 

L’auteure a bien brossé le portrait de ce couple, avec humour et vivacité. On revient à la place des femmes, aux conseils donnés pour le grand jour du mariage, ce qu’une femme honorable devait faire. Une page d’histoire qui a son importance et permet d’oser le sourire. On aime vraiment Suzanne et le chemin qu’entreprend André. 

Tendresse, amitié, beauté, histoire de l’art et du cinéma foisonnent dans ces pages que je recommande à tous.

La Juive de Shanghai, par Marek Halter, éditions XO

Il y avait quelque temps que nous n’avions eu le plaisir de lire un roman de Marek Halter.

Le voici à la vitrine des libraires en ce début novembre avec La Juive de Shanghai. Une extraordinaire histoire qui se fait lumière dans la nuit d’une tragédie dont l’humanité ne s’est pas remise.

Très intéressée par cette époque et les héros qui ont su et pu s’opposer au nazisme, je connaissais l’histoire de Chiune Sugihara (trop peu connu du monde entier) un consul japonais de Lituanie qui a pu sauver plus de Juifs que Schindler en délivrant des visas pour Köbe, le grand port du pays du Soleil-Levant.

Sous la plume de Marek Halter, le consul est là et sera celui qui sauvera Clara, puis Ruth qui se sont connues auparavant.

À 22 ans Ruth est couturière dans une maison de haute couture. Elle peut encore travailler en 1938, bien que juive, car Frau Opel, sa patronne, la protège, elle habille les femmes des hauts dignitaires nazis. Le chemin de Ruth depuis Varsovie n’a pas été facile. Mais Ruth est tenace, elle veut devenir styliste. Elle tient son journal, (Marek avait déjà utilisé l’écrit, le pouvoir des mots qui sauvent et laissent une trace dans La Mémoire d’Abraham).

Un jour, Ruth assiste à une scène épouvantable, une descente de la Gestapo et de la Kripo. Elle découvre Clara, jeune communiste blessée et lui vient en aide…

Il faut fuir. Les deux jeunes femmes seront séparées. 

Clara va partir pour la Chine, tandis que Ruth va traverser l’Europe, retrouver Varsovie (lieu de naissance de Marek Halter).

Bien évidemment, malgré les événements, des amours naissent. Mais le danger est partout et on retient son souffle. Les deux amies se retrouveront-elles ? Et comment ? 

Livre sur l’exil, le courage, l’amitié, mais auss, regard sur une ville, Shanghai et son ghetto. Comment survivre, éviter la déportation…

On aime que la suite appartienne à Bo Xiao-Nao, la fille de Ruth qui, elle aussi prend la parole, justement après la découverte d’un carnet écrit par sa mère.

Marek Halter est un conteur hors-pair. C’est bien que les gestes de beauté (couture et objets) se dressent face au tragique. Il sait restituer la Grande Histoire, faire œuvre de mémoire et nous interpeller sur nos devoirs d’humains les uns envers les autres. Ne jamais oublier, tenir haut le flambeau de la vérité et de la justice, pour oser l’avenir.