La figure paternelle, son sourire comme ses silences habités ont toujours compté pour Christian Bobin qui écrit sur le bureau qui fut celui de son père instituteur, qui range ses livres dans les rayonnages fabriqués par le père.

Avec le muguet rouge, il revient à ce passeur de vie et de lumière qui aujourd’hui encore le guide, alors qu’il n’est plus. Le père lui montre deux brins de muguet rouge qu’un jeune homme dans le Jura a inventé et répandrait sous peu dans le monde… Qui est cet homme ? questionne l’auteur… C’est une partie de sa famille, celle qui reste à découvrir. Et le père de dire : « va les voir, apprend à les reconnaître ».

Et voici ce court ouvrage tissé de rencontres, d’observations, d’éblouissements de lumières enténébrées. Ici et là, surgissent, les penseurs, Kafka et Dora, sa bien-aimée qui s’évanouit sur sa tombe dans l’indifférence générale, Descartes est là, tout comme Samson François, Debussy et Ravel. Qu’ont-ils à nous dire, à nous faire entendre ? D’autres aussi défilent, des génies des chiffres… qu’on recopie inlassablement, mais qu’importe, l’écriture prime, et derrière les chiffres, les nombres les mots ne sont pas moins valeureux. « La vie est un état poétique non déchiffré, un parchemin dont notre cœur est l’émiettement, et la poudre de nos os, l’encre… » L’auteur évoque Novalis, « une vie brève consacrée aux mathématiques, des cristaux et de la poésie ».

Et toujours les proches qui ont entouré l’auteur sont là, au-delà des vies qu’ils ont vécues ou offertes tels des cadeaux. C’est le cas de son frère, accompagné à l’hôpital de Dijon, deux jours avant que les yeux se ferment à jamais et qu’un cercueil accueille un corps inerte dont l’auteur croit le voir bouger. La mort existe-t-elle ou n’est-elle qu’un passage vers l’inconnu ?

Ce muguet rouge a la force de l’éternité invisible, une nécessité à sans cesse réinventer. Combien ce père a raison de dire : va voir… Un dialogue que rien ne peut interrompre dans une quête d’amour et de vie insatiable.

À lire très lentement, pour se laisser pénétrer par la source vive de la poésie de l’auteur.

En même temps que ces fragments poétiques appelant à la vie, Quarto Gallimard rassemble sous le titre Les différentes régions du ciel, beaucoup d’œuvres de Christian Bobin avec photos, illustrations et des textes sublimes, dont Le Très-BasUne petite robe de fête, Éloge du rien, sans oublier ce texte bouleversant : La plus que vive, et des inédits. Un régal de lecture !

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