C’est un premier roman coup de poing que nous propose Laura Poggioli. Mais un coup de poing nécessaire. 

Elle a vécu à Moscou, dont elle aimait tout, la culture, la langue et ses sonorités, vivre comme les jeunes de son âge. Attention, ne pas confondre le peuple et l’homme particulier qui rêve de refaire l’empire de toutes les Russies. Si le peuple suit son « tsar » c’est parce qu’il est victime d’une propagande savamment orchestrée. Laura, l’auteure a rencontré en Russie, son grand amour et le roman qu’elle nous propose, d’après une histoire vraie, est celle de trois sœurs, dont on sait dès le début, qu’elles ont tué leur père abuseur, violent et que, dans ce pays, une femme ne peut pas aller se plaindre aux autorités de ce qu’un homme, un mari, un père fait subir à l’épouse, à la fille. Le vieux proverbe russe a la peau dure (mis en exergue) s’il te bat, c’est qu’il t’aime. En exergue également, un extrait de Tchekhov « Les trois sœurs » : Vous dites, la vie est belle. Oui, mais ce n’est qu’une apparence ! Pour nous les trois sœurs, la vie n’a pas encore été belle, elle nous a étouffées, comme de la mauvaise herbe…

C’est l’histoire de ces trois filles dans un pays où la violence domestique demeure impunie. Et cette histoire, qu’il faut lire, ne prend pas des chemins de traverse pour dire l’horreur. Un père qui frappait, insultait, violait, la nuit, le jour sous le regard d’une mère terrorisée, impuissante, elle-même sujette aux coups. Laura raconte la vie de cet homme, Mikhaïl Khatchatourian, l’homme bien qui usait des réseaux sociaux, se montrait dans les églises orthodoxes parfois avec ses filles. Il était gras avec une croix dorée. Il se mettait en scène et au-delà était le monstre… Mais qui sait que Dans la violence totalitaire, l’intime n’existe plus, écrit l’auteure. On savait dans l’environnement de ces trois sœurs, les appartements aux parois si minces laissaient passer le souffle de l’horreur, et tout le monde se taisait. Le temps de Lénine se poursuivait, on ne critiquait pas. Jamais…

J’ai beaucoup aimé cet ouvrage. À lire, à faire lire. Pour éviter que le silence continue d’être complice de l’abject.

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