Antoine Rault, l’auteur de ce roman à la vitrine des libraires pour cette rentrée littéraire 2022, est romancier, auteur de théâtre révélé avec Le Caïman et Le Diable rouge, deux pièces qui ont plus que retenu l’attention des Molière… Mais c’est aussi un romancier qui possède une très belle plume et sait se renouveler. Je n’ai pas oublié La Danse des vivants ou La Traversée du paradis, entre autres excellentes histoires offertes aux lectrices et lecteurs.

Avec Monsieur Sénégal, l’auteur –et c’est un point qui le préoccupe– revient à l’identité… Comment s’intégrer dans un monde, un pays si différent de celui d’origine ? Au cours de cette histoire située juste après la fin de la Grande Guerre, voici l’histoire d’Amadou Lo, aide de camp du major Robert Desveaux. Dans le civil, Robert Desveaux est médecin à Miray dans le Jura. 

Amadou a combattu avec ceux qu’on appelés les « tirailleurs sénégalais, or il ne l’était pas. Il était originaire de Guinée. Démobilisé à la fin de la guerre après avoir défilé sur les Champs-Élysées, il rêve de retourner chez les siens. Marié très jeune (il a vingt ans au sortir de la guerre), il y a la jeune femme qui l’attend, sa famille, les amis. Mais le médecin entend le garder à son service. Il sera son chauffeur.

Amadou est plus ou moins piégé. Le médecin lui a sauvé la vie… Il faut encore le servir. Mais lui, a d’autres idées dans la tête qui sont évoquées avec pudeur et délicatesse. Amadou va faire de son mieux et apprendre le bon français… Et ce que l’on découvre est ahurissant. Dans l’armée, il était dit qu’il fallait utiliser un français simple pour se faire comprendre des Africains. Il fallait parler « petit nègre ». Amadou comprend très vite et veut parler le bon français. Ce jeune homme est touchant, une belle âme, un cœur pur, mais un peu trop naïf. Son désir d’honorer ceux qui l’accueillent en parlant la même langue impressionne. Il apprend à lire… Il retrouve la baronne, gentille mais un peu excentrique et qui l’a visité quand il était à l’hôpital. Aucun préjugé chez elle. Elle lui a appris à jouer à la crapette. Très bien, mais à Miray certains n’ont jamais vu de Noir. On les prend pour des sauvages, des sous-hommes pour certains, comme cet odieux ancien colonel. Un Noir n’a pas le même cerveau qu’un Blanc. 

C’est un autre combat que livre Amadou pour se faire accepter, reconnaître, estimer. Dans les tranchées, on ne regardait pas la couleur de la peau. On riait ensemble, on avait peur ensemble et on avait le même désir : sauver la mère patrie et en découdre avec l’ennemi.

Sans moraliser, mais en racontant tout simplement d’une plume fluide la vie d’Amadou, l’auteur nous plonge dans une époque qui concerne tout un chacun. Le colonialisme aura duré longtemps, et les préjugés rongent encore bien des esprits. 

À lire

L’auteur sera au Livre sur la Place à Nancy du 9 au 11 septembre 2022

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