Selon la psychanalyse freudienne, le principe de réalité est la capacité d’ajourner la satisfaction pulsionnelle. Il faut pour cela prendre en compte le monde réel et ses exigences et les conséquences de ses actes. Ne pas céder au rêve et aux hallucinations. Donc éloigner le principe de plaisir. 

L’auteure de ce roman, ou plutôt de cette longue lettre, a pris en compte tout cela. Mariée, mère de famille, professeure de français et philosophie en Bretagne, elle a postulé en accord avec son mari pour obtenir un poste d’enseignant à Tachkent en Ouzbékistan. Elle avait toutes les qualités requises, un bon dossier. Or, sa candidature n’a pas été retenue. Alors, elle écrit à la proviseure. « J’ai pris acte de vos regrets et de votre respect profond. Je suis cependant moi-même au regret le plus sincère de vous informer que je ne peux accepter votre refus. Ma décision est irrémédiable : je prendrai ce poste… »

En deux cents pages, l’auteure s’explique. Nous sommes dans le principe de réalité. Il ne s’agit pas d’une pulsion, d’un rêve ou d’une hallucination. On découvre la vie de cette jeune femme de trente ans et de Mathias, le compagnon-mari (peu importe). La belle histoire d’amour qui est la leur (jusqu’à quand ?). Il y a dans ces lignes une mise à nu sans fard. La jeune femme est dos au mur. Mathias a eu beau lui dire, ce sera pour l’année prochaine ou un peu plus tard. Plus tard, n’a pas d’horizon. C’est maintenant ou jamais. Maintenant, pour se relancer quand il est encore temps. 

Qu’est-il arrivé à cette jeune femme ? À ce couple ? À cette famille ? Il y a chez elle, tant de doutes, ce besoin de partager la littérature, les grands élans qui s’y trouvent. Conduisent-ils à d’autres amours. D’ailleurs qu’est-ce que l’amour ? « Qu’est-ce que faire l’amour ? Faire l’amour, c’est fabriquer de l’amour, créer un sentiment là où il n’y avait que du désir. » Plus loin, l’auteure ajoute : « Je ne me retrouve pas dans cette solution consumériste qui consiste à séparer le corps de l’âme ».

La jeune femme a besoin de partager ses élans littéraires. Elle cite Montaigne, Aragon, Bouvier, Giono. Des auteurs qui élèvent. À la bibliothèque universitaire où elle fait ses recherches, il y a Ismaël. La verra-t-il ? Elle explique dans cette longue lettre ses espoirs… Elle sait ce qu’elle doit à la Bretagne où est la vie, la beauté, la force du chant. Mais au fond d’elle, il reste encore trop de codes à briser…

Une très belle écriture !

L’auteure sera présente au Livre sur la Place à Nancy du 9 au 11 septembre 2022

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