Irène Frain sait s’emparer des histoires vraies de femmes connues ou inconnues du grand public pour les révéler avec le talent qui est le sien. Celui d’une auteure qui use de sa plume, comme un peintre et un photographe le feraient avec pinceaux et objectifs. C’est dans le détail passé inaperçu que se trouve la vérité, celle devant laquelle on est passé.

Dans ce roman, elle nous plonge en 1853 dans la rade de Santa Barbara, un port jusque-là insignifiant, sauf que cette année-là les baleines ont quitté le port bien tardivement. Un signe ? Elle nous montre un chasseur de loutres marine, le capitaine Georges Nidever et son second Charley Brown. Les habitants accourent quand il mouille les eaux du port. À chaque fois qu’il jette l’ancre de sa goélette, c’est pour rapporter un exploit. Et cette fois, l’exploit est une personne : « La Femme Solitaire » ou « La femme qu’on a perdue ». Une Indienne abandonnée dix-huit ans plus tôt à San Nicolas, une île d’un archipel triste, sauvage qui va de San Barbara à Los Angeles.

Irène Frain entend parler de cette histoire et surtout, elle découvre que tout est vrai. Elle apprend que cette femme délaissée mérite son roman. « Parole à ne jamais prononcer devant une romancière », sourit-elle. Cette histoire est pour sa plume. Elle va raconter sept semaines au cours desquelles les uns et les autres vont essayer de comprendre l’histoire de cette femme étonnamment belle, qui parle un langage inconnu, chante, danse malgré une légère claudication. Elle a quelque chose que peu de personnes possèdent : la joie. Tout son être en est irradié.

On aime le portrait du docteur Shaw que l’auteure peint pour nous. Il va nouer avec cette femme unique un lien très fort. Il a envie de la connaître, de la comprendre. Qu’a-t-elle à nous révéler ? Quelle fut son histoire pendant dix-huit ans ? Pourquoi fut-elle abandonnée ?

Son combat, car c’en est un, se heurte à bien des préjugés, sociaux, religieux… Les femmes n’ont-elles pas ce qu’elles méritent ? Comment se fier aux diablesses coupables d’avoir fait perdre le paradis à l’humanité ? Et cette Indienne que sait-elle ? Ce goût de la musique d’où lui vient-il ? La musique sauve de tant de malheurs…

La Femme Solitaire est le visage, l’étendard des peuples opprimés, le portrait de celles et ceux dont on n’a pas le temps de soucier. Elle est le voile qu’on déchire au milieu de la nuit pour montrer la lumière et indiquer que nos routes n’ont pas fini de s’étirer jusqu’à d’improbables rencontres qui nous parlent de nous.

L’écriture de l’auteure est belle et poétique et nous interroge avant de se nicher en nos âmes. Cette Femme Solitaire irradiant l’allégresse a tracé une route fabuleuse que nous n’osons pas emprunter.

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