Isabelle de Courtivron avait déjà connu un gros succès à L’Iconoclaste avec L’été où je suis devenue vieille. Ne pas croire à une suite ou bien, que l’auteure n’aurait pas tout dit de son parcours, plutôt hors du commun. La fin de l’ouvrage précise qu’il s’agit d’une nouvelle version de Mémoires d’une fille indocile, ouvrage publié en 2016. On peut penser à Simone de Beauvoir (dont elle parle) avec Mémoires d’une jeune fille rangée (qui ne le fut pas vraiment).

Je l’avais lue, il y a quelque temps, dans l’approche qu’elle avait eue de Clara Malraux à l’Olivier en 1992.

C’est donc, non sans plaisir, que je plonge dans l’histoire sans fard de cette jeune fille indocile, qui bien sûr revient sur les liens étranges, voire inexistants entre sa mère et elle, mais pas seulement. 

Les événements historiques, la guerre de 39/45 auront contribué à déstabiliser cette famille bourgeoise où les femmes sont davantage le bijou du mari, pour le paraître et élever les enfants, souvent, il est vrai, avec l’aide d’une domesticité qui va compter dans la vie d’Isabelle. Son frère, plus âgé, tombera amoureux de la gouvernante et l’épousera. Joli scandale dans la famille.

Isabelle décrit ce milieu, les difficultés à porter un nom à tiroirs, comme elle dit, les de… quelque chose… Un nom par forcément signe de richesse. Si richesse il y a, c’est dans ce nom qui en jette plein la vue aux autres.

Marguerite, sa mère est dépressive, comme l’a été sa mère et Isabelle confie qu’elle n’a pas échappé à ces gênes, sauf que, maintenant il existe des traitements. Marguerite a un mari, François plutôt infidèle, c’est courant dans le milieu. Et quand survient la guerre, il faut bien « survivre ». Si François l’époux entaille le contrat, l’épouse en fait autant. Et si des enfants naissent des aventures de madame, François les reconnaîtra (à défaut de les connaître). Les apparences sont sauves. 

Ces enfants, nés de rencontres avec des Américains venus délivrer le pays de l’oppresseur, vont de ce fait découvrir d’autres vies. Le père américain, pour l’auteure, sans le savoir, va ouvrir les chemins du féminisme en grande ébullition outre-Atlantique. 

C’est cet itinéraire que nous conte l’auteure. Elle fait des études de lettres, va enseigner outre-Atlantique, plongera au cœur des contestations des années soixante, soixante-dix.

J’ai aimé son regard lucide sur madame de Beauvoir, l’idole des débuts, mais sa déception quand elle découvre que Sartre et elle, dans cette folle liberté, partageaient les mêmes conquêtes féminines.

L’indocilité de l’auteure, face à sa mère, peut-être davantage victime d’une époque que coupable, (pas de jugement, loin de là) a commencé tôt. Elle s’est rebellée face au silence d’une mère incapable de faire face et de se révolter. 

Isabelle le fera pour elle et toutes les autres femmes. Parfois, et c’est son cas, ce sont de telles révoltes qui aident à se construire. L’auteure n’impose rien, elle dit.   

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