Ce roman Trésor National est un petit bijou… Hülya (devenue Julya) en France a quitté Istanbul à 16 ans pour fuir sa mère, la grande actrice turque Esra Zaman. Paris est le lieu de Julya. Elle y travaille comme dramaturge, scénariste et metteure en scène. Elle est mariée à un botaniste. Un couple heureux sans histoire et qui a une fille.

Sedef Ecer, l’auteure de ce roman est elle-même d’origine turque, née comme son héroïne en 1965. Son héroïne raconte l’histoire d’une actrice célèbre en Turquie, qui a joué les grands textes, connu les trois coups d’état qui ont fait la Turquie d’aujourd’hui. Sedef a fondé Le Parlement des écrivaines francophones avec Fawzia Zouari et Leïla Slimani. Elle est actrice, auteure, scénariste, metteure en scène et ce roman est le premier qu’elle écrit en Français. 

Voici donc le sujet de ce roman. Une scénariste reçoit des nouvelles de sa mère, la grande Esra Zaman, actrice adulée dont la vie fut une scène perpétuelle. Elle demande à fille, sa petite Zeker, (morceau de sucre), qu’elle n’a quasiment pas revue, un dernier et ultime service : mettre en scène sa cérémonie de funérailles. Julya dit oui et pense même se rendre au chevet de sa mère. Or, depuis l’état d’urgence de 2016, c’est impossible. « Ne viens pas ! » supplie la mère. Nilüfer, la si fidèle d’Esra depuis toujours, sera le lien. Elle fait parvenir à Julya un sac ayant appartenu au photographe Ishak, le père de Julya, et dans le sac qui a servi à tant de reportages, une foule d’objets, dont le trophée Trésor National, des photos, des articles qui vont permettre à Julya de ranimer cette mémoire et de raconter la Turquie, sa mère, son histoire de famille. Le film se déroule, comme au montage et on « cut » souvent donnant ainsi au récit beaucoup de rythme.

Ces pages sont d’une incroyable richesse sur le pays, sur les grandes actrices et tragédiennes de cette époque. Et l’on voit ce pouvoir imposant ses vues, agréant ou censurant jusqu’à l’emprisonnement, jusqu’à tuer ou faire disparaître.

Esra s’est sortie des situations les plus scabreuses grâce à son charme, à son talent, aux mensonges dont elle s’entourait. Et tous la croyaient ou faisaient semblant. Elle est capable de raconter que, dans sa famille, de mère en fille depuis x générations, les femmes sont des actrices, des tragédiennes, des féministes. Une généalogie qui remonte à Roxanne et à Soliman 1er, c’est bien sûr impossible. Mais on feint de la croire. Elle est si belle. Truffaut l’a demandée, Godard aussi… 

Sur scène, elle a joué tous les classiques, d’Antigone à Lady Macbeth en passant par Iphigénie et Médée… Elle a bravé la censure en étant plus qu’acoquinée à Ismaël, un ami d’enfance de Ishak. Ismaël est devenu l’un des sbires de la garde terrifiante des fous moustachus du régime…  Ismaël, c’est le personnage louche…Une ombre terrifiante. Serait-ce lui le responsable de la disparition d’Ishak ?

Je ne puis vous en dire plus, sauf vous conseiller ces pages que vous ne regretterez pas.

Je puis quand même vous révéler que Trésor National est une récompense attribuée à une personne d’exception dans les arts… À défaut d’être un monstre national, Esra est une Médée repentie qui aurait pu dévorer ses enfants pour l’amour de la scène en se rattrapant à une citation de Camus : Ce sont les rêveurs qui changent le monde, les autres n’en ont pas le temps.

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