Hubert Haddad sait envoûter lectrices et lecteurs par son écriture à nulle autre pareille. Il se saisit des grands mythes, se les approprie et nous les restitue avec la beauté fiévreuse d’une peintures fugace mais si prégnante. 

La Sirène d’Isé son nouveau roman n’échappe pas à cela.

Qu’évoque-t-il ? L’histoire du docteur Siwald, spécialiste de tout ce qui touche, de près ou de loin, à l’hystérie. Cet homme étrange a imaginé un lieu d’enfermement en bordure de mer, Les Descenderies. Pas besoin de hauts murs.  Non, les arbres ont poussé dressant troncs et ramures, qu’il faut tailler selon un certain ordre, celui de ce médecin, le maître des lieux.

Au domaine, vit Malgorne, l’enfant du silence, parce qu’il est sourd. Il guette sur les lèvres les syllabes qu’il n’entend pas. Sa mère Leeloo fut frappée du même mal. Malgorne est dans son monde, dans son labyrinthe, un piège imaginé par cet étrange Riwald, tout puissant ? Ici, nul besoin de se boucher les oreilles de cire pour échapper au chant des naufrageuses. Cyprès et ifs sont un rempart. Car elles sont là, ces sirènes de la vie et de la mort… 

Quand les uns et les autres auront quitté le domaine des Descenderies, Malgorne y sera encore et aura grandi jusqu’à découvrir Peirdre, pareillement seule dans l’ancien sémaphore d’où l’on voit la lande. Peirdre est là, à attendre un père parti sillonner les mers. Peinture inquiétante, certes, mais dans laquelle quelques personnes peuvent se saisir de la lumière, de la beauté d’une fleur, d’odeurs aussi. 

Cette histoire, écrite tel un conte, fait réfléchir évidemment sur l’enfermement, sur le ressenti des personnes qu’un handicap plonge dans une autre dimension, mais où des miettes de bonheur et de ravissement sont encore possibles. Les questions affleurent concernant la psyché. De quel magicien avons-nous besoin pour échapper à la ténèbre des cimetières marins ? Il y a des lectures qui renvoient aux grands mythes, Ariane, Eurydice, le Minotaure, Ulysse… Est-ce suffisant ?

Hubert Haddad toujours inspiré, nous conduit sur les chemins intérieurs, autres qu’en rêve, grâce à une écriture puissante où chantent les sirènes du monde dont il faut aussi se préserver, quand bien même elles déchirent le voile du silence.

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