Emmanuel Guibert est un dessinateur scénariste, connu et reconnu. La guerre d’AlanLe Photographe, Ariol, c’est lui. Pas étonnant que le Prix Goscinny lui ait été attribué à Angoulême. En 2020, Le Grand Prix de la ville d’Angoulême a couronné l’ensemble de son œuvre. 

Que manquait-il à cet auteur généreux pour qui l’amitié prime sur tout le reste et qu’on retrouve au fil de ses dessins ? Les mots, l’écriture ? Il a eu besoin de se pencher sur une personne qui a beaucoup compté dans ce registre. Il s’appelait Mike, était architecte américain. Mike partageait son temps entre le Minnesota, le Nouveau Mexique et aimait voyager avec Gloria son épouse et amie de toujours. Leur première rencontre avait eu lieu au jardin d’enfants quand ils avaient six ans.

Ce qui unissait Emmanuel et Mike c’était le dessin, la fine observation du monde, des êtres. Mike est tombé malade…

C’est le récit d’une amitié hors du commun, c’est-à-dire une amitié au-delà des mots, une amitié nouée grâce au graphisme que raconte Emmanuel avec un talent fou, (c’est un vrai écrivain) avec pudeur et un optimisme quant à la nature humaine qui sort des cadres. L’auteur dit : en application de la loi qui veut qu’on parle surtout de ce qui nous démange et qu’on ne fait pas, c’est un livre sur le dessinLa collection qui l’accueille est ainsi conçue qu’on ne peut y montrer aucune image, pas même en couverture. Mes lecteurs aussi seront au régime sec. L’auteur s’y plie et l’on imagine son sourire, sa tendresse qui remonte et qu’il glisse dans les mots qui servent de véhicule.

Sans jamais perdre le fil de cette belle amitié, Emmanuel évoque les différentes techniques du dessin comme le lavis : ce qu’on pêche le mieux, c’est le fugace et l’à peine visible. Le lavis, à la fois pour son nom poétique, ses vertus expressives et le plaisir exigeant qu’il y a à le pratiquer, est un des plus beaux passe-temps qui soient. On se prend pour le bon Dieu quand on fait du lavis. On sépare la lumière des ténèbres et on voit que cela est bon.

C’est ce qu’a pratiqué l’auteur en se rendant au chevet de Mike trois jours avant sa mort. Je n’ai qu’une alternative avec Mike, si Mike ne met pas lui-même sa mort sur le tapis : parler d’autre chose. Je n’ai qu’une ressource avec Gloria : en parler. On en a besoin tous les deux. J’ai besoin de parler maintenant de la mort avec Gloria comme j’avais besoin de m’en distraire tout à l’heure avec Mike.

Ils parviendront à s’extraire de cette échéance à la porte de fin de vie en dessinant l’un pour l’autre. Des heures précieuses dont il ne faut pas se priver. Des heures lumineuses qui justement éloignent la ténèbre.

Le dessinateur était connu… L’écrivain dormait. Il est sorti des images. Bravo !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s