Un jour, alors qu’elle dédicaçait Le cœur cousu dans une librairie de Cavaillon, une lectrice espagnole confia à Carole Martinez une coutume étrange et envoûtante. Dans la sierra andalouse où étaient nées ses aïeules, quand une femme sentait la mort venir, elle brodait un coussin en forme de cœur qu’elle bourrait de papiers sur lesquels étaient écrits des secrets…

Cette coutume inconnue de l’auteure rejoignait-elle Le cœur cousu ? Oui et non. En tout cas, Carole finirait par se pencher sur ces histoires… Son imagination, ses capacités de conteuses et d’auteure feraient le reste.

Ici, Carole Martinez conte l’histoire de Lola qui vit à Trébuailles quelque part en Bretagne. Lola vit seule au-dessus du bureau de poste. La rencontre avec l’auteure relève déjà de l’inouï. Carole a toujours besoin d’un lieu pour camper ses histoires… D’abord à la recherche d’un lieu pour se pencher sur le mythe de Barbe-Bleue, en consultant des cartes postales anciennes, elle tombe sur ce village breton. Une église, une place et une femme… 

Elle a ce lieu et cette femme sera Lola, la postière. Et cette femme ouvrira une armoire de noces où seront rangés cinq cœurs cousus de secrets. Cinq cœurs appartenant à la famille de Lola… Oublié Barbe-Bleue ! Relégué, repoussé… Les cœurs battent si fort dans la nuit. Le cœur cousu n’a pas quitté l’auteure. 

Cette fois, cinq sont découverts, mais un seul sera ouvert, le temps fait son œuvre. L’usure aussi. Les papiers tombent et Carole, qui maîtrise la langue de Cervantès, peut lire à Lola l’histoire de cette aïeule sans craindre le malheur. Carole confie avoir une grand-mère un peu sorcière. Chassés les dangers !

Étonnante histoire, histoires de femmes, d’amours qui ne disent pas leur nom. Histoires de fleurs au parfum vénéneux, aux ronces qui ensemencent les plus belles terres. Histoires de couleurs, de guerres, de portes fermées. Les filles élevées dans le secret des choses qu’on ne dit pas. Les mariages arrangés… Les échappées… Des femmes fortes dont certaines osent affirmer qu’elles ne comprennent pas cet enfant tombé d’elle comme un fruit mur. Comment est-il venu, s’est-il niché dans le ventre où dansait la mort ?

De tout temps, les femmes ont porté la vie, mais aussi hélas la mort, et la mort n’est pas toujours stérile, elle est aussi mère des destinées et d’autres vies à venir

Impossible de raconter une histoire qui entoure, tresse des liens, charme, enchante et creuse le sable humide pour que d’autres vies s’y plantent.

Carole Martinez, qui fut lauréate du Goncourt des écrivains, puis de La Feuille d’Or à Nancy avec La terre qui penche, (elle est née en Moselle) n’a pas fini de surprendre. Elle sait et je la cite : Le silence vient après, la pensée aussi. Et pourtant je sais que les paroles ne sont pas aussi volatiles qu’on l’imagine, que les mots dits, les mots reçus, se gravent en nous et que l’écriture sert à ça aussi, à les gratter, les poncer, les effacer.

Bonne lecture…

Dans le cadre du Livre sur la Place à Nancy, le samedi 13 septembre à 12 h, à la Préfecture, Carole Martinez participera à une table ronde animée par Karine Papillaud. À cette table ronde « La mémoire des choses », seront Olivier Mak-Bouchard (Le Dit du Mistral au Tripode, et Emmanuel Ruben (Le Sabre, chez Stock)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s