Le récent roman de Grégoire Delacourt m’a bouleversée… Il emprunte son titre à des lignes d’Aragon pour brosser avec le talent qui est le sien une peinture sociale de notre époque. Une peinture actuelle, au plus près des couleurs de la vie, des vibrations qu’elles émettent, du ressenti ou non de l’actualité.

Voici une famille semblable à tant d’autres. Pierre est vigile à mi-temps dans une grande surface après un licenciement et il a rentré sa rage. Louise, l’épouse est infirmière en soins palliatifs. Elle est cette femme lumineuse qui sait trouver les mots, les attitudes pour aider le patient à lâcher prise, à partir en toute sérénité, nimbé d’une lumière impossible à décrire vers cet ailleurs dont nous ne savons rien, sinon qu’il ne peut qu’être qu’un apaisant flottement après les souffrances vécues ici-bas. 

Ce couple a un fils différent… Geoffroy, treize ans, qui semble ne rien ressentir… Mais est capable de compter, d’ordonner et réordonner le monde, le sien, en chiffres et par couleurs. Peut-être celles que tout un chacun ne peut voir. Louise comprend et sait lui dire son amour : « tu seras différent ». 

Pierre est blessé dans son orgueil de mec, de mâle. 

Et voici qu’à un rond-point, puis à d’autres, on se rassemble, on râle, on décide d’agir. Une grosse colère saisit la France… Elle conduit à la violence… Est-ce bon ? Est-ce mauvais ? Pierre est littéralement embrasé par elle. C’est le premier pas qui coûte… Il tente d’entraîner Geoffroy dans cette violence et Louise, mère douce et aimante quitte le mari pour protéger Geoffroy…

Geoffroy est perdu, noyé dans cette mer d’incompréhension. Mais voici Djamila, quinze ans, aux yeux vert véronèse… Djamila qui trouve comment rejoindre Geoffroy. Il l’attendait…

Leur refuge : une cabane dans la forêt. De là, on regarde le ciel, on découvre les arbres, on entend le chant des oiseaux… Hagop, un vieux sage les protège, veille sur eux…

Pendant ce temps, la France continue d’être secouée par cette grosse colère habillée de jaune. Celles et ceux qui l’alimentent ne sont pas que de pauvres hères. Mais ils sont habités, ou si nus face à cette quête de sens, à l’absence de sentiment. 

La société fait plus que frissonner… Et ce n’est pas le gigantesque incendie de Notre Dame qui changera la donne… Alors ???

Grégoire Delacourt réussit parfaitement à pointer les manques, le vide. Mais rien n’est inéluctable…

 Les petits princes peuvent grandir, la différence peut devenir une force et la violence se laisser féconder par l’amour. Et ça change tout.

À lire impérativement.

Dans le cadre du Livre sur la Place à Nancy, Grégoire Delacourt sera interviewé par Laure Dautriche d’Europe 1, le dimanche 13 septembre à 14 h au Palais du Gouvernement.

4 commentaires sur « Un jour viendra couleur d’orange, par Grégoire Delacourt, éditions Grasset »

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