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Il est des livres que l’on commence un jour de pluie et qui, sans apporter le grand soleil, suscitent chez le lecteur un intérêt tel, que le temps, chrono comme météo, n’a plus grande importance.

Je viens de lire Rue de la Fontaine-Bleue. Et l’histoire, telle une source, parfois trouble, s’est déroulée sans que je la quitte.

L’auteur nous emporte à Brive au lendemain de la guerre de 39/45 et nous montre quelques notables face à d’autres notables. Les uns ont magouillé avec Vichy, les autres se sont engagés dans la Résistance pour des raisons diverses, pas toujours par patriotisme. Au cœur de chacun, un besoin de briller et d’en découdre avec quelques-uns à qui tout réussissait.

C’est ainsi qu’un groupe de comparses décida d’attaquer à la fin de la guerre une banque qui avait fricoté avec l’Occupant. Voler des traîtres, n’est sans doute pas voler. Saint-Assier, commerçant en viande, peu sympathique et soucieux du paraître, a organisé le hold-up. En plus de l’argent liquide –tout le monde était au courant– il y avait des lingots sur lesquels, il a fait main basse et les a déposés dans une banque suisse. Aussi, lorsque Rose Cipriani qui a un grand projet vient lui demander son aide pour fonder un organe de presse digne de ce nom, elle le met devant le fait accompli. Elle sait…

Ainsi va naître Le Point du Jour qu’elle dirigera d’une main de maître, sans céder à Saint-Assier qui en rêve.

Les rêves de Rose sont autres. Elle a en tête de retrouver la trace d’Adrien Strenquel, le seul homme aimé, fusillé par la Gestapo. De lui, une lettre adressée à son ami où il parle d’elle et qui résume ce que peuvent être les humains, la lumière et l’ombre : Il y a mon cher Fred, comme tu le sais, deux sortes d’Adrien Strenquel en moi, l’un n’est pas reluisant, un brin bourgeois, méprisant et cynique, et un autre qui espère tant en la beauté des choses, qui flirte avec l’art et s’adonne à des passions souterraines (je n’en dirai pas plus, nous nous sommes compris). Mais pour cette jolie fille, trop tard, me dis-je.

L’auteur peint et dépeint les us et coutumes de ces notables de province, plutôt minables, mais dangereux. Nous voyons les travers de cette bande de résistants soucieux d’acquérir le respect. Qu’ils sont loin de l’admiration dont ils rêvent. Il montre les couples accordés par intérêt, les tromperies et trahisons… Les vieilles querelles, l’avidité, les jalousies, le rôle de la presse qui peut faire et défaire une réputation. Le jeu politique est là, bien réinstallé. On rêve à la députation et plus si possible.

Si l’ambition reste un moteur, elle plonge ses racines dans d’étranges jeux dangereux, tel un feu qui attire les papillons qui tournoyent autour. On sait ce qui peut advenir ensuite.

Le ton est juste, cruel, mais vrai. Ce roman ferait un excellent film pour montrer les travers de l’espèce humaine qui a connu la guerre, l’aime et ne peut s’empêcher de la poursuivre la paix revenue. Mais quelle paix ?

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