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Pierre Péju est l’auteur d’une œuvre importante. Personne n’a oublié La petite chartreuse, Le rire de l’ogre ou plus avant Naissances, ouvrage d’une rare délicatesse auquel personne ne peut rester insensible.

Voici L’œil de la nuit, un roman qui évoque la psychanalyse aux États-Unis au temps de Freud.

Le héros, Horace W. Frink (1883-1936) a réellement existé et est tombé complètement dans l’oubli. Pierre Péju s’est saisi de sa vie, a pris des libertés mais nous offre une trajectoire, une destinée hors du commun.

Si ce pauvre Horace est un étudiant tourmenté, sans doute doit-il son état à son enfance bouleversée. Des parents ruinés après l’incendie de l’usine, une mère tuberculeuse et pour couronner ces drames, avant la mort de la mère, l’abandon chez les grands-parents. La bonté du grand-père médecin ne suffit pas à Horace, qui bien que se lançant sur les traces du grand-père, ne pourra pas devenir chirurgien. Une science nouvelle émerge qui soigne et explique le mal-être. Elle arrive de Vienne aux États-Unis… Pourquoi en effet ne pas choisir cette voie ?

Du héros, on pourrait dire, il a tout pour être heureux, Doris qui va devenir l’épouse et la mère de ses enfants –dont il ne sait que faire– une certaine notoriété, mais il est étrange, passant d’une grande morosité à des phases de grande excitation. Ne dirait-on pas qu’il cherche ce qu’il ne peut avoir ? Quand il rencontre Angelica, une milliardaire capricieuse et insatisfaite et qui, sous prétexte de soigner ses tourments, lui met le grappin dessus, rencontre-t-il l’amour, la passion, le sel de l’existence ou se laisse-t-il éblouir par son troublant parfum et l’argent qui coule à flot chez elle ?

Le voyage de Freud accompagné de Jung et de Ferenczi à New York va-t-il changer Horace ?

Pierre Péju en profite –il me semble– pour se livrer à une critique freudienne où tout passe par le sexe dès la naissance et où l’inconscient doit être extirpé, mis à jour pour gagner en lucidité. Il ne rend pas forcément le grand psychanalyste sympathique. Du moins, il ne nous le montre pas infaillible. Nous découvrons un homme qui lui aussi avait –peut-être– une revanche à prendre, en tout cas, voulait réussir et imposer –bien qu’il s’en défende– ses points de vue.

Mais nous sommes dans un roman, brillamment mené. Horace tente en vain de s’en sortir, nous voyons la vieille Europe avec son regard. Paris tout gris et Vienne en noir. Puis Venise, l’Égypte. Les voyages sont longs à bord des grands paquebots et de l’Orient-Express. Le luxe n’est pas pour tous.

Les personnages secondaires sont bien vus, bien campés. J’ai aimé Doris et sa bienveillance. Elle a tout compris et Horace est hélas resté englué avec une petite phrase qui trotte dans sa tête : J’ai brûlé tous mes vaisseaux. Les incendies le poursuivent. L’odeur est là. Le printemps est en feu. Braise et cendre de lointaine enfance.

L’œil de la nuit, ce n’est pas l’inconscient, c’est au contraire une vision lumineuse et acérée au cœur de la nuit des insomniaques. C’est l’instant où ils perçoivent le monde avec une lucidité accrue, sauf que le jour se lève trop vite pour qu’ils parviennent à saisir cette lumière.

Une réussite !

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