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Si Michèle Sarde est une auteure dont l’œuvre se décline dans des registres variés, (essais, romans, biographies) le point commun de ses ouvrages, c’est qu’ils sont écrits avec la même attention et un grand talent qui ne peut laisser indifférent.

Après Revenir du Silence, consacré à sa mère, il était certain qu’elle allait remonter sa généalogie et ouvrir cette malle d’Ali Baba renfermant, écrits, photos, bibelots, médaillons ayant appartenu à sa grand-mère maternelle qu’elle aura attendue si longtemps. Elle a ainsi mis fin au jeûne de mémoire imposé par sa mère.

Marie Jérusalmi, dont elle avait caressé la chevelure blonde sans savoir à qui elle appartenait et dont, avec le temps, les mites avaient eu raison, a fait partie d’un convoi de déportés. Elle était avec son mari Moïse. Ils avaient connu les Balkans, la Roumanie, la Bulgarie, l’Italie, comme tant de Juifs sépharades accueillis par l’Europe, et que la barbarie nazie engloutira. Une diaspora particulière, écrit Michèle Sarde qui s’est étalée dans le temps. Une époque tourmentée portant au moins sur les deux dernières grandes guerres.

L’auteur veut savoir. Depuis l’âge de trois ans, elle a attendu cette grand-mère. « De Marie, la jeune fille blonde dont j’ai enfant touché les longs cheveux orphelins, je ne savais rien qu’une absence sans fond. De Moïse son compagnon de vie et de mort, non plus. Pourtant eux m’ont connue puisque j’ai existé avant qu’ils soient jetés dans le gouffre. »

Son enquête commence au mémorial de Yad Vashem à Jérusalem. Elle se rend partout où ils ont vécu, les photos les montrent (elle nous les offre dans son ouvrage). Elle reconstitue à la manière d’une romancière l’histoire de cette femme face à son destin. Et soudain, elle surgit, héroïne malgré elle, et nous la voyons vivre, parler, cuisiner. Une obstinée, dont la mère de l’auteure dit : « Tu lui ressembles craché et pas seulement physiquement. »

Michèle Sarde s’est sentie prise par ce qu’elle appelle le syndrome d’Antigone (héroïne de l’Antiquité, qui au mépris de sa vie brave l’interdit de donner une sépulture à son frère).  « Ce syndrome d’Antigone est la force qui m’entraîne et me pousse aujourd’hui à suivre Marie et Moïse à les faire renaître, à leur construire un tombeau, œuvre de mémoire et forme de deuil et de résilience. Mais surtout travail de remise au monde des Égarés. »

Ces Égarés furent plus de six millions et elle peut être fière de cette remise au monde dans la lumière.  Nous ne devons pas oublier. Jamais ! Notre époque troublée doit nous garder éveillés. L’histoire offre, hélas, tant de douloureux réveils.

C’est un grand livre, à lire, à offrir pour justement éviter ce jeûne de mémoire.

Merci et bravo à Michèle Sarde !

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